Old Boy, une oeuvre réinterprétée.

Si vous êtes amateur de cinéma, et surtout du cinéma asiatique, vous connaissez sûrement le film multiprimé Oldboy de 2003 du réalisateur sud coréen Park Chan Wook (Thirst, Sympathy for Lady Vengeance…).

Ce que peu de gens savent, c’est que ce classique du cinéma coréen est fortement inspiré du manga éponyme de Tsuchiya Garon dessiné par Nobuaki Minugishi, un seinen de la fin des années 90 qui a été traduit en français.

Dix ans après la sortie de l’adaptation par Park Chan Wook, un remake du film réalisé par Spike Lee (Malcolm X, Inside Man…) sort sur grand écran… et reçoit alors un accueil très moyen, voire assassin du public.

L’idée de cet article est essentiellement de présenter ce trio d’œuvres qui partent de la même base, pour donner l’envie de découvrir Old Boy dans son intégralité. Oui c’est très mal de comparer des médias si différents que sont un manga et un film, mais je vais quand même le faire !

Old boy 1

L’histoire de ces 3 œuvres

Old Boy est à la base un manga en 8 tomes publié à partir de 1997 dans un magazine seinen. On y retrouve Tsuchiya Garon au scénario et Nobuaki Minugishi au dessin. A noter que ce manga a été licencié par chez nous par l’éditeur Kabuto.

Old boy 2

L’adaptation cinématographique sud coréenne du manga Old Boy fait partie d’un triptyque, un projet cinématographique en 3 films sur le thème de la vengeance. Ce dernier a débuté en 2002 avec Mister Vengeance et s’est clôturé en 2005 par Lady Vengeance. Le producteur sud coréen, intéressé par le projet, a alors racheté les droits du manga pour environ 10 000 euros. Un conseil si vous souhaitez voir ce film : ne le regardez pas en version française ! Et c’est une adepte de la VF qui vous le dit. Malheureusement, le travail de doublage est de piètre qualité.

La distribution se compose de Choi Min-sik (I Saw The Devil, …) dans le rôle principal de Oh Dae-suKang Hye-jeong qui joue la jeune femme Mido et Yu Ji-tae dans le rôle de l’antagoniste Lee Woo-jin. Un bon trio d’acteurs qui porte parfaitement le film.

Le remake d’Old Boy c’est au départ un projet avorté pour causes juridiques. En 2008, deux sociétés de production américaines, DreamWorks et Universal Pictures, se positionnent sur le rachat des droits du film coréen. De grands noms sont alors attachés au projet : Steven Spielberg à la réalisation accompagné par Will Smith pour tenir le premier rôle. Mais tout s’arrête lorsque l’éditeur japonais du manga original porte plainte contre les producteurs du film coréen pour avoir vendu les droits de l’histoire sans qu’il en soit averti. Trois ans plus tard, le projet renaît grâce à Mandate Pictures qui prend contact avec Spike Lee.

Au final, c’est Josh Brolin qui obtient le rôle principal de Joe Doucett. La jolie Elizabeth Olsen joue le rôle de Marie, la jeune femme qui va accompagner le personnage principal dans sa quête. Et Sharlto Copley vient clôturer le trio en jouant Adrian Pryce. Attendez vous à voir un Samuel L. Jackson assez ridicule, tout comme l’est malheureusement Sharlto Copley dans son rôle très stéréotypé de Adrian Pryce. Rien à dire par contre sur le duo principal d’acteurs, Brolin et Olsen sont assez convaincants.

Le synopsis

Old Boy est un thriller mêlant action, drame, manipulation, romance. L’histoire prend des chemins différents dans chaque œuvre mais un même fil conducteur revient :

Le personnage principal est un homme d’une trentaine d’années, qui, pour de sombres raisons, se fait enlever et séquestrer dans une chambre pendant plus de 10 ans. A la fin de ce délai, il est relâché dans la nature sans aucune explication. Il est alors contacté par l’homme responsable de son enfermement qui va lui soumettre une offre : le protagoniste doit comprendre qui est son geôlier et pourquoi il l’a enfermé tout ce temps. Si des réponses exactes sont apportées, l’antagoniste promet de se tuer. Par contre, si le personnage principal échoue, il devra en payer les conséquences…

Pardonnez ce synopsis si vague, mais il est indispensable pour comprendre l’essence du manga et des deux films sans porter à confusion.

L’enfermement

Dans la version papier, le personnage principal, Goto, est ici différent des films, il n’est pas marié et n’a jamais eu de fille.

Malheureusement, le manga reste très discret sur l’avant emprisonnement. On connaît peu la personnalité de Goto et la période de son enfermement. Contrairement aux films où la chambre servant de prison possède tout le « confort » nécessaire pour vivre, celle de Goto semble être très primaire : un lit, une télévision, et aucun autre élément.

Dans la version de Park Chan Wook, on connait également peu Oh Dae-su, le personnage principal, avant qu’il se fasse enlever. Marié et père d’une petite fille, c’est un homme paumé, brutal, qui aime boire. On sent qu’il n’a pas toute sa tête. Cela tranche complètement avec sa voix off qui est calme où l’on sent qu’au fond de lui il cache un homme plus réfléchi.

On ressent son mal être profond et les phases par lesquelles il passe lors de l’emprisonnement sont parfaitement enchaînées. L’objectif de Oh Dae-su nait lors de son enfermement : se venger. Il ne cherche pas sa fille, ce qui peut sembler étrange au début. Sa femme, elle, a été assassinée. Dommage que le film ne s’attarde pas plus sur les raisons du décès.

Le remake de Spike Lee a le mérite de proposer une vision du personnage avant son enfermement. On découvre Joe, un homme d’affaire alcoolique, violent, qui trompe sa petite amie. La personnalité du personnage est trop dans l’extrême et trop négative.

Et une fois l’enfermement qui commence, il est très décevant de voir que certaines scènes sont identiques à la version de Park Chan Wook. Visuellement, on trouve également la présence de la religion chrétienne qui n’a pas vraiment sa place dans une histoire qui ne la fait pas du tout intervenir.

Le manque de repères chronologiques au début de la détention fait qu’on ne peut pas justifier le comportement changeant de Joe dans le temps. Malgré cela, le changement d’états du personnage est très clair : de l’incompréhension, en passant par la colère à la folie jusqu’à l’espoir. Et c’est également lors de son emprisonnement qu’il se concentre sur un objectif : retrouver sa fille.

L’enquête

Dans le manga, après son enlèvement, Goto se réinsère progressivement dans la société : il travaille, s’encre dans le présent et l’avenir. Il est communicant, intelligent, posé et n’est pas un adepte de la violence gratuite. Goto est questionné sur ce qu’aurait été sa vie s’il n’avait pas été emprisonné. Il réfléchit beaucoup et on voit son attachement à ses proches. Grâce à sa personnalité, contrairement aux films où l’antagoniste contrôle tout le déroulement, ici ce dernier est mis en difficulté par Goto.

Le manga reste beaucoup moins violent que les films. Il n’y a pas d’escalade de la violence et du désir de vengeance envers Kakinuma, le commanditaire de son enfermement. Tout comme dans le remake, la discussion est de mise. L’enquête est privilégiée à l’action.

Et pourtant l’enquête n’est pas à la hauteur de la longueur du format. Elle prend son temps, elle avance difficilement, part sur trop de pistes. Le manga est en plus assez difficile à suivre parfois puisque la différence entre les cases du présent et les cases représentant un souvenir n’est pas marquée.

Old boy 3
Eri et Kakinuma

Dans le film coréen, dès sa sortie, on ressent profondément l’envie de vivre du personnage mais après 15 ans d’enfermement on voit qu’il ne sait pas comment s’y prendre. Et pourtant, c’est plus que l’envie, c’est son droit à la vie qui va le guider tout le long du film.

Son manque de communication fait qu’il a du mal à transmettre les émotions plus subtiles comme l’attachement. Lui qui était accusé par Woo-jin de parler beaucoup trop, il ne parle désormais quasiment plus. D’ailleurs le manque de communication entre le duo Oh Dae-su / Mido fait qu’on a du mal à ressentir l’affection qu’ils ont l’un pour l’autre, ceci accentué par le fait que leur relation évolue très rapidement. Il se dégage tout de même une fragilité touchante des personnages du trio principal.

La réalisation elle, est fixe, lourde, oppressante, et transmet les bonnes émotions facilement au spectateur. Le film est indéniablement porté par 2 scènes désormais cultes dans le cinéma : la scène où Oh Dae-su dévore un poulpe vivant, et la scène du combat au marteau.

Old boy 4
Mido et Woo-jin

Dans le remake, après son enfermement, on retrouve un Joe posé, qui a les idées claires, très proche du personnage du manga. Il est assez communicant ce que permet de voir son réel attachement à la jeune Marie, qui va l’aider.

Le film entre un peu trop dans le cahier des charges d’un film d’action hollywoodien. On sent qu’il lui manque une identité propre. En plus de cela, certains accès de violence sont totalement injustifiés.

Comme au début du film, une autre scène est copiée : celle inoubliable du marteau du film coréen. Il est très maladroit de copier un élément tellement attaché à une œuvre déjà existante.

Old boy 5
Marie et Adrian

Mais la tension est là. Le rythme est bien géré. Les films ont la bonne idée de placer le déroulement de l’histoire dans un contexte temporel court, ce qui accélère la pression et accentue la tension. Mais le plus intéressant dans le concept Old Boy, est que l’antagoniste a envie de perdre, il a envie que le personnage principal comprenne pourquoi il l’a enfermé. Jamais il ne va empêcher l’enquête de se poursuivre, au contraire. Et c’est pour cela que l’histoire est intrigante jusqu’à la fin.

Le final

Attention nous entrons dans une zone de spoil ! Pour ceux ne souhaitant pas connaître la fin de ces 3 œuvres, dirigez vous directement vers la conclusion.

Dans le manga, contrairement aux films, le personnage principal n’a pas de fille ni d’épouse avant sa séquestration. La fin est donc totalement différente et malheureusement beaucoup moins captivante. Au final, Goto peine à se rappeler de qui est son geôlier et du lien qui les unit. C’est donc ce dernier qui lui explique clairement les événements. Dommage pour un manga de 8 tomes où l’histoire prend son temps. Dommage également par rapport au rythme de l’histoire que l’enquête avance si doucement pour se finir en précipitation lors du dernier chapitre.

La raison de l’enfermement, elle, semble alors dérisoire : enfants, Goto a pleuré en entendant le chant de Kakinuma. Pour ce dernier, le fait que Goto ait ressenti sa solitude est une honte absolue et le rend coupable que son évolution dans la société ne soit pas celle qu’il aurait aimé. C’est donc une déception qui clôture la version papier même s’il est plaisant de voir Goto enfin heureux aux côtés de sa compagne Eri.

Old Boy (2003) c’est un film qu’il faut regarder pour sa chute à la fois surprenante, violente, douloureuse, et magnifique. Elle résume tout le stratagème bourré d’intelligence de l’antagoniste qui contrôle l’histoire tout du long. Hypnotisé pendant son incarcération, Oh Dae-su a été amené à commettre l’inceste avec sa fille qui n’est autre que Mido. Et cela dans le but de se venger d’Oh Dae-su qui a surpris plus jeune Woo-Jin trop proche de sa propre sœur, cette dernière s’étant suicidée peu après. Le film se termine par une scène où l’empathie entre en jeu. Même s’il est une bête, Oh Dae-su considère avoir le droit de vivre, et va prendre une décision qui porte à réflexion quant à sa relation avec sa fille.

Là où le film sud coréen met en scène une fin grandiose, celle du remake est un déjà vu. La conclusion y est la même. Là où les émotions devraient être exacerbées, elle est étonnamment dépourvue de violence contrairement au reste du film. L’impact de la révélation est moins fort. De plus, une incohérence vient mettre en péril la cohérence de l’histoire. Lors de la révélation, Adrian prononce la phrase « il en a fallu du temps pour changer son nom » en parlant de Marie. Cela fonctionnait dans la version coréenne grâce à l’hypnose qui a manipulé les deux personnages principaux. Or ici, il n’y en a pas. Comment alors Marie ne peut-elle pas se rappeler de ses origines, de son père ? Reste que l’idée de la scène finale est bien pensée. Pour expier ses fautes et l’inceste, il retourne de son propre chef dans cette chambre qui lui a servi de cellule pendant 20 ans.

En résumé

Le manga Old Boy regorge de bonnes idées. Il a les éléments pour être un excellent thriller mais il n’échappe cependant pas à certaines faiblesses.

L’adaptation coréenne est claire : elle s’inspire de l’histoire d’origine mais la réinterprète profondément pour en faire une œuvre à part et originale.

Le remake américain l’est moins. Il s’agit là plus de la réutilisation d’un concept qui fonctionne sans lui apporter une réelle réécriture. Ce qu’on peut lui reprocher c’est qu’il n’a pas d’identité propre, il n’apporte pas grand chose en plus des 2 œuvres précédentes. Pour autant il ne mérite pas les critiques haineuses reçues.

Mais il est vrai que l’on est en droit de se demander de la légitimité de ce remake ? Hormis le fait qu’avoir un casting américain facilite le succès du film dans son pays d’origine, le film coréen est reconnu pour être de qualité, alors pourquoi ne pas s’en contenter ?

Issu d’un manga des années 90, le concept Old Boy, réinterprété 2 fois au cinéma, fait encore parler de lui 18 ans après sa parution au Japon.

Publicités

3 réflexions sur “Old Boy, une oeuvre réinterprétée.

  1. Je n’ai lu que la version papier, l’originale donc…
    L’ajout de la religion dans le remake, c’est très ricain, très conservateur des bonnes mœurs.
    Bref, tout ça m’a donné envie de voir le long métrage de 2003.

  2. Aswin

    Comme la plupart d’entre nous j’ai connu le film coréen avant de lire le manga plus tard par curiosité. Tout à fait d’accord le manga est bon en soi mais la fin n’est pas très impressionnante. J’aime le fait que le film coréen s’est inspiré du manga et a sorti un tout autre scénario, et est devenu une référence du cinéma coréen (le réalisateur est une bête!), contrairement à la version de Spike Lee qui ne fait qu’un bête remake inutile du film avec des Américains à la place des Coréens, limite ridicule (malgré qques différences). Exemple d’un autre remake inutile d’un classique coréen: My Sassy Girl.

  3. Les ricains et l’intérêt zéro dans le remake. Comme tu le soulignes contrairement à l’excellente trilogie Coréenne et sa refonte personnelle, la version de Lee n’apporte rien. Et pourtant j’adore sa filmo.

On attend votre avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s