Hentai : mélopées de la plastique et poupées élastiques

Bonjour ou bonsoir, fidèle lectorat ou nouveaux venus, curieux et curieuses de tout poil voire même imberbes ou rasé·e·s, pas de distinction ni même de chichis aujourd’hui car nous allons discuter du tout dernier manga à la mode dont le tout monde parle, n’hésitez donc pas à partager cet article avec vos proches et vos am-OH LA NON MALHEUREUX. Aujourd’hui on parle de sexe donc éloignez vos gamins de l’écran, ça va tâcher sale comme cette première fois maladroite quand vous aviez 18 ans et que ça s’est fini à la main parce que « pfou, en vrai c’est pas comme dans les hentai ». Parlons-en, des hentai. Ces mal aimés, ces caricaturés et pointés du doigt. Quelle image du sexe donnent-t-ils à leurs lecteurs ? Qui devraient être les lecteurs d’ailleurs, plutôt des jeunes en quête de sensations ou alors des adultes aguerris qui connaissent déjà leur sujet ? Et sinon au fait, c’est quoi le hentai ?

ShindoL's Cultural Anthropology, un petit bijou de l'artiste qui a ravi mon cœur (mais pas que).
ShindoL’s Cultural Anthropology, un petit bijou de l’artiste qui a ravi mon cœur (mais pas que).

Hentai vaut mieux que deux tu l’auras

Hentai c’est le mot japonais pour désigner un pervers. Par extension ce sont les lectures ou vidéos perverses japonaises. De nos jours les gens auront davantage à l’esprit ces dessins animés pour adultes où des filles couinent avec des tentacules baveux et autres trucs bizarres qui font passer le Japon pour un pays de fous. Parce que les amalgames vont aussi vite que cela, hé. Sérieusement, le hentai est un genre qui regroupe grossièrement toute production pornographique japonaise dessinée, que ce soit en livre ou en animation. Donc souvent un manga ou un anime. Voire du doujinshi (j’emploie le terme anglais plutôt que dojinshi ou dojin ou dōjin pour des soucis de recherches sur Internet, étant principalement anglophone). Avant de poursuivre, j’aimerais éclairer un point car beaucoup de lecteurs de hentai ignorent que leurs lectures favorites mettant en scène Sasuke en train d’attraper en levrette chaque kunoichi du village s’appellent en réalité des doujinshi. Le doujinshi c’est une production d’amateurs qui se réunissent souvent dans des cercles pour s’appuyer et former des projets de groupe, que ce soit une histoire de type fanfiction sur un manga connu, en format manga de 30 pages par exemple, ou seulement des illustrations regroupées dans un carnet, qu’ils vendront lors de conventions. J’essaye de résumer brièvement donc relevez vos boucliers si jamais vous êtes affectés par ceci, je sais que c’est évidemment plus complexe et diversifié, mais c’est un exemple plutôt marquant et présent dans la scène mangaphile francophone. Au Japon, il y a énormément de gens passionnés et talentueux qui se disent « et pourquoi pas moi » et se lancent dans des projets qui parfois aboutissement sur des contrats avec des maisons d’édition. Sinon ça reste du travail amateur, mais dans le sens indépendant, car finalement au niveau technique c’est très professionnel. Des booklets de 20 pages, illustrés en couleur ou pas, avec une histoire complète (originale ou basée sur une oeuvre existante) et qui se vendent pour pas cher. Ça permet de se faire connaitre et éventuellement de percer dans le milieu professionnel concerné. Pas toujours facile car le marché est conséquent et que la concurrence s’avère rude, mais qui ne tente rien n’a rien, comme on dit. Donc voilà la différence entre doujinshi et hentai, un doujinshi peut être de nature hentai mais un hentai est forcément publié par une maison d’édition, ou du moins pré-publié dans des revues. N’étant pas expert je mentionnerai les magazines de prépublication très connus Comic Hot Milk ou Comic Beast qui sauront réveiller l’étincelle dans l’œil du lecteur aguerri. Ensuite, pour les doujinshi la principale source de contenu viendra des vagues de nouveautés à chaque Comiket (Comic Market), un salon biannuel qui regroupe plein (on parle du premier salon mondial manga/anime en terme de visites, c’est gargantuesque) d’artistes de doujinshi, du manga au jeu vidéo (les fameux Visual Novel notamment, et autres eroge), et où il est possible d’acheter (sous réserve de stock disponible) les travaux de ces artistes. N’étant souvent pas commercialisés de par leur nature, ces articles peuvent vite devenir des objets de collection, d’autant plus que si l’artiste entre plus tard dans le monde des auteurs publiés, la spéculation va bon train. Et oui, les fameux C86 ou C87 que vous voyez sur les derniers doujinshi que vous avez pu lire sont pour vous informer que ce sont des œuvres vendues lors des Comiket éditions 86 et 87, à savoir les derniers en date. C’est toujours bon à savoir car ça permet de dater une oeuvre rencontrée sur le net au gré de fructueuses recherches littéraires. Hem. On s’est compris.

« Mais ce n’est pas de l’art, c’est du porno ! »

Vous a probablement dit quelqu’un de moyennement éduqué qui n’a pas eu la chance de pouvoir lire du bon hentai. C’est malheureux, car souvent dans l’imaginaire collectif le hentai se résume a des tentacules violant des jeunes filles sur fond de « yameteee~ » et autres imageries liant les consommateurs de hentai à des pédophiles latents. On en est là. La vérité est évidemment tout autre. Si on considère que le hentai peut remonter aussi loin que les historiens de l’art s’en souviennent à une époque où le porno lui même n’existait pas, tel qu’on le connait, mais à travers justement des estampes érotiques, alors le hentai est un des premiers nés d’un art qui a toujours existé : la représentation d’actes sexuels ou de corps nus. Du bon gros fap material vintage. Vieux comme le monde, on a toujours vu, peu importe la culture ou l’époque, des seins, des culs, des sexes en tout genre. Les japonais étant comme tout le monde, ils ont aussi commencé à dessiner des scènes du genre, comme Le Rêve de la Femme du Pêcheur, du fameux Hokusai, oui le type de la vague là, c’est bien lui en effet. C’est un ukiyo-e, un type d’estampe qui était assez populaire il y a deux à quatre cent ans. Comme quoi, les tentacules dans la culture du hentai, ce n’est pas vraiment nouveau.

Libidineuse et exaltée, la femme du pêcheur en a fait rêver plus d'un depuis 200 ans.
Libidineuse et exaltée, la femme du pêcheur en a fait rêver plus d’un depuis 200 ans.

Peut-on du coup qualifier le hentai d’art ? Est-ce que le hentai moderne est encore un art de représenter le sexe ou un médium purement masturbatoire de type pornographique ? Excellente question, mais attention la réponse est personnelle bien qu’elle propose différents axes de réflexion que je vous livre tout de suite.

Imouto futanari vore doujin? I could fap to that

J’ai, à titre personnel, tendance à séparer le grain de l’ivraie. À savoir que comme tout médium artistique, on aura les artistes purs, et les autres. Des gens avec un talent relatif au temps passé à s’exercer à l’améliorer pour devenir aussi bon que les premiers. Oui, je tire à boulets rouges, mais il faut être honnête un moment. Dans le manga (car le hentai dont je vais parler sera du hentai dessiné sur papier, du manga donc, pas de l’animation, souvent censurée et de mauvaise facture) on peut voir des artistes fous furieux de la plume et de l’encre de Chine, des dingues de la narration, du découpage des vignettes et des bulles, qui nous détraquent la tête avec leur trait et leurs cadrages. Autant d’auteurs qu’on se fait un plaisir de présenter sur Nostroblog, comme Kazuo Kamimura ou encore Shintaro Kago, un génie parmi tant d’autres. Et on a les dessineux qui font du manga pour manger. Dont le dessin est assez moyen, c’est beau, oui, mais ça reste du manga commercial, une commande faite par une maison d’édition pour remplir des critères de vente basés sur des enquêtes du marché. C’est pas fou d’originalité, ni de créativité, mais ça remplit l’assiette. Donc quand le marché c’est : hommes de 18 à 30 ans et célibataires, on sait que si on leur propose des nichons ça va tout de suite leur plaire. C’est biologique. Je ne vais pas faire le tour de l’éventail des sexualités et critères possiblement affectés par les différents types de hentai, mais en gros il y a de tout pour tous. Pas de soucis, j’ai testé (parfois à regret) pour vous.

Ce qui nous amène à la question : art ou masturbation ? Pourquoi pas les deux ? En fonction de l’auteur et de son moyen de diffusion, vous pouvez lire du hentai complètement branlette et insipide mais comme c’est joli et que ça évoque le coït d’une manière bien réalisée, alors ça remplit son rôle (à défaut de vous vider les gonades) ; ou lire une histoire, avec ses rebondissements, ses personnages travaillés, son dessin différemment beau, voire son style à part entière. Certains d’entre vous connaissent déjà Oh!Great pour Air Gear ou encore Enfer et Paradis. Voire même pour Biorg Trinity pour ceux qui lisent mes articles avec assiduité. Mais qui a entendu parler de ses récits hentai courts ? Des histoires allant de quelques pages à plusieurs chapitres, de la romance érotique au trip sado-maso bien sale et dérangeant qu’il faut mieux ne pas laisser traîner sur la table basse du salon familial. Pareil pour l’auteur Boichi qui est surtout connu pour son travail sur l’excellent Sun-Ken Rock. Il a dessiné du hentai. J’ai presque envie de dire, pour ces deux auteurs, « ah bon ? oh la la quelle surprise, ça se devinait pas du tout tiens » car ouai, on le sent qu’ils ont l’habitude de dessiner des corps sexy (de femmes ou pas), ce qui s’applique d’ailleurs aussi au dessinateur de Food Wars : Shun Saeki alias tosh, qui a dessiné du hentai avant de faire du manga pour ado bien sage (quoi que) dans le Weekly Shonen Jump. En soit c’est quelque chose de bien car quand on voit les dessins de ces mecs là on se dit que ça doit être vraiment quelque chose des hentai avec ce style graphique. Je vous laisse à vos lectures, pour ma part cela fait déjà quelques années que les recueils Junk Story et Naked Star d’Oh!Great sont dans ma bibliothèque (par feu l’éditeur Asuka).

Donc ce sont des bons artistes, d’accord, mais quid des gens qui vivent du hentai, qui littéralement en ont fait leur métier ? J’ai plein de noms à vous filer, pas de problème, mais avant il faudra répondre à une autre question : sont-ils des auteurs connus et reconnus pour leur dessin ou leur histoire ? Il faut savoir que le hentai, comme tout produit culturel, a ses propres sirènes lorsqu’il s’agit d’attirer le nouveau lecteur. Celles qui vont chanter les belles formes et la volupté visuelle du hentai, de sa partie explicitement sexuelle et libidineuse, et les autres qui vont murmurer les personnages et les ficelles scénaristiques qui sauront attirer le lecteur à travers l’histoire du titre. Oui, c’est fou, on choisit une histoire et on s’astique peut-être, mais plutôt sur la fin. Des auteurs en ont fait leur spécialité, à savoir qu’ils savent bel et bien que leur dessin est suffisamment érotique pour susciter le désir chez le lecteur, alors pour offrir une plus-value qui saura assurer une belle tête d’avance face à la concurrence, ils prennent le temps d’écrire une vraie histoire. Des auteurs que l’on ne présente plus comme Shiwasu no Okina, ShindoL ou Yamatogawa sont passés maîtres dans l’art du hentai narratif. Ils dessinent toujours du sexe, pas de soucis, mais leurs histoires sont telles qu’elles captivent et nous font presque lire leurs travaux pour voir comment les personnages vont évoluer (TSF Monogatari de ShindoL est l’exemple typique d’un personnage que l’on voit évoluer durant de longs mois, avec les changements corporels et comportementaux que cela induit, du très bon), interagir entre eux, que davantage pour le cul, qu’on s’imagine de toute façon régulier à chaque nouveau chapitre. C’est un secteur professionnel basé sur le commerce, il y a donc des quotas.

Quand je me prépare à lire du hentai.
Quand je me prépare à lire du hentai.

A contrario, nous avons le hentai masturbatoire, qui se différencie par conséquent par une succession de codes narratifs usés et limés jusqu’à l’os, un peu comme les parties intimes des protagonistes féminins qui les composent. Ici les quotas sont explosés (un peu comme les part- bon vous l’avez). Souvent qualifiés de vanilla (vanille, terme utilisé pour parler de quelque chose dans sa forme la plus basique, sans modification ni fantaisie), plein de hentai de ce genre seront des histoires courtes sans suite sur un garçon et une fille qui habituellement se connaissent, se retrouvent dans une situation qui conduit (anormalement vite) à un coït, plus ou moins agrémenté de préliminaires, et se conclut par un orgasme mutuel et une micro-scène épilogue histoire de finir (très souvent comique) sur une bonne note. Voilà, c’est simple, c’est vu et revu, mais ça fait le café. C’est une lecture rapide, purement masturbatoire, que l’on aura vite oublié cependant. Et ça c’est dommage. Quand on lit une histoire, on aime souvent le faire car on s’en souviendra. De tel personnage, de tel rebondissement, de telle idée narrative. Pas juste d’un garçon sans saveur et d’une fille insipide qui baisent pour le plaisir de nos yeux, et point final. Mais voilà, il faut de tout pour faire un monde. Du coup comme dans chaque genre, des codes, un schéma narratif précis à suivre « à la lettre », et tout le monde est content.

– Vous voulez un Whisky ? – Oh, juste un doigt. ( ͡° ͜ʖ ͡°) 

On va parler des choses qui fâchent. Donc forcément on entre dans la partie qui va m’intéresser le plus. En relation directe avec le titre de l’article : l’élasticité dans la plastique du hentai. Oui c’est très important. On peut dire qu’il y a deux familles de hentai, ceux qui sont conscients de certaines réalités physique et anatomiques qui régissent sur notre planète et parmi l’espèce humaine, et les hentai phénoménaux qui se libèrent de toute entrave à l’expression de l’artiste. Passons directement sur la deuxième catégorie qui pour moi définit un certain courant dans le hentai et réécrit certains codes graphiques essentiels. Des auteurs comme Type.90, John K. Peta, ou encore l’inénarrable ShindoL (toujours lui, c’est un dieu du hentai et le maître de l’ahegao, le visage exprimé au moment de l’orgasme) en ont fait leur marque de fabrique. Chez eux les femmes sont plus faites de chairs élastiques et à la gravité défiant les lois de la physique que de peau et de graisse qui se déchirent ou pendent naturellement. Non. Des seins rebondis qui vont se plier aux mouvements des bras, des lèvres (pas celles de la bouche, essayez encore) à la souplesse extraordinaire, des orifices qui se détendent sans lubrifiant ni entrainement, etc. Parce qu’en vrai ce n’est pas forcément impossible, mais tentez ça sur une jeune fille vierge (beaucoup des filles présentes dans les hentai sont vierges avant de recevoir la totale avec supplément) et vous la conduirez aux urgences pour chirurgie réparatrice. Toujours est-il qu’une fois affranchis de ces barrières, ces dessinateurs se font plaisir, et cela vaut aussi pour les hommes qui sont souvent dotés d’une troisième jambe localisée entre les deux testicules, et ce dès le plus jeune âge bien entendu. Membre fort viril qui d’ailleurs est capable souvent de soutenir le poids d’une femme de corpulence moyenne, autant dire que les muscles du plancher pelvien sont mis à rude épreuve. Quoi qu’il en soit, cette école de la démesure mais pas trop est littéralement sublimée par l’oeuvre entière de John K. Peta qui en a fait son cheval de bataille. Il s’amuse et nous surprend toujours plus dans sa représentation grotesque et anti-anatomique du corps féminin à repousser les limites du possible et de l’imaginable. J’aurais adoré mettre plein d’images pour illustrer mon article mais je me contenterai de les décrire, par respect pour les non curieux : certaines scènes vont suffisamment loin pour que l’on voit un jeune garçon enfoncer son bras dans le vagin puis l’utérus de sa grande sœur afin de lui titiller les ovaires et la faire jouir avant que le tout se termine dans un prolapsus du plus bel effet. Bon appétit.

Dans d’autres registres nous retrouverons certains artistes qui auront chacun leur style. Ainsi l’auteur Mayonnaise fera dans les petite filles utilisées légalement par décret légal comme vide-couilles dans un futur proche où la criminalité a été anéantie par ce système politique discutable qui permet de réduire les pulsions néfastes des hommes grâce à ces prostituées / objets de plaisir en libre service. Ici une partie des femmes sont complètement réduites à leur fonction sexuelle, d’ailleurs malgré les nombreux passages (à travers plusieurs ouvrages de l’auteur), on en apprend plus sur la psyché qu’elles ont avant ou pendant leur formation et après, une fois qu’elle sont « lâchées dans la nature », on ne comprend toujours pas comment un pareil système a pu être choisi à la majorité. Mais bon, JAPON. C’est très nihiliste, les filles ont beau avoir moins de 15 ans elles pensent d’abord à leur fonction dans la société avant de penser à la morale de ce qu’on leur fait subir quotidiennement (du sexe et de l’entrainement à base de dilatation et torture en tout genre). Egalement, les hommes sont dépeints comme des êtres soumis à des pulsions qui ont besoin de les faire disparaître, bien entendu plusieurs fois par jour, pour se sentir mieux dans leur peau. Est-ce une peinture de la société japonaise, du surmenage et de la pression socio-professionnelle que subit le peuple japonais ? Très certainement, on sait à quel point la culture de la compétition au Japon ravage la santé du peuple et formate certaines mœurs. En attendant, la lecture de ce type de hentai est aussi dérangeante et malsaine que curieuse. On se demande où l’auteur veut en venir et jusqu’où tout ça peut bien aller. C’est à la limite de l’eroguro quand on y pense, mais avec davantage de sexe.

Pour faire bref sur d’autres auteurs et donc d’autres genres, Oda Non lui fait des récits très cours, mais très beaux. Tout en couleur, sensuelles et chaudes, tout en douceur, les femmes sont élégantes et le trait raffiné. À des lieues du travail de Jeanne DA’ck qui lui représente les femmes souvent avec beaucoup d’exagération : poitrines et popotins opulents dépassant les normes, des positions exubérantes et surtout des situations sans queue ni tête. Enfin quoi que des queues, si. Et pour finir un de mes chouchous : E-musu Aki qui a un trait vraiment remarquable et a réalisé un volume génial du nom de Mononoke Acme qui parle de filles / youkai, histoire de se cultiver en se branlant.

Du fétichisme et de son absolue infinité

Enfin, parlons de certains genres qui reviennent souvent, des modes, des fétiches narratifs. Parlons d’abord du lolicon, qui met en scène des petites filles, mineures forcément, avec des hommes généralement plus vieux. L’inverse existe avec le shotacon, qui va lier un jeune garçon à une femme plus mature. Sans entrer dans les détails et les variantes, restons sur ces deux là. Alors oui les lois japonaises sont différentes, bien qu’en perpétuelle évolution, et la société japonaise est très unique en son genre. Est-il sain de représenter des enfants nus et commettant ce qui légalement est interdit et puni ? La loi ne cesse d’évoluer et de se contredire sur ce point, donc au lieu de juger on peut toujours se rassurer en se disant que ça reste des dessins. C’est pas comme si les histoires d’horreur nous montraient mille moyens de tuer quelqu’un, alors que le meurtre est interdit par la loi lui aussi, et qu’aucune censure n’avait lieu. Les enfants c’est sacré, certes, après ça reste des dessins. Chacun y voit midi à sa porte dans cette affaire.

Toujours est-il que cela n’arrivera pas à la cheville du plus gros scandale concernant le hentai, et non je ne parle pas des filles qui font l’amour à des animaux ni du scato, mais du NTR. Le fameux netorare, ou adultère. Où une femme oublie ses engagements matrimoniaux relatifs à la fidélité amoureuse donc sexuelle et se donne au premier venu sans restriction aucune. Où un homme va secouer des donzelles sans se préoccuper pour la stabilité de son couple, et où le mensonge et la rupture de confiance sont au sein de l’intrigue. Oui, c’est loin d’être ma tasse de thé. Et encore une fois, une bonne histoire faisant une bonne lecture, je vous recommande de lire Musa, de Aki Mashiraga, qui traite de ce sujet avec brio.

D’autres fétiches vont encore plus loin que tout ce que j’ai pu citer. Comme dans la pornographie classique, tout y est. Sauf qu’ici, pas de contraintes de corps et esprits qui se refusent à certaines pratiques. La plume de l’auteur guide ses personnages comme bon lui semble et lui décidera de qui fait quoi et comment et avec qui. Cela donne lieu à des situations parfois complètement fantaisistes ou a des pratiques relativement extrêmes qui parfois ne sont pas réalisables dans la réalité car ce n’est pas juste une question de respecter les lois de son pays mais les lois de la nature. C’est au-delà du scato, de l’uro, du bestial (oui, nos amis les animaux ont aussi leur mot à dire). C’est du vore, où la personne absorbe généralement via un acte sexuel sa victime et finit par l’assimiler dans son intégrité (comme un anaconda avec sa proie) ; c’est du slave fantasy, où on va s’imaginer maître d’esclaves sexuels à entraîner, avec les mœurs morales et physiques liées à ce type d’occupation ; c’est aussi du futanari, alias les dick girls, des filles à qui on rajoute un pénis, souvent démesurément gros, pour ajouter du piment à tout type de relation, hé ; c’est aussi du guro, où les pires psychopathes se défoulent sur leurs victimes avec de l’ultra-violence purement gratuite et souvent le thème de la destruction mentale pure et simple de la victime. C’est la joie donc, et tout ça n’en est qu’une partie, souvent visible, notamment sur /d/ (les vrais savent) et à portée de clic via notre cher panda triste (les VRAIS savent). Et je crois qu’on va s’arrêter là pour le freak show, si vous lisez encore.

Parlons peu, parlons bien, mais parlons de fesses

Pour résumer, comme tout type de support culturel, le hentai a ses qualités et ses défauts. Il possède un éventail large de lectures pouvant ravir toute personne non fermée à du sexe dessiné, a contrario du porno qui lui offre deux personnes vivantes réalisant une relation sexuelle. Que ce soit du vanilla doux représentant un couple faisant l’amour aux aventures dévergondées d’une nymphomane, en passant par des histoires composées de surnaturel ou fantastique (lisez par exemple Blood Lunch de Type.90 pour des succubes et Secret Journey de Po-Ju pour de la fantasy) ou des fétiches plus ou moins avouables (ouai si vous pensiez que je m’étais lâché, à vrai dire j’ai gardé le pire pour moi). Et oui, souvent la femme morfle dans sa représentation visuelle, d’autant plus que le fantasme des japonais d’être entourés de folles du sexe sont assouvis alors que la réalité en est très loin. Le hentai, exutoire d’une libido réprimée ? Très certainement, oui. À mon sens c’est même le réceptacle de désirs et envies complètement loufoques et de fantasmes impossibles à réaliser. Les auteurs se lâchent dans leurs pulsions, que ce soit de violence, d’inceste, de mensonges ou de méchanceté. Ils vont jusqu’à mélanger l’érotique, le sexuel, à la pire noirceur de l’âme de l’humain. J’ai l’impression de décrire l’eroguro qui fait tout le temps le yo-yo avec ces thèmes de l’Eros et du Thanatos, mais le hentai peut souvent rejoindre cet état d’esprit, il suffit de se détacher des lectures vanilla et d’aller creuser un peu plus loin. Et j’espère que les quelques recommandations que j’ai pu glisser dans cet article sauront éveiller des futures lectures passionnantes.

Là où le choix des lectures va se faire, ça sera davantage sur le trait de l’auteur ou le type de l’histoire. Les gens ne sont pas fermés à du hentai, j’en suis certain, c’est le mode de diffusion qui doit mûrir en revanche pour éviter que le lecteur en puissance, ou la lectrice, n’allez pas croire que c’est réservé aux hommes, ne se sente jugé par ses achats. Il faut considérer que, étant donné du contenu adulte intrinsèque au genre, sa clientèle doit être traitée comme telle et les produits se doivent d’être de bonne facture et vendus proprement, sans être jetés pèle-mêle avec du ecchi petites culottes sous cellophane en se disant que ça se vendra car de toute façon « ces trucs là c’est du cul ». Je sais que les acteurs francophones du marché du hentai font de leur mieux dans une société qui a encore du mal à accepter ce genre de produit, et je leur souhaite de réussir (pourquoi pas via la publication numérique, plus discrète) à trouver leur lectorat. Sur ce, merci de m’avoir lu aussi longtemps et bonne branlette.

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16 réflexions sur “Hentai : mélopées de la plastique et poupées élastiques

  1. Dark Adonis

    Woah, je trouve que cet article est un parfait « manuel » d’introduction au hentai, beau travail !
    J’ai quelques remarques :

    « Le fameux netorare, ou adultère. »

    Le NTR est un peu plus différent de la tromperie classique, c’est pour ça qu’il est si détesté : dans le netorare, la personne trompée (souvent impuissante) regarde son partenaire copuler avec un autre; c’est ça qui fait tout le sel (dans les deux sens :’D) de ce genre de récit.
    Du coup, ce qui m’interroge, c’est le fait que ce soit un genre de récit commun dans le monde de la pornographie japonaise, je comprends absolument pas pourquoi (même si j’en suis un amateur)…

    « Et oui, souvent la femme morfle dans sa représentation visuelle, d’autant plus que le fantasme des japonais d’être entourés de folles du sexe sont assouvis alors que la réalité en est très loin. »

    Bah, justement, j’y pense souvent en lisant. Je constate dans beaucoup de manga/anime que beaucoup de jeunes sont éduqués sexuellement au travers des hentais, et je me dis que, merde. Par exemple, dans absolument tous les hentaïs que j’ai lu dans ma vie où les préservatifs sont mentionnés (ce qui est plus rare que commun), c’est pour montrer que « Tu vois, sans capote, le sexe c’est beaucoup mieux ! ».
    Pareil au niveau de tous les hentais qui rentrent dans la catégorie « mind break », où l’on voit du viol suivi du « oh en fait j’aime ça, c’est parfait, je rentre dans mon rôle de vraie femme », le message qui passe est toujours erm, c’est un peu l’équivalent du porn chez nous en temps que moyen d’éducation sexuelle…

    1. Ouai c’est fait par des mecs pour des mecs, aucune surprise sur les fantasmes et idéaux du modèle féminin que l’on nous montre du coup. C’est juste un très mauvais exemple en terme d’éducation au même titre qu’une majorité de la production pornographique occidentale, je te l’accorde.

  2. Bel article.

    Des trucs, tout de même. « Vanilla » est plus usuellement rapproché du sens « WAFF », les lectures qui font chaud au coeur. Deux personnes qui s’aiment et qui couchent ensemble, ça peut ne pas être émouvant alors c’est du basique, mais en principe on n’y accole « vanilla » que quand ça dépasse la simple copulation amoureuse, quand ça nous touche. Donc, nan, justement, c’est pas du commercial bête, le vanilla :)
    Un exemple, la trilogie des « Es », de Goo-Paaa (Es No Madobe, Es To Tonari No Heya, et Es To Es), c’est du joli vanilla hentai, avec de l’humour, des sentiments, du fantastique, une qualité de dessin qu’on attendrait plutôt dans du shoujo, et ça laisse le lecteur souriant et heureux pour des heures et des heures.

    Après : recommander TSF Monogatari à des newbies du hentai, non mais ça va pas la tête ?!? La femme enceinte de 6-7 mois qui se fait électrocuter après un gangrape et qui en jouit youpie, c’est PAS, mais alors PAS du mainstream. Et l’intérêt en tant qu’histoire elle-même est plus que discutable.
    Un newbie, on lui recommande Take On Me (Domin8 Me) de Takemura Sesshu ou Witchcraft de Yamatogawa, quoi.
    Si vous voulez des spirales dans la dépravation, il restera – toujours – La Bête Obscène, de Takenoko Seijin. C’est tellement extrême, moins graphiquement que dans les idées et les dialogues, que ça rejoint l’Art avec un grand A par le mauvais côté, quelque-part on a l’impression de voir du Goya, mais en hentai.

    NTR/Netori : on peut résumer avec le concept que si le partenaire découvre l’acte, le vit comme une trahison, et en souffre, c’est du netorare, sinon c’est du netori.

    Une dernière remarque, /GG pour le choix de l’image « Henshin! » ^^ Ce manga (Devi Navi, de Abe Morioka), je l’avais trouvé en Japonais, j’ai eu le coup de foudre, deux jours plus tard je payais un traducteur (Desudesu) pour qu’il soit releasé en anglais ^^

    1. Merci pour les petites précisions, c’est toujours bon à prendre pour éviter les ambiguïtés. De ce que je vois tu sembles déjà bien plus vétéran et gros lecteur que moi en terme de hentai. C’est pas si dur, vu que je n’en lis pas non plus des centaines, juste quelques uns de temps à autre quand l’envie me prend, et notamment certains auteurs coups de coeur ou en fonction du genre. C’est donc avec plaisir que je note tes apports sur la culture G hentai, en espérant que les lecteurs sauront les lire aussi en sus de mon article. :)

  3. Excellent article !
    Je me rends compte malgré ma passion pour l’érotisme et bizarreries sexuelles nippones que ma culture du hentai est en réalité très limitée. Voilà de nombreuses lectures qui m’attendent !

    Merci beaucoup pour cet article très inspirant. o (◡‿◡✿)

  4. Un article très intéressant, avec un bon nombre de références à creuser. Jusqu’à présent, je n’ai pas lu grand-chose en hentaï, vu que je ne trouve pas d’histoires à mon goût. Dans ma collection manga, je n’ai conservé qu’Urotsukidoji, le seul dont l’intrigue m’a réellement plu. J’avais essayé Catch X Mama, le premier tome était sympa mais j’ai trouvé les deux suivants ennuyeux, j’ai tout revendu. Je tenterai sans doute d’autres titres en me basant sur cet article.

  5. Ping : Gengoroh Tagame & le manga gay | NOSTROBLOG

  6. Foryth

    Article très intéressant qui présente une grande ouverture d’esprit. :)

    Kantoku, Clesta(Cle Masahiro), Wata 120 Percent (Menyoujan), Maniac Street (Sugaishi, Oono) c’est mes best. >_>;; (trop la honte, hahaha)

    1. Foryth

      J’ai oublier Homunculus dans mes mentions, je crois même que ses oeuvres originales sont publiées en anglais par Fakku!. (Mais c’est surtout les doujins de Monogatari qui cartonnent.)

  7. Ping : 10 mangas érotiques à lire avant de séduire | NOSTROBLOG

  8. Ping : Biblioth’Eck – Janvier ~ Juillet 2016 – eckdesu

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