2001 humanisé

On le sait, Christopher Nolan doit beaucoup à Stanley Kubrick et son 2001. En cette fin d’année 2014, il nous sort son Interstellar, un film qu’on ne peut pas vraiment ranger dans la même catégorie que 2001 l’odyssée de l’espace, mais qui lui fait totalement écho.

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Revenons un petit peu en arrière. 2001 l’odyssée de l’espace sort à la fin des années 1960 en pleine période d’exploits spatiaux pour l’humanité. Pour ce film, Kubrick utilise un ressort peu commun dans le cinéma : il transforme les acteurs, et de fait, les êtres humains, en accessoires. Les acteurs dans ce film n’ont pas besoin de bien jouer, tellement leur jeu en lui-même est dans la retenue, en se limitant à quelques phrases monocordes à peine. La puissance du film est dans les images et dans les idées. La conquête de l’espace. La transposition de l’humanité. La survie de l’humanité. La mégalomanie humaine. Cette limitation du jeu des acteurs est bien évidemment un choix conscient de la part de Kubrick, où finalement, les personnages qui ont le plus d’émotions sont des objets, notamment le robot HAL. Mais même son script à lui est dans la retenue. Kubrick a choisi un ton déshumanisé pour parler de l’humain. Personnellement, j’y vois une volonté de prendre de la hauteur. L’humain n’est pas un être doué d’émotions chez Kubrick, mais un concept.

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Kubrick en plein tournage de 2001

Et c’est là que Nolan décide, dans son hommage à 2001 avec Interstellar, de changer de trajectoire. Il va prendre la même thématique que Kubrick (la survie de l’humanité à travers la conquête spatiale) en y insérant l’humain dans sa dimension émotive. Ainsi, Cooper, le personnage interprété par Matthew McConaughey, est mu par la volonté de sauver l’avenir de ses enfants, tout en étant terriblement meurtri par le risque de ne jamais les revoir, car sa mission est très aléatoire.

Dès lors, on peut se poser ce genre de question : est-ce que la prise de hauteur par la limitation du jeu d’acteurs de Kubrick est supérieure au pathos de Nolan ? Est-ce que Nolan fait du Kubrick qui aurait reculé d’un cran ? Je ne pense pas. C’est là qu’Interstellar fait écho à Kubrick, en reprenant ses thématiques, mais en en proposant une autre vision, du point de vue de l’homme en tant qu’individu doué d’émotions. Selon moi, c’est une prolongation du travail de Kubrick, qui est un tronc avec de multiples branches possibles (je peux à ce sujet vous rappeler que le mangaka Yukinobu Hoshino a déjà tenté l’expérience avec 2001 Nights Stories).

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Les personnages d’Interstellar regardent vers l’horizon

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Christopher Nolan sur le tournage

Le film en lui-même, je l’ai beaucoup apprécié pour sa capacité à être de la science-fiction au sens le plus pur du terme, à savoir de la fantaisie basée sur des éléments scientifiques crédibles au maximum possible, c’est-à-dire pas totalement. De cette manière, Nolan nous offre un formidable spectacle, qui tient debout malgré son matériau de base très compliqué. Car ne nous voilons pas la face : ce genre de film ne peut être parfaitement cohérent, et en acceptant ça, on voit la sincérité du travail de Nolan. C’est déjà le cas avec ses Batman : certains disent qu’il démystifie le mythe du super-héros en essayant de montrer un héros costumé dans un contexte très réaliste, alors que dans la réalité, un type qui se déguise pour faire justice est juste un type bizarre. Pour moi, c’est une façon de faire tout-à-fait valable, qui tente finalement d’emmener le spectateur dans une histoire à mi-chemin entre le possible et la fantaisie. C’est encore le cas dans Interstellar, qui, il est vrai, n’est pas tout-à-fait parfait sur ce point : il montre quelques raideurs dans le script, Nolan étant obligé de faire parler beaucoup ses personnages pour que le spectateur comprenne, alors qu’ils n’auraient pas besoin de le faire s’ils étaient entre eux réellement. C’est un petit peu paradoxal, mais finalement, la recette fonctionne grâce, je pense, à son aspect mégalo : toujours plus loin, toujours plus haut, sans oublier le petit côté suspense/catastrophe du film qui met en sursaut le spectateur. N’oublions pas qu’avec les trous de ver, il est question de dilatation du temps (un homme ne vieillissant pas au même rythme que ses congénères selon l’endroit où il se trouve), et ça permet au réalisateur des petits ressorts scénaristiques intéressants.

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Matthew McConaughey porte très bien l’intrigue

En bref, malgré quelques maladresses, Interstellar est un beau film, qui montre que Nolan a compris comment faire un film fédérateur sur un sujet complexe, mais pas basique à bien des égards.

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4 réflexions sur “2001 humanisé

  1. Bien d’accord avec cette critique. J’ai vu en interstellar un superbe film de SF intégrant une couche humaine très intéressante. La fin m’a laissé un peu perplexe par contre… Alors oui on peut y trouver une explication rationnelle, mais contrairement à l’intégralité du film, la fin s’embourbe dans des explications plutôt flou et faussement compliquée, ce qui m’a gâché une partie du plaisir.

  2. Coeluli

    Personnellement, j’ai vu le film comme un divertissement honnête, rien de plus.
    De grosses longueurs, des péripéties qui me sont glissées dessus sans vraiment me toucher (la VF doit y être pour quelque chose, cela dit), des événements trop tirées par les cheveux (je ne critique pas leur incohérence, ça on doit l’accepter lorsque l’on regarde un films de SF, je déplore la façon dont ils sont introduits, comme un cheveux sur la soupe, et leurs conséquences, parfois inexistantes), et des personnages pas « humains », justement, j’ai trouvé leur façon d’être globalement surfaite (encore une fois, je l’ai vu en VF), jamais émouvante. Sur ce côté émouvant, j’en ai discuté avec un auteur (je fais un peu de pub au passage, lisez « Le chant du cygne » http://www.lelombard.com/albums-fiche-bd/chant-cygne/deja-morts-demain,2879.html), qui pensait que l’on ne peut pas réellement être touché par le film sans être parent, notamment le passage où le héros retrouve sa fille (personnellement, j’ai trouvé qu’il avait l’air de s’en foutre royalement).
    Et la bande son… je supporte plus Zimmer…

    PS : j’ai pas vu 2001.

  3. Ping : Top 3 des meilleurs films de 2014 | Nostroblog

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