Womb, quand un film divise son propre avis.

Peut-être avez-vous déjà vécu cela, de regarder un film une première fois et d’avoir un avis opposé lors de la seconde. Avez-vous déjà eu cette impression ? Cette expérience ? Cela m’est arrivé pour le film Womb.

Ce film réunissant la sublime Eva Green (Penny Dreadful, Casino Royale) et Matt Smith (que l’on connaît surtout pour son rôle du 11ème Doctor), est de ceux qui divisent : soit on est charmé, soit on déteste.

La chaîne Arte propose décidément des films sortant souvent de l’ordinaire et c’est le cas pour celui-ci qui a été une vraie révélation lors du premier visionnage. Je me suis donc lancée avec entrain dans une seconde lecture du film. Mais cette fois-ci, le ressenti n’était plus du tout le même…

Womb 1

Un film aux sujets délicats.

Womb est un film sorti en 2010 du réalisateur hongrois Benedek Fliegauf (Bence pour les intimes), primé au festival de Berlin par un Ours d’Argent pour son film Just The Wind sur la communauté des Roms.

Benedek Fliegauf
Benedek Fliegauf

Avec Womb, il aborde encore plusieurs thèmes sensibles comme la découverte du corps par des enfants, la mort, le clonage et l’inceste. Un programme lourd autour d’une histoire d’amour :

En vacances chez son grand-père sur une île du nord de l’Europe, la toute jeune Rebecca fait la rencontre d’un garçon de son âge, Thomas. Rapidement, une complicité naît entre les deux adolescents qui partagent de nombreux moments ensemble. Mais la jeune fille doit repartir à l’autre bout du monde auprès de sa mère, laissant un sentiment d’inachevé à cet amour naissant.

12 ans plus tard, ses études terminées, Rebecca revient sur l’île dans la maison de son grand-père depuis décédé. Elle retrouve un Tommy rêveur pour lequel son attachement est toujours aussi fort.

Mais leurs retrouvailles est de courte durée lorsque Thomas est fauché par une voiture. Ne pouvant accepter sa mort, Rebecca décide alors d’avoir recours au clonage pour mettre au monde et élever le nouveau Tommy. Un choix lourd de conséquences…

Une première impression de réussite.

Le film est habilement construit de boucles.

Dans ce film, une problématique en remplace une autre sur la longueur. Le début traitant de la découverte de l’amour entre deux enfants, les retrouvailles en tant qu’adulte, la mort, le clonage, la maternité, l’inceste.

Ces thèmes sont exposés généralement séparément. Cette organisation permet au spectateur de ne pas se perdre vu la diversité des sujets abordés.

[SPOIL] Après le clonage on reprend alors le cycle du début du film, avec la nudité, la complicité, la découverte des corps. Et avec la toute première scène qui pourrait clore le film, on peut se demander si ce schéma ne va pas une nouvelle fois se répéter. [FIN SPOIL]

L’amour de Tommy est matérialisé par le mot qu’il laisse à la jeune Rebecca : « I will wait for you for as long as it takes ». Cette attente relie les deux enfants. Mais avec la mort de celui qu’elle aime, les choses s’inversent et c’est maintenant Rebecca qui va attendre autant qu’il le faudra que le clone de Thomas grandisse.

L’absence de jugement permet de construire sa propre opinion.

Aborder autant de thèmes dits « dérangeants » aurait pu causer la perte du film. Il n’en est rien. On sent que l’auteur nous présente une histoire, sans réel jugement de sa part, et c’est donc à nous de nous faire notre propre opinion. Et à connaître certaines démarches du réalisateur, ce n’est pas éloigné de la vérité. Effectivement, ce dernier présente rarement ses films en longueur, il parle souvent de la forme et non du fond lors de projections, pour laisser libre court à l’interprétation des spectateurs.

Fliegauf a eu la très bonne idée de ne pas inclure la problématique de la religion. Elle est presque totalement absente du film. Seule la mère de Thomas indique à un moment donné que sa famille est athée. Aucun signe religieux marquant n’est présent.

Il est possible de trouver ce film accolé du genre « science fiction ». Le clonage n’est pourtant pas si fantaisiste. Le film ne se base quasiment à aucun moment sur le côté scientifique de la problématique du clonage. Essentiellement pour placer directement l’action dans une société où le clonage d’êtres humains est acquis et banalisé. On peut au contraire se demander si ce n’est pas de l’anticipation avec des mœurs et une science qui évoluent.

Un film soigné.

Le jeu des acteurs est impeccable. Matt Smith joue ici dans un de ses premiers films où il confirme son talent. Les dialogues étant très limités, les acteurs font essentiellement un travail sur les expressions du visage et la gestuelle. Il y aurait alors pu avoir le risque est de se retrouver avec un jeu exagéré ou au contraire fade. Or dans Womb il est juste, parfaitement pesé. J’appréhendais celui d’Eva Green qui est parfois faux, mais il n’en est rien ici.

Matt Smith et Eva Green
Matt Smith et Eva Green

Le silence du film captive, la bande son se fait rare. Le spectateur est bercé tout au long par des bruits de la nature. Les vagues, le vent, l’île, tout cela accentue l’intemporalité dans laquelle l’histoire est placée, ce qui permet au spectateur de placer les événements dans un contexte actuel, ou futur.

Un second visionnage qui vient bouleverser la réflexion.

Après une telle première claque, j’ai donc naturellement voulu revoir Womb… sans savoir ce que mon avis serait bouleversé. Ce second visionnage vient changer mon opinion certes, mais aussi la compléter. Il était au final nécessaire afin de bien comprendre tous les aspects de l’histoire.

Pour un film sur une histoire d’amour, le film reste désespérément froid.

Un film froid dès son titre, presque médical : Womb, littéralement Utérus, que l’on traduirait plutôt par « ventre ».

L’atmosphère peu chaleureuse est accentuée par le choix des couleurs, froides en majorité. L’histoire prend place presque tout du long sur les plages désertes de cette île. La teinte des plans oscille entre le bleu clair, le gris et le blanc.

Maison de Rebecca et son fils.
Maison de Rebecca et son fils.

Il n’y a rien à dire sur le jeu des acteurs excepté celui des deux enfants qui ne font pas assez ressentir de sentiments amoureux entre eux. Ajouté à cela un choix de réalisation avec de nombreux plans larges qui les éloignent et le lien entre les deux personnages n’est pas assez renforcé. On voit bien entendu la complicité entre eux, mais rien ne laisse supposer un amour si puissant qu’il aura de telles conséquences dans la suite du film.

En écoutant le réalisateur sur les quelques interviews existantes sur internet, il parle souvent de sa façon de filmer, de l’esthétisme, des sons. Il aime laisser réfléchir le spectateur mais il en oublie la communication, le dialogue. L’univers souffre déjà de la mise en scène glaciale et donc des regards et des gestes ne suffisent pas à ressentir cette profonde chaleur entre les personnages.

Womb n’est également pas assez éloquent. Cela est fait exprès, mais il faut sans cesse faire ses propres hypothèses, quitte à ne pas comprendre ce qu’il se passe, à ne pas comprendre les relations, les choix. Et donc passer à côté de l’objectif principal du film.

Le rythme du film est assez mal géré.

Womb est très, très lent. Finalement, on peut trouver ce film vide, comblé par de longs plans fixes qui n’apportent parfois rien à la compréhension. Et soutenu par un scénario presque inexistant.

Certains points de l’histoire sont expédiés, comme le développement du lien entre les enfants, le départ de Rebecca de l’île, le clonage de Thomas.

Un regret personnel est que l’aspect scientifique est complètement survolé. Résumer le clonage à une simple piqûre et une signature sur un papier fait perdre de la crédibilité à l’histoire et montre une certaine faiblesse du scénario. Cela vient bien sûr d’un choix de Fliegauf, mais trop de questions entourant la décision du clonage restent en suspens : Quel accompagnement psychologique pour une telle décision ? Quelle juridiction ? Quelles démarches ? Quel coût ? Surtout que la pratique semble relativement courante, même sur une petite île.

Rebecca se retrouve face alors à des choses qu’elle n’avait pas imaginées. Elle ne semble pas avoir réfléchi posément à son choix lourd de conséquences. Des conséquences sur elle-même, sur le clone de Tommy, sur les parents du défunt. Son « fils » est confronté à la discrimination. Une discrimination qui est parfaitement mise en scène ici. Elle est criante de vérité. Des idées reçues naissent. Et le fameux discours « nous n’avons aucun problème avec cela…. MAIS » fait son entrée.

[SPOIL] Rebecca n’est pas assez forte pour endosser les conséquences de sa décision. Dès les premiers signes de discrimination envers son fils, elle s’exile avec lui dans une partie de l’île qui ressemble « au bout du monde ». Elle semble recréer un ventre maternel entre elle et son fils pour le protéger. Mais ce cocon artificiel va peu à peu s’effriter dans le temps. [FIN SPOIL]

La gêne ressentie devient parfois trop oppressante.

Le silence est à la fois la force et la faiblesse du film. Il peut révéler un scénario creux, perdre le spectateur en cours de route qui se détache complètement des « enjeux » du film. Ou au contraire capter notre attention. C’est un choix à double tranchant, tout comme le choix des thèmes abordés.

Ce silence renforce la gêne ressentie. La bande son est quasi inexistante. Cela ajouté à des dialogues plutôt rares. Le spectateur se concentre alors uniquement sur ce qui lui est montré, sans influence auditive ajoutée.

L’atmosphère oppressante donne l’impression d’être dans un huis clos à ciel ouvert. Les personnages semblent confinés sur cette île, condamnés à leur destin.

Dès les premières images, les yeux de l’adulte sont confrontés au malaise face aux corps à moitié dénudés des enfants dans la découverte de la sexualité. A noter que le générique de fin indique qu’au début du film Rebecca a 9 ans et Thomas 10.

Rebecca et Thomas enfants
Rebecca et Thomas enfants

On voit la jeune Rebecca se caresser le ventre, peut-être une envie viscérale de donner la vie. En effet elle reproduit le même geste au même endroit 12 ans plus tard. Cela expliquerait la sensation de vide à la suite de la disparition de Tommy, puis sa décision de « combler » son corps par son clone. Allant jusqu’à lui donner le même prénom.

[SPOIL] Le cycle du film reprend alors et la morale du spectateur se retrouve devant un dilemme : accepter ou non la relation entre Rebecca et le nouveau Tommy. Car on observe une mère qui est parfaite dans son rôle et qui élève bien son fils. Mais on remarque également les moments ambigus entre ces deux personnes qui sont à la fois mère et fils, adulte et enfant.

A mesure que le nouveau Tommy grandit, le cocon recréé par Rebecca s’effrite et celle-ci tente alors naturellement de s’effacer de la vie de son fils, pour laisser vivre son fils comme il l’entend. Mais certaines de ses actions font penser qu’elle souhaite s’effacer en tant que mère et non en tant que femme.

C’est la vraie mère de Thomas qui va venir délivrer le clone du flou dans lequel il se trouve. Elle-même qui avait refusé le clonage de son fils disparu, acceptant ce que la vie lui a donné et repris.

Rebecca, qui n’était plus que l’ombre d’elle-même, s’enfonce dans le silence, et laisse les objets de son défunt amour parler pour elle. La relation entre la mère et son « fils » se conclue par une relation sexuelle engendrée par la colère de Thomas. Un acte de souffrance qui reste très difficile à comprendre. Car même s’il est désorienté, il la considère encore comme sa mère et ça ne justifie donc pas un tel acte.

Une nouvelle fois, Thomas quitte Rebecca avec l’ultime citation « Thank you… Rebecca ». Des paroles qui signifient parfaitement deux choses : que Thomas pardonne le choix de Rebecca, mais également qu’il ne la considère plus comme une mère mais comme une femme. [FIN SPOIL]

Une fois le film visionné, je vous conseille de retourner voir la première scène. [SPOIL] On y retrouve une Rebecca enceinte, qui parle d’un Tommy parti. Ses cheveux coupés confirment que nous sommes face à la femme quarantenaire. Ce dernier « cadeau » dont elle parle n’est autre le bébé qu’elle porte dont le père est le clone. La motivation principale de Rebecca, toute sa vie de femme, a été d’avoir un enfant de Thomas. Et d’une manière égoïste elle est arrivée à ses fins. Mais dans la même situation comment agirions-nous ? Un film, une boucle, terminée, et entamée, par un sujet des plus tabous. [FIN SPOIL]

Au final

Si vous n’êtes pas un adepte des films extrêmement lents, avec peu de dialogues… fuyez. Car Womb est de ces films qui nécessitent plusieurs visionnages pour se faire un avis complet dessus.

L’histoire souffre d’un manque de crédibilité sur le fond et de trop de thèmes sensibles abordés. Mais il faut reconnaître que le jeu des acteurs est irréprochable. Le réalisateur soigne son esthétique et il nous laisse libres de construire notre propre jugement. Et l’objectif est justement là. Pour un film comme celui-ci il n’est pas forcément nécessaire de le trouver bon ou mauvais. Avec du recul, on se rend compte que Benedek Fliegauf propose des sujets de réflexion, les met en scène, puis il nous laisse à nos interprétations et avis. Une chose est indéniable, ce film est troublant.

Désormais, c’est à votre tour de vous faire votre propre opinion sur Womb.

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