Opus: quand la fiction devient fictive

Si l’on connaît Satoshi Kon en tant que réalisateur de films d’animation, certains ignorent qu’il a aussi été mangaka. Un peu moins de 10 ans après la parution de Kaikisen chez Sakka, les éditions IMHO se lancent dans la publication de deux mangas du monsieur: Opus et Seraphim.

Aujourd’hui je vais parler d’Opus, le premier à paraître, et je peux d’ores et déjà vous annoncer que je consacrerai très certainement un article à Seraphim au moment de sa sortie.

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Chikara Nagai est mangaka. Il doit conclure Resonance, une sorte de thriller bien kitch où Satoko, une jeune flic télépathe, fait face au Masque, un puissant gourou possédant des pouvoirs paranormaux. Pour mettre un terme à son histoire, Chikara décide que Rin, un compagnon de Satoko, se sacrifie en tuant le grand méchant. Après avoir dessiné la planche de la mort de Rin, Chikara voit ce dernier surgir d’un dessin, lui piquer cette fameuse planche, et retourner dans le manga. A son tour Chikara se fait aspirer par l’un de ses dessins et se retrouve projeté dans Resonance, son propre manga.

De là, le personnage principal du récit cadre est plongé dans le récit encadré qu’il a lui-même créé. Dans cette mise en abyme vertigineuse, le simple mangaka qu’est Chikara est propulsé au rang de créateur, de dieu, ayant le droit de vie et de mort sur ses personnages. Personnages qui prennent dès lors conscience qu’ils sont dans un manga et que leur vie et leurs désirs sont uniquement l’œuvre de la volonté d’un seul homme.

Plus on avance dans la lecture d’Opus et plus on voit Resonance échapper aux mains de Chiraka. Déjà parce qu’une fois que ses personnages ont pris conscience de ce qu’ils sont, ils n’en font qu’à leur tête. Entre Rin qui vole la planche de sa mort car il souhaite rester en vie et le Masque qui se lance à la poursuite du mangaka, le monde de Resonance est sans dessus dessous. Mais ce n’est pas tout, car Chiraka se fait également rattraper par la réalité. Il a un manga à terminer, et Rin ayant emporté une page principale, il ne parvient pas à conclure son histoire. Une véritable course contre la montre s’engage alors, car son éditeur le menace d’annuler la série s’il ne la conclue pas rapidement.

opus

Ce qui est vraiment génial dans Opus, c’est la narration. Satoshi Kon nous guide vers un n’importe quoi parfaitement maîtrisé. Le fait que Chikara ait l’obligation de vite récupérer sa planche a pour conséquence directe que le récit soit sans temps mort, d’autant qu’il se déroule à l’intérieur d’un manga d’action à l’hollywoodienne. En plus, le manga ne se prend jamais véritablement au sérieux tout en permettant une réflexion poussée sur le processus de création. Cette volonté de pousser le concept de manga dans le manga à ses limites et ce ton au second degré constituent la véritable force d’Opus. On le lit le sourire aux lèvres, en se disant que le principe de base est vraiment bien exploité et en essayant de se mettre  tour à tour dans la peau des personnages de fiction et du mangaka.

Je rappelle tout de même que le fait de mélanger fiction et réalité est un thème assez récurent chez Satoshi Kon. On peut voir ce phénomène dans Paprika ou encore dans certains épisodes de la série Paranoia Agent. Autre sujet récurent dans l’œuvre de Satoshi Kon: les références. Opus ne manque pas à l’appel et offre au lecteur des clins d’œil tirés de faits divers, comme la secte d’Aum, ou de fictions, tels Piège de cristal et Astro Boy.

paprika(les images en bonne qualité d’Opus se faisant rares, je vous offre un gif de Paprika)

En définitive, on a la chance de pouvoir lire du Satoshi Kon en français, et on aurait tort de s’en priver. Qu’on accroche ou pas aux délires du monsieur je pense qu’Opus est une expérience à tenter au moins pour les réflexions intéressantes qui y sont développées. Moi, j’adore, et je n’ai qu’une hâte, c’est de lire second album pour voir jusqu’où l’auteur va laisser libre court à son inventivité et connaître le fin mot de l’histoire.

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2 réflexions sur “Opus: quand la fiction devient fictive

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