Pourquoi vous devriez regarder : Saekano

Je vais instaurer une nouvelle « rubrique », qui sera morte et enterré d’ici quelques itérations par manque d’assiduité (un peu comme un personnage de Suehiro Maruo). Elle permettra de se pencher sur une série en cours de diffusion (au Japon, et en simulcast ailleurs) et de vous ouvrir l’esprit à quelque chose de bonne qualité qui vous serait passé à côté car « ouai je sais pas, ça me dit rien ». Mauvaise excuse, mais pas de panique, si je goûte à tout c’est surtout pour vous resservir le meilleur. Allez, en selle !

Saekano : Saenai Heroine no Sodatekata / How to Raise a Boring Girlfriend

Saekano image titre

C’est quoi ton truc, là ? C’est une série de light novel (les romans faciles d’accès, plutôt cours, et illustrés, pour un public d’adolescents et/ou jeunes adultes) de Maruto Fumiaki (déjà connu pour son script sur White Album 2) adaptée en 2015 en anime par A-1 Pictures, prévu en 11 épisodes + 1 épisode prologue. Comme beaucoup de séries de LN adaptées en anime, Saekano ne déroge pas à la règle et se constitue d’une histoire gravitant autour d’un jeune homme et de plusieurs jeunes femmes. « Oh, mais c’est encore un harem à la con ?! » me demanderait quelqu’un de connaisseur. Non, pas cette fois, et c’est bien la raison qui me pousse à écrire un article.

Saekano est donc une énième série se déroulant dans un cadre scolaire, au lycée de surcroit, mettant en avant un garçon qui s’entoure de filles. Super, je sais, mais restez encore un petit moment car les choses ne sont pas ce qu’elles semblent paraitre. La série s’articule sur deux axes, que je vais développer au mieux sans trop divulguer (ça va être coton, mais je vais faire au mieux) puis de toute façon je n’en ai vu que la moitié car c’est encore en cours de diffusion (voir l’introduction).

La déconstruction du harem : entre meta-anime et clichés respectés

C’est forcément un harem, qu’on le veuille ou non. La série commence avec un épisode 0 (visible gratuitement à cette adresse), un prologue du nom de Saenai Heroine no Sodatekata: Ai to Seishun no Service Kai, et ça a été traduit par « épisode fanservice sur la jeunesse et l’amour » et oh merde j’ai déjà envie de cracher du sang. Mais accrochez-vous à vos sous-vêtements, car là où la série tape fort, c’est sur le meta. Parler d’anime, dans un anime. J’explique : la série commence donc par un épisode 0 qui est en vérité réalisé comme un épisode spécial distribué en même temps qu’un tome de l’œuvre originale, à savoir les fameux OAV (original anime vidéo) qui n’apportent souvent rien à l’histoire principale, se contentent de montrer des petites culottes et de faire sourire le public par des suites de gags rincés et déjà-vus. Eh, mais pourquoi alors je qualifie cet épisode d’OAV fanservice ? Car il se déroule dans une source de bains chauds typique, que les filles y sont nues, que le protagoniste est donc entourée de quatre jeunes filles qui n’ont d’yeux que pour lui (presque) et que tout ça sent bon la connerie érotico-machin. Alors que non, oui, mais non. Les filles dans le bain ? Un débat sur le fanservice et le harem. Ah, déjà on nous sert une belle tranche de meta. Les scènes successives de chaque fille en compagnie du héros, en tête à tête ? Rien d’autre qu’une habile présentation, avec les caractères un peu clichés de la copine d’enfance tsundere, de la senpai un peu froide, de la cousine un peu chaude, et de la copine de classe un peu trop tiède, quant à elle.

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Mais alors pourquoi faire croire que cette série est un harem si ce n’est pas le cas ?  C’est un peu compliqué. Dès lors que l’épisode 1 se lance, on constate que l’épisode 0 était véritablement plutôt sur la fin et ne constituait alors aucun point d’attache. Petit pied de nez de la réalisation ou simple cassage de code, à vous de juger. Toujours est-il que l’on voit le héros rassembler les filles autour de lui pour voir naitre son projet, et qu’au fil des épisodes il construira des relations avec l’une ou l’autre. Sachant qu’il a déjà une vieille connaissance parmi elles, et une amie d’enfance, (la cousine n’étant pas encore apparu à la moitié de la série, je ne me prononcerai pas, puis bon, la wincest route, très peu pour moi, j’ai un casier vierge) il ne reste plus pour lui qu’à découvrir l’autre fille. La fameuse fille sur la colline qui perd son chapeau et laisse le héros de marbre face à une telle scène enchanteresse. Ah oui, le cliché est là, mais on s’en joue car la fille n’a rien d’une princesse ou d’une beauté innocente. C’est une fille normale, qui est d’ailleurs trop normale, et du coup qui ne ressort pas du lot.

En effet, Megumi Kato de son nom, est une fille banale, qui n’a rien d’intéressant à première vue et ne semble pas plus que ça motivée par quoi que ce soit. Et pourtant c’est cette banalité qui intéresse Tomoya Aki (ceux deux-là se font appeler par leur nom plus que leur prénom) qui la recrute sans hésiter pour en faire l’héroïne de son œuvre. Mais contre toute attente, la fille ne devient pas plus présente que ça dans la série. Elle est souvent mise en arrière plan, présente bien que transparente dans l’action. Je pense surtout à un dialogue entre elle et lui où, la caméra jouant de ceci, on ne voit presque rien d’elle. Sa présence et son tempérament sont tels que le « caméraman » préfère encore filmer des figurants ou une scène en fond où il se passe plus de choses. C’est d’ailleurs devenu un jeu de chercher Megumi partout où on ne pense pas la voir, tant elle se fond dans le décor. Et elle est supposée incarner l’héroïne du jeu, c’est pas gagné.

Réalisation d’un Visual Novel : où et quand commence la fiction ?

En effet le but du protagoniste est de réaliser un VN (visual novel, une histoire à lire avec certains choix à faire, plus roman interactif que jeu, avec les voix, la musique et tout ce qui va bien pour rendre l’expérience agréable). C’est pas forcément chose facile, mais quand on sait s’entourer des bonnes personnes, c’est largement faisable. Donc notre brave otaku à lunettes (non, pas moi) va voir son amie d’enfance Eriri que l’on soupçonne d’être amoureuse de lui mais trop fière pour le lui dire (oh bah tiens, comme c’est original) qui en vérité est une dessinatrice de talent et plutôt axée contenu adulte, mais ça fera l’affaire ; il recrute également son ainée Utaha qui elle est auteure de LN à succès ; et plus tard sa cousine pour la musique, si on en croit l’épisode 0… qui spoil pas mal la reste de la série du coup. Et donc cette fameuse Kato, qui doit donner corps à l’héroïne du jeu. L’histoire est un peu folle et s’inspire pour débuter de la scène qui fait rencontrer Aki et Kato, bien qu’elle lui affirme l’avoir déjà vu plusieurs fois vu qu’ils sont dans la même classe. Boum, premier gros cliché brisé en miettes. La senpai un peu froide qui se réchauffe au fur et à mesure au contact du héros ? En plein dans le mille. La blonde à couettes (non sérieux faut arrêter avec ça) qui stalk son ami d’enfance car il se promène avec une autre fille ? Tout juste, on ne pouvait pas rêver meilleur cliché. Et la jolie fille un peu transparente qui se révèle être la plus intéressante car la plus naturelle ? Ah merde, on ne s’y attendait pas du tout là par contre.

Dans l’œuvre que nous voyons, à savoir la série Saekano, nous suivons la progression de jeunes gens en fleur, très bien, mais ceux-ci réalisent à leur tour une autre œuvre, et nous voyons combien chacun est impliqué dans celle-ci. Utaha se met parfois à parler frénétiquement à voix haute avec le mode de pensée de ses personnages, alternant amante éperdue et femme psychotique un peu trop attachée. Et sans surprise cela affecte son propre caractère, nous laissant aussi abasourdi que le protagoniste lorsqu’il s’agit de gérer tout ça et quand on ne jure que par des filles en 2D (les personnages de fiction, donc). Kato qui elle s’efforce pour se mettre dans son personnage, lui prêtant sa voix, son visage et son attitude, change peu à peu et s’ouvre davantage. Elle ne craint moins d’ouvrir la bouche pour échanger des mots assez piquants, à s’en demander si elle n’était pas mieux dans son rôle de tapisserie. J’ai presque peur que l’histoire nous fasse un focus sur chaque fille qui tombe petit à petit amoureuse de notre pauvre otaku qui lui n’en demande pas tant. Mais j’espère être surpris, car l’histoire ne respecte aucun cliché. Elle les dénonce, les utilise, les jette au feu, et s’en moque encore un peu. Du genre : Aki commence un épisode par un monologue et se fait intercepter avec violence par Eriri qui lui dit que c’est complètement naze de commencer une histoire par un monologue. Le cliché est abattu en plein vol. Je ne ferai pas une liste complète de tout ce que j’ai pu relever parce que d’une part cet article est déjà beaucoup trop long, et que ça serait con de vous gâcher tous les petits plaisirs de cette série.

Monochromie de tons de mauves
Monochromie de tons de mauves

Un aparté sur la réalisation : c’est archi-beau, très bien animé, les plans caméra sont tantôt normaux, tantôt très engagés avec des gros plans sur des éléments du décor pour fournir des dialogues en hors-champs, ou encore des gros plans sur les personnages avec surlignage de tous les traits dessinés de façon monochromie, superbe effet au passage. Les acteurs qui doublent sont au top, à la fois bons dans leurs rôles et saisissants de crédibilité. Bref, rien à dire, la série rien que pour sa partie réalisation est excellente. Alors si l’écriture de l’histoire sur plusieurs couches et les personnages magistralement écris et interprétés s’ajoutent au tout, on tient là un petit bijou que je ne saurais que trop vous recommander.

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2 réflexions sur “Pourquoi vous devriez regarder : Saekano

  1. Xylo

    Déjà dans White Album 2 les toutes premières minutes du premier épisode spoilaient les épisodes 7 et 13, mais c’était dans l’optique de tromper le spectateur sur le véritable déroulement et motivations des personnages. Visiblement Fumiaki aime à réutiliser les mêmes trucs, déconstruire pour mieux reconstruire.

  2. Ping : Saison Anime Été 2015 – ça va chauffer, et pas que le soleil | Nostroblog

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