Saru : et si la fin du monde débutait dans le Poitou-Charentes ?

Après Les enfants de la mer, les éditions Sarbacane publient en France un nouveau manga du talentueux Daisuke Igarashi : Saru. Singe en japonais. Débuté au Japon en 2009 dans le mensuel Ikki, deux tomes formant une histoire complète paraissent au cours de l’année 2010. En France, le manga est édité sous la forme d’une intégrale de plus de 440 pages. Rien que ça.

saru critique

L’an mil neuf cens nonante neuf sept mois

Du ciel viendra grand Roi d’effrayeur

Resusciter le grand Roi d’Angoumois.

Avant après Mars régner par bon heur.

Michel de Nostradamus, Prophéties.


Un peu partout dans le monde, des événements surnaturels se produisent. Résurrection de célèbres personnalités historiques, accidents étranges, cas de possession. Tous ses faits conduisent à un chemin, celui dicté par la prophétie de Nostradamus, à savoir qu’une divinité reviendra à la vie dans ma chère et tendre ville d’Angoulême pour apporter le chaos sur Terre.

Nana, une jeune japonaise pour le moins banale va s’embarquer dans une quête afin d’empêcher la fin du monde. Toujours en arrière-plan, elle accompagnera des personnalités spirituelles dans cette lutte pour l’équilibre de la planète.

Résumer une telle œuvre n’est pas des plus évidents, étant donné qu’elle s’étend sur des siècles et que de nombreux personnages interviennent.

Saru Angoulême

Avec Saru, Daisuke Igarashi effectue une sorte de retour aux sources. Finis les secrets envoûtants de la mer vus à travers le regard d’enfants. Le mangaka revient à un récit ésotérique, où les religions côtoient le chamanisme. Un récit dans la veine de Sorcières donc. On reviendra plus tard sur toute la partie liée à la magie du coup, car c’est le principal intérêt du manga.

Pour l’instant on va se concentrer sur la structure narrative de Saru. Enfin si structure il y a… Parce qu’à l’image de Sorcières (on y revient encore), la narration de Saru est décousue. Pour dire plus clairement : ça part dans tous les sens. On nous présente des faits se déroulant à des époques différentes et à des lieux différents tout en gardant une trame narrative principale se déroulant dans un passé proche. C’est n’est pas très complexe à suivre, mais il faut quand même se concentrer sur le bouquin pour garder tous les éléments en tête. D’autant plus que les personnages de la trame principale voyagent à droite, à gauche pendant tout le récit.

On assiste ainsi à une particularité narrative qu’ont les mangas de Daisuke Igarashi et que je trouve très intéressante. Il nous transporte de manière non-linéaire dans la direction qu’il souhaite, pour peu qu’on veuille bien le suivre.

Je préfère donc vous avertir que si vous ne faites que contempler ses sublimes dessins (parce que oui, ses dessins sont sublimes, emprunts d’une douceur fascinante), vous allez vite être perdus.

daisuka igarashi manga

Bref, revenons à la magie.

Car oui, la magie est le centre de Saru, et Daisuke Igarashi y invoque des thèses intéressantes. Grosso-modo le mangaka nous explique deux choses. La première est que toutes les croyances, religions et spiritualités ont une origine commune. Que malgré les différences de noms ou d’époques, on retrouve des éléments identiques entres les différentes cultures ésotériques. Pour ce faire, il nous transporte dans différentes tribus, différents rites chamaniques visant à préserver l’équilibre du monde. Et la seconde chose est justement liée à cet équilibre. Dans Saru, deux forces contraires mais originellement liées s’affrontent. Une sorte de yin et de yang. Et pour Daisuke Igarashi, les différents cultes doivent servir à préserver l’équilibre entre les deux forces. Enfin je ne voudrais pas trop en dévoiler, je vous laisse lire le bouquin pour vous faire votre avis.

Quoi qu’il en soit Daisuke Igarashi revient au sujet de l’ésotérisme, un thème qui le fascine. Il nous présente différents rites, différentes cultures avec un réalisme saisissant et surtout sans jugement de valeur. Ce qui est bien malheureusement rare. Même si vous n’êtes pas spécialement lecteur de manga à la base, Saru fait partie des bouquins à lire si vous vous intéressez aux cultes.

saru daisuke igarashi

En définitive, Daisuke Igarashi nous prouve encore une fois qu’il est un mangaka d’exception. Saru est bien plus qu’un manga apocalyptique. C’est une réflexion sur l’ésotérisme, notre planète et sur nous-même. C’est également une déclaration d’amour d’un auteur à la magie. Si on savait déjà qu’il était amateur du sujet, il fait désormais nul doute qu’il en est un véritable passionné.

Certains lecteurs en adoration devant Les enfants de la mer seront peut-être désarçonnés à cause de la narration décousue de Saru. Néanmoins, il s’agit d’un manga qui fait figure d’incontournable en ce début d’année.

(Et puis pour une fois que la fin du monde débute en province française et non à Tokyo ou New York, on ne va pas s’en priver.)

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8 réflexions sur “Saru : et si la fin du monde débutait dans le Poitou-Charentes ?

  1. La fin du monde qui débute dans ma région ! Mais on m’avait pas prévenu !
    C’est un sujet qui est intéressant, après l’initiation à l’alchimie de fullmétal ça me donne carrément envie.
    Par contre si je dois me prendre toutes les perles que tu conseilles je vais finir sur la paille !

    1. Haha désolé !

      C’est vrai que ce sont des thèmes rarement abordés dans le manga, et d’autant plus avec tant de détails. Et puis ce serait dommage de se priver d’un manga qui se passe à quelques kilomètres de chez soi :p

  2. Natth

    Je n’ai pas remarqué ce manga au milieu des sorties récentes, mais je sens qu’il mérite qu’on se penche sur lui. Je profiterai de ma prochaine semaine de vacances pour le faire.

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  5. Et donc, un an plus tard, je me suis penchée sur Saru. Comme je m’y attendais, ce manga m’a beaucoup plu. Le style graphique est original et très expressif. Les personnages sont clairement reconnaissables, mais l’auteur sait aussi retranscrire leur caractère dans leur visage, leur corps, leur façon de bouger… L’intrigue a des côtés d’enquête policière, ce qui la rend déjà intéressante. Cependant, les références au mysticisme enrichissent le mystère principal, tout en étant instructives et bien choisies. Dès le départ, l’auteur lance des pistes éparpillées à travers le monde, donnant ainsi une grande ampleur à son histoire. Il réussit à renouer les fils pour construire son intrigue, tout en proposant au passage à ses lecteurs d’impressionnantes scènes d’action. Ce manga est aussi volumineux que passionnant, c’est dire comme on ne s’ennuie pas ^^

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