Parasite (Kiseiju) et l’éthologie.

Pour conclure cette trilogie dédiée à l’œuvre d’Hitoshi Iwaaki, on va s’intéresser à l’éthologie. On peut définir cette science par l’étude des adaptations comportementales des espèces animales aux contraintes de leur environnement. Je vais aussi un peu m’égarer sur l’évolution de la pensée des deux acolytes (ça donne un truc du genre : je pense, j’agis, je suis). Alors, comme à l’accoutumé, on va commencer par l’énonciation de quelques définitions avant d’arriver à ce qui est vraiment intéressant : l’analyse. L’étude d’un comportement peut être séparée en deux domaines : la causalité proximale (le comment) et la causalité ultime (le pourquoi). On va creuser encore et diviser en deux ces domaines. On répond à la question du comment en se concentrant sur les causes à effets immédiats et sur l’ontogenèse (l’histoire de l’individu). On répond à la question du pourquoi en s’intéressant à l’évolution (histoire de l’espèce) et la fonction (valeur adaptative). Toutes ces notions vont être précisées et imagées avec des scènes plus ou moins marquantes de l’histoire de Shin’ichi. Attention, ça spoile sévère. Bref, c’est parti !

Le héros est un jeune lycéen normal qui s’endort tranquillement branché à son baladeur. Tout d’un coup, un serpent tout bizarre essaie de s’introduire dans son corps. Cet animal étrange passe d’abord par le nez, échoue et tente le bras. Horrifié par la scène, Shin’ichi se garrotte au niveau du coude avec ses écouteurs tout en hurlant. Les parents arrivent en fin de scène et assistent au spectacle d’un fils au bras rouge sang  enlacé d’un câble. Première galère de notre héros.

Les fabulations d'un jeune drogué.
Les fabulations d’un jeune drogué.

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L’ère des Cristaux : suivons la voie du bouddhisme

Dans L’ère des Cristaux (宝石の国, Hôseki no Kuni) de Haruko Ichikawa, publié en France depuis janvier 2016 par Glénat (on les en remercie), l’influence du bouddhisme est évidente, dès la lecture des premières pages. En fait, l’idée même du manga provient de la lecture d’un sutra lorsque la mangaka était encore au lycée ! Ce sutra décrivait la Terre Pure comme étant faite de joyaux. Les bases de ce qui deviendra plus tard L’ère des Cristaux sont posées. Je vous propose un rapide tour d’horizon de l’influence qu’a le bouddhisme (mais aussi l’hindouisme) dans l’univers de ce fantastique manga, en me basant sur les quatre premiers tomes sortis en France.

Introduction

Déjà, pour bien démarrer : qu’est-ce que le bouddhisme ? C’est l’une des religions les plus pratiquées au monde, dont l’originalité principale réside dans le fait qu’elle n’a pas de dieu créateur (ce qui n’empêche pas l’existence d’une foule de divinités, via l’influence de l’hindouisme, les deux religions ayant la même origine géographique et ayant co-existé). Pour certains, il s’agit presque que d’une « simple » philosophie de vie. La finalité est d’atteindre l’éveil afin d’échapper au cycle des réincarnations (samsâra, संसार en sanskrit), car ces existences successives, soumises au karma, sont empreintes de souffrance et d’ignorance. Cela se fait en atteignant la sagesse suprême, le nirvâna (« libération », sous-entendu, du cercle des réincarnations), et l’on devient alors arhat, un « méritant ».

Les Séléniens

C’est flagrant dès la lecture du premier chapitre : l’apparence des Séléniens. Les Tennins (Apsaras, अप्सरा, en sanskrit) sont des nymphes célestes du folklore japonais, issues à l’origine de l’hindouisme. Elles sont représentées par de belles femmes, portant des kimonos et des bijoux luxueux. Elles portent souvent des fleurs de lotus et jouent des instruments de musique, comme de la flûte ou du biwa, traversant les Cieux sur des nuages (ou des lotus géants). Et c’est typiquement de cette façon que les Séléniens débarquent à chaque fois, en chantant, en jouant de la musique et en lançant des pétales de lotus, de cette façon si enjouée, comme s’il s’agissait d’une cérémonie et que leurs attaques n’avaient pas de funestes conséquences…

A gauche : Apsara (Grottes de Yulin, Chine) ; à droite : des Séléniens.
A gauche : Apsara (Grottes de Yulin, Chine) ; à droite : des Séléniens.

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Jugem je t’aime, Suiyoubi no Campanella et Specific au micro de Nostroblog

Tokyo KaranKoron (Go Nin No Entertainers), Biskaidan à deux reprises (BiS Kaidan et BiS Kaidan 2), Passepied (Makunouchi-ISM) et Charisma.com (Ai Ai Syndrome)… Les groupes nippons de qualité se pressent sur les disques microsillons du label messin Specific Recordings. Dernier groupe en date et pas des moindres à se laisser parcourir le sillon sur la platine : Suiyoubi no Campanella (水曜日のカンパネラ) avec la compilation Jugem’ je t’aime

« Jugemu (寿限無) est un des contes les plus populaires du rakugo, une forme de théâtre humoristique japonais. L’histoire raconte celle d’un père à la recherche d’un prénom qui apporterait longévité et chance à son fils aîné qui vient de naître. Ce dernier alla alors chercher conseil auprès d’un prêtre qui lui suggéra de nombreux noms sensés permettre à l’enfant de vivre sous les meilleurs auspices, dont Jugemu (littéralement « vie infinie »). Incapable d’en choisir un seul, le père décida de donner à son fils la totalité des prénoms proposés par le prêtre (liste de prénoms qui se trouvent d’ailleurs être gravés sur la face B de la compilation). Un jour, Jugemu tomba dans une rivière. Un camarade de classe s’empressa d’aller prévenir la mère du jeune garçon, mais le temps qu’il prononce son nom complet, il était trop tard, Jugemu s’était noyé. Plus tard, un autre petit garçon, baptisé Choi (« court instant » en japonais), connut le même sort, mais put être rapidement sauvé. C’est ainsi que, depuis ce jour, toutes les mères de ce village donnèrent des noms courts à leurs enfants. » nous raconte ainsi la belle pochette de Jugem’ je t’aime.

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GOLGO 13 : « disons juste que… je remplis mes contrats ».

En lisant le billet d’un de mes confrères du Nostro, un personnage a ressurgi des limbes de ma mémoire pour reposer ses valises au grand jour. Des valises si lourdes et si hypnotiques qu’elles peuvent barrer la route à n’importe quel malfrat. Des cernes si profondes et immuables que l’ennemi s’y empêtre et chute lourdement dans les replis du passé mystérieux et létal de Duke Togo, alias… Golgo 13 !

Son CV ne tari pas d’éloges. 190cm de virilité. 11/10 à chaque œil. Aussi aimable que Léodagan. Aussi bien bâti que l’armoire normande de votre grand-mère. Aussi costaud que 50 abonnés en salle de fitness. Black Jack du tir de précision. Parle peu, tire bien son coup. Fort en charisme, fort en camouflage, fort aux poings, fort au Cluedo. Champion olympique en baston de regards depuis 1969.

Un tueur à gages qui s’engage sans gag et sans rage, collectant au passage dommages pour ses cibles et hommages de ses clients. Lunette de fusil en ligne de mire sur ce personnage culte.

Souvenez-vous, c’était il y a 10 ans…

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Sourire ? Ha ha ha… un homme de cette trempe n’est pas là pour distribuer du bonheur et des câlins ! – © 2015 Saito Production

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Ces 13 mangas que j’attends en français

Si Eck, Enwyn et Bobo le font, pourquoi pas moi ? C’est dans cette optique que je me décide à présenter des mangas qui mériteraient d’être publiés en français.  Choisir, c’est renoncer. Sauf que moi je choisis de ne pas renoncer. Du coup je ne vais pas lister ici-même trois ou quatre séries comme mes collègues, mais bien treize. Ouais, parce que les tops 10 c’est pour les petits joueurs (puis ça porte bonheur treize, non ?). Bon, au final j’ai quand même dû renoncer à quelques titres, car j’en attends bien plus que treize… J’ai donc décidé de me fixer une règle pour concocter cette liste : présenter uniquement des mangas d’auteurs qui ont déjà été publiés en France.

Et si certains éditeurs me lisent, qu’ils ne fassent surtout pas les timides et qu’ils piochent allègrement dans cette liste. C’est cadeau.

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Le réalisme graphique dans les mangas

Qu’est-ce que le réalisme ? Se dit réaliste généralement ce qui est proche de la réalité. La signification varie selon le contexte dans lequel ce terme est employé ; il existe le courant pictural réaliste comme il existe le courant littéraire réaliste. Mais ici, il s’agira de se rapporter au graphisme qui se veut être une représentation fidèle du réel.

Ainsi, inutile de faire un listing des œuvres possédant un style graphique réaliste, ce ne serait pas intéressant. Et bien que, par exemple, le style graphique de Tetsuo Hara ou de Boichi puissent être qualifiés de réalistes, je ne les considère pas réalistes au sens propre dans la mesure où il y a énormément d’exagérations (muscles extrêmement saillants, déformations etc.). Ces mangakas usent également d’une abondance de codes visuels, sans parler de l’idéalisation des corps qu’ils soient féminins ou masculins. Non, ce qui nous intéresse est un réalisme qui permette au manga de s’émanciper de ces exagérations graphiques et de ces stéréotypes.

Dès lors, en quoi le réalisme peut-il permettre à un manga de s’affranchir de ses codes ?

Il s’agira donc dans cet article de comparer trois mangakas qui tentent bien différemment d’innover en usant du réalisme.

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Parasite (Kiseiju) et l’écologie.

Après une analyse des relations entre les humains et les parasites, il est intéressant de se pencher sur l’écologie. L’écologie, au sein de la biologie, est l’étude des interactions entre les êtres vivants et leurs milieux d’habitat. On peut même préciser cette définition. L’écologie est aussi l’étude de l’équilibre biologique et de la survie des espèces selon les conditions d’existence et les comportements des êtres vivants. Maintenant que les définitions sont posées et admises, on peut les transposer à l’univers de Parasite, le manga d’Hitoshi Iwaaki. Et puis, on va aussi s’égarer de l’écologie pour parler un peu d’anthropologie (un tout petit peu). C’est le chic du biologiste : être polyvalent. Par contre, je spoil un peu.

Lorsque l’on commence à lire le manga ou à regarder la version animée, on est mis nez à nez avec notre planète bleue, la Terre.

L'origine du mal.
L’origine du mal.

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