→, une BD qui a du sens

Aujourd’hui j’écris une chronique sur →, aussi appelé Le sens, la nouvelle bande-dessinée du talentueux Marc-Antoine Mathieu. Une œuvre muette, où les cases durent une page et dans lesquelles un homme seul suit des flèches sous fond d’un décor minimaliste. Vous l’aurez donc compris, plus qu’une BD, on se trouve face à la nouvelle expérience graphique d’un auteur qui nous a déjà habitué au genre.

L’ouvrage est disponible aux éditions Delcourt, dans un très joli format à la reliure quelque peu salissante. Il contient 256 pages en noir et blanc (et variantes) ainsi qu’un poster faisant partie intégrante de l’histoire. Il est disponible au prix de 25,50 euros.

le sens marc-antoine mathieu

Maintenant que vous savez tout, parlons du contenu de la BD.

Le sens commence sur un fond noir, dans lequel on voit apparaître une flèche, puis un homme et une porte. L’homme passe la porte et se retrouve dans un décor vide, d’un blanc enneigé, simplement coupé par un ciel gris. Il va marcher, des flèches s’imposeront à lui, et il les suivra. C’est donc tout le contraire d’un labyrinthe, thème que Marc-Antoine Mathieu avait déjà exploré dans le bien-nommé Labyrinthum.

Le piège d’un tel parti pris graphique est sans aucun doute de manquer d’intérêt, surtout lorsque que l’histoire s’étend sur plus de 250 pages. Encore si l’auteur nous faisait voyager en compagnie de cet homme dans des décors époustouflants… Mais non, on se contente d’avancer au gré de paysages minimalistes. Certes, il s’agit d’une esthétique qu’on est libre d’apprécier, mais c’est loin d’être la plus impressionnante visuellement parlant. Par moment l’auteur se lâche graphiquement et nous en met plein les yeux, sans pour autant retrouver la puissance d’un 3″.

le sens marc antoine mathieu explication

Mais alors, quel est l’intérêt de cette BD ? Simplement de faire réfléchir le lecteur. Tout le long de l’œuvre, on se demande où Marc-Antoine Mathieu veut en venir, quel message veut-il nous faire passer. A chaque page, notre réflexion s’intensifie, d’autant que les décors minimalistes, laissant libre champ à notre imagination, nous poussent à nous questionner sur ce que l’on apperçoit.

Moi, de voir cet homme marcher dans un vaste décor, suivant des flèches alors qu’il pourrait se rendre n’importe où m’a fait penser à deux choses. La première est que l’homme fait ce voyage non pas par envie de suivre les flèches, mais par besoin de se conformer à une société. Les flèches représenteraient alors les sacrifices à faire sur sa propre personnalité pour s’y accommoder. La seconde, que j’estime plus à propos, m’a fait réfléchir sur le choix. Bien évidemment l’homme pourrait aller n’importe où, mais il suit des flèches. Pourquoi ? Peut-être simplement parce que Marc-Antoine Mathieu nous dit que le libre arbitre est une chimère et que nos choix ne nous appartiennent pas. L’homme suivrait donc ces flèches comme il suit le cours de sa vie, c’est à dire sans réelle emprise dessus, dicté non pas par ce qu’il est mais par ce que les autres font de lui.

Même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque, je ne vais pas développer davantage ces deux réflexions puisque non seulement vous pourrez vous faire votre propre opinion en lisant Le sens, mais, en plus, je n’ai pas envie de vous gâcher sa dernière partie.

le sens marc-antoine mathieu critique

En définitive Marc-Antoine Mathieu nous prouve, si on l’ignorait encore, qu’il est un artiste de génie. A travers Le sens, il arrive à nous questionner et nous intriguer sans le moindre mot. A mon avis, cet ouvrage hors norme dépasse même le terme d’expérience graphique que j’employais précédemment. Il s’agit d’un voyage minimaliste et philosophique comme seul ce monsieur sait en faire, et je vous invite à le découvrir par vos propres yeux car il existe autant de significations possibles au Sens que de lecteurs.

Publicités

7 réflexions sur “→, une BD qui a du sens

  1. Coeluli

    Un ouvrage que j’ai trouvé intéressant, mais il reste à mes yeux le moins bon Mathieu à ce jour, loin derrière sa série phare Julius Corentin Aquefaque ou Dieu en personne. Après ça se laisse lire, je me suis bien amusé en décryptant le message codé (même s’il contient une faute d’orthographe), et comme expliqué dans l’article, on y trouve un certain nombre de symboliques libres d’interprétations.

  2. THF

    les 6 tomes de Julius Corentin Acquefacques valent aussi vachement le coup, c’est du Fred qui va plus loin dans le délire, ça en jette! et oui, concernant les messages codés y’a des « fautes », et franchement pour les pauvres 5 ou 6 lignes qu’il y a au total ça fout les boules je trouve… après c’est plutôt cool ouais.

  3. THF

    en fait le truc qui t’aide c’est au début avec les flèches qui remplacent le nom de l’auteur et de l’éditeur, tu peux en déduire quelques lettres correspondantes pour la suite. après si je dis pas de bêtises y’a justement là un problème avec les « i » et les « a », si je me souviens bien (oui pasque je l’ai pas acheté le bouquin moi). enfin oui, sinon on en discutera à l’occasion ;)

On attend votre avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s