Naoki Urasawa : cinq raisons de toujours croire en lui avec Billy Bat

Ceux qui me connaissent le savent, le manga est ma religion et les histoires du prophète Naoki Urasawa sont ma bible. Toutes ses séries me plaisent : que ce soient ses grands thrillers qui l’ont rendu célèbre dans le monde entier, à savoir Monster et 20th Century Boys, jusque dans sa période comédie romantique avec Happy !, c’est dire. Pourtant, malgré ma fan-attitude, il y a des fois où je suis obligé d’être objectif. Le spin-off de 20th Century Boys a été une vraie purge, par exemple. Parce que prendre les plus mauvais aspects des comédies romantiques et ne faire ressortir que ça tout un tome durant, même si on essaie d’y voir un message dénonçant le succès des séries mainstream, c’est assimilable à un délire ultra-private de la part d’Urasawa et ses assistants, et à du masochisme pour nous, les lecteurs.

ImageNaoki Urasawa, de retour au Japon : « Le public français est très surprenant. Je pensais qu’ils parlaient japonais entre eux, comme Sébastien Jarry. »

Mais voilà, sa dernière série en date, Billy Bat, divise le lectorat. Même des fans ardus et/ou des copains lancent que c’est le moins bon de ses thrillers. C’est leur droit. Mais je ne suis pas du tout, du tout d’accord. D’après moi, Billy Bat a le potentiel d’égaler l’énormitude de 20th Century Boys et de Monster, voire de la surpasser. Donc je me suis dit, pour les hésitants, pour ceux qui ont du mal à cerner la série jusqu’au dernier tome paru dans nos contrées (le cinq), je vais énumérer quelques-unes des nombreuses qualités de Billy Bat et tenter d’écarter les quelques doutes énoncés à travers des arguments vus çà et là.

Toi qui apprécies Urasawa et qui n’a pas encore lu Billy Bat, ou qui n’a pas une totale confiance en la série, ce billet t’est destiné. Même si ce n’est que mon avis, voici cinq bonnes raisons de croire en Billy Bat et en Urasawa.

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Pour toi, fan d’Urasawa.

« Malgré un synopsis ambitieux, l’histoire n’a toujours pas décollé. Urasawa s’embourbe-t-il ? »

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… Syndrome de la feuille blanche ?

Nous sommes en présence d’une série qui promet d’être relativement longue, au moins quinze tomes (mais vraiment « au moins », ça sera à mon avis beaucoup plus que ça). Et en France, nous n’en sommes qu’au tome 5 ! Laissons l’intrigue se mettre en place, ce n’est pas un manga d’action, mais une histoire assimilable à un thriller, comme les autres grandes séries du Maître.

Et même sur le principe, on sous-entend que, comme on n’en est pas encore tout à fait au gros morceau de l’intrigue, les petites séquences ne sont pas intéressantes en elles-mêmes. Mais en fait, c’est franchement intéressant : il y a peu de mangas (et même de BD) où on l’on a croisé au sein d’une même intrigue les histoires de Jésus et Judas, l’affaire Shimoyama, l’affaire Kennedy, la ségrégation raciale aux États-Unis, les guerres shogunales qui ont mené à l’unification du Japon… Ou du moins rarement avec ce sérieux ! Avec à chaque fois des personnages différents qui apparaissent, certains ayant réellement existé… Et en insérant au beau milieu de tout ça l’intrigue de la chauve-souris qui mène l’humanité où elle veut à travers l’histoire de Kévin, le héros du manga. Moi, je trouve ça assez fort.

« Dans Billy Bat, il n’y a pas de personnages marquants comme dans les autres thrillers d’Urasawa, comme Tenma ou Kenji. »

billy-bat-5-pika

Oswald : personnalité historique transformée en personnage de fiction. Une franche réussite, que ce soit au niveau du développement psychologique ou de la ressemblance.

Mettons qu’il n’y en ait pas autant… pour l’instant. Malgré tout, quelques-uns me paraissent déjà très intéressants.

Kevin en premier lieu. Ces détracteurs dont il est question, ne parviennent pas à oublier Tenma et Kenji. Mais le truc, c’est qu’on n’est plus dans Monster ou dans 20th Century Boys. Dans les trois cas, le personnage principal PEUT changer le cours de l’histoire.

Tenma fait preuve d’un profond humanisme et d’un grand courage, en traquant Johann pendant 18 tomes pour l’empêcher de nuire. C’est cela qui fait sa force.

Kenji est un Japonais moyen qui peut se montrer gauche, mais son grand cœur ne lui permet pas de laisser Ami instaurer sa terreur. Sa modestie, c’est sa force.

Kevin, lui, est sujet à des visions qui lui montrent à l’avance ce qu’il va se dérouler dans l’histoire de l’humanité. Et il sait pertinemment qu’il ne peut pas recevoir beaucoup d’aide car les personnes qui apprennent ce que lui sait peuvent mal finir. Il est le seul à vraiment pouvoir agir, mais est terrifié et préfère boire pour oublier. Ce n’est pas un grand héros comme Tenma ou Kenji. Oui.

Oui et alors ?

Dans les trois cas, le personnage principal est fortement impliqué dans une histoire qui le dépasse. Encore heureux qu’ils n’agissent pas de la même manière ! Mieux : c’est plus que logique que Kevin soit complètement terrifié au point de ne pas agir de suite en héros, car le « complot » dont il a connaissance est d’une dimension qui dépasse les capacités physiques et mentales d’un seul individu. Par contre, voir son implication avoir une influence dans l’histoire est sacrément passionnant, et propice à une évolution psychologique intéressante.

Et encore, je ne vous ai pas parlé d’autres personnages comme Smith, qui a un profil psychologique plutôt atypique dans le manga (c’est l’archétype du flic-enquêteur balèze dans les films américains) et de Lee Harvey Oswald, présenté ici comme un pantin dont on manipule les désirs pour bouleverser le cours de l’Histoire.

« On aime Urasawa, mais on a tous en tête quelques ratés dans Monster et 20th Century Boys, notamment les fins. »

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Ouais… la fameuse fin ratée de Monster

Est-ce pour autant qu’on doive anticiper les ratés à venir ? Profitons de l’instant présent, l’histoire est déjà d’une richesse incroyable. Drucci, le patron de La Base Secrète, en a d’ailleurs fait un résumé sur une frise chronologique, sur à peine cinq tomes. Billy Bat, c’est le genre d’histoire plaisante à lire et relire, pour voir certains détails imperceptibles à la première lecture, et les relier au fur et à mesure.

« Billy Bat, c’est trop référencé, on passe à côté de plein de choses, nous autres lecteurs français. Il pourrait au moins expliquer les choses ! »

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L’affaire Shimoyama : fait divers totalement inconnu en France.

En fait, à ma première lecture de Billy Bat, il y a plein de choses qui me sont passées au-dessus de la tête, surtout les références historiques japonaises et américaines. Et je n’avais pas détesté la lecture, j’avais trouvé ça assez bien narré pour y trouver mon compte.

Entre temps, je me suis renseigné en essayant de chopper toutes les références, j’en ressors plus cultivé et encore plus passionné par la série tant je la trouve bien construite. Mieux : en ayant connaissance de certains faits historiques, on peut anticiper la suite de l’intrigue, sans pour autant en être sûr, vu que ça reste une fiction ! C’est un jeu. Un jeu passionnant.

Bon, après, si le manque de références pose problème au lecteur, c’est dommage pour lui, mais on ne peut pas le juger. S’il est à la recherche d’un divertissement pur eu dur, ça le regarde. Par contre, si vous n’avez pas peur de devoir vous renseigner un peu, de « relire » l’Histoire, je mets un billet sur le fait que vous allez vraiment vous amuser. En tout cas, ce fut mon cas.

Quant au fait d’expliquer les références historiques à l’intérieur du manga, ce n’est pas un mal qu’Urasawa ne le fasse pas. Vous imaginez la lourdeur de la narration sinon ? L’éditeur Pika a l’habitude des reports en fin de tome, mais c’est dommage qu’ils en aient perdu l’habitude ici. Kana, à une époque, aurait pu faire des petits dossiers sympas.

« Billy Bat, c’est de la narration facile, de la démonstration narrative. »

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La meilleure case de BD que j’ai pu voir.

Encore une fois, on n’a pas lu la même chose, j’ai l’impression. Pour la richesse du contenu, reportez-vous aux quatre points ci-dessus. Pour la façon de montrer les événements, je reste subjugué par la façon dont Urasawa change d’époque, vous savez, ces cases intermédiaires sur une page, qui font voyager le lecteur en une seconde…

Et surtout, plus que jamais, il arrive à introduire de la tension, avec pas grand-chose. Ça peut être, comme dans 20th et Monster, par le découpage. Mais je trouve que ce qui s’est encore amélioré dans Billy Bat, et qui va de pair avec son amélioration graphique, c’est le regard des personnages. Surtout celui de Kevin. Parfois, il est très appuyé, et sans sortir un mot, nous lecteurs, prenons une grosse charge de tension dans la gueule. D’autres fois, le regard n’est pas exceptionnellement appuyé, mais juste assez perçant pour injecter dans l’intrigue une petite source d’électricité dans l’air qui fait qu’on est pris par l’histoire.

Voilà, j’espère qu’avec ce billet, vous allez apprécier/mieux apprécier/commencer Billy Bat. Franchement, comme n’importe quel autre Urasawa, c’est une série qui vaut le détour, à mon sens. Si, à la suite de cet article, vous avez commencé Billy Bat et que vous êtes déçu, nous vous rappelons que Nostroblog décline toute responsabilité concernant un conseil qui vous a poussé à dépenser votre argent.

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16 réflexions sur “Naoki Urasawa : cinq raisons de toujours croire en lui avec Billy Bat

  1. Hahaha, j’aime ce que tu dis, bien que je fasse parti de ceux qui sont déçus par Billy Bat.
    De toute façon tu as déjà cité ce dont je pense de Billy Bat, mais je dois dire que vraiment ce qui me dérange le plus, c’est le « temps de décollage ». Dans 20th, Monster et même Happy, à la fin du premier tome, on sait déjà où on va. Bien que dans 20th, l’histoire évolue énormement.

    Après, je ne dis pas, ce n’est pas indispensable de décoller dès le premier tome, mais 5 tomes c’est tout de même long, surtout lorsque le récit est aussi dense. L’histoire n’avance que très peu au final (trop de flashback). Mais mais mais… on dirait qu’avec le dernier tome ça commence à se bouger !

    Pour les personnages : heureusement qu’il y a Smith et heureusement que Kévin a évolué dans les derniers tomes. Mais je remarque qu’il n’y a pas de personnage principal féminin comme Kanna ou Nina… je me demande si ce sera le cas tout le long de la série.

    (Suis-je un des seuls à aimer les fins de 20th et Monster ? T_T)

     » Je pensais qu’ils parlaient japonais entre eux, comme Sébastien Jarry. »
    Il a vraiment dit ça ? xD

  2. Sayadiva

    Naoki Urasawa c’est mon papa et Billy Bat j’adore. Ton article est supercool et très drôle.
    Et t’as bien raison, je le trouve hyper prometteur, du mal à décoller avec tous ses personnages, toutes ses dates, tous ses mystères… On se demande où Naoki veut en venir et on a l’impression que c’est brouillon… Mais je pense que non, connaissant le bonhomme il sait ce qu’il fait. ^^

    PS: La fin de Monster est bien mais elle m’a énervée et celle de 20th m’a énervée mais elle est bien. o/

    1. Et encore, j’avais pas lu le tome 6 qui vient de sortir quand j’ai rédigé l’article, mais avec ce tome, l’histoire prend énormément plus de sens, c’est beaucoup moins flou, et en plus, le personnage de Jackie est extrêmement attachant et prometteur, en seulement deux chapitres d’apparition ! =o

      Elle est comme Kevin : elle a un caractère moins symbolique (Kenji et Kanna étaient de vrais justiciers par exemple), et elle a des réactions réalistes. Et elle est trop choupi aussi =3

      Merci pour le post et les compliments :smack: o/

      1. Sayadiva

        Ah ouais justement je pensais au 6 en disant ça. ;) Et oui Jackie est cool, par contre j’avais pas fait le rapprochement avec Kevin :o Ce serait donc un peu les « nouveaux » Kana & Kenji ? Why not! Je vais voir. En plus les prénoms de Kenji et Kevin se ressemble… U__U (en tout cas j’ai tilté dessus et même s’il n’a pas la classedelamortquitue de Kenji il m’a l’air d’être un bon perso principal)

        PS: Mercii~ Si tu es un jaune en plastique : smack sur la bouche~ sinon sur la joue. :3

  3. yann5682

    Personnellement, je n’ai pas encore commencé la lecture du premier volume ; j’attend de les avoir tous. Cela représente une grande souffrance et une torture sans pareil. Mais du peu que j’en ai aperçu, ça a l’air particulièrement costaud. La richesse de ses recherches donne vraiment le tournis. Actuellement, j’en ai 9 sous la main … Mais le fait de savoir qu’il va y en avoir au moins 15 me fait penser à une chose simple : découvrir une nouvelle oeuvre complexe, où les références ne vont pas manquer et où le souffle de l’aventure et du voyage sera complet.

  4. Sanzo

    J’aime beaucoup cet article et ayant suivi les sorties japonaises, je peux dire que c’est intense. Par contre je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas parlé de Pluto. C’est 8 tomes et une histoire merveilleuse. On parle là d’une pseudo adaptation de Tetsuwan Atom (Adtro Boy) et on se retrouve dans un thriller robotique avec des répliques cultes, une réflexion sur ce qui fait de nous des humains etc. Et la fin n’est ni précipité ni décevante.

    1. Salut Sanzo ! Merci de ta venue sur Nostroblog et pour ton commentaire ;D

      Si je n’ai pas cité Pluto, c’est par hasard. J’aurais pu le faire, mais j’avais déjà parlé de 2 de ses thrillers. J’en pense quand même le plus grand bien, comme toutes ses autres séries, d’autant plus que j’ai lu l’histoire d’Astro Boy dont le manga est tiré.

  5. Kronox

    Très bon article ! Grand fan également je dois avouer que Billy Bat est comment dire… frustrant ! Oui en effet la série est longue à démarrer (voir très longue, je viens de finir le tome 10 et on commence à peine à entrevoir le début ^^), mais connaissant l’artiste et au vue de ses précédents chefs d’œuvre (car il n’y a pas d’autres mots) il reste dans un sentier bien connu, il suffit de lire 20th pour s’en rendre compte, l’histoire est aussi longue à se mettre en place et par la suite c’est une vingtaines de tomes de bonheur. Sachant que l’histoire prend une tranche de vie de 50 ans la 20aine de tomes était nécessaires et la mise en place un peu longue mais tout à fait normale.
    Pour Billy Bat on prend une tranche de vie de l’ordre de plusieurs siècles !!! Donc oui c’est frustrant de se dire qu’en 10 tomes l’histoire n’a pas encore décollé mais je pense qu’il faut s’attendre à une bonne 30aine(voir plus) de tomes et à une histoire qui va nous laisser sur le cul !!!

    Donc pour le lectorat qui se sent déçu par Billy Bat, faite confiance à l’artiste, il ne nous a jamais déçu ! :)

  6. Fan à mourir de MONSTER , je le dis bien haut Billy BAT est du pur Urasawa !!! Dès le premier tome je suis accroché par l’intrigue et les personnages , je savais déjà qu’il allait y avoir des personnages féminins extraordinaire comme il sait si bien les faire, et pour l’instant jusqu’au tome 11 il ne m’a pas démentit . Pour l’instant et comme toujours j’ai juste peur du final.
    Pour moi les seules fins que je trouve réellement réussit avec excellence sont celles de MONSTER et PLUTO( je suis surpris d’ailleurs que personne n’en parle ici ? ).

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