Manga au singulier #1 : Arslan, Sangsues et Ajin

Aujourd’hui j’inaugure une nouvelle rubrique dans laquelle je vais parler de premiers volumes de mangas (oui, ça fait deux ans que je veux la lancer mais à chaque fois je passe à autre chose). Deux critères sont nécessaires pour figurer dans la liste. Le premier est que la série soit récente. Et le second est qu’elle m’intéresse. Que ce soit un coup de cœur ou une déception, je choisis d’en parler uniquement si je pense qu’elle en vaut la peine. Après, si vous voulez que je critique un manga en particulier, n’hésitez pas à me le demander.

Ne vous étonnez pas si les critiques sont assez courtes et pauvres en informations. J’ai voulu me concentrer sur le ressenti à la lecture de chaque premier tome. Si le cœur m’en dit, je détaillerai plus en profondeur après la lecture de plusieurs volumes.

Julien Bonnaric

Aujourd’hui nous allons parler d’Arslan de Hiromu Arakawa, de Sangsues de Daisuke Imai et d’Ajin de Gamon Sakurai et Tsuina Miura. Allons-y !

Arslan de Hiromu Arakawa

Il s’agit d’un manga d’héroïc-fantasy adapté de la série de romans à succès éponyme de Yoshiki Tanaka. On y suit les aventures d’Arslan, jeune héritier du royaume de Parse. Ce premier tome est introductif et pose les bases de l’univers de l’œuvre. Le début de la quête du héros ne commençant que dans les dernières pages.

arslan arakawa
Publié par Kurokawa, traduit par Fabien Vautrin et Maiko O.

J’ai été très déçu de ma lecture. En effet, l’auteure ne sait pas sur quel pied danser et mélange la contemplation et l’action. Cela donne un rythme inégal au manga et gâche quelque peu l’expérience. D’autant plus que Hiromu Arakawa ne brille pas dans les scènes de combats. Elles étaient déjà ratées dans Fullmetal Alchemist et à la limite du supportable dans Hero Tales. De plus, si on a lu Bride Stories, les décors d’Arslan auront du mal à nous impressionner. Il en est de même concernant la violence des affrontements pour quiconque a lu un titre comme Berserk.

Autre problématique, rageante celle-ci, le design des personnages. Hiromu Arakawa ne se cache même pas de recopier le travail qu’elle a fourni pour Fullmetal Alchemist. Du coup, en comparant les personnages, on a l’impression d’avoir à faire à une parodie grotesque de l’œuvre phare de l’auteure. Dommage.

Et je suis bien obligé de parler des noms des personnages et des lieux : impossibles à retenir, hormis deux ou trois. On se retrouve face à une tripotée de termes à rallonge, imprononçables, qui vous feraient gagner n’importe quelle partie de Scrabble. Des efforts d’adaptation étaient sans doute à fournir, et ils n’ont pas été faits. C’est regrettable. Mais il y a pire : croiser un vocabulaire contemporain dans l’œuvre. Qu’on se le dise, un mot comme « cool » n’a rien à faire dans une saga de fantasy !

Pour contrebalancer, on peut noter que le premier tirage du manga contient une interview croisée entre Hiromu Arakawa et Yoshiki Tanaka. Un bonus non négligeable.

Au final il y a quand même quelques pistes sympas, et j’ai bien envie de continuer. Néanmoins j’attends plus de l’auteure de Fullmetal Alchemist qu’un manga sympa. Je veux qu’elle m’impressionne, qu’elle me passionne, comme elle l’a fait durant mon adolescence. Pour cela il faudrait qu’elle dessine autre chose que des mangas contemporains ou d’action…

Sangsues de Daisuke Imai

Pour sa première œuvre publiée dans nos contrées, Daisuke Imai nous propose une sorte de jeu mortel atypique. Yoko est une jeune fille qui semble invisible. Elle n’a pas véritablement de chez elle, juste un trousseau de clefs grâce auquel elle s’introduit dans des appartements lorsque le propriétaire s’absente. Un jour, elle est repérée par un étrange garçon vivant lui aussi de la même manière. Elle apprend alors qu’elle est une sangsue et surtout qu’elle n’est pas seule.

sangsues manga critique
Publié par Casterman, traduit par Aurélien Estager.

Que dire de ce manga… Déjà, qu’on est saisi par la graphisme. Le manga est très noir, très blanc et très gris, avec peu de contraste. Après Area 51, on pourrait croire que c’est la norme chez l’éditeur. Outre cette histoire de contraste, le goût de la mise en scène de Daisuke Imai se fait ressentir. La mise en page est très cinématographique, cadrée à la perfection (tant que c’est un peu cliché par moment), rythmée, puissante. J’ai énormément pensé à I am a Hero durant ma lecture. Bref, j’ai accroché à fond. A un bémol près, le chara design des personnages. Si Yoko est toute mignonne, originale dans ses formes, ce n’est pas le cas du jeune garçon ténébreux qui ressemble à un personnage lambda de manga. Bref, une question de goût bien évidemment.

Mais si j’ai aimé le trait de Daisuke Imai, j’ai moins accroché à l’histoire. La vie de Yoko est très intéressante, de même que la raison pour laquelle elle est devenue une sangsue. Mais dès que le manga vire au polar, au jeu dangereux, je me suis désintéressé. Alors oui, comme je le disais, c’est captivant car très bien mis en scène. Mais je n’ai que faire du destin des personnages, je n’ai pas beaucoup d’empathie pour eux et, dans l’ensemble, les affrontements dans les mangas ont du mal à me passionner.

Malgré tout des thématiques sensibles sont mises en lumière, comme la solitude ou la peur de mourir. De plus, je suis suffisamment intrigué par les ficelles narratives pour lire la suite. Il est en effet difficile de cerner où l’auteur veut en venir rien qu’avec cette introduction. J’ai un peu peur que Sangsues vire au thriller. Seul l’avenir nous dira s’il s’agit réellement d’une bonne pioche.

Ajin de Gamon Sakurai et Tsuina Miura

Blockbuster au Japon, Ajin arrive en fanfare en France. Dans ce manga, une poignée d’humains est immortelle et dotée de pouvoirs mystiques. On les appelle les Ajin. Ils sont pourchassés, traités comme des monstres, des rats de laboratoire. Kei, notre jeune héros, découvre qu’il appartient à l’espèce le jour où il revient à la vie après s’être fait renverser par un camion. Alors traqué par le monde entier, il peut compter sur Kai, son ami d’enfance, et sa magnifique moto pour l’aider à prendre la fuite.

ajin avis chapitre
Publié par Glénat, traduit par Karine Rupp-Stanko.

Le premier défaut saute aux yeux des les premières pages : les personnages sont écrits avec des pieds. La plupart des acteurs du titre sont des connards, des girouettes sans personnalité. Il y a les gentils qui en fait sont méchants, les méchants qui en fait sont gentils. Pitié. Tout est dans l’excès. Le jeu ne prend pas, on a vu mille fois ces personnages. Un peu de travail, un peu de fondement, c’est tout ce que je demande… D’autant plus que les poncifs du manga s’enchaîne dans ce premier volume.

Et c’est dommage, car l’idée des Ajin était prometteuse. Sans compter que le design, faisant penser à une momie sans corps (ou à un stand de JoJo’s Bizarre Adventure) est plutôt bien pensé. De plus, sans être passionnant, le manga est intrigant. On se pose des questions sur les Ajin, sur leur origine, sur leurs capacités et cetera. Tout est gâché par l’écriture catastrophique.

A noter par ailleurs que Tsuina Miura n’est plus crédité à partir du second volume. Un mal pour un bien ?

Même si j’en attendais pas grand chose, Ajin est parvenu à me décevoir. On est très loin de l’excellente surprise qu’a pu être le premier volume de L’attaque des titans par exemple. Néanmoins Ajin reste un titre accrocheur, qui pourra tenir en haleine un adolescent débutant dans le manga. Par contre, le fait qu’il soit bourré de clichés et pas novateur pour un sous pourra rebuter les amateurs du genre désireux de chercher autre chose.

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20 réflexions sur “Manga au singulier #1 : Arslan, Sangsues et Ajin

  1. Bref, tu es plutôt mitigé sur ces tomes !
    Arslan se rattrape avec le deuxième tome (je trouve) l’histoire s’enrichie un peu et gagne en contenu mais c’est vrai que les visages copier/coller c’est pas terrible.
    Sangsue, pour moi, a un gros point fort, c’est l’idée des sangsues. J’ai vraiment trouvé ça excellent comme base, si ça fini en guerre de quartier ça peut ne pas être pas terrible, j’avoue que j’en attend beaucoup de ce manga.
    J’ai toujours du mal à jauger une oeuvre sur le premier tome, parce qu’au final on a pas grand chose à part les grandes lignes.et encore. Pour Ajin, il attend sagement dans la file d’attente. Merci pour tes remarques de premières lectures à chaud.

    1. Pour Ajin, les qualités et défauts sont visibles dès le début, le manga ne « ment » pas. Arslan, c’est différent, il vaut mieux attendre quelques tomes pour se faire un avis définitif. Mais le lancement n’est pas à la hauteur d’un FMA. Quant à Sangsues, il s’agit selon moi du genre d’œuvres qui se juge après la lecture du dernier volume.

  2. « Pour cela il faudrait qu’elle dessine autre chose que des mangas contemporains ou d’action… »

    Du coup, je ne comprends pas trop ce que tu attends de Hiromu Arakawa. FMA était un manga d’action, ça ne l’a pas empêché d’être un excellent titre (j’ai pas lu Hero Tale, pas intéressé).
    Le problème d’Arslan, c’est que c’est une adaptation d’un roman, et que le manga aura sûrement tous les défauts du roman (les noms propres à la noix, le caractère des personnages, etc) et sûrement quelques clichés de la fantasy qui pouvait paraître innovants à l’époque de publication mais qui, de nos jours, sont plus courants. A cela s’ajoute le chara-design peu inspiré et la pub’ dithyrambique de Kurokawa qui en a rajouté des tonnes sur la valeur du titre. Finalement, ce n’est pas la bombe de l’année, mais ça reste une bonne lecture.
    D’ailleurs, autre sujet, j’avais vu beaucoup de chroniques du tome 1 (les SP, ça aide) mais très peu du tome 2, étrange (les SP se sont perdus en chemin ?).

    1. Non, FMA n’était pas un manga d’action. C’est avant tout une quête de deux gamins paumés pour retrouver leur apparence après une énorme erreur. Le tout doublé de réflexions sur la vie, la mort, la religion, l’équation du monde etc, et de complots militaires. Après oui, il y a quelques combats, surtout à la fin (que j’ai trouvé très moyenne). Du coup je veux autre chose qu’un manga d’action avec seulement des combats et compagnie.
      Outre les défauts inhérents au roman, Arslan pèche par son manque de dynamisme durant les batailles et ses décors pas assez fouillés. Pub ou non, c’est du Arakawa, j’en attends beaucoup plus.
      Pour les SP, je n’en sais rien. J’ai acheté Arslan (ainsi que les deux autres). Et j’ai d’ailleurs le tome 2, mais pas lu pour ne pas orienter mon article.

      1. Liehd

        Perso, je suis un gros fan du roman et de la première adaptation animée. Autant je peux comprendre les critiques qui visent le travail d’Arakawa (très honnête, mais paresseux), autant je tique quand je lis que les personnages et lieux portent des noms imprononçables, dans la mesure où on trouve pire et plus cliché dans n’importe quel roman ou jeu vidéo de Fantasy occidental. Fans de Games of Throne et de Geralt de Riv, à vos souhaits ! ;)

        Il faut aussi souligner qu’Arslan n’est pas un titre de Fantasy. C’est une épopée politico-historique, avec quelques petites touches de fantastique très légères éparpillées ici et là. Mine de rien, le distingo est fondamental.

        Enfin, pour info, le premier tome d’Arakawa couvre les dix premières minutes du premier OAV, et un sixième du premier tome du roman (qui a été publié en France, dans une traduction plutôt élégante, pour une fois).

        1. C’est pas parce que l’on trouve pire ailleurs que l’on doit s’en féliciter. Les noms propres dans Arslân, à part celui du héros, sont rapidement lourd à déchiffrer et du coup ça ne facilite pas l’immersion.

          1. Liehd

            Je n’ai pourtant pas éprouvé de difficultés particulières pour les mémoriser. J’avoue que ces réflexions me laissent perplexes. Aujourd’hui, on retient sans forcer des « Natsuki », des « Takeshi », des « Watanuki » et j’en passe, mais on ne pourrait pas retenir un Daryun ?

            1. Daryun ça passe encore comparé d’autres noms dont je ne me souviens plus car ils étaient trop compliqué. De toutes façons, dans ma tête, je nomme les personnages avec leur équivalent dans FMA. Au moins c’est plus simple.

            2. Daryun, c’est le plus simple ! XD Les autres ont tous des h ou des accents tout partout : Srûshi, Yahldabôth, Marzbâhn, Khallahn, Kishwahd… Et tout ces noms nous sont balancés dans la tronche en l’espace de quelques pages. C’est assez indigeste.

      2. @ Meloku : Ben, c’est une adaptation, Arakawa essaie de reste la plus fidèle possible au roman. Si celui-ci n’aborde pas de thématiques et de réflexions plus « adultes », elle ne le fera pas, je pense.

        1. Liehd

          Elle donne quand même un ton plus enfantin à l’aventure, toutes proportions gardées. En grande partie à cause de son graphisme, d’ailleurs, et de sa façon de traiter les moments plus « légers ». Le tome 2 annonce une adaptation de qualité, mais à laquelle il manque beaucoup du roman d’origine. Personnellement, je conseillerai plus volontiers la première adaptation animée.

  3. J’ai très envie de lire Sangsues mes ces cons ne l’ont pas à ma librairie.

    Pour Arslan, j’ai été plus emballé que toi, mais c’est peut-être parce que je suis seulement en train de lire FMA en ce moment. Je trouve que Arakawa sait raconter les histoires.

  4. bidib

    Je n’ai pas lu Arslan et Ajin (pas intéressée) en revanche je te rejoint sur Sangsues. J’ai aimé ce premier tome, j’ai trouvé l’histoire des sangsues intéressant et à fort potentiel. En revanche la fin m’a un peu déçue : plus que de créer du suspens et de me donner envie de lire la suite elle me fait craindre un énième survival game, genre qui d’ailleurs ne m’intéresse pas du tout.
    En revanche les sangsue m’ont fait penser à un roman que j’ai lu il y a quelques années : Nagasaki de Eric Faye

  5. Je n’ai pas encore lu Sangsues mais il m’intéresse beaucoup !

    Pour Arslân, même si je trouve les débuts moins passionnants que FMA, l’histoire est bien gérée mais il serait peut-être plus intéressant de se pencher vers le roman.’Fin j’aime bien moi, quand même =)

    Ajin par contre, sérieux je ne comprends pas le truc. C’est bourré de clichés, tout est hyper prévisible… Je tenterai le tome suivant, mais ça me branche pas plus que ça :/ Pourtant j’aime bien le design des créatures !

  6. C’est marrant, parce que les défauts que tu cites pour Arslan, j’ai l’impression que je pourrais les imputer à FMA.

    Sinon, rien que pour l’aspect visuel que tu décries, Sangsues m’intéresse.

  7. Jo

    Bonjour ! Vous excuserez le total hors sujet, mais je ne savais pas tellement où poser cette question, donc je m’autorise à le faire ici : est-ce que vous traiterez du jeu Life is Strange dans un futur proche ? J’adorerais vous lire sur le sujet ! Pardon encore d’avoir mal choisi l’endroit pour vous le demander.

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