Big Boss : the man behind the world

NOTE D'INTENTION: L'article qui suit concerne certaines thématiques abordées par Hideo Kojima et son équipe dans la saga Metal Gear Solid. J'ai décidé de reprendre la chronologie des jeux afin de pouvoir apporter quelques lumières aux novices qui souhaitent prendre l'aventure en marche. Le parti pris ici consiste à montrer à quel point la narration de Hideo Kojima est référencée. Il s'agit donc de faire des parallèles entre l'univers  développé et le contexte géo-politique de notre monde pour les années concernées. De plus la réalité qui vient chevaucher la fiction de MGS permet aussi d'imaginer l'état d'esprit dans lequel peut se trouver Big Boss à l'ouverture de The Phantom Pain. Cet article contient des idées propres à son auteur qui ne représentent pas forcément celles de la team Nostroblog. Il a été rédigé entre le 18 juillet et le 19 août 2015.

La sortie de MGS V The Phantom Pain va (on l’espère) résoudre tout un pan historique de la saga dans laquelle il s’inscrit. Alors que le jeu tourne à plein régime sur beaucoup de consoles et PCs, retraçons ensemble les événements qui ont fait d’un soldat patriotique, un être assoiffé de vengeance et d’anarchisme. 

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Tactical – Espionage – Action

Créé par Hideo Kojima et édité par Konami Metal Gear Solid dispose du statut de saga mythique du jeu vidéo. Composée de onze jeux qui s’inscrivent dans un univers proche du réel, la franchise MGS contient une critique plus qu’intéressante de notre monde. Au fil du temps, chaque épisode et chaque trailer a été méticuleusement analysés pour enrichir le Metal Gearverse. Sur les internets, les réactions fusent. Difficile de rester indifférent, on aime, on n’aime pas. Pas de demi-mesure.

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n’apparaissent pas Portable Ops (1970) et Rising Revengeance (2018)

Faisons une petite digression pour évoquer l’ensemble de la licence et ce qu’elle a apporté au jeu vidéo. En 1987, Hideo Kojima créatif japonais n’a que deux jeux à son actif. Il décide de lancer sa saga uchronique avec Metal Gear (Nes) puis Metal Gear: Solid Snake (MSX2). Il attendra 1999 et la sortie de Metal Gear Solid sur Playstation pour obtenir une reconnaissance internationale. La première console de Sony possède les meilleures caractéristiques techniques de l’époque pour proposer un jeu à la hauteur des espérances d’Hideo Kojima. C’est son premier vrai projet dans lequel il effectue de nouvelles tâches comme la production et le game design en plus de son rôle de scénariste et directeur.

Ce troisième épisode se déroule en 2005 dans un futur proche et met en scène Solid Snake. Il est chargé de mettre hors service un groupe terroriste appelé Fox hound qui a pris en otage un centre de recyclage de déchets nucléaires au large de l’Alaska. Rongé par l’influence du cinéma, Kojima va nourrir son jeu d’un scénario complexe et de dialogues mémorables (merci la VF). Avec une réalisation soignée et une patte graphique bluffante, MGS inspirera de nombreux jeux. Les mécaniques de gameplay immersives permettent aux joueurs d’utiliser pleinement la manette (effleurons le fameux combat avec Psycho Mantis) de la Playstation. Et cela va être répété et amélioré pour chaque épisode jusqu’à l’overdose de Guns Of Patriots (MGS 4) qui se résume à satisfaire le fanservice. La recette de Metal Gear est maîtrisée : scénario – personnages – gameplay. Mieux, Sons Of Liberty (MGS 2) est aujourd’hui cité comme un des premiers jeux d’action post moderne et c’est d’ailleurs ce jeu qui a (selon certains) hissé Kojima au rang de superstar.

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Virtuelle Réalité

Si MGS est un jeu brillant à la qualité presque inégalable, il demande une certaine maturité pour plonger en lui et comprendre toute sa complexité. Car en plus d’une intrigue plutôt solide avec beaucoup de péripéties, on trouve des thématiques importantes ou redondantes (selon les avis). Toutes proportions gardées, c’est avec des jeux comme MGS qu’un joueur peut comprendre comment s’est mis en marche le monde moderne. Évidemment, Hideo Kojima souvent taxé d’avoir un style pompeux voir prétentieux ne remplacera jamais un cours dans un amphi ou la lecture d’ouvrages. Mais reconnaissons lui le mérite d’inciter les plus intrigués d’entre nous, à aller approfondir quelques sujets survolés au collège ou au lycée. Si beaucoup préfèrent en rire, d’autres affirment que le jeu vidéo peut ouvrir à la culture générale. Après tout qui n’est pas allé se renseigner sur la famille Borgia après avoir joué à Assassin’s Creed II ou sur la WW2 pendant une partie de Medal Of Honor Resistance ? Vous n’avez jamais fait un petit check wikipedia/encarta (pour les plus vieux) après un Tomb Raider ? Non ? Et bien votre auteur si.

C’est avec un soft comme Metal Gear Solid que la majorité des joueurs découvre les accords politiques Start visant à réduire l’arsenal nucléaire des Etats Unis et de la Russie. Le jeune collégien/lycéen et sa Playstation voit ressortir ses cours avec des termes comme : nucléaire, Guerre Froide, bloc de l’Est, etc. Pour aller plus loin, les négociations entre les deux pays ont duré longtemps avec START I en 1991 puis START II signé en 1996 et en 2000 par la Russie. Ce dernier traité est déjà dépassé quand les présidents de l’époque décide d’abaisser les plafonds de leurs arsenaux. C’est ce genre de tensions entre les deux superpuissances qui sert de toile de fond à l’aventure MGS.

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En 2010, Barack Obama et Dmitri Medvedev ratifient le traité New Start. Les deux pays ne doivent pas posséder plus de 700 lanceurs de missiles nucléaires stratégiques. L’arsenal nucléaire doit être limité à 1500 tête nucléaires (-30%). La Russie est autorisée à remettre son train nucléaire en route pour 2018.

Toujours dans le même jeu, une rencontre avec le patron d’une société d’armement (Kenneth Baker – Armstech) explique que chaque pays peut se doter d’un programme nucléaire. Avec la chute de l’URSS ou plus anciennement la fin du IIIème Reich, les scientifiques ont été récupérés par les alliés. L’Opération Paperclip en est un exemple frappant avec l’exfiltration de 1500 scientifiques nazis par les Etats Unis afin de lutter contre l’ennemi de l’Est. Aujourd’hui l’arme nucléaire est encore au centre des débats. La majorité des pays sont signataires du TNP (non prolifération des armes nucléaires) afin de maintenir une paix mondiale et un équilibre sur l’usage du nucléaire.

Et Metal Gear dans tout ça ? Bien plus qu’un nom sur une jaquette, c’est un tank mobile nucléaire dont le design est inspiré de la passion de Kojima pour les robots et autres mechas. Il représente le niveau ultime de la dissuasion nucléaire. Un principe consistant à conserver une force de frappe en cas d’attaque. Ainsi, la destruction d’un pôle économique ou l’anéantissement d’une ville entière en représailles peut faire vaciller l’agresseur. C’est au moment de la Guerre Froide que cette politique est née bien inspirée par la réponse américaine aux attaques japonaises en 1945. Aujourd’hui chaque pays justifie la présence d’un programme nucléaire dans sa politique militaire au nom de la dissuasion tout en prônant un démantèlement progressif.

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Avec l’existence d’une telle arme, Solid Snake va passer sa vie à lutter contre le programme Metal Gear mais aussi assister à son évolution technologique. La lutte pour et contre l’arme nucléaire est au cœur des enjeux de la saga avec à chaque fois une opposition USA-URSS/Russie. Son père Naked Snake/Big Boss a par le passé accompli le même genre de mission et tentera lui aussi de préserver la paix mondiale.

Les conséquences de l’utilisation de l’arme atomique sont toujours abordées dans la franchise. En 1945, Hiroshima et Nagasaki ont subit le courroux d’une nation attaquée. Les États-Unis larguent sur le Japon deux bombes atomiques précipitant la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Marqué par ces événements, Hideo Kojima, fera transpirer cette souffrance nationale dans ses jeux. A commencer par les scientifiques. La famille Emmerich est présente à chaque opus et l’un de ses membres participe de près ou de loin au projet Metal Gear. D’abord avec un grand père qui a participé au projet Manhattan (un des premiers projets nucléaire) puis un père né le 6 août 1945. Hal et Emma, frère et sœur, on chacun mis au point le Metal Gear Rex et l’Arsenal Gear deux armes redoutables. Comme si créer l’abomination était héréditaire.

Einstein
11/10/1938 Albert Einstein écrit à Roosvelt au sujet de l’arme atomique. Le projet Manhattan va naître

A travers le prisme de la guerre et de la tension américano-soviétique/russe, Kojima s’autorise une critique de l’évolution du monde. Il n’omet pas l’impact écologique de la guerre avec les centres de tri qui enterrent des ogives à même le sol. Un démantèlement total est impossible de part l’incapacité de l’Homme à éliminer les déchets concernés. Il aborde l’évolution scientifique et technologique avec une critique de leur impact sur nos vies. Le clonage, la modification du corps humain par l’implantation sont des thèmes qui apparaissent toujours dans la saga MGS. Le sujet des nanomachines qui soulève un grand nombres d’interrogation est omniprésent dans l’esprit de Hideo Kojima. Bien sûr les messages qu’il veut faire passer sont souvent masqués par des exagérations ou de la lourdeur scénaristique mais ils restent néanmoins présents. Via ses cinématiques, il distille ici et là des allusions aux secrets militaires et affirme que seul la diplomatie doit sortir vainqueur ou du moins apporter une neutralité mondiale. Il n’hésite pas à s’exprimer sur twitter entre deux photos de ses repas.

Un héritage lourd à porter

Ce qu’on trouve en filigrane au sein de cette saga uchronique ne suffit pas à apposer les lettres de noblesse sur Hideo Kojima. Le créatif japonais est avant tout un conteur qui maîtrise la narration et les rebondissements. Pour appréhender le comportement de Big Boss dans MGS V, il faut remonter le temps.

Deux entités existent dans la chronologie Metal Gear Solid et dominent dans l’ombre le monde dans lequel vivent Big Boss et Solid Snake. Nous trouvons d’abord les Philosophes, une organisation née dans les années 1900 regroupant des personnalités non identifiées rattachées aux USA, de l’URSS et de la Chine. Leur ambition est de réguler l’ordre mondial en contrôlant le système économique, politique et militaire. Ils souhaitent maintenir la paix et diffuser un idéal de vie à l’image du mouvement intellectuel né durant le siècle des Lumières.

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Composé d’un comité de 12 personnes, leurs identités n’a jamais été connu. On repère The Boss encore enfant à droite de l’image

En 1930, le dernier membre de ce comité des sages décède. Il est le père de The Boss, un des plus grand soldat du XXème siècle. C’est elle (oui car les femmes participent à la guerre) qui reprend le flambeau des Philosophes. Entre les deux grands conflits de 14-18 et 39-45, les Philosophes ont crée un fond commun de 100 milliards de dollars afin de stabiliser le monde et entretenir les armements. On l’appelle l’Héritage. Un agent soviétique profite du flottement politique pendant la WW2 et le détourne pour le répartir dans diverses banques. Cet événement va faire voler en éclat l’entente des Philosophes et chaque branche va tout mettre en œuvre pour retrouver cet Héritage et asseoir sa suprématie sur le reste du monde.

Le monde des années 60 est le théâtre de la Guerre Froide. Les principaux acteurs que sont les États-Unis, l’URSS et la Chine vont se servir des différentes révolutions pour imposer leur pouvoir et leur vision des choses. Après avoir données vie aux Philosophes, ces nations voient leurs luttes internes se refléter dans notre société. La Chine développe sa politique économique avec un programme démesuré et se voit perdre le soutien de l’URSS sur la mise en place de sa stratégie nucléaire. En 1962 démarre à Cuba une des crises majeures de cette tension mondiale. L’URSS vient apporter son appui militaire au gouvernement de Castro qui prie les entreprises américaines de quitter son île. La résolution de ce conflit passera par un démantèlement des missiles soviétiques à Cuba et une non invasion de l’île par les américains. En 1963, les deux blocs signent un traité d’interdiction partielle des essais nucléaires. Dans la foulée, la Chine accuse les soviétiques de se soumettre au capitalisme américain et la rupture diplomatique est consommée pour des divergences d’opinions.

C’est l’épisode Snake Eater (MGS 3) qui revient aux origines de Big Boss et qui va se dérouler pendant la crise des missiles de Cuba. En 1962, Sokolov un ingénieur soviétique est chargé de créer le Shagohod un tank mobile capable de lancer un missile nucléaire. Sentant le vent tourner et conscient de l’horreur qu’il vient de créer, Sokolov décide de quitter l’URSS  pour les USA. Pour faire taire la crise de Cuba, les soviétiques demandent aux américains de leur rendre l’ingénieur en échange de leur retrait militaire sur l’île.

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Le Shagohod – Projet à l’origine du Metal Gear

Avec une telle crise internationale, l’occasion est trop grande pour un groupe dissident de l’armée rouge  de tenter un coup d’état. En 1964, le colonel Volgin est en possession de l’Héritage des Philosophes détourné par son père pendant la WW2. The Boss le rejoint avec dans ses bagages deux têtes nucléaires américaines. Conscient de la force de frappe qu’il a sa portée (le Shagohod), Volgin décide de bombarder non pas le sol américain mais sa propre patrie. Ainsi les américains se voient accusés et l’URSS obtient une justification de représailles nucléaire.

Le téléphone rouge fraîchement installé entre la Maison Blanche et le Kremlin, la communication qui suit ces événements met le gouvernement américain sous pression. Ils doivent résoudre ce problème. C’est l’unité Fox crée par la CIA et dirigée par le Major Zero qui enverra sur le sol soviétique l’agent Naked Snake. Ce dernier avait quelques temps auparavant été incapable de récupérer Sokolov et d’empêcher le lancement du missile de Volgin.

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Naked Snake prêt à servir sa patrie

Snake est troublé après sa mission. Après avoir tué The Boss, il découvre qu’elle était un agent double chargé de se rapprocher de Volgin. Son objectif était d’anéantir le Shagohod mais surtout récupérer l’Héritage des Philosophes pour la CIA. Le tir de Volgin l’a contrainte a passer pour une traître aux yeux du monde entier. Snake apprend également que la Chine avait envoyer EVA une agent triple chargée aussi de récupérer l’Héritage. Finalement c’est Revolver Ocelot qui y parviendra et en informera ses supérieurs de la CIA.

Après avoir reçu le titre de Big Boss, Snake rempli d’amertume décide de quitter l’unité Fox en compagnie du Major Zero. Il évoluera comme mercenaire allant jusqu’au Mozambique où il participe à la Guerre d’Indépendance. En 1970, Big Boss est capturé par l’unité Fox devenue dissidente et qui a crée son premier Metal Gear grâce à l’Héritage. A la fin des événements de Portable Ops (épisode non canonique), Big Boss est en possession d’une manne financière et de soldat soviétiques prêt à le suivre. Il est rejoint par le Major Zero, EVA et Revolver Ocelot qui rapporte le reste de l’Héritage. Ensemble, ils détruisent les Philosophes et fondent l’agence Cipher avant d’entamer le projet Les Patriotes.

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Un des affrontement les plus poignants du Metal Gearverse. The Boss transmettra son idéal politique à Naked Snake, futur Big Boss

Héritiers désignés de The Boss, Zero et Snake décident de faire de Cipher une agence privée chargée de protéger les États-Unis et d’assurer la paix mondiale. C’est à partir de là que des erreurs d’interprétations surviennent. The Boss a, à sa mort laissé un idéal politique aux deux hommes. Elle avait pour ambition de mettre fin aux notions d’alliés et d’ennemis et d’unifier les pays sous une seule bannière. Ainsi les frontières tomberaient, la libre circulation, le libre arbitre et l’échange culturel enrichiront le monde entier. Seulement Zero comprend qu’il faut uniformiser les pays en se calquant sur sa nation et ainsi créer un seul et même système. Le contrôle de l’information et des consciences devient son objectif numéro un. Snake lui voit une nation militaire indépendante capable d’agir partout.

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Major Zero, l’homme a l’origine de la radicalisation de Big Boss

Figure de proue des Patriotes, Big Boss voit son aura se répandre à l’international grâce à Zero qui diffuse des rumeurs à son sujet. Toujours sous l’impulsion d’un Major plus que déterminé, le projet « Les Enfants Terribles » voit le jour. En 1972, il souhaite cloner Big Boss afin de développer une unité de supers soldats. Trois enfants vont naître de cette expérience: Solid, Liquid et Solidus Snake. Les deux premiers sont des jumeaux possédant des gènes dominant et récessifs. Le dernier est le clone parfait. Sur un plan historique, le clonage en est à ses débuts. Les scientifiques arrivent à peine à cloner des grenouilles et des carpes en implantant des noyaux de cellules dans des ovocytes. Le seul fait réel qu’on retrouve dans le projet « Les Enfants Terribles » concerne le vieillissement accéléré.  A l’époque les problèmes éthiques existent déjà et dans notre saga Big Boss s’indigne, condamne le projet et claque la porte des Patriotes. La même année, il se rendra en Colombie pour affronter une milice menée par Kazuhira Miller qui par la suite deviendra son bras droit et fidèle conseiller. Major Zero pense de plus en plus aux Patriotes..

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Solidus – Liquid – Big Boss – Solid. Photo de famille pleine de joie.

Avec la création de Militaires Sans Frontières (MSF) Big Boss souhaite offrir une alternative à chaque soldat abandonné par sa patrie. A l’inverse du Major Zero qui souhaite maîtriser le monde via l’information, il est -selon lui- le seul à avoir compris le message idéologique de The Boss. Impossible de laisser les gouvernements diriger un monde qui croule sous les guerres de pouvoir et de territoires. En offrant une force militaire aux pays, groupes ou peuples souhaitant s’émanciper d’une nation ou d’une politique, l’ex américain fait naître l’Economie de Guerre qui sera au cœur des jeux MGS 4 et MG Rising. Il devient un concurrent des nations et entre sur la scène de la Guerre Froide.

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En 1974, MSF est appelé au Costa Rica pour combattre un groupe en possession d’ogives nucléaires. Le pays étant sans armée depuis 1948 mais sous protection des USA, Big Boss voit ici une occasion de développer son organisation. S’il réussit à mettre un terme à cette invasion, il récupérera une plateforme au cœur des Caraïbes. La Mother Base va bientôt voir le jour. La mission Peace Walker révèle que la CIA déjà bien coincée par le Watergate et l’Opération Chaos (deux missions d’écoute), soutient le groupe terroriste et qu’un Metal Gear est en construction. Celui ci à la particularité d’être programmé pour des représailles et n’a pas besoin de l’assistance humaine. Son intelligence artificielle est calquée sur l’idéologie de The Boss. Le monde de l’informatique est à l’époque en pleine discussion sur l’I.A à l’image de la publication du test de Turing dans les années 50. On parle de Supervision, I.A faible et forte ou encore de reproduction d’intelligence.

Big Boss découvre les dessous de son opération. Ceux qui ont souhaité son aide, veulent attaquer Cuba depuis une base américaine pour à nouveau donner un avantage à l’URSS dans la Guerre Froide. La dissuasion nucléaire est omniprésente et le bloc américain voit son image se ternir à la suite du conflit au Viêt Nam. Prenant alors un peu plus conscience des enjeux politiques qui sont en cours et de la place qu’il peut occuper, Big Boss se voit conseiller par son ami Kazuhira Miller de se tourner vers l’armement nucléaire. A la fin de la mission Peace Walker, il revient à la Mother Base avec un Metal Gear et une ogive nucléaire. Plus que jamais conforté dans ses idéaux, l’ancien soldat américain annonce à ses soldats de MSF qu’ils vont opérer partout dans le monde et qu’ils auront bientôt un territoire, une nation indépendante. Les bases de ce que sera des années plus tard Outer Heaven sont là.

Nous abandonnerons nos pays
Nous laisserons notre patrie derrière nous et
Nous ne ferons qu’un avec cette terre.
Nous n’avons pas de nation, pas de philosophie, pas d’idéologie.
Nous allons où nous devons aller,
Combattant non pour le pays, non pour le gouvernement,
Mais pour nous mêmes.Nous n’avons pas besoin d’avoir des raisons de combattre.
Nous combattons parce que nous avons besoin de le faire.
Nous serons la force de dissuasion de ceux qui n’ont pas d’autre recours.
Nous sommes des soldats sans frontières,
Notre objectif est défini par l’époque dans laquelle nous vivons
Nous devrons parfois nous vendre.
Si l’époque l’exige, nous serons des révolutionnaires, des criminels , des terroristes.
Eh oui , cela pourrait nous mener droit en enfer.
Mais quel meilleur endroit pour nous que celui-là ?
C’est notre seul foyer
Notre Paradis et notre Enfer
C’est Outer Heaven.

En parallèle, le Major Zero voit d’un mauvais œil la radicalisation de son ex ami et souhaite le ramener sous ses ordres. Son organisation Cipher tente d’infiltrer la base de MSF mais c’est un échec. Ayant eu vent des résultats la mission Peace Walker et désireux de venger les USA, Zero va tenter de faire inspecter la Mother Base afin de pouvoir localiser l’ogive nucléaire et le Metal Gear. L’option de discréditer MSF et de la faire passer pour un groupe terroriste est un plus non négligeable.

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Au cours de la mission Ground Zeroes en 1975, Big Boss se rend à Cuba pour récupérer deux otages. L’un détient des informations capitales sur Cipher tandis que le second est en possession de renseignements sur Militaires Sans Frontières et son arsenal militaire. Une fois sa mission achevée, Big Boss assiste impuissant à l’attaque de sa Mother Base commanditée par un certain SkullFace leader de l’unité XOF à la solde du Major Zero. Après un crash en hélicoptère, le leader de MSF sombre dans un coma de 9 ans. . .

UN COMA ET UN CONTEXTE

Alors qu’il est hospitalisé à Chypre, de nouvelles tensions naissent entre les deux blocs. La course à l’armement nucléaire est totale et en 1977, l’URSS installe des missiles à moyenne portée pouvant atteindre l’Europe Occidentale, la Chine, le Japon ou le Moyen Orient. Durant cette crise des euromissiles, soviétiques et américains signent l’accord SALT II afin de limiter les armements stratégiques.

Les dépenses économiques américaines se font sentir après les gouffres que furent la guerre au Viêt Nam et le programme spatiale. Il est temps de lever le pied sur les dépenses militaires. En 1983, Ronald Reagan lance un projet de défense satellitaire afin de détruire tout missile balistique lancé sur le sol américain (projet abandonné par l’administration Clinton en 1993).

De son côté l’URSS va étendre son influence dans le Tiers-Monde a commencé par l’Afghanistan où elle va soutenir un régime progressiste et entrer en guerre contre des opposants. Le conflit est né en 1979 et va s’étendre jusqu’à 1989. Les américains sont aussi présents sur le sol afghan pour soutenir militairement le peuple. La Chine voyant l’invasion soviétique comme une provocation, décide de se rallier au américain. Ce conflit va précipiter la fin du bloc de l’Est avec une crise économique malgré des réformes et la mise en place de la perestroïka sous le gouvernement de Gorbatchev en 1985.  Sur le plan international, le Japon, la RFA ou la Chine ont une croissance exceptionnelle. L’URSS arrive au bout de sa route.

C’est ici que nous entrons dans des prédictions en se basant sur les nombreux trailers et autres indiscrétions. Big Boss vient de se réveiller et semble assoiffé de vengeance. Sa vision politique s’est endurcie. Il rêve toujours de liberté individuelle et d’indépendance. Les soldats doivent occuper une place majeur sur la scène mondiale. Il souhaite favoriser le mercenariat, mettre à genou l’impérialisme américain et s’opposer à l’Atlantisme favorable à une entente militaire entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Il n’hésitera pas à frapper fort et faire mal à cette nation américaine qui a sacrifié The Boss. Il va insuffler à ses hommes un vent de révolte.  Mais surtout il doit tout reconstruire car qui se souvient encore de lui après 9 ans d’absence ?

Big Boss

L’évolution géo-politique du monde (avec les nombreuses guerres d’indépendance) est devenue pour lui une vraie opportunité d’expansion. Cette URSS qui décline peut lui permettre de renforcer ses rangs. La domination américaine dans cette fin de Guerre Froide va ne faire qu’accentuer sa soif de vengeance. Mais a t-il encore  sa place dans ce monde dicté par des supers puissances économique qui se servent des militaires comme de vulgaires pions?

VENGEANCE ET EXPANSION

On le sait, MGS V : The Phantom Pain se déroule à partir de 1984 et verra se développer la Mother Base de Big Boss. Il doit rebâtir ses installations et surtout réunir ses troupes. La voie du terrorisme est la seule qui s’ouvre à lui. En 1984 donc, Kaz Miller est en Afghanistan pour former des Moudjahidines armés auparavant par le programme afghans de la CIA sous l’administration Carter. Cette opération avait pour but de décontenancer l’ennemi soviétique et le faire reculer.  La CIA était responsable de la formation des agents secrets afghans (ISI) et du financement. Ainsi les américains achetaient des armes russes à la Chine ou l’Egypte afin de ne pas montrer leur implication et accentuer l’affaiblissement de l’ennemi. Mais certains guerriers préféraient négocier avec le bloc de l’est à l’image du Commandant Massoud. Dans le même temps, un certain Oussama Ben Laden montre le bout de son nez. Les talibans commencent à prendre de l’importance.

C’est dans ce contexte qui a fait naître le terrorisme moderne que notre héros va devoir récupérer Kaz Miller fait prisonnier. Mettre un pied sur ce territoire où naissent facilement des alliances, va lui permettre de revenir sur le devant de la scène avec sa politique de mercenariat.

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Les montagnes d’Afghanistan, nouveau terrain de jeu d’un Big Boss sanguinaire

Si l’Afghanistan est un premier terrain de jeu, c’est l’Angola qui en est le second. Ce pays situé sur la côte sud ouest africaine est en pleine guerre civile où l’URSS et Cuba apportent leur soutien au gouvernement en place avant de voir arriver l’Afrique du Sud et le Zaïre du côté des rebelles. L’aura américaine n’est pas très loin non plus. Le pouvoir angolais aide des dissidents congolais à envahir le Zaïre. En 1984, les sud africains se retirent de l’Angola tandis que Cuba continue à occuper le terrain.  Avec autant de conflits sur le continent africain, Big Boss a ici une chance supplémentaire de mener à bien son projet.

DES ATTENTES COLOSSALES

Plus qu’un contexte historique pour immerger une aventure, les fans attendent des réponses. Continuons sur l’immense vague de la spéculation voulez vous. Avec les 9 ans de coma, Kojima n’a plus qu’au minimum 7 ans à combler pour arriver à 1991 et le retour de Big Boss à la tête de Fox Hound, unité qu’il a créé dans les années 70 pendant l’épisode Portable Ops. Dans le même temps Outer Heaven né. Le soldat semble être sur tout les fronts et sa présence des deux côtés de l’axe bien/mal interroge. Soulevons aussi la rencontre de Gray Fox et Naomie Hunter en ex Rhodésie devenue Zimbabwe. Un territoire qui aurait inspiré le logo de l’organisation Diamond Dogs à laquelle est rattachée Big Boss ? A t-elle été montée par Kaz Miller pendant le coma de son chef ou est ce que sa naissance sera un des enjeux de MGS V ? Le logo montre un Rhodesian Ridgeback expert en recherche au sang né sur le sol de Rhodésie . Un détour par la Sierra Leone et le Libéria intégrerait Big Boss dans la guerre civile qui s’est étalée de 1989 à 2001 sous fond de trafic d’armes et de diamants. 

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Après MSF et avant Outer Heaven

Arrêtons nous aussi sur les références musicales très chères à Hideo Kojima. Diamond Dogs est un album de David Bowie qui a crée un personnage doté d’un cache oeil. Dans les thématiques abordées par le chanteur, il y a cette notion de futur avorté mais mieux encore les titres semblent taillés pour MGS V. Retenons Diamond Dogs, Big Brother ou encore 1984 . De quoi faire écho à l’oeuvre de George Orwell. Dans une saga où une organisation se montre ultra sécuritaire et totalitaire, on peut envisager le retour du Major Zero au premier plan. Rappelons que plus tard dans la chronologie MGS, Zero relance les Patriotes et met en place des programmes de censures et de contrôle totale des libertés car il n’a plus confiance en l’humanité. Toujours sur David Bowie, il y a ce titre écrit sur une cassette qu’écoute Big Boss dans un trailer datant de l’E3 2015. The Man Who Sold The World est un album sorti en 1970 qui évoque beaucoup de personnages à la santé mentale déficiente faisant d’eux des marginaux. Le chanteur aborde aussi l’occultisme et le concept du surhomme. Le morceau éponyme met en opposition deux hommes qui semblent être en fait la même personne à la recherche d’un manque. Il est à noter que David Bowie a souvent joué avec les personnages et la folie (Ziggy Stardust, Aladdin Sane). Ce que Kojima aime aussi faire. Qui a oublié le drame MGS 2 et la révélation Raiden ?

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Impossible de distinguer une bribe de scénario, tout semble confus dans les trailers, tout semble si emmêlé que le dénouement risque d’être détesté ou admiré. On attend de savoir qui est ce fameux Skullface au passé douloureux ou encore cet Ismael qui aide courageusement Big Boss à son réveil. Le Major Zero sera t-il de retour pour retrouver son ancien ami ou l’attaquer une nouvelle fois avant de filer remettre le destin du monde à des I.A ? Quid de Liquid, Solidus, Solid Snake ? Qu’a fait Revolver Ocelot pendant ses 9 années ? Le pan historique manquant est sur le point d’être dévoilé.

Hideo Snake

Tout au long de sa vie, Big Boss a été malmené, épié, trahi voir abandonné. Et à chaque fois qu’il a mis un genou à terre, il est revenu endurci, se radicalisant toujours un peu plus. Le soldat patriote des années 60 et devenu un mercenaire terroriste prêt à tout pour imposer l’idéologie d’une femme qu’il a aimé et qui a été trahie. Jusqu’à son coma en 1975, il va suivre l’évolution du monde et en saisir les opportunités cherchant à marquer l’Histoire. Même après les événements de MGS V, il continuera de bafouer le message pacifiste de The Boss. Après tout, personne par la guerre ne devient grandKojima l’intègre dans une société réelle qui en plus de 100 ans s’est entre déchirée sur des sujets politiques, ethnique voir philosophique. 

Réitérons quelques passages de cet article. L’écriture de la saga Metal Gear Solid époque Big Boss se calque sur la réalité historique qu’est la Guerre Froide et c’est aussi en cela que les jeux sont intéressants. L’horreur de la guerre ici n’est pas abordé sur un plan manichéens. On parle de business, rivalité, politique, accord, blessés, indépendance etc. L’invitation à ouvrir votre explorateur internet et à cliquer de wikipedia à des sites plus aboutis n’est jamais très loin.

Ainsi en recoupant les informations on peut comprendre que le choix de The Phantom Pain pour illustrer ce 5ème opus n’est en rien anodin. La douleur fantôme évoque d’abord la sensation de manque d’un membre amputé où l’impact neurologique prend une grande place. Skullface a perdu la sensation de douleur, Zero sa foi en l’humanité. Big Boss lui a perdu un oeil, une main, une nation, des amis, l’amour, un mentor et peut être même son âme…

Hideo Kojima lui, a perdu son poste chez Konami mais a toujours fait transpirer son jeu vidéo de multiples thèmes. Ce média peut transmettre bien plus qu’une simple histoire et c’est peut être en cela que le créateur japonais a marqué, marque et marquera encore le monde de son empreinte.

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3 réflexions sur “Big Boss : the man behind the world

  1. Duponch

    Si je peux me permettre de spéculer à mon tour, je pense que le conflit israelo-palestinien sera de la partie, ou du moins devrais être de la partie vu l’implication des puissances mondiales sur ce terrain.
    Loin de moi l’idée d’oser dire à Kojima ce qu’il a à faire, mais je sens que le génie confirmé abordera le sujet de près ou de moins près.
    A bon entendeur.

  2. Haegorn

    Très bon article. Avec une connaissance solide de la série et de bonnes recherches.

    Je suis entrain de faire le jeu, et sans spoiler, c’est très surprenant.

  3. Ping : Zzzzzzz – ludowsky

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