Real – « Contact » avec Kiyoshi Kurosawa

012340Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa compagne. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Depuis 2008 et Tokyo Sonata, on n’avait plus trop entendu parler de Kiyoshi Kurosawa. Ce maître du cinéma d’horreur à la japonaise préparait probablement son retour avec la minutie qui le caractérise. Avec Real, il nous livre un film émouvant, philosophique et un poil avant-gardiste.

Une impression de flou troublante.

En tant que spectateur critique, il est très difficile pour moi de commencer cette critique de Real. Pourquoi ? Parce que le film opère un virage assez particulier et ayant un impact considérable sur l’histoire après la première heure. Pendant ces soixante premières minutes, ce qui domine, c’est une sorte d’effet de flou. On ne sait pas grand-chose sur la vie des deux protagonistes si ce n’est qu’Atsumi est une véritable acharnée du travail (une mangaka comme on en décrit souvent) et que Koichi tente de vivre avec elle sans pour autant être une gêne. Lorsqu’elle tente de se suicider sans raison apparente, il va tenter d’entrer dans son esprit grâce au concept du « contact ». Avec cet élément tout simple qui n’est pas sans rappeler Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Kiyoshi Kurosawa fait basculer son film dans le fantastique.

La différence avec un autre réalisateur, c’est qu’il ne s’attarde absolument pas sur cet élément. Là où d’autres auraient choisi de développer le concept et de l’utiliser de diverses façons, le japonais ne fait que s’en servir pour se donner certaines libertés. Les deux faits les plus marquants restent l’apparition de l’assistant en simili-3D dans l’esprit de sa compagne, débarquement inquiétant à souhait mais surtout cette arrivée qui semble anodine d’un enfant dans l’ascenseur du monde « réel ». Alors que l’ascenseur s’ouvre, un gros plan progressif est opéré sur le regard du jeune garçon qui ne semble plus aussi innocent que l’on aurait pu le penser. Cette scène représente un véritable tournant dans le film dans la mesure  où le spectateur commence à se dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne vraiment pas rond.

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Une exploration à la japonaise.

Pendant son voyage, Koichi va découvrir une représentation d’Atsumi très particulière. Cette dernière est représentée comme accro au travail au point que ça en devient obsessionnel (c’est pas comme si elle demandait un dessin de dinosaure à son petit-ami toutes les dix minutes…). Le réalisateur matérialise d’ailleurs très bien cette maladie psychique en rendant Haruka Ayase presque plus apathique à chacune de ses nouvelles apparitions tout en lui gardant un petit côté espiègle (chose que l’on sent moins dans le doublage français). On atteint le point de non-retour lorsqu’on voit cette dernière dans sa chambre inondée, adossée à son lit, mais toujours en train de dessiner.

Consciente que Koichi est dans « sa » tête, elle n’hésite pas non plus à faire apparaître de nombreuses personnes pour l’empêcher d’arriver à ses fins ou encore à disparaître et réapparaître un peu à l’improviste. En fait, plus on avance et plus on se dit que sa femme a un vrai côté effrayant et qu’il vaut mieux ne pas trop lui chercher des noises même si cette image sera complètement changée après la première heure et son événement qui vient tout chambouler. Ce petit quelque chose qui vient casser toutes les perceptions du spectateur permet d’ailleurs au réalisateur de donner un temps de parole un peu plus équilibré aux deux acteurs principaux. Sachant que Takeru Sato est particulièrement bien mis en avant pendant la première heure, il était tout naturel qu’Haruka Ayase soit également choyée. Force est de constater qu’ils se débrouillent plutôt bien tous les deux même si je suis un peu plus étonné par Sato que j’ai notamment vu dans un tout autre rôle dans Kenshin. Ce dernier semble aussi perdu que le spectateur dans cette recherche spirituelle dans laquelle la mémoire possède une volonté qui lui est propre.

La plongée dans l’inconscient n’est pas quelque chose de nouveau dans le cinéma, la littérature ou même encore le manga. Il y a quelques années, Christopher Nolan avait divisé le monde avec Inception et son scénario bien alambiqué. Kiyoshi Kurosawa a décidé d’être beaucoup plus « direct » tout en gardant l’avantage d’être dans ce monde où tout peut arriver. Il n’hésite pas à jouer avec ce qui semble « réel » et ce qui ne l’est pas. Il n’est donc pas rare de voir des choses assez bizarres apparaître et disparaître d’un plan à l’autre. Bon nombre de raccord paraissent aussi ratés mais on se rend vite compte que ce n’est qu’un artifice lié à la facticité du monde de l’inconscient. Le réalisateur n’oublie pas non plus ses premières amours avec le cinéma d’horreur en introduisant quelques cadavres par-ci par-là qui viennent mettre un peu de piment dans une histoire qui semblait assez calme à la base. Point culturel assez intéressant aussi : là où Nolan permettait de pénétrer dans les rêves via une petite valise et quelques produits chimiques, c’est à coups de machines ultrasophistiquées et d’ondes électromagnétiques que Kiyoshi Kurosawa permet à Koichi de voyager dans l’esprit d’Atsumi.

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Bon titre réel ou pas ?

Je l’ai dit plusieurs fois mais cette coupure au milieu du film fait de Real un film en deux temps ou chacun des deux acteurs va pouvoir s’illustrer. L’histoire aurait pu être racontée d’une façon différente et ce bouleversement ne plaira pas forcément à tout le monde. Kiyoshi Kurosawa l’assume et va jusqu’au bout en terminant sur une vraie fin qui ne pourra pas être sujette à interprétation alors même que le thème du film lui permettait d’en finir de manière assez floue. Il ne sombre pas dans la facilité et c’est probablement ce qui lui permet de fournir un film agréable à suivre et qui change un peu de ce qu’il fait d’habitude. Ce changement de registre n’a pas l’air d’avoir beaucoup choqué les fans du réalisateur (il inclut quelques scènes horrifiques de toutes façons) mais il lui permet de viser un public un peu plus large qu’avant et ça, c’est difficile de lui reprocher.

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