Area 51 : Bibine, poulette & bastos

Tu vois cette jolie donzelle accoudée au fond du bar là-bas ? C’est Tokuko Magoi, aussi appelée McCoy dans le milieu. Elle est comme qui dirait détective privée. Ne t’avise pas de faire ami-ami avec cette poulette car partout où elle passe, il y a du grabuge. C’est qu’elle ne fait pas dans la dentelle, à chaque mission c’est toute une partie d’Area 51, notre charmant petit ghetto, qui se retrouve en ruine… Bref, si malgré le fait qu’elle soit une humaine elle crèche ici, dans cette foutue ville où sont parquées toutes les bestioles mythologiques et autres joyeusetés qui fascinent les petits bourges quand bien même ils n’ont pas envie de les zyeuter dans leur train-train quotidien, c’est qu’elle a une raison. Derrière sa belle gueule se cache une histoire. Mais n’allons pas trop vite en besogne mon gars, avant tout je vais te conter l’histoire de la naissance d’Area 51.

area 1

C’est un asiate répondant au nom de Masato Hisa (il est aussi connu sous le blase d’Andrias sur les réseaux qui désocialisent les gamins) qui est à l’origine d’Area 51. Il a lancé son projet d’aménagement en 2011 au Japon, et il aura fallu attendre quatre piges pour qu’une société nommée Casterman l’importe en France. Pour ce boulot, c’est une équipe de choc composée de Ryoko Sekiguchi et Wladimir Labaere qui s’est attelée à la traduction des grandes lignes. Autant dire que c’est pas des rigolos. Voilà gadjo, t’en sais un peu plus sur l’Area 51 dans laquelle tu as mis les pieds.

En fait, la McCoy et Area 51 sont inextricablement liées. Pas dans les fondements non, mais une sorte de lien les unit, comme si l’une avait besoin de l’autre pour avancer et inversement. Pour te la faire courte, la belle gueule n’est pas juste une détective privée un brin casse-cou. C’est une ancienne fliquette qui a fourré son pif là où elle n’aurait pas dû, et ça lui a coûté bonbon. Aujourd’hui elle est en quête de réponses dans la ville de tous les mystères, de toi à moi autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Malgré ça, au fil de son taffe de détective, elle recolle les morceaux de son passé. Mais bon, la pisseuse est plutôt du genre Détective Conan, pas dans la sens où elle se base sur la finesse de sa déduction, je te rappelle que c’est une bourrine, mais bien dans celui où son objectif principal est ralenti par diverses coursives.

area 51 casterman

Tiens d’ailleurs, tu vois le kappa fringué comme un pingouin qui lui colle aux basques ? Attend petit gars, me dis pas que tu n’as jamais entendu causer des kappa ? Bon sang elle me dépasse cette jeunesse, pour s’abrutir devant Jabberwocky y’a du monde mais pour ouvrir un bouquin de Shigeru Mizuki on fait moins le malin. Bref le mec louche en costard trois pièces, c’est son assistant, ou plutôt son larbin. Il n’est pas très doué le bougre mais c’est un bon gars, il fait ce qu’il peut pour l’aider. En parlant d’aide, son flingue aussi lui apporte un soutient sans faille. Alors tu vas me dire « t’es con Melok’, un pistolet n’a pas de volonté propre ». Je sais bien, mais figure-toi que certains l’ont même entendu parler.

Mine de rien cette fine équipe fait avancer Area 51. Des divinités et des créatures toutes plus zarbes les unes que les autres sortent de leur tanière, sont mises en avant au moins le temps d’une fusillade. Y’a pas à dire elle anime la ville la minette, elle en fait même un personnage à part entière. En suivant de près les aventures de McCoy, on en apprend plus sur ce bled et ses habitants. Du coup pour te tenir informer de tout ce qui se passe en ville, laisse béton ces journaleux à la con pas foutus d’écrire autre chose que ce qu’on leur dicte, suis plutôt la jolie nénette dans ses aventures. Mais pas de trop près Icare, tu risques de te brûler les ailes.

Tu peux également parfaire ta petite culture afin de te la jouer dans les soirées de la haute. Ici, tu trouveras des bestioles de tout poil venant des quatre coins de globe, et même de l’espace. Cette ville ressemble à une vieille encyclopédie, fatiguée d’être parcourue mais regorgeant de mythes et trésors.

area 51 manga critique

A part ça tu peux observer les charmes d’Area 51, ce ghetto unique teinté de noir et de blanc qui pourrait rappeler ce qui se fait habituellement au Japon, mais non Masato Hisa préfère l’esthétique amerloque. Ouais mon gars, le contraste entre le noir et le blanc de sa ville ressemble à s’y méprendre aux créations de Mike Mignola et Frank Miller. Autrement dit ça change de ses compatriotes qui ne prêtent guère attention à ce qui se passe en dehors de l’archipel. Soit. Va donc aussi jeter un coup d’œil au panorama de la ville, digne de ce que le western spaghetti a fait de mieux.

Voilà le tableau minot, c’est dans cette cité que tu vas désormais devoir lutter pour ne pas te faire dessouder au coin d’une ruelle glauque. Cette même cité qui abrite une infréquentable beauté humaine. Que veux-tu, troll, alien, cyclope et cetera, on est irrépressiblement attiré par le danger, c’est la logique de toute espèce. Je vais te faire une dernière confidence gamin, dans le fond les femmes, la vie, Area 51, toutes ces conneries c’est pareil. On peut en parler des heures et des heures autour d’une bouteille de Jim Beam mais le mieux c’est de découvrir par soi-même.

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8 réflexions sur “Area 51 : Bibine, poulette & bastos

  1. J’adore le soin apporté à l’écriture de cet article, qui colle parfaitement à l’oeuvre (que j’ai découvert grâce à toi d’ailleurs et que j’adore). Vraiment une bonne idée vu le ton d’Area 51 qui m’en a mis plein les mirettes, par contre je ne savais pas qu’il s’inspirait de l’ésthétique amerloque mais j’adore <3

  2. La façon dont sont détournés pléthore de mythes et contes dans ce titres est un trip absolu pour ma part. Tu passes d’un panthéon grec à blanche neige comme si c’était naturel avec à chaque fois une vision bien personnelle de la chose :) Et cette esthétique sans dégradé et fine le rend d’autant plus attachant. Une pensée pour ceux qui s’occupent de la traduction je pense que par moment ça doit être folklorique.

  3. Ping : Jabberwocky : Bibine, dinos & gunfight | NOSTROBLOG

  4. Ping : Interview avec Masato Hisa : l’homme qui redéfinissait les légendes | NOSTROBLOG

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