Abenobashi : Fantasme otaku chez Black Box

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Adaptation d’un animé en treize épisodes produit par Gainax en 2002, le manga Abenobashi arrive en grand format chez un éditeur qui sait se faire discret en termes d’annonces mais qui choisit vraiment bien ses titres. J’aurai d’ailleurs le plaisir de vous faire découvrir Black Box un peu plus en détails lors de mon dossier sur Masako Yoshi, véritable pilier du lancement de l’éditeur (il viendra un jour, promis !). Pour l’instant… Place aux loufoqueries d’Abenobashi !

Dans le quartier commerçant d’Abeno, à Osaka, les affaires vont mal. La plupart des magasins a fermé et le quartier est voué à la restructuration. Sasshi et Ayumi, deux adolescents, vont découvrir parmi des décombres un objet leur permettant de « voyager » à travers le quartier, mais dans des univers parallèles très liés aux goûts de Sasshi : science-fiction, heroic fantasy, arts martiaux, le tout avec les mêmes habitants !

Paradoxe temporel et folies scénaristiques.

Le pari était osé : faire traverser les rêves les plus fous de tout otaku qui se respecte (dans le sens français du terme bien entendu) à un duo de héros attachants. De plus, les auteurs avaient la pression du succès de l’anime puisque  c’est ce qui a poussé Gainax à demander une adaptation en manga.

Tout commence pourtant de manière assez triviale puisque les deux jeunes gens sont embarqués un peu contre leur gré dans ce voyage à travers les univers. Ne vous attendez pas à trouver un portail à la Sliders ici puisque nos héros sont baladés de monde en monde par des petits diablotins. Sasshi et Arumi croyait à une gigantesque blague mais les deux tourtereaux (inavoués), voués (ho ho ho) à la séparation dans la réalité, vont se rapprocher alors qu’ils traversent les épreuves les plus folles. D’ailleurs, on comprend le désir de Sasshi qui est de faire durer le voyage le plus longtemps possible puisque le jeune garçon est amoureux (en secret évidemment) de son amie qui rougit d’ailleurs assez facilement.

Le seul reproche que l’on peut faire au titre niveau scénario est que le tout s’embrouille un peu vers la fin. Les auteurs tentent d’aller au delà du concept d’univers parallèles en ajoutant la notion de réalité dans l’équation. On se demande d’ailleurs quelle raison les a poussés à faire ce choix dans une série qui semblait pourtant bien partie pour n’être qu’un pur délire d’otaku.

Des références à ne plus savoir qu’en faire !
L’une des forces de la série réside sans aucun doute dans ses références. De toutes façons, les auteurs ne pouvaient pas se permettre de ne pas en caser trente-six par planches ! Ils commencent pourtant en douceur en se moquant gentiment de la France et d’un de ses joueurs de foot les plus connus mais rapidement, on passe aux choses sérieuses et ce sont des séries comme Hajime no Ippo (édité Kurokawa chez nous) qui y passent avec un Dempsey Roll réalisé à l’aide… d’une poitrine !

Rassurez-vous, toutes les parodies ne sont pas aussi graveleuses et certaines sont évidentes mais sobres (pas de bling bling inutile comme on dit) comme la parodie de sentaï (alias Power Ranger chez nous) avec Sasshi et Arumi qui assemblent deux robots façon mégazord pour former une réplique simiesque d’une Eva (Evangelion).

Le gros plus, c’est aussi la diversité des parodies. Les auteurs ne se refusent rien et parodient des grands classiques de Gainax et autres grands succès manga comme Dragon BallCaptain Herlock, You’re Under ArrestMazinger Z (le pauvre Gô Nagai en prend pour son grade et on voit souvent le dessinateur qui se représente en SD – Super Deformed – pour s’excuser auprès de lui) mais ne s’arrêtent pas là.… Ils vont aussi piquer par-ci par-là dans les grands classiques du cinéma, en particulier pour le monde « spécial polar » qui prend son inspiration dans les vieux films de mafieux. Vous ne pourrez pas non plus rater Bruce Lee et Robocop à un moment où vous ne les attendrez pas vraiment !

« Ecchi na no wa ikenai to omoimasu »
Cette phrase ne vous dit rien ? Cela ne peut vouloir dire qu’une seule chose : vous n’avez jamais vu Mahoromatic ! L’héroïne de cette série, l’androïde Mahoro, répète sans cesse à son maître que « Les pensées perverses sont mauvaises ! ». Que dirait-elle si jamais elle le voyait lire Abenobashi ?! Malgré l’âge des personnages principaux (ils viennent de finir la sixième si mes souvenirs sont bons), ils ont des pensées très… adultes ! On peut comprendre que Sasshi soit un obsédé mais certaines phrases d’Arumi sont très… recherchées !

Les auteurs utilisent d’ailleurs énormément de références un peu perverses (parfois bien senties, il faut l’avouer) et n’hésite pas à faire de l’humour « qui rebondit ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Tout simplement que si vous aimez les poitrines, vous allez être servis ! Sachant que le titre a été publié dans un magasine seinen, les auteurs n’avaient pas vraiment de restrictions et on le voit très rapidement.

Choix suicidaire ou pari éditorial réussi ?
Sortir en France un titre comme Abenobashi est un peu risqué car on sait tous que le public français n’est pas forcément très client de ce genre d’humour. Cependant, l’animé ayant déjà été diffusé dans notre contrée (et avec un succès plus qu’honorable), la base de fans est déjà là. Pour ma part, je n’ai toujours pas vu l’animé mais je dois avouer que cet excellent pavé de chez Black Box m’en a grandement donné envie. Si c’est aussi loufoque, il y a de quoi prévoir quelques heures de rire.

Je pense que je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, Abenobashi est un vrai coup de coeur et je dois avouer que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi sympa. Black Box est un éditeur qui commence à monter et il nous prouve qu’il sait choisir ses titres avec soin, ce qui laisse présager du très bon pour la suite.

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