Gichi Gichi Kun : Le manga enfantin qui n’en était pas un

Le nom de Suehiro Maruo évoque l’ultra-violence, ou bien la représentation des sexualités les plus déviantes. De ce fait je peux déjà anticiper vos réactions lorsque je vais vous annoncer que le manga de Suehiro Maruo que je vais chroniquer aujourd’hui se destine aux enfants. Voilà, je vous entend déjà réclamer ma tête de mon oreille droite, vouloir m’envoyer au bûcher de la gauche. Et oui, on est sur Internet ici, la demie-mesure n’existe pas. Mais avant de me passer la corde au cou, écoutez donc mon plaidoyer.

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La couverture espagnole

L’article du jour est consacré à Gichi Gichi Kun, un manga de Suehiro Maruo encore inédit en France mais qui, croyez-moi, ne va pas le rester longtemps. Au Japon, le manga a été publié en 1996 par les éditions Akita Shoten. Il compte 10 épisodes et un pilote.

Gichi Gichi est un garçon comme les autres. Ou presque. Il est en primaire, a des amis, vit avec ses parents et son petit frère, s’habille comme un chinois, a pour prénom une onomatopée et possède des pouvoirs surnaturels. Avec plus ou moins de morale, il combat les injustices et défend la belle Rumi, son amie. Un héros qui ne ressemble à aucun autre héros de Maruo pour un manga qui ne ressemble à aucun autre manga de Maruo.

Dès le premier chapitre Aoyama, un antagoniste, et Rumi, une alliée, apparaissent. Par la suite plusieurs personnages, plus ou moins secondaires, se dévoilent. De la brute sans cervelle, à la prof bienveillante, en passant par la petite peste jalouse de Rumi, tous les personnages sont des stéréotypes que l’on retrouve dans la plupart des mangas pour enfants se déroulant dans la cour de récré. On retrouve des codes de ce genre de mangas également dans la narration. Le schéma est très simple : un élément perturbateur intervient, il cause du tort à Gichi Gichi ou à un des ses proches, notre héros analyse la situation et attend le bon moment afin de se servir de ses pouvoir pour rétablir la situation. Les pouvoirs de Gichi Gichi, parlons-en d’ailleurs. Ils sont relativement enfantins. Ces techniques secrètes, comme il les appelle, permettent de contrôler l’ombre de ses camarades, de se métamorphoser ou bien de faire apparaître une bouche sur la nuque de quelqu’un pour contrôler ses paroles. On est bien dans un manga pour petits.

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Oui, sauf qu’il s’agit en fait d’une parodie de manga de cour de récré. Excepté le pilote un peu sanglant et une histoire où une secte veut offrir notre héros en sacrifice, il n’y a rien de vraiment amoral dans Gichi Gichi Kun. On trouve plus malsain dans les premiers volumes de Doraemon par exemple. Le ton est bon enfant, mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est un manga de Suehiro Maruo. Le mangaka utilise des codes réservés aux mangas enfantins comme prétexte pour réaliser des mises en scène graphiques dont il a le secret : expression de mouvement dans une seule case, onomatopées en bulles, cases hypnotiques, vous connaissez la chanson. De ce fait, Gichi Gichi Kid s’adresse principalement à un public déjà amateur de l’auteur, les néophytes risquant de passer à côté du principal intérêt.

Mais même sans connaître la biographie de Suehiro Maruo sur le bout des doigts, on peut apprécier Gichi Gichi Kun. Tout simplement parce que le manga nous replonge dans la cours de récré, la vraie, celle dénuée de bonne morale. Les enfants sont des pestes entre eux, se jalousent, se chamaillent. De plus, il est impossible de s’identifier à Gichi Gichi, tellement il dénote du paysage (je rappelle qu’il porte une tenue traditionnelle chinoise dans une école primaire japonaise). Et c’est en cela que le manga est universel, ce petit être grotesque rend tout ce qui l’entoure plus ou moins crédible pour tous. On ne se reconnaît peut-être pas dans le personnage principal, mais les situations nous paraissent familières. Des épreuves sportives interclasses aux tentatives de triche durant les examens, on a tous vécu ça, et on aurait aimé avoir les dons de Gichi Gichi pour régler tous les problèmes avec une facilité déconcertante.

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En définitive, Gichi Gichi Kun est un manga pour enfant. Oui, un manga pour l’enfant qui sommeille en chacun de nous. Le recueil cible principalement les adultes nostalgiques, même s’il possède les atouts nécessaires pour être apprécié par de jeunes écoliers. Il dénote parmi les classiques du genre par son côté parodique et par la puissance de la mise en scène graphique de son auteur. En lisant le manga à petites doses, histoire par histoire, j’ai passé d’agréables moments. J’ai beaucoup ri, j’ai été saisi par la qualité du coup du crayon du maître (pour changer), un élan de nostalgie s’est emparé de moi et, au final, j’en ai redemandé encore.

Et pour une fois que je peux vous conseiller un manga de Suehiro Maruo sans la mention « âmes sensibles s’abstenir », je ne vais pas m’en priver.

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2 réflexions sur “Gichi Gichi Kun : Le manga enfantin qui n’en était pas un

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