Interview d’Atsushi Kaneko, l’homme qui se fait un film… noir

Le moins que l’on puisse dire est qu’Atsushi Kaneko nous a habitué à ses visites en France, et notamment au festival d’Angoulême. S’il était présent à la dernière édition de la fête de la bande-dessinée internationale, c’est à Paris, dans les locaux de Casterman que nous l’avons rencontré.

Découvert avec Bambi, connu par Soil, reconnu grâce à Wet Moon, voici l’interview d’un mangaka décidément pas comme les autres.

atsushi kaneko interview


Bonjour, pour commencer et pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi de devenir mangaka ?

C’est une question que je me pose aujourd’hui et qui provoque toujours des sensations un peu bizarres chez moi. Avant la fin de mes études à l’université, j’ai eu besoin de survenir à mes besoins et donc j’ai réfléchi à ce que je pouvais faire et l’idée de devenir mangaka m‘est venue. Pourtant, le monde du cinéma m’a toujours intéressé et à un moment de mes études, je me suis dit que j’allais m’orienter vers le monde du cinéma et j’ai même réalisé un film tout seul dans mon coin.

En parlant de manga, j’aimerais savoir quelles sont vos œuvres préférées, celles qui vous ont le plus inspiré mais aussi celles que vous continuez à lire de nos jours. On reconnaît facilement la lune de Méliès mais aussi l’influence de thriller à l’américaine à la David Lynch.

On me le dit souvent et c’est assez palpable. On a souvent comparé mon travail à ce que peut faire David Lynch. C’est un réalisateur que j’affectionne particulièrement à titre personnel. J’aime aussi beaucoup le cinéma de Stanley Kubrick mais aussi celui d’Orson Welles, surtout lorsqu’ils tournaient des films policiers. Ce sont des réalisateurs dont les films possèdent une ambiance qui me plait énormément. Il y a un film que j’aime beaucoup et c’est The Boston Strangler de Richard Fleischer.

Continuez-vous à lire des manga ? Il me semble que vous aviez arrêté à un moment, non ?

En ce moment, je m’oblige à ne pas lire de manga de telle sorte à ce que je ne sois pas influencé par ce que je lis. Je peux ainsi me concentrer sur le développement de mon propre style. J’ai aussi un peu peur de me décourager en lisant d’autres œuvres que je pourrais trouver géniales !

Les tatouages font partie de votre quotidien et vous en possédez déjà quelques uns mais seriez-vous tenté de passer de l’autre côté et de prendre l’aiguille ?

J’aime beaucoup les tatouages. J’ai même plusieurs amis très proches qui sont tatoueurs au Japon et oui on m’a déjà demandé si je voulais passer de l’autre côté de l’aiguille. Cependant, ça ne me plairait pas de faire mal aux gens à longueur de journée, ça me fait même un peu peur !

Les deux premiers volumes de Deathco seront publiés en janvier prochain par les éditions Casterman
Les deux premiers volumes de Deathco seront publiés en janvier prochain par les éditions Casterman.

Dans tous vos manga, on est frappé par l’allure de vos personnages : ils ont une « gueule », un style Kaneko. Pouvez-vous nous dévoiler le petit secret de votre méthode de travail ?

Il y a une chose qui illustre bien ma façon de travailler. En fait, lorsque je dessine, je pense à ce qui a été fait pour ne pas le refaire et je suis particulièrement attentif au rythme de l’histoire mais aussi à la musicalité. Je ne veux pas enfoncer de porte ouverte, c’est peut-être un peu prétentieux mais je ne veux absolument pas refaire ce qu’un autre aurait déjà fait mille fois où qui serait trop évident.

Dans Wet Moon, vous ne dévoilez pas tous les mystères. Est-ce que cela veut dire que le lecteur doit être impliqué dans votre manga, y réfléchir seul comme s’il en était l’un des personnages ?

En effet, je ne dévoile pas tout à la fin de Wet Moon car j’ai envie que le lecteur apprécie le mystère en lui-même plutôt que la résolution, qui est en général très appréciée dans les séries policières. Dans un roman policier classique ou une œuvre policière classique il y a une ambiance particulière dans laquelle le lecteur est plongée dès le début de sa lecture. Pendant les 15 premières minutes, le lecteur se familiarise avec l’univers et l’atmosphère du récit. Moi, j’ai plutôt envie de faire durer ces 15 minutes de découvertes pour les étendre sur l’œuvre toute entière.

En lisant vos titres, on se dit qu’ils sont écrits d’une telle manière qu’ils seraient faciles à adapter au cinéma. Mais la passerelle inverse, c’est à dire que vous adaptiez un film en manga, est-elle envisageable ?

A l’origine, j’ai conçu Wet Moon comme une histoire qui deviendrait un film. Je l’ai dessinée et écrite sous la forme d’un manga mais mon projet initial était d’aller voir des producteurs avec ce titre sous le bras pour les convaincre d’en faire un film. Au final ça ne s’est pas concrétisé mais j’ai toujours le désir d’en faire un long métrage et si, un jour, un de mes manga devrait être adapté en film, j’aimerais en être le réalisateur.

Après deux thrillers, Soil et Wet Moon, vous revenez, avec DeathCo, un manga déjanté, fun et bourré d’action. Les premières planches m’ont d’ailleurs un peu fait penser à Bambi. Peut-on y voir la volonté d’un retour aux sources ?

Wet Moon et Soil étaient des récits très écrits. Pour la création, ils passaient par une étape d’écriture très importante mais cela confère à ces oeuvres un côté statique. Avec DeathCo, j’ai eu envie d’écrire quelque chose pour moi, quelque chose de plus fou qui nous procurerait, à moi et aux lecteurs, un plaisir plus immédiat, plus primaire et plus fou.

Peut-on ainsi considérer que vous continuerez dans cette voie ? Votre ancienne méthode de travail ne vous plaisait plus ?

Dans le cas de Bambi, je connaissais le début, le milieu et la fin. C’est ce qui m’a servi comme base pour chaque chapitre et jusqu’à la fin et je ne savais pas ce qui allait se passer entre ces étapes. Pour tout le reste, ça venait tout seul. Pour Soil et Wet Moon, j’avais déjà un scénario très détaillé. J’avais tout écrit et ce n’est que lorsque le scénario fut bouclé que j’ai commencé à dessiner En fait, je renoue avec le mode opératoire auquel j’avais opté avec Bambi. Cependant, comme ça fait assez longtemps que j’ai changé ma façon de travailler avec mes deux œuvres précédentes, je ne sais pas si je pourrais retrouver entièrement cette liberté d’antan.

Pour finir, je vais essayer d’en savoir un peu plus sur vous et votre culture. J’aimerais que vous répondiez le plus rapidement possible, un peu à la manière d’un portrait chinois.

  • Un manga : Black Jack d’Osamu Tezuka
  • Un film : Orange mécanique de Stanley Kubrick
  • Une chanson : Anarchy in the UK des Sex Pistols

En guise de dernière question, on va voir à quel point vous aimez vos œuvres. Même principe, je vais vous donner des débuts de phrases et vous devez les compléter.

  • L’œuvre dont je suis le plus fier est : Aujourd’hui, je vous répondrais Wet Moon.
  • L’histoire que j’ai eu le plus de mal à raconter est celle de : DeathCo, sans aucun doute.
  • L’œuvre sur laquelle j’aurais aimé passer plus de temps est : En fait, aussi étonnant que ça puisse paraître, je suis assez satisfait de tous mes titres qui sont sortis à l’heure actuelle !

Merci beaucoup Kaneko-sensei !

atsushi kaneko interview


Remerciements : Sandrine Dutordoir et le staff des éditions Casterman pour l’organisation de l’interview et la traduction.

Propos recueillis par Romain Laduca pour Krinein.com, postée sur Nostroblog sur une idée de Meloku.

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