Le monstre au teint de rose : les débuts fracassants de Suehiro Maruo

Dixième manga de Suehiro Maruo à arriver en France, Le monstre au teint de rose a été initialement publié en 1982. C’est en effet le premier recueil de nouvelles de celui qui deviendra le maître de l’eroguro à paraître au Japon. La première édition du bouquin contient 13 histoires, toutes publiées de février 1981 à mars 1982. Le bouquin a été souvent réédité chez nos amis japonais, et un quatorzième récit datant de 2000 a été ajouté au sommaire. L’édition française, assurée par Le lézard noir, contient évidemment ce récit supplémentaire.

Article après article, je me répète : les mangas de Suehiro Maruo sont violents, choquants, malsains, et donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles, s’abstenir.

Le monstre au teint de rose

Si vous connaissez les mangas de Suehiro Maruo, que vous avez lu Yume no Q-saku et DDT, vous savez que sa période la plus extrême se situe durant le début des années 80. Le monstre au teint de rose ne déroge pas à la règle. Les déviances les plus violentes y sont représentées, tantôt choquantes tantôt marrantes, mais toujours magnifiées par le trait sublime du maître. La justesse technique est d’ailleurs ce qu’on remarque en premier lieu dans ce recueil. Son style graphique et ses mises en scène expressionnistes étaient déjà présents dès ses premiers mangas. Et des débuts aussi réussis marquent, à mes yeux, la distinction entre un artiste très talentueux et un génie.

Ce qui est intéressant avec Le monstre au teint de rose, c’est qu’on y retrouve la genèse de personnages du l’auteur. On entrevoit la naissance de Kawayanosuke le puceau, jeune homme sale, vivant dans les égouts, dont on a pu suivre les aventures dans Yume no Q-saku et DDT. Mais l’histoire la plus importante, la plus intéressante pour tout passionné de l’œuvre de Suehiro Maruo, est sans aucun doute celle mettant en scène Midori, la jeune fille aux camélias. On y découvre en moins de 20 pages l’histoire servant de base au plus culte des mangas de l’auteur. L’occasion également de comprendre pourquoi la malheureuse Midori est surnommée la jeune fille aux camélias. Enfin bref, rien que pour cette raison, Le monstre au teint de rose est une œuvre immanquable pour les amateurs de l’auteur.

En outre, on trouve d’autres nouvelles très intéressantes dans le recueil. Par exemple Notre histoire de l’œil, un récit mettant en scène un frère, une sœur et un pervers voyeur et dans lequel le plus dérangé n’est pas forcément celui qu’on croit. J’ai également adoré Le jeu le plus dangereux, une nouvelle où deux jeunes hommes maltraitent une fille pour jouer. Humour très noir et absurde, irrévérence, iconographie… Sont réunis en peu de pages ce que j’aime chez le maître. Et pour finir avec ce chapitre, l’une de mes histoires préférées du recueil est Le sang et la rose, une parodie de shojo qui vire au bain de grand-guignolesque comme Suehiro Maruo sait si bien en faire. Bref, il y a du lourd et de la variété dans Le monstre au teint de rose, comme souvent avec le mangaka.

le monstre au teint de rose critique

On connaît les influences de Suehiro Maruo : d’Edogawa Ranpo à Shuji Terayama en passant par le cinéma expressionniste allemand et les tableaux surréalistes. Il rend hommage à ses inspirations, aux artistes qu’il admire, et on l’a vu au cours de sa carrière reproduire de nombreux tableaux. Il cite La tentation de Saint-Antoine de Dalí dans L’Enfer en bouteille, Ophélie de Millais, Le sommeil de Courbet et de nombreuses autres œuvres (peintes ou sculptées) dans l’utopie qu’il dévoile avec L’île panorama, et cetera.

Enfin bref, Le monstre au teint de rose ne déroge pas à la règle de citer explicitement les références de Suehiro Maruo. Il revisite deux œuvres. En introduction l’artiste nous livre sa version du Cabinet du docteur Caligari, film expressionniste allemand très important dans la culture underground japonaise. Et il conclut le recueil avec son adaptation de Kasane, une célèbre pièce de kabuki. De surcroît l’iconographie est très importante chez l’auteur. On y voit par exemple Marlene Dietrich chantant Ich bin die fesche Lola dans Kawayanosuke le puceau, le résultat donnant une puissance au récit que seuls les mangas de l’auteur peuvent dégager. Et puis, dès ses débuts, Suehiro Maruo cite des tableaux. On aperçoit au fil des pages le Golconde de Magritte ou encore La leçon de guitare de Balthus.

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En marge du travail de Suehiro Maruo, on notera que Le Monstre au teint de rose contient une préface de Michiro Endo, le leader du groupe punk The Stalin. Complétement déjantée, à l’image des œuvres du mangaka, elle vaut le coup d’œil.

En définitive l’intérêt du présent recueil ne se situe pas dans le seul fait d’y découvrir les premiers mangas de Suehiro Maruo. Alors oui, la genèse de La jeune fille aux camélias est plus qu’intéressante, mais Le monstre au teint de rose est parsemé de nouvelles irrévérencieuses, absurdes, sordides et sublimes. Tous les ingrédients qui font qu’on aime Suehiro Maruo sont déjà là, et il ne fait nul doute qu’on tient entre nos mains un recueil incontournable pour tout passionné de l’artiste. Pour les non-initiés, il faut bien avouer que c’est un peu dur d’accès, que la violence peut être rude. Mais à bien y réfléchir, commencer l’œuvre du maître de l’eroguro par son premier manga n’est pas l’idée la plus stupide qui soit.

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4 réflexions sur “Le monstre au teint de rose : les débuts fracassants de Suehiro Maruo

  1. THF

    ben écoute j’avais pas lu ton message, je suis passé par hasard à Gaia et j’ai eu une bonne surprise (: merci beaucoup j’était impatient ^^ je le lirai vite, je le ramène samedi au plus tard. encore merci beaucoup c’est un beau cadeau ((:

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