Doctor Who, saison 8: La peur est un superpouvoir

CE BILAN CONTIENT QUELQUES SPOILERS. NE LISEZ PAS SI VOUS N’AVEZ PAS ENCORE VU LA SAISON 8.

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Une nouvelle saison de Doctor Who vient de se terminer.  Une saison qui nous a permis de découvrir un nouveau Docteur. Peter Capaldi prend le relais de Matt Smith. On se retrouve donc avec un Docteur plus âgé, enfin en apparence seulement puisque le personnage a 2000 ans. Eleven devient Twelve. Ou « Capaldouze » comme j’ai décidé de l’appeler. Je n’ai pas encore réussi à rendre le terme populaire mais je reste confiant.
Si vous ne connaissez pas Capaldi, je vous conseille l’excellente série The Thick of It, où il interprète un directeur de la communication pour le gouvernement britannique dont l’hystérie n’est surpassée que par la vulgarité.

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Mais contrairement à ce qu’on était beaucoup à croire, Capaldi ne va pas interpréter un Docteur qui parle à toute vitesse et gueule sur tout le monde. Il rompt la (relativement jeune) tradition instaurée par Tennant et Smith, et incarne un Docteur au ton plus posé et moins bavard. Le Docteur de Capaldi fait beaucoup penser à celui de Jon Pertwee, le 3ème Docteur (jusqu’au choix du costume). Il est condescendant et autoritaire. Il fait aussi penser au premier Docteur (William Hartnell) qui se montrait généralement froid et méprisant envers les êtres humains (surtout au début).
Le choix de Capaldi laisse aussi un mystère en place pour les fans, puisque celui a déjà joué un autre rôle dans la série. C’était dans l’épisode 2 de la saison 4 (The Fires of Pompeii) où il incarnait un habitant de Pompéi, pendant l’éruption du Vésuve. Ce n’est pas une première dans l’histoire de la série, Colin Baker avait déjà joué un petit rôle dans la série avant de devenir le 6ème Docteur. Mais cette fois-ci, les scénaristes semblent vouloir utiliser l’idée, puisque le Docteur trouve son visage familier et s’interroge sur sa source dans le season premiere (mais pas beaucoup dans la suite de la saison, peut-être plus tard…)

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Le tout début de cette saison semble avoir une dynamique familière pour les fans, puisqu’on a un nouveau Docteur mais la même compagnonne (pardon, c’est désuet, mais je ne peux vraiment pas utiliser le mot « compagne »). Comme au début de la saison 2 (avec David Tennant et Billie Piper) par exemple. Sauf que Clara n’est pas exactement la même… Comme il est mis en évidence dès l’épisode 8×01 (Deep Breath) où elle a le droit à un monologue très agressif en réponse aux insultes de Madame Vastra, Clara a changé. Elle est par exemple beaucoup plus confiante en elle. Pourtant, il n’y a pas eu de grosse ellipse depuis The Time of the Doctor, ce qui rend ce changement brutal. On peut même aller jusqu’à parler de reboot (ou réécriture) du personnage. Mais si ceci est normalement un outil scénaristique méprisé par les spectateurs (à raison), il permet ici un rafraîchissement réellement utile du personnage. Car dans la saison précédente, Clara était principalement définie par ses liens avec le Docteur. Et si cela marchait alors parfaitement (surtout dans une saison d’anniversaire empreinte de nostalgie), ce serait devenu un énorme boulet pour le personnage et l’aurait empêché d’évoluer si elle en était restée là. Et la structure même de la série (qui change ses personnages si souvent) rend en fait un reboot de ce genre moins maladroit (ou gênant) qu’ailleurs.
De toute manière, le meilleur argument pour cette nouvelle Clara est Jenna-Louise Coleman. Elle était très à l’aise dans le rôle pendant la saison 7, mais son interprétation est d’un tout autre niveau cette année. En tant qu’actrice, on sent qu’elle se met en danger, et s’en sort de manière admirable. Une grosse partie de la saison repose bien plus sur ses épaules que sur celles de Capaldi.

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Toute cette saison aura été un parcours introspectif pour ces deux personnages.  Le Docteur, comme à chaque régénération, doit (re)découvrir qui il est. « Suis-je un homme bon ? » (Am I a good man?) demande-t-il à Clara. L’une des interrogations principales de la saison est de savoir si le Docteur est un héros ou non. Il refuse le titre dans l’épisode 3 (Robot of Sherwood, un épisode très mauvais, soit dit en passant). Ses actes sont ensuite accueillis de façon mitigée dans les épisodes suivants. Ce n’est que dans l’épisode 9 (Flatline) qu’il décide pleinement d’être « celui qui arrête les monstres ».

Son chemin le mène aussi à confronter ses peurs. Une en particulier, qui remonte à son enfance, dans l’épisode 4. Listen est non seulement le meilleur épisode de la saison, il est aussi l’un des meilleurs épisodes de la série. L’épisode (écrit par Moffat) arrive à utiliser tout un tas d’idées tout en gardant un rythme très posé, laissant aux actes le temps de respirer et poser leurs ambiances (très différentes les unes des autres). Listen parvient à faire peur (à moi, en tout cas) et finit par donner l’un des meilleurs conseils que vous recevrez de votre vie: la peur est un superpouvoir. C’est aussi la clef de voûte de la saison, vu qu’il crée les connexions qui suivront les personnages pour le reste des épisodes, et amène des éléments narratifs nécessaires au season finale.

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Clara aussi doit découvrir qui elle est vraiment. Car elle avait placé sa vie en hiatus jusque-là. Mais maintenant, elle commence à se projeter dans le futur. Ce qui est ironique pour quelqu’un qui voyage dans le temps… Elle a un job (elle enseigne dans la même école où travaillaient les compagnons du premier Docteur), un petit copain (le génial et complexe Danny Pink), et ne se contente plus d’attendre le prochain voyage dans le Tardis. Elle doit construire sa vie.
Sauf qu’elle ne veut tout de même pas arrêter ses aventures. Même quand elle a du mal à cerner le nouveau Docteur, et même quand Danny lui pose un ultimatum. Elle commence à mentir un peu à tout le monde afin de mener sa double vie. Et pourtant sa relation avec Capaldouze (oui, fallait que je le ressorte) n’est pas non plus toute rose. Mais si le Docteur et Clara ont tant de mal à se comprendre, c’est en partie parce qu’ils se ressemblent beaucoup. Aucun des deux ne respecte l’autorité. Ils veulent toujours avoir le dernier mot l’un sur l’autre. Le Docteur a toujours influencé ses compagnons, et vice-versa. Ce qui entraîne le pseudo-arc couvant trois épisodes: de Kill the Moon (4×07) à Flatline (4×09). Ils atteignent ce qui semble être un point de non-retour à la fin de l’épisode 7, dans une confrontation très intense où la qualité de l’interprétation fait totalement oublier quelques défauts d’écriture. L’épisode suivant commence sur la base de leurs adieux, mais Clara finit par revenir sur sa décision (en mentant à la fois au Docteur et à Danny). Et Flatline la voit se prendre pour le Docteur avec au moins autant d’assurance que ce dernier, ce qu’il ne voit pas comme une bonne chose…

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Cette saison aurait été parfaite (malgré 2 mauvais épisodes: Robot of Sherwood et In the Forest of the Night) si la fin avait été un peu plus à la hauteur. Le season finale en deux parties (ce qui n’avait pas été fait depuis quelques années) écrit par Steven Moffat n’est pas nul, mais il est en partie raté. Principalement au niveau de la narration. Contrairement à Listen, où tout s’enchaine merveilleusement bien et rien n’est superflu, les évènements de Dark Water (8×11) et Death in Heaven (8×12) sont précipités, et le manque de rigueur dans la structure font que ce final manque d’impact. Et pourtant il y a plein de bonnes choses à l’intérieur, comme le début très poignant de Dark Water (pré et post-générique), le retour de U.N.I.T, et bien entendu Missy. Mais rien n’est très bien géré sur la longueur; ce qui arrive à Danny ne parvient pas à émouvoir comme il faut, la fille du Brigadier sert un peu à rien au final, et Missy… le personnage est très bien interprété par Michelle Gomez, mais le potentiel de sa véritable identité n’est pas suffisamment exploité. Death in Heaven raconte des choses très intéressantes mais les illustre mal

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Par contre, l’épisode est une réussite au niveau thématique. C’est peut-être même un peu trop surligné par ses flash-backs. Le Docteur et Clara arrivent à la fin de leurs parcours respectifs. Leur chemin n’était pas exactement le même, mais l’arrivée est très amère pour les deux. D’ailleurs, bien que l’héroïne de la saison soit indéniablement Clara, c’est celle qui semble le moins avoir trouvé ce dont elle avait besoin. Et la scène d’adieux (ou pas, probablement pas en fait, mais attendons Noël pour être sûr) tout en mensonges et en façades (Never trust a hug, it’s just a way to hide your face) plante le clou final dans une saison qui n’aura pas hésité à être parfois très sombre.

 

 

 

 

 

 

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9 réflexions sur “Doctor Who, saison 8: La peur est un superpouvoir

  1. Capaldi a aussi joué dans les 5 épisodes de Torchwood : Children of Earth. Je pensais qu’on aurait une explication sur ce « choix de visage » mais à priori, c’est pas pour tout de suite. J’ai trouvé la saison globalement moyenne avec un « fil conducteur » qui n’en était pas un en fait. C’est perturbant.

    Il y a de bons trucs mais j’ai mis du temps à apprécier Danny parce que j’ai toujours eu l’impression qu’il allait devoir faire un truc, avoir un rôle dans le scénario, plutôt que rester le simple petit ami de Clara. C’était d’autant plus visible avec les insistances pas subtiles sur son passé et ses traumas. Et quand j’ai commencé à l’apprécier, ça n’a pas loupé, il a joué un rôle (Dark Water, où il enclenche un peu tout le schmilblick final). Je veux bien qu’on donne de l’importance à des rôles secondaires mais là, c’est un peu gros et forcé.

    Pour Clara, c’est bien d’enfin lui offrir un background, mais ça m’a parut plutôt artificiel (et tardif) dans les premiers temps (comme dans l’épisode de Noël où on la voit avec ses parents). Mais bon, elle excelle dans son rôle de compagnonne, alors je peux éventuellement pardonner ces détails.

    Quant à Missy, son identité et son plan ont donné un bon épisode 11, mais le final et sa résolution trop facile, bof. Bref, j’ai un avis mitigé sur cette saison en dents de scie.

  2. gclems

    Le final manque cruellement de tension. On ne croit jamais au danger.
    Seule la révélation de l’identité de Missy a fait faire « boum boum boum boum » dans mon coeur de rocker. Son objectif final était aussi assez inattendu, mais donne l’impression que tout le mal qu’elle s’est donnée pour arriver à ce but… bah ça n’avait aucun intérêt. Elle a fait une tarte aux pommes en épluchant des oignons. Tu te disperse ma vieille.

    En ce qui concerne Danny, une fois qu’on a vu qu’il est dans l’au-delà, bah sa mort n’a plus aucun impact, puisqu’en fait il a l’air bel et bien vivant. Mais le début de la première partie, marche bien, même si elle est pas très réussie.

    La scène des adieux a un peu réveillé mon intérêt. Mais c’est typiquement le genre de scènes où je me dis « non mais vous êtes deux gros cons, en fait, allez vous faire foutre ». Du coup, oui mais bof. Le mensonge de CapalTREIZE fait un peu mal au cul pour lui quand même (j’ai lâché un petit « ah la grosse salope », sur le coup).

    (tout le monde a oublié qu’il y a eu un Doctor entre le 8e et le (communément numéroté) 9e ?)

    1. Maerlyn

      Tout le monde (sauf toi) a accepté que le War Doctor ne fait pas partie de la numérotation (c’est officiel).
      Sinon pour Missy, elle est tarée, elle (il) l’était même avant d’être Missy, donc le plan me semble coller au personnage.

      1. gclems

        Tout ça parce que Moffat ou la BBC ne veut pas assumer ses délires de complexité. C’est dénigrer John Hurt que de ne pas le numéroter, et c’est extrêmement moche. Et je trouve que Capaltreize sonne mieux que Capaldouze (qui ne rime qu’avec des adjectifs homophobes, et « papoose », qui n’est même pas un mot français)

        C’est pas illustré que ça n’a aucun sens (en fait, même le Doctor et Clara semblent considérer le plan comme logique), du coup même si c’est justifiable, ça passe mal. ET JE CRITIQUE SI J’VEUX.

  3. Takato

    Quelques points m’ont fait tiqué dans cette chronique, tout d’abord le « complexe » Danny Pink. Honnêtement, à part nous dire qu’il est un traumatisé de guerre qui a tué un gosse (chose pas très innovante en termes de sujet), ça reste superficiel et ne permet à Danny de briller que dans le S08E12. C’est dommage, parce que Pink est un personnage attachant mine de rien, mais j’osais espérer un traitement plus subtil de sa psychologie et surtout un rôle un peu plus majeur. (On en parle de ce qui lui arrive en début d’épisode 11, événement qui m’a limite fait rire tant c’était ridicule ? On aurait dit de l’humour noir (sans mauvais jeu de mot).)

    Puis Clara… Qui m’a prouvé qu’elle était le compagnon le plus insupportable de la seconde série (ce qui, du coup, me fait apprécier un peu plus Martha). D’abord, comme souligné par l’auteur, on a droit à une sorte de reboot du personnage. Niveau fluidité et cohérence, ça en chie donc pas mal par rapport à la Clara de saison 7. Mais à la limite, si ça avait été bien fait… Car dans cette saison 8, je vois une nana arrogante, hypocrite aussi, qui est bien trop mise en avant et n’assume plus du tout son rôle de compagnon, à mes yeux, là où le juste équilibre était accompli jusqu’à présent (Davies est parvenu à rendre Donna complètement pétée tout en la laissant à sa place d’accompagnateur du héros qui ne cherche jamais à lui piquer sa place). Bref, trop de suffisance pour Clara, l’annonce de son retour dans la saison 9 (en plus d’être un bon gros doigt tendu à la conclusion de la saison 8), m’a fait insulter Moffat des pires sobriquets possibles. J’espère que la demoiselle se rendra compte que du haut de ses même pas 30 ans, elle essaye de faire la morale à un type qui a vécu des centaines et des centaines d’années.

    Sinon, complètement d’accord avec la partie sur le season final. De très bons axes mais mal exploités, avec un twist de fin vraiment trop facile (et je reconnais que les objectifs de Missy -bien que j’adore le personnage- sont vraiment fumés).

    1. Maerlyn

      Pour Danny « complexe » est peut-être un petit peu fort. Son personnage aurait mérité d’être un peu plus exploré pour en arriver à cette conclusion, en effet. Je pensais surtout au fait que son personnage est au final beaucoup moins cool et sympa que ses premières apparences font penser (et ça, j’ai bien aimé).

      Pour Clara, je suis assez d’accord avec ta caractérisation, elle est arrogante et hypocrite. Mais elle n’est pas que ça, et surtout, ces traits de sa personnalité ne me dérangent pas du tout, au contraire. Surtout que je trouve ça très bien utilisé dans cette saison.

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