Angoulême 2015, le manga et moi

Bienvenue en 2012. C’est du moins l’impression que j’ai eu en découvrant les différentes sélections de mangas pour le festival d’Angoulême. Plus sérieusement, deux auteurs (que j’adore par ailleurs) sont sélectionnés dans les mêmes catégories qu’en 2012, mais avec des mangas différents, forcément. Il s’agit de deux habitués du festival : Taiyo Matsumoto et Atsushi Kaneko. Mais je vais y revenir, puisque cet article va décortiquer, entre autres, les mangas présents dans les différentes sélections.

angoulême 2015 watterson

Cette année,  mon billet ne va pas s’éterniser puisque les mangas sont au nombre de 7 sur pas moins de 62 bandes-dessinées représentées. Et oui, quand on vous dit que c’est un sous-genre… Bref, parmi ce club des 7, un seul manga a une chance de remporter le prix de sa catégorie. Mais, attention spoilers, il ne gagnera pas. Ne soyez pas impatients de découvrir lequel est-ce, j’en parlerai en temps et en heure (c’est à dire quelques lignes plus loin dans cet article). Commençons donc le tour d’horizon des sélectionnés.

  • Sélection officielle :

Le chef de Nobunaga de Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa : Petite surprise de la sélection, car j’attendais d’autres œuvres japonaises à sa place. Gageons qu’il fallait malgré tout un manga au format tankobon dans la sélection officielle. Il n’empêche que Le chef de Nobunaga ne démérite pas sa place et les éditions Komikku ne cessent de monter à une vitesse affolante. Si je critique certains choix éditoriaux de Komikku saturant le marché français (surtout dans le second semestre 2014), je dois bien avouer qu’ils ont publié au moins trois licences de très haut niveau cette année : Le chef de Nobunaga évidemment (dont une critique avait été publiée par Ours256), mais également Eureka, marquant de ce fait le retour du talentueux Hitoshi Iwaaki en France, et pour finir Sakamoto pour vous servir (adulé par Eck dans un billet disponible ici-même). Je dis du bien depuis tout à l’heure de ce manga mais soyons clair, aussi réussi soit-il, il ne mérite pas de remporter un prix à Angoulême.

L’Enfer en bouteille de Suehiro Maruo : Déçu, oui vraiment déçu. « Mais il est devenu fou !, diront ceux qui me connaissent, un manga de Maruo dans la sélection officielle du festival d’Angoulême, c’est génial ! ». Oui, certes. Mais non. Pour faire simple, L’Enfer en bouteille est le moins bon manga de l’auteur publié en France, et de loin. C’est évidemment du Maruo, donc c’est bien, mais quand on lit New National Kid du monsieur sorti cette même année, on voit de suite la différence. Bref, je suis content que cet auteur que j’aime tant soit présent dans la sélection, mais déçu (il n’y a pas d’autre mot) que ce soit avec ce recueil de nouvelles. Pour en savoir plus sur L’Enfer en bouteille et New National Kid, je vous renvoie à mon article commun sur ces deux œuvres.

Sunny de Taiyo Matsumoto : Comme en 2012, Taiyo Matsumoto est représenté à Angoulême avec son nouveau manga. Cette fois ce n’est pas Le samourai bambou, mais bel et bien Sunny. Avec cette histoire beaucoup plus personnelle que son prédécesseur et avec un graphisme beaucoup plus conventionnel (qu’on se rassure, ça reste du Matsumoto), Sunny aurait pu avoir une chance de remporter le prix. Mais la concurrence est trop rude en face. Je vois mal comment il peut rivaliser avec des BD comme L’arabe du futur, Blast, Magasin général, Love in vain et bien d’autres. C’est dommage, le manga aurait eu davantage de chance si Taiyo Matsumoto était français… Néanmoins il reste l’un de mes plus gros coups de cœur de l’année et je vous le recommande très fortement.

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  • Sélection jeunesse :

Seven Deadly Sins de Nakaba Suzuki : Je suis surpris que, à l’heure où le manga jeunesse se développe en France, le seul représentant nippon de cette sélection soit un gros nekketsu, avec de la baston et des blagues sur les petites culottes. Je force le trait volontairement, bien évidemment, car cela n’enlève en rien le talent de Suzuki que j’adorai déjà dans Kongoh Bancho. On retrouve avec Seven Deadly Sins la puissance des nekketsu des années 90 (la patte graphique également) et une certaine modernité à la Fairy Tail dans l’humour et le traitement narratif. Ce n’est pas le manga le plus fou de l’année, mais il a sans nul doute sa place dans la sélection. Pour un avis plus détaillé sur le manga, Ours256 en parlait récemment.

  • Sélection patrimoine :

Capitaine Albator de Leiji Matsumoto : Je ne m’attendais pas à le voir ici celui-là, tout simplement parce qu’il est sorti fin 2013. Bref, comme beaucoup j’aimais le dessin animé étant enfant. J’ai toujours eu une attirance pour le trait de Leiji Matusmoto mais je n’ai sauté le pas que cette année, avec 24 histoires d’un temps lointain. Une révélation, j’ai adoré. Du coup on vient de m’offrir l’intégrale du Capitaine Albator (gros bisou Charlotte) et je suis en train de la lire avec beaucoup de plaisir en ce moment. Voilà pour ma vie. Tout ça pour dire que Leiji Matsumoto est certainement ma principale découverte d’auteur de l’année, et que je suis heureux qu’il soit représenté à Angoulême. Après, de là à souhaiter sa victoire…

Sex & Fury de Bonten Taro : Une anthologie de Bonten Taro (tatoueur, mangaka et artiste en tout genre) à ne pas manquer. Derrière un impressionnant travail éditorial se cache une œuvre d’exception retraçant par le biais d’une sélection de mangas, d’illustrations et autres tatouages une grande partie de la carrière de Bonten Taro. Outre cela, l’ouvrage témoigne de l’évolution culturelle du Japon dans les années 70. Les amateurs de manga, de tatouage et même de cinéma japonais doivent lire Sex & Fury pour découvrir l’influence du génial artiste sur la culture nippone. En tout cela, cette anthologie correspond parfaitement au terme patrimoine et doit remporter le prix. Mais bon, comme pour Sunny, il y a du très lourd en face, notamment du Hergé et du Gustave Doré…

  • Sélection polar :

Wet Moon d’Atsushi Kaneko : Comme en 2012, encore, Atsushi Kaneko est représenté dans la sélection polar. Non pas avec Soil (qui était également dans la sélection officielle de 2013), mais avec Wet Moon. Pour moi, il s’agit de l’un des meilleurs mangas de l’année et je trouve dommage de ne pas le retrouver dans la sélection officielle (c’est quoi cette manie de mettre les thrillers à part ?). Mais ne crachons pas dans la soupe, si un manga a bien une chance d’être primé, c’est lui. C’est loin d’être gagné, et je pense que ça se jouera au coude à coude avec Moi, assassin. Pour en savoir plus sur Wet Moon, je vous conseille l’article de Bobo sur la série. Je vous recommande également mon billet sur la venue de Kaneko au dernier festival d’Angoulême, il y a plein de choses intéressantes (notamment sur la genèse de Wet Moon) dedans.

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Voici donc les titres nommés. Pour les sélections complètes, rendez-vous directement sur le site du festival.

Je ne vais pas passer en revue tous mes mangas préférés de 2014 (d’autant que mon article de bilan de fin d’année arrive incessamment sous peu) mais je dois signaler que trois mangas manquent à l’appel. Le premier est Les gardiens du Louvre de Jiro Taniguchi. Le manga avait tout pour faire un carton au festival : grand format cartonné, entièrement coloré, se déroulant en France et surtout c’est le meilleur manga de Taniguchi depuis Un zoo en hiver. Et pourtant il n’est pas présent dans la sélection officielle. C’est dommage, surtout quand on sait que Jiro Taniguchi fera le déplacement au festival cette année. Le second est un titre de Ki-oon. Je ne suis pas déçu mais surpris que l’éditeur, désireux d’attirer un nouveau public, n’ait aucun bouquin sélectionné à Angoulême. Je m’attendais vraiment à voir un petit Coffee Time ou même un titre jeunesse, mais non. Le troisième, beaucoup plus scandaleux, est l’absence de Bonne nuit Punpun. Le dernier tome venant de sortir, c’était l’année ou jamais pour le manga d’Inio Asano d’être ne serait-ce que nommé à Angoulême. Et non. Comme quoi on peut révolutionner un genre, être primé en Italie, au Japon, mais complément oublié par la gérontocratie française…

Pour conclure ce billet sur une note positive, notons que trois mangakas feront le déplacement à Angoulême cette année. Comme dit précédemment, il y aura Jiro Taniguchi, Eiji Otsuka (qui était déjà venu à Toulouse l’an dernier), mais aussi et surtout Junji Ito, le grand maître du manga horrifique. Le festival se déroulera du 29 janvier au premier février sous la présidence de Bill Watterson (qui ne sera pas présent), et je dois avouer que j’ai hâte qu’il débute.

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11 réflexions sur “Angoulême 2015, le manga et moi

  1. L’année dernière c’était mon premier festival d’Angoulême depuis… une éternité ! Et j’avoue avoir été surprise par le peu de place qu’occupe le manga dans le festival alors que le genre prends de plus en plus de place sur le marché de la BD. Néanmoins il y avait des rencontres intéressante (et j’ai eu une jolie dédicace de Atsushi Kaneko <3).
    Cette année j'y retourne et me réjuie à l'idée de rencontrer Jirô Taniguchi, même si, j'ai bien peur, le manga sera encore l'oublié du festival

    1. C’est la même chose pour moi, Kaneko était adorable.

      Concernant la place du manga, je pense qu’il devrait y avoir quelques activités sympas. Il y aura l’expo sur Taniguchi, évidemment, mais aussi quelques conférences et je te conseille grandement d’aller voir Eiji Otsuka qui est une personne très intéressante.

  2. Coeluli

    Pour la sélection Polar, je verrai bien une victoire de Fatale, personnellement, puisqu’il marque quand même la fin d’une arlésienne, et que les adaptations de Manchette jouissent généralement d’un beau succès critique. J’ai personnellement été déçu par cette adaptation qui, malgré les magnifiques dessins de Cabanes, tombe dans ce que je considère comme un gros défaut en intégrant au récit des énormes pavés de texte tirés du roman, comme pour combler une incapacité à raconter à l’aide des dessins et du découpage, ou par peur de véritablement s’affranchir du texte original (qui est vraiment excellent). Bref, Wet Moon est pour moi le meilleurs titre de cette sélection Polar (parmi ceux que j’ai lu, en tout cas).

    Pour la sélection patrimoine,Sex and Fury est également mon favoris, et dans deux styles très différents mais tout deux très bons, je ne saurais départager Passe Passe et Seven Deadly Sins dans la sélection jeunesse.

    Enfin, énooooooormément de très bons titres dans la sélection officielle, impossible effectivement qu’un manga l’emporte face aux nombreuses séries cultes présentes (personnellement, je voterais pour Blast… ou Max Winson… ou l’Or et le sang… ou Saga… ou Sunny…). Très amusé de voir Vous êtes tous jaloux de mon jetpack.

    Et je trouve dommage également que le comics soit si peu représenté, à l’instar du manga.

    1. Dans la sélection officielle, il a aussi le très bon Cet été là et la fin de la trilogie de Burns. Je ne pense pas qu’ils gagnent, mais pour moi ils complètent le podium avec Sunny.

      Concernant la jeunesse, je place une petite piécette sur Légendes de la garde.

  3. Wet Moon, c’était une sacrée claque, et ça me rappelle certains grands films comme Il était une fois en amérique, dans la construction, où la fin est peu compréhensible, mais où chaque plan donne une piste pour obtenir la solution. Rien n’est laissé au hasard et ça témoigne d’un travail remarquable de la part de l’auteur. En 2014, j’ai découvert Kaneko, et j’espère bien que Wet Moon va gagner dans sa catégorie. Sunny était bien sympa aussi, et je trouve qu’il aurait été judicieux, quitte à multiplier les catégories, de lui en trouver une où il aurait eu ses chances.

    Après, l’Arabe du futur et Blast 4 ont les chances de tout rafler, et ils le méritent largement. Si le premier est ma lecture préférée de l’année, Blast est clairement une série d’une rare maîtrise narrative et va très loin dans la description des tréfonds de l’âme humaine. Je ne le case pas dans mes séries préférée car le ton est décidément trop angoissant pour que j’adhère à 100%, mais c’est vraiment une BD parfaite (et j’emploie rarement ces termes).

    Il faut que lise Sex and Fury ! Et du Watterson aussi. Honte à moi, je n’ai pas lu Calvin et Hobbes, mais son petit strip pour l’affiche 2015 m’a beaucoup fait rire ^^

    1. L’arabe du futur rafle déjà plein de prix, Blast a une certaine renommée, ça peut jouer en leur défaveur. Mon petit favoris est Love in vain.

      Pour Calvin & Hobbes, je te conseille l’intégrale vo, deux fois moins chère que la vf.

  4. Beau récapitulatif, la venue de ces trois auteurs m’enchante grandement. Je me demande s’il n’ont pas fait un petit cadeau à Maruo en sélectionnant son titre pour le remercier de sa visite l’année dernière.

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