Litchi Hikari Club : Le Grand Guignol du manga

Avec Litchi Hikari Club, Usamaru Furuya adapte une pièce de théâtre du Tokyo Grand Guignol en prenant le soin d’apporter sa touche personnelle. Dans ce one shot sorti aux éditions IMHO, l’auteur rend hommage à la culture underground japonaise, et notamment à Suehiro Maruo. On notera que ce même Suehiro Maruo a participé à l’œuvre d’origine. Voilà pour le contexte.

« Soit tu conquerras le monde à 30 ans, soit tu mourras à 14 ans… C’est une fille qui est la clé de ton destin. »

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L’Hikari Club est un groupe de neuf garçons, tous encore au collège, qui se réunissent dans leur base secrète pour fabriquer une machine. Cette machine c’est Litchi. Comme son nom l’indique, son système d’alimentation est à base de litchis. Les jeunes surdoués de l’Hikari Club vont lui donner l’ordre de capturer des filles afin que la prédiction -précédemment citée – faisant de leur charismatique leader, Zéra, un grand conquérant se réalise.

Des sonorités allemandes, des jeunes hommes en uniforme et béret noir munis de lampes torches qui sifflent en cadence, vous voilà entrez dans le manga d’Usamaru Furuya. Dès les premières pages du livre, on assiste à une exécution. Un malheureux collégien ayant découvert la cachette de l’Hikari Club se fera bruler les yeux avant de devoir les ingurgiter. Le ton est donné, le manga sera gore et malsain.

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Le one shot conte donc l’histoire de ce macabre club une fois que Litchi ait vu le jour. Zéra prévoie qu’un traitre se cache dans l’organisation, et il fera tout pour le débusquer jusqu’à sombrer dans la folie et la paranoïa. Usamaru Furuya fait monter la tension et maitrise parfaitement le suspense jusqu’à la dernière page. C’est avec un talent monstrueux que l’auteur nous tient en haleine.

Deux relations amoureuses plutôt inattendues naissent lors du début de Litchi Hikari Club. La première est une relation homosexuelle entre Zéra, le meneur du groupe, et Jaibo, son second. Malgré des scènes explicites, on est loin des clichés habituels sur le yaoi. Les deux seules scènes de sexe auront une importance capitale pour le déroulement de l’histoire. La seconde relation amoureuse se construit petit à petit. Litchi, le robot tueur, et Kanon, la jeune fille qu’il a capturé tombent amoureux l’un de l’autre. Cet amour à priori impossible nous fera penser à La belle et la bête dans le traitement du syndrome de Stockholm, mais également lors d’une scène de danse. Grâce à la douce Kanon, Litchi va se rapprocher de plus en plus de l’être humain. A tel point qu’il n’apparait plus comme un monstre aux yeux du lecteur, tandis que Zéra suit le chemin inverse. Cette Kanon est-elle emplit de gentillesse ou utilise-t-elle Litchi afin de s’enfuir ? On ne peut s’empêcher de se poser la question tout au long de la lecture.

A travers l’idéologie de Zéra, Usamaru Furuya traite de sujets bien complexes. Celui qui ressort en premier est le refus de passer à l’âge adulte. Tout comme l’amour (et notamment homosexuel), c’est un thème que l’auteur aime bien traiter. Il l’a déjà abordé à travers Nanako dans Tokyo Magnitude 8 ou même dans le recueil L’âge la déraison dont cette peur de l’âge adulte est le thème principal. Ici, ce thème est développé de manière plutôt sombre. Et c’est le moins que l’on puisse dire. Zéra a conscience de cette cassure qu’est le passage à l’âge adulte, mais il préfère la mort à la vieillesse ennemie.

Toujours par Zéra, Litchi Hikari Club aborde l’ultra-violence. Le manga m’a même fait penser à la première partie du film Orange Mécanique. Cette surenchère de la violence est typique des manga de Suehiro Maruo ou du théâtre du Grand Guignol dont s’est inspiré l’auteur. Le manga comportant des séquences très gores, il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

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Côté graphisme, on reconnaitra le trait droit d’Usamaru Furuya au premier coup d’œil. On remarquera cependant que Litchi Hikari Club est bien plus sombre que les autres manga de l’auteur. L’obscurité sur les visages des personnages et la noirceur des décors collent parfaitement à l’ambiance glauque du manga. Ce parti pris graphique d’assombrir son trait est une totale réussite. Chaque personnage a sa propre personnalité et cela se ressent sur son physique. Le preuve de la loyauté de Nico est visible sur son visage; avec sa tête de premier de la classe, il est facile de deviner que Calcul est un génie des mathématiques… Tous ont leurs spécificités. Outre l’aspect physique, l’uniforme traditionnel des membres de l’Hikari Club contribue à alimenter cette ambiance dérangeante. Les décors sont magnifiques. Le lieu où se réunissent les neuf collégiens est tout ce qu’il y a de plus lugubre. Le sous-sol d’une usine désaffectée leur sert de base secrète. Seul un trône orné d’une étoile noire posé sur une estrade l’aménage. Une fois de plus, les tenues vestimentaires et les décors rappellent les mangas de Suehiro Maruo, et particulièrement son œuvre Vampyre.

Concernant l’édition, rien n’est à déplorer. Le prix peut effrayer, d’autant plus qu’il n’y a que la page d’introduction qui soit colorée. Mais IMHO, nous propose un grand format, histoire d’apprécier pleinement les magnifiques planches de l’auteur. De plus, l’ouvrage comporte plus de 320 pages. On peut donc affirmer que le prix est pleinement justifié. Le lettrage est d’excellente qualité, notamment lorsque Litchi s’exprime. La traduction est elle aussi de très bonne facture. Je regrette seulement que les textes en allemand et en latin ne soient pas traduits en français par l’intermédiaire d’un astérisque par exemple.

arton231En définitive Litchi Hikari Club est une œuvre remarquable, un one shot d’une qualité rare. Usamaru Furuya fait monter la tension jusqu’à tout faire éclater dans un final grand-guignolesque. Il sera alors difficile de rester impassible à la sortie de cette lecture. Plus qu’un hommage au maître du manga underground, Litchi Hikari Club surpasse la plupart des œuvres de Suehiro Maruo en y apportant ses propres thématiques (amours impossibles, refus de grandir, etc.). C’est un véritable bijou, assurément l’un de mes mangas préférés.

Une préquelle portant le nom de Notre Hikari Club est terminée en deux volumes au Japon. En France, elle sera publiée très rapidement par IMHO. Et ça tombe bien, on en redemande.

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3 réflexions sur “Litchi Hikari Club : Le Grand Guignol du manga

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  2. Lilly

    Je met met de plus en plus aux manga grâce à votre blog (j’en ai lu vraiment très peu, j’ai vraiment tenté de commencer cette année, aprés la claque Bonne Nuit Punpun)
    Je pense craquer pour celui là, j’espère qu’il est pas trop aride pour les neophyte, les thèmes m’intéressent beaucoup

  3. Lili

    Un des plus beaux Furuya (mais bon, Furuya c’est le BIEN (et même plus, le bien suprême, je dirais). C’est vrai qu’il est très sombre graphiquement, comme en négatif. Il nous fait plonger dans sa noirceur ambiante rapidement, on y est embarqué.

    A lire et relire (et rere etc.)

    En espérant avoir rapidement le préquel, vu qu’il a pris un peu de retard, et encore beaucoup d’autres Furuya (on peut rêver un peu). Et d’autres articles en conséquence, évidemment. :)

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