Un pinceau affuté comme un sabre de samouraï

Aujourd’hui, c’est de Vagabond dont nous allons parler. Il s’agit du manga qui a conféré à Takehiko Inoue, son auteur, le statut de dessinateur d’exception.

Musashi, personnage principal de l'histoire
Musashi, personnage principal de l’histoire

D’un point de vue technique, Vagabond est un manga seinen qui parait depuis 1997 dans le magazine Morning de Kodansha. La série est inspirée du roman La Pierre et le Sabre d’Eiji Yoshikawa. On y suit la vie de Miyamoto Musashi, un rônin sauvage à la recherche des meilleurs adversaires pour détenir le titre de plus grand bretteur. Ce magazine possède d’autres bonnes séries, comme Billy Bat dont j’ai déjà parlé il y a un moment maintenant.

C’est le point de vue d’un retardataire dont vous allez avoir le droit, car je n’ai lu la série que jusqu’au tome 18 pour le moment (sur les 35 parus). Mais elle fait d’ores et déjà partie de mes séries fétiches.

D’Inoue, j’avais d’abord lu Real. Un manga sur le handibasket porté par des personnages hautement charismatiques. Ensuite, on m’a prêté Slam Dunk que j’ai trouvé… bien. Mais pas de quoi crier au génie. Quand on les a tous sous le bras, ça se lit avec entrain, mais pour le coup, aucun personnage ne m’a vraiment séduit, et la fin est quand même frustrante sur plusieurs points. Enfin, il ne me restait que Vagabond à lire, et personne pour me les prêter. J’ai vendu un rein et j’ai donc pu lire jusqu’au tome 18.

Takehiko Inoue, lui-même
Takehiko Inoue, lui-même

Vagabond, je définirais cette série avant tout comme la représentation idéale que je me fais de l’ambiance samouraï. Une campagne aux forêts denses et, de temps en temps, des villes où les rônins trouvent refuge. Ça ressemble finalement au désert de l’Ouest américain, mais en plus luxuriant. L’honneur des samouraïs y est décrit avec justesse, montrant à la fois la grandeur d’âme que ces hommes recherchent et en même temps, l’enfer des duels de sabres qui va de pair.

Franchement, je ne vous mentais pas en parlant de détails, hein ?
Un exemple de double-pages parmi d’autres, montrant le talent de dessinateur d’Inoue

C’est d’ailleurs dans cette représentation minutieuse que le trait d’Inoue prend tout son intérêt. Il dessine la végétation et les décors humains avec un souci du détail hallucinant. Ses doubles pages sont absolument saisissantes tant il a bossé dessus. L’herbe, les arbres, le bois, les feuilles, ces éléments de décor sont dessinés dans le moindre détail, à tel point qu’on est vite subjugué par cette amoncellement de petites choses qui rendent les planches très chargées. De même, on rentre de plain-pied dans l’atmosphère du Japon pré-moderne* grâce aux personnages et leurs tenues. On rencontre souvent des voyageurs, à l’image du moine qui va guider Musashi, vêtu d’une simple tunique et d’un chapeau typiquement japonais qui lui cache les yeux. La représentation est également très réaliste dans le détail des visages des personnages. Les paysans ont les traits tirés, sont barbus, fatigués par leur vie de dur labeur. Bref, d’un point de vue ambiance, on y est.

Là où Inoue fait aussi fort, c’est dans les duels de sabre, grâce aux mêmes double-pages et à un excellent sens du découpage. Les luttes font rages, souvent à un contre plusieurs, et on est emporté par la vivacité et l’intensité des duels.

Finalement, le scénario n’est pas dantesque, et est complètement éclipsé par l’étourdissement provoqué par cette ambiance incroyable. Et ce n’est pas forcément un mal. Pas plus que c’est une qualité. C’est juste que Vagabond est une plongée dans l’univers du samouraï, dans le classicisme de son histoire comme dans la qualité de sa représentation. Cependant, là où j’en suis, on nous décrit le samouraï Kôjirô Sasaki d’une bien belle manière. Il y a beaucoup à faire avec ce personnage et sa fameuse particularité. Son destin s’entrechoque d’ailleurs avec celui de Musashi, et c’est franchement intéressant. Ce manga nous décrit de vraies bêtes sauvages, dont le caractère, à défaut d’originalité, sert une fois de plus l’immersion au sein de l’ambiance.

Inoue dessine des séries complémentaires en fin de compte. Real, c’est une série que j’ai commencé à lire il y a pas mal de temps. Je n’ai jamais vraiment été ébahi devant la qualité du dessin. À tel point que je pensais que me survendait Inoue. Par contre, son scénario et ses personnages sont très puissants. J’ai rarement été à ce point ému par des personnages de manga. L’explication nous a été donnée par Inoue lui-même (Kaboom Magazine N°2, par exemple) : Vagabond est la série qui lui a servi de support pour transcender son art, recherchant des moyens de perfectionner de plus en plus l’esthétisme de son trait ; Real a commencé peu de temps après, où Inoue avait besoin d’un exutoire et parler des thèmes qui lui chers (le dépassement de soi, le basket). Il se dit également qu’il n’utilise que 25% de ses capacités graphiques sur Real. Et ça se voit. Vagabond est dessiné avec un tout autre niveau de qualité. Laquelle des deux séries préférées ? Je ne trancherai pas. J’aime énormément les deux.

InoueVagabond1

En tout cas, j’ai envie de dire qu’Inoue est un grand auteur de seinen. Il a fait peu de mangas, ils sont tous passionnants, mais la qualité se révèle meilleure, à mon humble avis, dans ses seinen. Il est annoncé que Vagabond se terminera dans peu de tomes (ce qui correspond à plusieurs années de publication, en réalité). Ça me laisse le temps de lire tout ce qui me manque et de me régaler. En tout cas, les mangas d’Inoue sont hautement recommandables, c’est certain !

* Merci à Meloku pour cette précision historique !

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5 réflexions sur “Un pinceau affuté comme un sabre de samouraï

  1. kaeru

    Ravie de constater que quelqu’un partage le même point de vue que moi sur ces deux œuvres, toutes deux sous-estimées.
    A ma connaissance Inoue a annoncé que Vagabond se terminerait au 35e volume, qui vient juste de paraître. Pas vérifié si c’est vrai car j’attends pour le déguster…

    1. Merci pour ce commentaire :D

      Hum, je ne sais pas si elles sont sous-estimées. Inoue est un auteur pas mal lu quand même, quand on voit l’affluence qu’il y a eu pour sa présence au salon du livre 2013. Enfin, je suis sûr que Vagabond et Slam Dunk sont des succès. Real, peut-être moins, mais c’est sans doute son manga le plus estimé.

      C’était il y a longtemps qu’il a annoncé que le tome 35 serait à peu près le dernier (il y a quelques années déjà). Le tome 36 est paru au Japon, va bientôt paraitre en France et il n’est pas annoncé comme le dernier. Donc on a encore le temps de se délecter ;)

  2. Lupin

    Tu as pu lire tout les tomes au final ?

    Tu as oublié de mentionner dans l’article que Miyamoto Musashi est un VRAI samurai qui a vraiment existé, et qui a vraiment combattu 70 fines lames en même temps ! :D

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