Change rien, Terry

Aujourd’hui, je vous propose une review de Zero Theorem, le dernier film de Terry Gilliam sorti cette année. Il conclut sa trilogie orwellienne après Brazil en 1985 et L’armée des 12 singes en 1995.

J’ai ressenti le besoin de rédiger cet avis après les critiques que je vois ça et là, comme quoi Gilliam ne serait plus bon à rien. Je tiens à le défendre. En fait, depuis mon billet sur Billy Bat, je suis devenu l’avocat des auteurs à succès dont on flingue la dernière sortie.

ZT

Pour cadrer le truc :

Cette critique contient des spoils.

J’ai vu Zero Theorem une seule fois il y a quelques semaines, ce qui expliquera peut-être mon manque de clairvoyance sur certains points (d’autant plus vu la complexité du film).

De Gilliam, je ne connais que L’armée des 12 singes et Brazil, qui est l’un de mes films préférés. Je n’ai vu aucun autre de ses films à l’heure actuelle, ni sa période Monty Python, ni ses autres films des années 2000 qui n’ont pas la cote.

Bref pitch : Qohen (Christoph Waltz) est un informaticien névrosé qui vit seule dans une église aménagée en habitation. Il est employé dans une grosse entreprise dirigée par un certain Management (Matt Damon) qui lui propose de travailler sur la résolution du théorème zéro, un modèle qui expliquerait le sens de la vie.

ZT1C’est cool les soirées chez Gilliam.

Alors, qu’est-ce qu’on reproche à ce film ? L’absence de réponse à plein de questions. Et là je dis erreur. Je ne suis même pas sûr que le film propose tant de questions que ça. C’est juste que le propos n’est pas évident à faire émerger des dialogues et des actions des personnages. Il faut juste bien garder à l’esprit que Qohen cherche le sens de la vie et qu’il n’y parvient pas.

Mais cette complexité, c’était déjà le propre des autres films de Gilliam. Ce style excentrique et ces questions existentielles, pas forcément repérables du premier coup, le monsieur nous y avait déjà habitués. Je ne prétends pas avoir compris le film, qui sera probablement sujet à de multiples revisionnages (bien plus que L’armée des 12 singes).

Mais si on veut faire avancer la discussion, je propose quelques pistes : si Qohen emploie la première personne du pluriel pour parler de lui, il est possible qu’il soit la représentation de l’humanité. Lorsqu’il dit « Nous avons un cancer, nous ne pouvons plus travailler », cela veut dire que l’être humain est malade. Malade de quoi ? Peut-être de cette recherche du sens de la vie. Au final, Qohen y perdra beaucoup, notamment le grand amour.

ZT2Laisse tomber les critiques, on est bien là.

Pourquoi Gilliam ne propose pas d’interprétation du sens de la vie ? Il aurait effectivement pu aller dans un délire théologique et faire preuve de beaucoup de fantaisie pour son final, ce qui aurait pu être amusant. Il a préféré signifier (du moins, de ce que j’ai perçu), qu’on ne peut pas trouver de sens à la vie, qu’il n’y en a peut-être pas et qu’on perd son temps à essayer de le faire. Le film se termine d’ailleurs sur Qohen plus ou moins libéré de ce poids, mais devant un soleil couchant : l’humanité sera au crépuscule de sa vie avant de se rendre compte de la bêtise d’une telle recherche.

Et ça, mine de rien, c’est un tout autre choix que de faire dans la fantaisie théologique. Parce qu’en ayant procédé comme ça, Gilliam n’a pas voulu faire un film seulement délirant et amusant, il en a fait un film avec un message philosophique, très sous-jacent. C’est ça, je pense, qui n’a pas été compris par certains spectateurs. Plutôt que de prendre du recul, ils préfèrent condamner le réalisateur. C’est de plus en plus dur de faire quelque chose de fouillé visiblement.

En tout cas, c’est mon interprétation du film, qui n’est peut-être pas exhaustive ou exacte, mais il me plait pour ces raisons. Il est totalement dans la lignée des deux autres films de la trilogie du réalisateur, et il ne s’est pas trahi dans la vision intellectuelle d’un futur dystopique qu’il a depuis les années 1980. Je crois que les spectateurs s’attachent trop aux quelques éléments de ses précédentes productions qui ne sont pas présents ici (l’univers à la fois triste et merveilleux de Brazil, le thème du voyage dans le temps de L’armée des 12 singes, qui marie à la fois divertissement et recherche narrative, ou même encore l’univers délirants des Monty Python, de ce que j’en sais). Mais on ne devrait pas reprocher à Gilliam de faire du Gilliam, parce que tout le reste de Zero Theorem colle bien à sa vision du cinéma et à son univers.

ZT3« Avatar mieux classé que Zero Theorem ? Orwell avait raison ! »

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6 réflexions sur “Change rien, Terry

  1. Nadj

    Ce qu’il faut comprendre pour décrypter Brazil&ZT, c’est que les caricatures et les archétypes qui nous paraissent compliqués à saisir sont simplement des transpositions matérielles du pouvoir qui soumet le héro. Les personnages sont soit des « PNJ » qui ne servent à rien, soit des anathèmes qui vont faire évoluer l’intrigue. Le but étant de garder le spectateur dans un environnement à la fois inconnu et familier, et de mettre crument en exergue les paradoxes d’un système qui ressemble au notre. Terry touche là où ça fait mal, et explique que le monde est partagé entre la folie et la servitude volontaire. Deux symptômes qui sont liés à la fin d’une ère selon moi.. Je ne veux pas paraître fataliste mais c’est ma lecture de ses films ^^

    1. Je comprends ce que tu veux dire et c’est une lecture du film. Du coup, ce serait un genre de Brazil actualisé, où le post-révolutionnisme de gauche laisse place au capitalisme tout puissant. C’est vraiment intéressant et ça dépasse même l’idée de recherche du sens de la vie. C’est encore très inspiré de 1984.

      1. Nadj

        Oui voila! C’est la différence entre l’ancien type de régime dictatorial qui brimait la liberté manu militari et le celui d’aujourd’hui qui ne dit pas son nom et te laisse penser que t’es libre alors que non. Je dirai même que la transmutation coïncide avec l’apparition du marketing et ses études comportementales (d’où la psy qui est le programme censé pénétrer au plus profond des individus).
        Et on pourrait extrapoler tellement plus loin… les gens qui critiquent ce film ne doivent pas imaginer 2sec la portée avant-gardiste des films de Guilliam. Le pire c’est qu’il a justement fait un film là-dessus.

      2. Nadj

        Pour résumer je cite Aldous Huxley dans son livre Le Meilleur Des Mondes :

        « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude … »

        Voila qui résume le film.

  2. Ping : Top 3 des meilleurs films de 2014 | Nostroblog

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