Gunsmith Cats : La Nostalgie en poudre

Il est des jours tout gris, où l’on tente tant bien que mal de se mettre un truc sous la dent. Non content des nouveautés dernièrement acquises, on a l’impression de perdre gout à cet univers qui nous est si cher. C’est alors dans ces moments-là que l’on se tourne vers nos valeurs sures, nos véritables coup de cœur, nos premières découvertes qui nous rappellent, non sans Nostalgie (avec un grand N) les bons moments et les surprises qui ont pavés notre route (vous pouvez pleurer ici, voilà les mouchoirs). C’est donc avec Nostalgie qu’aujourd’hui nous allons aborder une série du temps jadis, trop vite oubliée, je cite Gunsmith Cats.

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Un duo explosif pour cette couverture du premier tome de l’édition simple

Kenichi Sonoda a commencé sa carrière comme designer/animateur clef au sein du studio Artmic. Fort des séries à succès sur lesquelles il a travaillé, on pense surtout à Bubblegum Crisis, il se lance par la suite dans la réalisation de travaux papier plus personnels. Grand amateur d’armes à feu en tout genre et de belles voitures, il va essayer de retranscrire au mieux, dans ses travaux, cet univers qui lui est cher. Quelques années plus tard, en 1988, il sort Riding Bean, une histoire en 4 chapitres, publiée dans l’Afternoon, contant les aventures d’un livreur de Chicago très spécial, ne jurant que par l’argent quitte à faire affaire avec les pires malfrats de l’Illinois. Dès lors, on est plongé dans une ambiance complètement survoltée qui va faire le succès de cette petite série qui se verra, en outre, adaptée au petit écran sous forme d’un seul épisode au format OAV. Riding Bean nous introduit aussi un certain nombre de personnages clefs, qui referont leur apparition dans les futurs travaux de Sonoda et ce parfois, avec un changement radical de chara-design. Bien que très court, ce premier essai séduit grandement et jette les bases d’un spin-off beaucoup plus travaillé : Gunsmith Cats.

Publiée au Japon dans l’Afternoon dès Janvier 1991, la série, longue de 8 tomes rappelons le, a mis plus de 6 ans à se terminer. En France, on la connaîtra dans un premier temps grâce à la publication des volumes simples vers 1995 puis par la compilation en volumes doubles quelques années plus tard, le tout édité par Glénat. La série donnera naissance à un ensemble de 3 OAV, passés quasiment inaperçus en France, reprenant de façon assez grossière l’histoire contée dans le manga. Pour ma part, je possède les vieux tomes de la première édition, et pour ne rien vous cacher, ils ont tous assez mal vieillis et ont rapidement virés au jaune avec une sacrée odeur de renfermé (en fait, j’adore ça et c’est un prétexte pour les relire, mais chut).

La série, dans la lignée de Riding Bean, nous mettra en compagnie d’un duo de chasseuses de prime : Irène Vincent (Rally pour les intimes), professionnelle en armes à feu de tout calibres et Minnie Mey son acolyte, spécialiste des explosifs. L’action se déroule dans un Chicago des années 90, avec son lot de malfrats, voyous et organisations. Au programme,  des armes, des voitures, beaucoup de pan-pan le tout saupoudré de sexy et de flaques de sang. Bref, un joli mélange hétéroclite qui saura séduire plus d’un lecteur !

Le rythme du récit, soutenu, nous insère assezrapidement dans un univers très accrocheur doté d’une dynamique sans égale. Les courses poursuites en voiture se font haletantes et les scènes armées, plutôt bien orchestrées.  Une très grande importance est accordée à la rapidité des scènes, ce qui rend la lecture de chaque chapitre assez intense.
Le dessin, on pourrait dire, a mal vieilli car très représentatif des années 80/90, mais conserve un charme sans égal. Sonoda se démarque en son temps par le choix d’un trait courbe et relativement bien maîtrisé, faisant opposition aux designs plus géométriques propres aux années 80. Les plans « statiques » se veulent assez détaillés de sorte que l’on puisse profiter un peu des rares moments de répits. Un très gros travail de documentation a été fourni quant aux types de voitures présentes dans le manga, de même pour les armes à feu,  si bien qu’on a l’impression que l’auteur joue la carte de l’excès en nous présentant minutieusement tous les joujous employés (caractéristiques techniques comprises). On pourrait voir là un trop plein de zèle de la part de Maître Sonoda, mais il faut admettre que cela s’intègre plutôt bien dans l’esprit de la série.

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De l’action pure à revendre, bref, que du bonheur

On reprochera peut-être à Gunsmith Cats une certaine répétitivité dans la construction de son scénario, typiquement dans l’état d’esprit du « héros-qui-gagne-toujours-à-la-fin ». L’enchainement frénétique d’enquêtes et de courses poursuites, même si certaines traques s’étalent sur plusieurs volumes, révèlent également une absence de ligne directrice claire. Le dessin est propre mais manque un peu de substance, certaines cases se retrouvant assez épurées, avec un background assez léger parfois au détriment de la rapidité du récit. On notera également un petit essoufflement du récit vers le milieu de la série, pour ensuite repartir plus intensément sur les derniers tomes.

Loin d’être exempt de tout défaut, Gunsmith Cats est une petite série agréable à aborder sans prise de tête, idéale pour se défouler après des lectures sérieuses (du Asano par exemple). Bien qu’accusant un peu son âge, il serait dommage de passer à côté d’un tel petit bijou qui saura nous rappeler le charme des séries d’antan.

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8 réflexions sur “Gunsmith Cats : La Nostalgie en poudre

  1. Et bien cela donne envie ! Moi qui me disais que c’était bof bof comme série… Sinon, tu n’es pas le seul à aimer l’odeur des livres jaunis, plaisir coupable. Par contre tu dis que la tendance de l’époque c’est les traits géométriques ? Moi à part quelques titres comme Dragon Ball ou Dragon Quest du Jump, y a pas grand chose qui me vient à l’esprit (tout du moins en cet instant). Bon article en tout cas !

    1. Elsior

      Traits géométriques, j’exagère un peu beaucoup. Je veux dire par là, dessins trapus dans le style JJBA ou Hokuto no Ken. Après, on a aussi de superbes trucs avec des dessins plus arrondis comme Ghost in the Shell, Appleseed, City Hunter et j’en passe.
      Pour en revenir à GsC, j’en parle surtout avec nostalgie et de façon purement subjective, mais dans l’ensemble, c’est une bonne série bien vivante, bref un petit défouloir. Si tu trouves les premiers tomes (simple ou double) fonce et fais toi un avis !

  2. > En France, on la connaîtra dans un premier temps grâce à la publication des volumes simples vers 1995 puis par la compilation en volumes doubles quelques années plus tard, le tout édité par Glénat

    il me semble qu’il y a eu des chapitres publiés chez Kameha, le magazine de prépublication de Glénat. D’ailleurs la 1ere édition a été censuré, la scène censurée la plus connue est le moment où Mini May 16 ans, taille une pipe a son mec qui a le double de son âge.

    1. Elsior

      C’est possible, pour les dates, j’ai fait ça de mémoire (c’est pas sérieux, je sais).
      Et c’est vrai que Gunsmith Cats n’est pas avare en scène dénudées, le plus souvent pas vraiment justifiées.
      Merci pour l’info en tout cas ! je regarderai ça.

  3. Oh ! Le titre de ce manga était resté dans ma tête à l’époque parce que je le voyais toujours dans les *recommandations* de fin de tome des vieux mangas Glénat (et je l’ai confondu avec Gunslinger Girl pendant longtemps aussi :'<), mais c'est intéressant de voir qu'ultimement, c'est un manga assez sympa.
    J'essaierais à l'occasion o/.

  4. Gunsmith cats est un manga dont j’ai toujours adoré la manière de traiter l’action. Je pense que c’est un des meilleurs de ce point de vue : les fusillades sont inventives, variées, rythmées, et certaines scènes ont eu une postérité, comme celle où Rally Vincent récupère Minnie May en voiture lors d’un dérapage, scène qui a été directement reprise dans le film Wanted de Timur Bekmambetov.

    Par contre, je suis super gêné par le fan service assez absurde du titre : non seulement Sonoda trouve toujours un prétexte absurde pour foutre Rally Vincent en petite culotte / collant au milieu des fusillades, mais l’histoire secondaire de Minnie May, qui explique tout sourire qu’elle a été prostituée depuis l’âge de 12 ans est placé sous le signe du malaise total. Je ne savais pas qu’il y avait des scènes censurées et cela renforce encore plus mon impression.

    Du coup, c’est drôle, parce que je suis bibliothécaire, et il nous reste ces volumes (mais pas le dernier, ce qui fait que je n’ai jamais pu lire la fin), et je suis toujours partagé entre l’envie de le faire découvrir, et la gêne de cette trame carrément pédophile.

    1. Elsior

      Pareil ici, je trouve le fan service assez gênant d’autant plus qu’il est assez mal amené et somme toute injustifié. Sinon, le fait que Minnie May ait travaillé dans un bordel (La Chatte Pourpre) ne m’a pas vraiment perturbé, contrairement à certaines scènes dénudées. Je trouve que ça enrichi assez l’histoire (contacts/informateurs pour aider Rally dans ses traques).
      Sinon, tout comme toi, j’ai été assez étonné de savoir certaines scènes censurées…

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