American Horror Story : Freak Show

Alors que la saison 4 d’American Horror Story s’est conclue en apothéose mi-Janvier, voici enfin un bilan tant attendu (par qui ?). On le savait depuis Mars 2014, cette saison se déroulerait au sein d’un Freak Show, c’est-à-dire un cirque où l’on expose des gens qui ont des difformités ou d’autres handicap bien bien visibles et que l’on expose comme des bêtes de foire. Evidemment connaissant Ryan Murphy (créateur, showrunner et scénariste de la série) et sa légendaire subtilité, on ne devinait pas que le propos allait être du style « les freaks ne sont pas ceux que l’on croit »… PAS DU TOUT.

American Horror Story Freak Show Review: The Most Grotesquely Fun And Bizarre Season Yet image

Mais reprenons dans l’ordre, plutôt que d’analyser la morale de cette quatrième saison. L’histoire prend place à Jupiter, Floride, où Elsa Mars installe son cabinet de curiosité. Pendant ce temps, un clown se met à assassiner les habitants.

Honnêtement, j’ai eu un avis en montagne russe  sur cette saison. Chaque épisode me faisait changer d’idée globale, avec de très bon débuts, surpassant Coven. Le premier épisode, posant les bases, est tellement prometteur. Même quand Elsa chante Life on Mars, il y a une telle intensité dramatique que j’ai été scotché. Et pourtant, Jessica Lange n’est pas, de base, une chanteuse. Mais l’épisode dévoile son personnage, ses forces et ses faiblesses, sans en faire trop, et cela fonctionne.

Malheureusement, cet état de grâce ne dure pas. On a un milieu bof, puis une fin qui remonte (difficilement) la pente. Développons.

La « bonne idée » de cette saison, c’est que plutôt de nous présenter la foule de personnages en un seul épisode, les scénaristes ont pris leur temps et trois épisodes pour le faire. Parce que notons bien :

– Elsa Mars (Jessica Lange), la dirigeante du Freak Show  ;
– Dot et Bette Tattler (Sarah Paulson), les soeurs siamoises  ;
– Jimmy Darling (Evan Peters), le beau gosse au mains « pince de homard » ;
– Ethel Darling (Kathy Bathes), la femme à barbe ;
– Maggie Esmeralda (Emma Roberts), une soit-disant voyante ;
– Stanley (Denis O’Hare), un mec en costard-cravate carrément suspect ;
– Désirée Dupree (Angela Basset), l’hermaphrodite à trois seins ;
– Gloria Mott (Frances Conroy), la mère poule ;
– Dandy Mott (Finn Wittrock), le fils à maman un chouïa psycho ;
– Dell Toledo (Michael Chiklis), le monsieur muscle ;

Tout ça, seulement pour les noms au générique. C’est donc sans compter les rôles un peu plus secondaires d’Erika Ervin, Mat Fraser, Jyoti Amge, Grace Gummer… Bref, du monde, trop de monde. Et si c’était une bonne idée d’introduire ces personnages au compte-goutte, sur la longueur, on se rend rapidement compte que les scénaristes ne savent pas gérer les différentes storylines et que cela a considérablement ralenti le rythme.

Suffit de voir que les siamoises Dot et Bette apparaissent un épisode sur deux pendant quelques temps, mais c’est aussi le cas pour Del, Stanley et d’autres. Certaines histoires sont donc mises entre parenthèses durant un, deux ou plusieurs épisodes, pour revenir alors qu’on les croyait définitivement oubliées des scénaristes.

AHS Freak Show Season 4 Episode 1 Killer Clown

Ensuite, le (freak) show tente de nous faire croire qu’Elsa et sa bande vont devoir survivre à une double menace : Twisty le clown tueur et les habitants unis contre eux, ces derniers croyant les freaks responsables des meurtres survenant depuis leur arrivée dans les parages (alors que c’est le clown tueur venu d’ailleurs). Et c’est faux. Complètement faux. Jusque-là, chaque saison avait un fil rouge plus ou moins clairement établi dès le début. Coven jouait avec le mystère entourant la future Suprême, sur fond de guerre entre deux clans de sorcières. Il y a eu quelques détours, d’autres histoires secondaires, mais dans l’ensemble, on connaissait d’avance le point de chute. Dans Asylum, le but était de s’échapper, de survivre, et il y avait un mystère autour de l’identité d’un tueur macabre. Là encore, beaucoup de pistes parallèle, entre les démons, les aliens, le tueur, le savant fou, l’ange de la mort (et j’en passe) mais au moins ça nous occupait le long des 13 épisodes. Enfin, Murder House suivait le destin d’une famille emménageant dans une maison hanté.  C’était la première saison, chaque épisode présentait un nouveau fantôme, et ça ressemblait à du slice of life horrifique, avant que la thématique de l’enfance et de la grossesse ne prenne de l’ampleur.

Dans Freak Show, rien de tout cela. Parce que, comme souvent, il faut croire que Murphy pense d’abord à un lieux et à des personnages pour ses acteurs et actrices fétiches avant d’avoir un vrai scénario et de vrais rebondissements. Du coup, cela donne l’impression qu’il navigue à vue, faisant du remplissage juste pour tenir jusqu’à l’épisode 13. De plus, il a voulu faire une saison plus « réaliste » et moins surnaturelle et du coup, l’ensemble paraît plus plat. Peu de tensions, peu de suspens, peu d’horreurs.

Sarah Paulson stars as Dot and Bette in Episode 5 (entitled Pink Cupcakes) of Season 4 AHS Freak Show

De même, aucun des personnages principaux n’est réellement attachant, les scénaristes n’ont jamais réussi à nous donner des raisons de nous soucier de leur sort. C’est triste. Exemple avec Elsa Mars, que le premier épisode a si bien réussi à cerner, alors que la suite en fera n’importe quoi. Elle rêve de briller sous de meilleurs projecteurs que ceux de son freak show mais aime quand même ses little monsters. Ainsi, elle veut sauver son business et donc recrute les sœurs siamoises Bette et Dot. Dans les épisodes suivants, elle est jalouse de leur succès et veut s’en débarrasser, quitte à les faire tuer (et donc quitte à faire couler son entreprise, okayyy). Bonjour la cohérence.

Ainsi, Freak Show est fait de courts arcs de deux à trois épisodes, l’occasion d’accueillir des guest stars comme Neil Patrick Harris ou Gabourey Sidibe, dans des rôles plus ou moins réussis et avec des interprétations plus ou moins convaincantes, pendant que l’on essaie d’entrevoir la trame principale. Avec autant d’acteurs réguliers et d’invités de marque, il y en a qui sont évidemment sous-exploités. Je regrette encore le peu de screen time de Frances Conroy…

Mais après tout, si la destination n’est pas définie clairement, le voyage peut toutefois rester plaisant.

Et le problème, c’est que passé le double épisode de Halloween (qui était très cool), cette saison d’American Horror Story traînasse et ne propose plus grand chose de percutant. En gros, chaque personnage vaque à ses occupations, et avec ça, on va tenter de faire un truc qui tient la route.

On a donc Maggie qui drague Jimmy, Elsa qui est jalouse de la notoriété des siamoises et veut retrouver sa gloire, Stanley qui va profiter de ses failles, Jimmy qui vadrouille entre Maggie, Bette & Dot et son père, Désirée qui fait la badass à chaque apparition et enfin Dandy qui inquiète sa maman quand il revient avec du sang partout sur ses vêtements (ça tache). Rajoutons à cela que certains n’interviennent qu’un épisode sur deux, les storylines individuelles n’avancent que peu, et le visionnage des épisodes semaine après semaine n’aide pas à se rappeler pourquoi on a pas vu Machin ou Truc la dernière fois.

Certains développements sont intéressants, mais noyés dans la masse de l’ennui. L’attraction morbide de Dandy pour les siamoises offre de réels moments d’angoisse. D’ailleurs, Dandy est clairement l’atout de cette saison. Noble qui porte à merveille son nom, fils à sa maman, il incarne la folie avec talent. Mais l’on sait que ses crises ne peuvent avoir de lourdes conséquences avant la toute fin : il reste encore pas mal d’épisodes à remplir et l’on ne se débarrasse pas de Sarah Paulson aussi facilement. Le double-jeu de Maggie lorsqu’elle est avec Ma Petite est crispant, mais il y a un abus de scènes creepy juste pour le creepy, avec de fausses morts, si bien que lorsqu’elles arrivent enfin, c’est limite un soulagement. Pire que Coven. Alors certes, c’est efficace les premières fois, mais le gimmick est rapidement lassant.

'American Horror Story: Freak Show' Recap: Abra-kill-dabra

Bon, j’exagère un peu, mais j’ai eu l’impression que l’essentiel de cette saison ne servait qu’à une chose : raccrocher les wagons avec une des saisons précédentes. Car c’est la nouveauté de Freak Show. Un épisode complet sert à la lier avec l’une des trois saisons antérieures. C’est l’un des meilleurs épisodes de la saison, ce qui est assez triste à dire puisqu’il se fait au détriment de l’histoire du freak show. Ainsi, les histoires qui étaient auparavant proprement séparées sont désormais connectées, d’une manière ou une autre. Reste à voir si cela va s’amplifier par la suite ou si ce ne seront que des détails ou des personnages secondaires qui apparaîtront à l’identique d’une saison à une autre, avec des acteurs incarnant le même rôle au lieu d’un nouveau.

Autre nouveauté, c’est la présence de show musicaux, un peu à la Glee (l’autre série de Murphy). Si l’idée est bonne au départ, et même originale, il y a clairement un abus, et le nombre d’avis négatifs sur le sujet a dû faire reculer Murphy, puisque je me souviens d’un interview qui sous-entendait une future interprétation de Kathy Bathes et il n’en fut rien. Après, c’était peut-être encore un effet d’annonce, la spécialité de Ryan Murphy.

En bref, cette dernière saison pour Jessica Lange était inégale, avec de brillantes idées malheureusement malmenées dans leur réalisation. L’arc final avec Chester et sa marionnette maléfique est excellent, mais rattrape difficilement une suite d’épisode en-deçà des attentes. Comme d’habitude, Murphy nous promet monts et merveilles, au risque de décevoir.

Il y a de quoi se demander si Ryan Murphy et Brad Falchuk (l’autre créateur/scénariste/showrunner/etc mais comme on le voit moins, c’est Murphy qui se prend toutes les remarques négatives) eux-mêmes ne se sont pas lassés d’American Horror Story, parce qu’ils s’éparpillent, avec les futurs American Crime Story  et Scream Queens toutes deux prévues sur la Fox pour cette fin d’année. Ce serait une bonne occasion pour eux de laisser la place, d’apporter un peu de sang neuf au sein de la troupe de scénaristes (on voit toujours les mêmes noms) et donc une nouvelle vision pour le futur de la série.

On espère donc que la saison 5, Hotel, réussira à éviter l’écueil du trop plein de personnages et à avoir un scénario qui tient la route tout au long des 13 épisodes. Parce que la simple présence de Lady Gaga ne suffira pas à me faire pardonner trop d’erreurs. è_é

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