Cucumber & Banana & Tofu

Aujourd’hui, on ne va pas parler cuisine, je ne vais pas vous proposer une étrange recette, contrairement à ce que pourrait laisser penser ce titre mystérieux. Non, on va parler séries tv. Car Cucumber, Banana et Tofu sont trois séries télévisées diffusées chez nos amis les Grands-Bretons. Et non, ce ne sont pas des séries sur le végétarisme. Loin de là. Même si ça aurait pu être bien cool. Mais légèrement différent.

Ce trio de séries interconnectées a été créé par Russel T. Davies, celui qui a ressuscité Doctor Who et qui est également le papa de Torchwood. Et de Queer as Folk, que je suis un peu obligé de mentionner puisque Cucumber est une sorte de suite logique, au moins sur sa thématique, se déroulant dans la même ville (Manchester) quinze ans plus tard. A l’origine, en 2011, c’était un projet pour Showtime (Dexter, United States of Tara, etc.) dont l’idée générale avait germé dès 2006. Il faut donc être patient avec Russel T. Davies. Mais quand ce dernier est retourné dans son pays natal, Cucumber a fait le voyage avec lui (mais pas Torchwood, la valise a dû s’égarer quelque part).

Les trois séries sont diffusées dans une même soirée, à la suite, même s’il faut changer de chaîne à chaque fois (parce qu’elle ne vise pas un même public) et même se connecter à internet pour la dernière. Du coup, je vais les présenter dans l’ordre, ça me fait un plan tout fait, c’est bien pratique.

Cucumber suit un quarantenaire, Henry, alors que son couple avec Lance bat de l’aile et que plus rien ne tourne rond au boulot comme dans sa vie. Henry, incarné brillamment par Vincent Franklin, doit reconstruire sa vie et par un concours de circonstances dont je ne révélerais rien, il se retrouve à cohabiter avec de jeunes adultes, Dean et Freddie, dans un grand loft et BOUM, choc des générations. La série a cet humour bien particulier, si british, qui la rend tout de suite attachante.

A ce stade, vous vous demandez peut-être l’origine des titres, en imaginant que la symbolique phallique du concombre vous aurait malencontreusement échappé. C’est simple. Russel T. Davies a lu une étude scientifique suisse qui classait l’érection du pénis selon sa dureté, de tofu tout raplapla à la rigidité du concombre en passant par la semi-mollesse de la banane. Voilà. Le ton est donc donné.

Cucumber 3 Dean Fisayo Akinade

De premier abord, Cucumber paraît la plus aboutie de la trilogie, parce que disposant d’un format long (une quarantaine de minutes) plus à même de développer ses personnages et leurs histoires. Le fait que tous les épisodes soient écrits par RTD aide certainement à instaurer une continuité.

On suit donc Henry alors qu’il tente tant bien que mal de renouer avec Lance, qui semble avoir déjà tourné la page. En effet, un nouveau collègue, Daniel, a un comportement plus qu’ambigu pour quelqu’un qui se déclare 100% hétéro. En suivant Henry, on découvre d’autres persos (comme Dean, Freddie ou Cleo, la sœur de Henry), dont on aura alors un aperçu de leur quotidien pas si banal.

Tout cela paraît assez léger (malgré des problématiques qui ne le sont pas) et très dynamique (à l’inverse d’un Looking par exemple), mais Russel T. Davies sait toujours attaquer au moment où l’on s’y attend le moins et l’épisode 6 en est le parfait exemple. Aussi violent et destructeur que le furent, en leur temps, les fins des saisons 2 et 3 de Torchwood. Vous êtes désormais prévenus.

Alors, évidemment, la série ayant beaucoup de protagonistes homos, quand sexe il y aura, ce sera principalement du sexe gay. Cela pourra en gêner certains car après tout, c’est pas comme s’il y avait des scènes de sexe hétéro dans toutes les séries comportant des couples hétéro… Je vous rassure, il y a un embryon de début de commencement d’une éventuelle scène entre un homme et une femme dans l’épisode 4, c’est incroyable cette diversité.

Et comme la série a un ensemble de persos LGBT (pour la plupart), elle pourra être taxée de « communautaire » (merci Télérama) parce que, évidemment, quand il n’y a pas d’hommes blancs cis-hétéro, c’est forcément communautaire. Alors qu’une série avec un homme blanc cishet pour héros, c’est, de base, universel et « ça n’exclut personne ». Faudrait pas qu’une série LGBT exclut ces pauvres hétéros et oublie de les représenter…

(C’était le paragraphe coup de gueule de l’aigreur, au revoir.)

Banana narre les aventures des jeunes gens croisés dans Cucumber. Mais à l’inverse de cette dernière, la narration n’est pas centrée sur un protagoniste principal et change de focus à chaque épisode, à la manière de Skins (Banana est d’ailleurs diffusé sur la même chaîne, E4, ce qui n’est peut-être pas un simple hasard). Avec toutefois le personnage de Dean (Fisayo Akinade) pour faire le lien, du moins dans les premiers épisodes. On se rend compte rapidement que pas mal de personnages font l’aller-retour entre les deux séries, en fait.

Elles se déroulent en même temps, et certaines scènes de Cucumber s’incrustent ainsi dans Banana, histoire de resituer le contexte, comme dans l’épisode centré sur Josh qui était un personnage totalement anecdotique dans Cucumber. Alors que le récit centré autour de lui dans Banana est sympathique (sans être révolutionnaire non plus).

Le bonus de Banana, c’est son inclusivité. Alors que Cucumber est certainement trop centré sur le G de lGbt (comme Queer As Folk en son temps)(et même si Freddie est bi), Banana met un peu plus en avant les autres lettres et c’est plutôt cool. Banana est quand même la première série britannique à avoir casté une femme trans pour jouer le rôle d’une femme trans ! Seul bémol, les épisodes dépassent à peine les 20 minutes, et c’est dommage, parce que ça fait très peu de temps pour introduire un personnage, sa situation et son histoire.

Pour l’instant, je ne sais pas si Banana sera aussi marquante que l’est Cucumber, mais ça se laisse agréablement regarder et reste un complément sympa, plus varié et plus fun. De plus, cette série pourrait éventuellement continuer avec une saison 2 grâce à son format « anthologie », alors que Cucumber se terminera définitivement avec son huitième épisode.

Tofu, c’est un concept plutôt spécial, puisque ce n’est pas à proprement parler une série avec des acteurs, un scénario et tout le tintouin, mais une suite de témoignages regroupant les acteurs des deux autres séries et des inconnus. Chaque web-épisode de 10 minutes aborde un thème précis, sans rapport direct avec les deux séries précédemment diffusées dans la soirée (enfin, moi je n’en vois pas, mais il y en aurait quand même). Par exemple, l’épisode 4 parle du coming out, alors que ce n’est pas le sujet du quatrième épisode de Cucumber ou de Banana (ce dernier traitant de l’outing – un coming out forcé, ce qui est carrément totalement différent). Toutefois, si ça permet de causer de sujets encore peu traités à la télé (comme l’asexualité, épisode 3), alors c’est cool.

Tofu n’est pas inintéressant, la preuve c’est que je les ai tous vus (mais y en a deux que j’ai coupé avant la fin), et ça reste informatif, on peut en apprendre un peu plus sur les coulisses des deux autres séries (surtout quand RTD s’exprime), donc c’est un bon point.

On notera que la musique, que je trouve parfois agaçante, est une création du duo Murray Gold et Ben Foster, que l’on a vu ensemble sur Torchwood, là encore (on dirait que tout est fait pour me ramener à Torchwood). Des trois séries, s’il y en a une à regarder en priorité, ce serait Cucumber, que je vous invite donc à regarder. Quoiqu’il en soit Davies, prépare déjà une nouvelle série pour Channel 4, The Boys, qui traitera du Sida dans les années 80 et qui promet donc d’être très joyeuse. Youpi.

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3 réflexions sur “Cucumber & Banana & Tofu

  1. Ne suivant pas trop l’actu des séries tv, j’avais complément zappé celles-ci. Je vais tenter Cucumber, mais rien ne dit que je vais accrocher.

    En revanche, c’est pas gagné pour la suite de Torchwood.

    1. Essaie Banana si Cucumber t’ennuie.
      Sinon, ouais, son excuse du mari malade pour ne plus bosser sur la suite de Torchwood aurait pu être crédible s’il n’avait pas tant de projets en cours (surtout qu’il a créé Wizards VS Aliens il y a un peu plus de deux ans)(et WvsA vient d’ailleurs d’être mis en hiatus, comme Torchwood… :/).

  2. Ping : Torchwood is back. | Heaven Manga

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