Yuri Kuma Arashi – Lesbien raisonnable d’en arriver à ça ?

J’ai vu Utena, la fillette révolutionnaire, j’ai vu Mawaru Penguindrum, et j’ai désormais vu Yuri Kuma Arashi, sous-titrée Love Bullet. Et du coup j’ai plein de choses à dire de cette dernière série d’animation mais il me sera impossible de faire l’impasse sur les deux autres étant donné qu’elles sont nées, du moins à l’écran, du même papa et qu’elles ont été chacune en quelque sorte les prémices du dernier travail de ce cher Kunihiko Ikuhara.

La chasse est ouverte.
La chasse est ouverte.
NB : j’ai volontairement omis des détails « importants » ou des pans entiers de l’histoire pour ne rien gâcher. Cette analyse évite au maximum de ruiner l’expérience de ceux et celles qui n’ont encore pas vu la série. Ce n’était pas facile et pas forcément parfait, mais je pense avoir protégé pas mal des rebondissements de la série. 

Dans Utena on nous livre une fable sur l’amour, le mythe du Prince Charmant et sur l’homosexualité entre femmes. Dans Mawaru Penguindrum on nous sert une histoire d’amour, plein de morale sur ci ou ça pour dire au final qu’être méchant c’est pas bien, et surtout un gros doigt posé sur la violence faite aux enfants, que ce soit la maltraitance, le manque de paternité/maternité, l’abandon pur et simple. Que des belles choses joyeuses et qui donnent envie de sourire. J’ai adoré la série pour son visuel et les émotions qu’elle nous offre. J’ai moins aimé Utena car extrêmement répétitif et beaucoup trop perché dans son symbolisme qui lui par contre tourne un peu en rond. Ou alors je dois être trop con pour comprendre, allez-y défoulez vous en commentaires. Quoi qu’il en soit, l’un a imposé un style de narration graphique et métaphorique de symboles moraux et sociaux, tandis que le second a mis l’emphase sur le visuel au détriment d’autant de messages sous-jacents, et au profit d’une histoire plus touchante. Et la synthèse de tout ça, c’est Yuri Kuma Arashi. Petit rappel : alors que Utena fait 39 épisodes (c’est beaucoup trop long) et que Mawaru Penguindrum en fait 24, Yuri Kuma Arashi quant à elle est une série qui tient en 12 épisodes. L’art d’être concis c’est aussi un challenge pour l’homme qui aime la répétition. Et ça de la répétition, il en utilise encore plus qu’un professeur devant une classe de cancres. 

« Est-ce que ton amour est véritable ? »

Yuri Kuma Arashi c’est l’histoire d’une jeune fille qui en aime une autre. Elles vont à l’école ensemble, s’aiment tendrement et partagent plein de belles choses ensemble. Jusqu’au jour où l’amoureuse de notre héroïne se fait assassiner par des ours. Des ourses plus précisément. Des ourses lesbiennes et anthropomorphes. Quoi je vous ai déjà perdus ? On va la refaire. Suite à l’explosion d’une planète abritant des ours, ceux-ci ont trouvé refuge sur Terre, mais face au danger qu’ils représentent les humains ont du ériger des murs pour s’en protéger. Or, certains ours passent à travers les mailles du filet. « Ah donc c’est une série de survie ? » me demanderez-vous, tout naturellement. Non, puisque je vous dis que ça parle de lesbiennes. Car oui tout, je dis bien tout, le délire de la série est une énorme orgie de symbolisme et de métaphores pour traiter d’un sujet qui fait débat au Japon : l’homosexualité féminine et son acceptation au sein de la société. Yuri c’est le lys, lily en anglais. La fleur qui représente l’amour entre femmes au Japon. Kuma c’est l’ours, un animal qui est un symbole de l’homosexualité. Et Arashi c’est la tempête, symbole ici de ce qui t’attend si tu es une lesbienne au Japon. Et pour entrer dans le vif du sujet : l’anime va décrire point par point les différentes facettes de la perception de l’homosexualité féminine au Japon, en dressant le portrait de plusieurs personnages tous intimement liés, qu’ils le sachent ou pas en début de série. 

Dis-moi qui tu aimes et je te dirai quelle ourse tu es

Le deuil de l’amour que l’on a est une façon de dire « On t’empêche cette relation que l’on n’accepte pas, et pour cela on t’arrache l’être aimé, vu que c’est par sa faute que tu es ainsi » et il n’est pas compliqué de l’affirmer vu que dans la classe de Kureha ont lieu des élections qui en gros décident de qui est impure donc par extension qui est lesbienne. Par conséquent cela permet de décider qui exclure, socialement parlant, en la harcelant voire pire. La fameuse tempête d’exclusion. Car même si ce n’est pas explicitement dit, lorsqu’un ours (féminin, toujours) mange un humain, on peut y voir là une forme de châtiment par le viol. Chaque fille ourse a un nom de famille commençant par Yuri-, histoire de nous faire comprendre avant à qui on a à faire. Chaque fille se transforme du coup tôt ou tard en ours et se fait vaincre (ou pas toujours histoire aussi de casser la répétition) par Kureha qui cherche à tout prix à venger la disparition de son amante, en témoigne ses séances d’entrainement de tir au fusil. Mais c’est sans compter sur l’apparition dans son quotidien de Ginko et Lulu, deux ourses en camouflage humain qui ont jeté leur dévolu sur Kureha. Pourquoi, qui sont-elles ? Je ne veux gâcher aucune surprise, à vous de le découvrir.

Allez me chercher Robert Langdon !

Passons maintenant à l’imagerie de la série. Encore une fois tout est richement travaillé, détaillé, composé avec soin et minutie. Car chaque élément visuel à son importance. Et les symboles graphiques sont nombreux. Sans parler des millions de pétales de roses qu’utilise Ikuhara un peu tout le temps, un exemple compliqué à cerner si l’on est extérieur au sujet : l’école vue du ciel. Elle a une forme triangulaire avec la pointe vers le bas, de couleur rose, et est encerclée par des arbres, verts donc. Eh bien le triangle rose incliné ainsi entouré d’un cercle vert n’est rien de moins que le symbole d’un espace de défense des droits des homosexuels. L’école devient donc un havre de paix pour les filles qui y sont invitées (je n’ai vu aucun garçon de toute la série) sans apparente discrimination. Est-ce encore vrai, lorsqu’on est obligé de constater que la fameuse « tempête invisible » chasseuse de lesbiennes est bel et bien présente ? Venons-en aux faits : les ours mangent les lesbiennes de l’école qui osent se montrer en public. Ces-mêmes victimes qui se font blâmer et pourchasser par les autres pour attirer les ours au sein de l’école. C’est un cycle infernal. Elles sont comme la conséquence du regard des autres sur ces couples vraisemblablement pas acceptés par la société. Or, et c’est là l’ironie du tout, les ourses sont elles-mêmes lesbiennes, en témoigne la façon dont elles grignotent Kureha. Oh attendez, j’ai oublié le jugement ? 

Mais puisque je vous dit que c'est du SYM-BO-LISME.
Mais puisqu’on vous dit que c’est du SYM-BO-LISME.

Tintintin~

Bien sûr que non. L’auteur est connu pour aimer la répétition. Il répète alors ici le coup du duel sur le toit de l’école de Utena et à la fois le tribunal un peu fou de Mawaru Penguindrum. Trois ours, mâles eux : Beauty, Cool et Sexy, posent des questions et jugent les réponses avec comme seul engagement : ton amour est-il véritable ? Une façon de représenter le jugement de son entourage sur son homosexualité. Notamment par des hommes sur l’amour entre deux femmes, on marche sur la tête. « Si tu es vraiment amoureuse de cette fille, vraiment vraiment, et que tu sais ce que tu fais, alors on acceptera ta relation avec elle. » Et le libre arbitre ? À la fin du procès Kureha se fait alors « dévorer », un lys apparaissant et les ourses léchant la sève coulant le long du pisti- quoi, ça vous fait des choses dans le pantalon ? C’est normal oui, c’est complètement sexuel et assumé je présume. Est-ce que c’est consenti par contre ? Aucune idée. Kureha ne s’en plaint jamais, mais est-elle en capacité de dire oui ou non au moment de l’acte ? Bonne question… 

Les maux de la fin

Quoi qu’il en soit la série pousse quelques portes, certaines déjà ouvertes, quant aux sujets qui secouent notre monde moderne sur l’identité sexuelle et l’acceptation des gens « différents », bien qu’à se demander si les différents ne sont pas plutôt ceux et celles qui font preuve de rejet plutôt que les rejetés eux-mêmes. Graphiquement on nous en met plein la vue car c’est redoutablement bien réalisé et filmé avec des angles et des décors travaillés pour offrir une narration visuelle en rythme avec les dialogues et scènes un peu plus d’action. Chaque plan est un fond d’écran en puissance, c’est littéralement très beau. Certains flashbacks sont filmés comme des contes pour enfants, à travers une imagerie enchanteresse et un message à la portée assez cruelle finalement (oui, relisez un peu Grimm et Andersen, c’est pas la joie). Le tout est desservi par une bande-son magnifique, notamment l’opening de la série qui est divinement doux et sensuel (sans parler des images, équivoques à souhait) avec son fameux « viens avec moi » suivi de « j’ai besoin de toi », en français dans le texte s’il vous plait ; et un casting aussi mignon que convainquant. Non, là où le bat peut en blesser certains, ça sera plus sur le fond que sur la forme. Car à moins d’être viscéralement allergique au style de l’auteur, seul le scénario et surtout sa façon dont chacun va l’interpréter et le ressentir feront que la série sera appréciée ou non. Et ça, que vous soyez touchés par le message de paix sociale entre personnes à la sexualité différente ou non, c’est à vous de vous faire votre propre opinion sur la série. Vous savez ce qu’il vous reste désormais à regarder : Yuri Kuma Arashi est disponible chez Crunchyroll.

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6 réflexions sur “Yuri Kuma Arashi – Lesbien raisonnable d’en arriver à ça ?

  1. Très bon article encore une fois, j’aime vraiment ce que tu fais même si je n’ai pas du tout aimé Yuri Kuma Arashi. J’irais même jusqu’à dire que j’ai trouvé ça hyper barbant alors que pourtant j’avais bien repéré certaines des choses dont tu parles ( la thématique du rejet de l’homosexualité féminine, la signification du lys que je suis allé chercher sur le net, d’ou découle cette série ). Au bout d’à peine quelques épisodes j’ai décroché, j’ai toujours eu un peu de mal avec les animes qui sortent de l’ordinaire (sauf Ping Pong), je déteste les répétitions incessantes ainsi que le schéma mais bon après c’est plus une question de goût.

    La seule chose que je retiendrais c’est l’opening et le fameux chaba da badou !

  2. J’ai pas vu une seule seconde de cet anime et loin de moi l’idée de critiquer sans connaître, mais c’est ce que je vais faire, palalapouêt. Parce que j’ai un doute sur le message en partie véhiculé. Parce que, le fait que ce soit des ours lesbiennes qui tuent des lesbiennes, n’est-ce pas dire que l’homophobie est dû aux homosexuel(le)s eux-mêmes ?

    1. C’est plus compliqué que le premier degré de lecture imposé par notre écran. Par tuer, les ourses « mangent », à savoir consomment, font passer d’un état à un autre. La série repose sur plusieurs niveaux d’interprétation et faut avouer que tout piger est un sacré défi. Je pense plutôt qu’au lieu de tuer elles convertissent. C’est-à-dire des « lesbiennes mais pas trop » par peur, par oppression, à de « réelles lesbiennes assumées ». Après j’ai évité beaucoup d’éléments de l’histoire pour rien spoiler car entre le début et la fin beaucoup de choses se passent et se disent, les avis changent et les personnages ne sont pas qui on pouvait croire jusque alors.

  3. Ping : Anime Collection Hiver 2015 | Aquanime

  4. Pour Utena, je pense que dans notre société d’aujourd’hui plus personne ne peut aimer ce manga. Il est vrai que si tu les compares au animés d’aujourd’hui, il est vieux et répétitif. Les seuls qui peuvent aimer cette animé sont pour les gens qui ont connu l’animé à ça sorti (c’est à dire il y a 20 ans). La plupart des animés à cette époque était sur le même schéma qu’Utena avec plein d’images recyclés et des scènes répétitifs. Et les gens aimait ça. Comme quoi on dirait pas, mais en 20 ans la mentalité a bien évolué. Mais ça ne m’étonne plus que quand tu le compare aux animés d’aujourd’hui, il n’a plus beaucoup de valeur.

    Et pourtant il faut savoir que Utena reste l’un des tout premiers mangas/animés à avoir inclus du contenu homosexualité entre filles. C’est donc la source même du Yuri : tous les autres animés de Yuri ce sont bien inspirer de celui-ci. Pour tous les fans de Yuri c’est impossible de ne pas avoir vu cet animé.

    Concernant Yuri Kuma Arashi, sache que j’ai regardé les premiers épisodes et j’ai pas du tout aimé. Utena c’était doux comme relation mais là, c’est limite du hentai, du coup je suis pas allé très loin. En tout cas j’ai pas du tout aimé.
    Pourtant j’avais vraiment adorer Mawaru Penguindrum, qui pour ma part est complètement différent des deux autres animés, avec l’histoire et ces conséquences, ainsi que les liens entre personnages.

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