Pourquoi vous devriez regarder : Ranpo Kitan – Game of Laplace

Rentrez vos gosses au bercail, aujourd’hui on parle de choses qui fâchent… euh, qui tachent. Ranpo Kitan est une série d’animation japonaise qui traite d’un sujet tout particulier : c’est une anthologie qui adapte, tout en actualisant à notre époque contemporaine, l’oeuvre de l’auteur japonais Edogawa Ranpo.

Ranpo Kitan, casting et ambiance
Ranpo Kitan, casting et ambiance

On suit les enquêtes de messieurs Akechi et Kobayashi dans des affaires sordides affichant la pire face du Japon. À la manière d’un polar, les protagonistes retrouvent tour à tour certains personnages secondaires qui servent d’appui occasionnel pour un rôle très précis, comme la légiste qui vient faire son exposé de façon loufoque et complètement surréaliste, à la manière d’un show télévisé ; ou encore Black Lizard (Kurotokage), la Huggy-les-bons-tuyaux, qui connait tout sur tous, à moitié Irène Adler également, la fameuse beauté fatale qui entretient une relation très chat/souris avec son ami, par intérêt romantique, Sherlock Holmes. Car oui, des relations avec le détective de Baker Street, il y en a, et pas qu’un peu.

« Élémentaire, mon cher Kobayashi »

Edogawa Ranpo (Edgar Allan Poe prononcé à la japonaise, un clin d’œil évident de la part de Tarō Hirai, de son vrai nom) est le Sir Arthur Conan Doyle japonais par excellence. Son oeuvre est conséquente et les mystères ainsi que les enquêtes se succèdent aussi vite et bien avec Kogoro Akechi qu’avec Sherlock Holmes en Angleterre. Kobayashi est un jeune garçon prit sous la tutelle d’Akechi qui va l’aider (voire parfois faire tout le travail pour se faire éclipser à la fin par l’érudit et fin détective Akechi) et ainsi prouver sa valeur au sein d’un noyau spécial de la Police lié à certaines affaires particulières. Des meurtres souvent très sales, mélange de gore et fantaisie criminelle un peu tordue.

T’approches pas trop, ça salit

D’aucun ne pensera à de l’eroguro, car il n’y a pas grand chose de sexy, mais c’est pourtant cet esprit que l’on ressent à travers les meurtres. Souvent artistique, parfois esthétique, la démarche derrière chaque cadavre est un motif suffisant pour interroger la santé mentale du criminel, qui ne tue pas juste simplement par amour ou par démence. C’est là l’oeuvre de quelque chose de plus profond. On pourrait s’imaginer que l’auteur s’amuse à chercher des situations malsaines qui poussent les spectateurs au dégoût, mais il n’en est rien : on est aussi repoussés qu’attirés par ce que l’on voit. C’est horrifiant de cruauté et d’insanité et à la fois ça dégage une sorte de beauté de type nature morte. Sans mauvais jeu de mot. C’est du nihilisme total en terme d’identité corporelle, ici un corps humain n’a de valeur que par ce qu’il affiche physiquement et esthétiquement, pas par la vie qui l’a occupé jusque alors. On est à deux doigts du transhumanisme, qui rejette l’enveloppe corporelle d’un individu car périssable et trop inconfortable au quotidien (nourriture, hygiène, santé) en adoptant un mode de vie bio-mécanique très souvent. La même chose ici mais de manière artistique, bien que ce type d’art ne convienne pas à tous, cela s’entend.

La vie est belle

Et c’est pour ces motifs quelconques que des gens tuent d’autres personnes. Que les victimes entraînent un cycle infernal de mort et vengeance et condamnation. Sans issue de secours ni rédemption, tout le monde plonge à son tour dans l’escalier la tête la première. Chacun ayant sa raison pour haïr autrui, pour tuer, pour s’oublier dans la folie et la violence au point de ne plus avoir de raison ou de sentiment pour quoi que ce soit. Ranpo Kitan est sombre, triste, a l’odeur le fer du sang séché et ne laissera personne indemne.

La touche Lerche

La série joue avec les codes et affiche les personnages en gris blanchâtre par défaut, jusqu’à ce qu’un personnage que l’on pensera important n’apparaisse. Et ainsi de suite tout le long, en dévoilant petit à petit des rôles, des objectifs, des suspects aussi, et des coupables inévitablement. La réalisation mélange scènes cosy teintées de rouge et or, sur un lit de cuir et de livre poussiéreux… avec le blanc froid et glacial de la mort qui permet de contraster avec le noir du mystère et du vide. Deux couleurs qui apparaissent en aplats pour souligner des moments importants. La caméra, elle, ne fait pas de folie mais est toujours où il faut quand il faut. Certains paysages sont d’ailleurs délicieux pour la vue, même si parfois il n’est pas bon de se concentrer sur ce que l’on voit, avec souvent un vestige de corps humain ou beaucoup trop de sang à l’écran. Le style du character designer Kazuaki Morita est reconnaissable au premier coup d’œil, notamment lorsqu’on a déjà vu les adaptations anime de Danganronpa ou encore Assassination Classroom. Les musiques et chansons servent bien leur rôle d’ambiance en ajoutant la note auditive adéquate à la situation. Et les doublages sont propres eux aussi, avec des acteurs convaincants. Kobayashi est un jeune garçon très efféminé qui prend un malin plaisir à se travestir pour mieux enquêter, et sa voix non muée lui colle bien à la peau, grâce à Rie Takahashi, qui double trois rôles principaux cette saison d’été 2015, un bon départ pour cette jeune seiyuu de 21 ans.

Pour conclure, Ranpo Kitan – Game of Laplace est une série à voir. J’écris ces lignes alors qu’on en est seulement à 5 épisodes, mais le ton est bel et bien donné et j’ai pas besoin de tout voir pour deviner que ça restera dans ces eaux-là jusqu’au final. Du moins c’est tout le mal que l’on souhaite à la série. Côté histoire, c’est une succession d’affaires de 1 à 2 épisodes, qui regorgent de sentimentalisme et d’horreur visuelle, couplés à des personnages atypiques et hauts en couleurs. Un mélange qui ne plaira pas forcément à tous mais qui saura ravir les amateurs et amatrices de bizarreries et autres mystères. La série est visible en simulcast via Funimation.

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8 réflexions sur “Pourquoi vous devriez regarder : Ranpo Kitan – Game of Laplace

  1. Outre les qualités que tu as évoqué, cet anime va nous permettre de nous familiariser avec l’œuvre méconnue, en France, de Ranpo Edogawa. Il a eu une énorme influence sur la culture nippone, et nous retrouvons nombre de références d’adaptations dont nous ignorons souvent qu’il en est l’auteur. Kogoro Mori de Détective Conan a été nommé d’après son célèbre détective, et Monkey Punch est allé plus loin, dans son manga Lupin III, en introduisant dès le premier chapitre un inspecteur futé appelé ni plus ni moins que Akechi Kogoro ; il disparaitra progressivement au profit de Zenigata. Outre les manga de Suehiro Maruo sortis chez Le Lézard Noir (je doute fort que le nom de l’éditeur soit une coïncidence) et Sakka, nous avons eu droit à deux très bonnes œuvres estampillées « Nijû Mensô » ces dernières années : l’anime Nijû-Mensô no Musume – sorti en France sous le titre Chiko l’Héritière de 100 Visages, sans parce que 20, cela ne suffisait pas – et le film K-20, l’Homme aux 20 Visages. Je recommande les deux. Et Game of Laplace, qui est une vraie bonne surprise, même si pas toujours assez gore.

    1. V

      Concernant la traduction de Nijû Mensô, j’avais eu la même réaction que toi (« Han, les tocards du marketing ont dû penser que 100, c’était plus vendeur que 20 »).
      Puis on m’a expliqué que le personnage n’ayant pas précisément vingt visages, mais une multitude, une traduction littérale pouvait s’avérer maladroite. C’est une façon de parler plus qu’un dénombrement scrupuleux.
      Bref, en français, quand tu lis vingt, tu te dis qu’il en a vingt, quand tu lis cent ou mille et un, c’est une tout autre affaire.

      Par ailleurs, le titre original du Voleur aux cent visages de Clamp est Nijû Mensô ni onegai !

  2. Natth

    Je suis partagée… L’intrigue, la mise en scène des corps (même si je trouve que certains ne font pas assez cadavres) ou les références marquent l’identité de cette série. Après deux épisodes, je sens déjà la différence avec la production plus classique et je sais que je la suivrai sans doute jusqu’à la fin. Cependant, j’ai trouvé les personnages assez plats et clichés, qu’il s’agisse de leur caractère ou de leur chara-design. J’en attendais trop je pense, au vu de la source d’inspiration et des adaptations manga déjà réalisées. De même, les premiers épisodes se concentrent sur l’histoire. Les personnages seront peut-être plus développés par la suite. Mais Gemini a raison : ça manque de gore.

    1. Continue, tu seras vite servi en développement et en cracra. Pour ce qui est du gore, je pense qu’ils en font pas mal, et que davantage ça n’aurait que peu d’intérêt d’un point de vue commercial. Ils sont déjà dans un marché de niche avec leur série inspirée de vieux romans d’enquêtes, série qui d’ailleurs est diffusée tard, que s’ils s’ajoutent des contraintes ça risque de faire un flop car pas assez « tout public » (bien que ça ne le sera jamais, mais ça peut s’ouvrir en tout cas aux néophytes du genre et du support original). Enfin c’est mon point de vue, mais ça peut tenir la route comme explication.

  3. Natth

    Oui, c’est ce que je me suis dit aussi. Ils veulent toucher un public aussi large que possible, ils doivent donc essayer de rendre la série relativement accessible. De toute façon, je compte bien continuer. La première enquête m’a plu, j’ai envie d’en voir plus. Mais ce ne sera pas avec Fumination, car je ne peux pas voir cet anime dans la zone géographique correspondant à la France.

  4. Ping : Impressions sur les séries de l’été 2015 (6ème Partie – FIN) | L’Antre de la Fangirl

  5. Ping : Rampo Kitan – Game of Laplace | Le Donjon des Androides

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