Yu-Gi-Oh : les Dieux Égyptiens

Et me revoilà pour parler de Yu-Gi-Oh. Encore. Oui. Parce que j’ai encore de quoi écrire sur le sujet et que rien ni personne ne pourra m’arrêter. Cette semaine, nous allons étudier une autre influence égyptienne dans l’oeuvre du mangaka Kazuki Takahashi. Car, devant raccrocher petit à petit les wagons de son histoire, Takahashi a insufflé des bouts de mythologie dans les cartes de Magic & Wizards, qui était dans les premiers tomes totalement déconnecté de la trame principale. Oui, je vous parle bien des cartes de Dieux Égyptiens.

Et autant lever une ambiguïté tout de suite. Si vous pensiez voir des avatars d’Anubis, Osiris et toute la ribambelle de dieux à la sauce Takahashi, alors vous risquez d’être fortement déçus. Car si ces cartes sont soit disant divines, c’est un qualificatif propre à l’univers du manga : ce sont des cartes surpuissantes et dangereuses, aux pouvoirs destructeurs, dont l’utilisation peut mettre en danger la vie des joueurs. Et si elles ont des liens avec le panthéon des dieux égyptiens, elles ne sont pas aussi nombreuses  (et encore heureux !).

A la rigueur, la carte qui pourrait le plus s’approcher d’un dieu égyptien, mais qui n’est pas inclus dans la trinité des cartes divines, c’est le monstre sacré Serket, issu du deck de Rishido. Le serviteur de Marik a un jeu entièrement inspiré de l’Egypte Antique. Dans Yu-Gi-Oh, Serket est un horrible scorpion géant, gardien d’un temple royal et protecteur d’une carte placé dans le coffret sacré. Dans la mythologie égyptienne, Serket (ou autrement orthographié Serqet ou encore Selkis, etc.) est une déesse représentée par une femme avec un scorpion sur la tête, ou parfois plus simplement par un scorpion à tête de femme.

A gauche : le monstre sacré Serket. A droite, la déesse Serket (tombe de Nefertari, XIIIe siècle avant l’ère commune (abrégé par la suite AEC) – crédit photo © Dea/S.Vannini)

Serket avait un côté sombre, puisque les Égyptiens croyaient qu’elle pouvait envoyer des serpents et des scorpions punir ceux dont elle désapprouvait les actes. Mais dans le même temps, elle était vue comme une déesse protégeant des piqûres venimeuses de scorpions mais aussi des morsures de serpents, et notamment du plus terrifiant de tous, le terrible dieu-serpent du Chaos Apep (ou Apophis), incarnation du Mal. Ainsi, elle protégeait chaque nuit le dieu soleil Râ des attaques d’Apep lors de sa traversée d’Ouest en Est du royaume des morts. Cela reflète, d’une certaine manière, la volonté de Rishido (Serket) de protéger son maître Marik (Râ).

Dans Yu-Gi-Oh, la première des trois cartes de Dieux Égyptiens, c’est le Soldat géant de l’Obélisque. Dans le dessin animé, il est devenu Obelisk le Tourmenteur suite à la traduction moisie de 4Kids Entertainment. Hum, ça commence bien. Parce qu’un obélisque, ce n’est pas un dieu. On en retrouve un peu partout en Europe et dans le monde puisqu’un certain nombre a été arraché à leur terre d’origine pendant l’ère Romaine. Il s’agit de monuments sacrés de l’Egypte Antique : une longue colonne rectangulaire, recouverte de hiéroglyphes, se terminant par une petite pyramide, appelée pyramidion (souvent richement décoré et recouvert d’or). En égyptien ancien, le pyramidion était nommé par le mot « benben », signifiant « s’élever en brillant », mot qui finit par désigner l’obélisque tout entier.

A gauche : le Soldat géant de l'Obélisque. A droite : l'obélisque de Louxor (Place de la Concorde, Paris).
A gauche : le Soldat géant de l’Obélisque. A droite : l’obélisque de Louxor (Place de la Concorde, Paris).

Selon le mythe égyptien de la création, Benben était avant tout la terre qui émergea de l’Océan primordial, Noun, et sur lequel les rayons du soleil (Râ donc) brillèrent pour la première fois. La « pierre Benben » était une petite pyramide sacrée du temple du dieu soleil Râ d’Héliopolis, la capitale religieuse de l’Ancien Empire (environ 2700 à 2200 AEC). La pierre Benben est le prototype des futurs obélisques, expliquant sans nul doute le nom qui leur fût donné (tout se recoupe). L’obélisque symboliserait ainsi un rayon de soleil figé, l’une des formes sous laquelle se serait manifesté le dieu Atoum-Râ. On reste donc dans la thématique des dieux, mais il faut quand même aller chercher le lien logique, pas forcément évident au premier abord.

Le deuxième carte divine à apparaître dans le manga, c’est celle d’Osiris. Enfin, plus précisément, le Dragon Volant d’Osiris. Parce que d’après Kazuki Takahashi, le souverain du royaume des morts avait un animal de compagnie, et c’était un dragon volant. Dans la version animée, ce monstre divin a été renommé Slifer, le Dragon Céleste. Slifer. S L I F E R. Oui, plus aucun lien avec l’Egypte Antique.

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A gauche : Osiris vu par K.Takahashi. A droite, Osiris, accompagné d’Anubis et Horus (tombe de Horemheb, XIIIe siècle AEC – crédit photo © Dalbéra).

Mais « Pourquoi Slifer? » me demandez-vous avec appréhension. Eh bien, c’est en l’honneur de Roger Slifer, co-producteur de la 1ère saison animée, aux USA, pour 4Kids Entertainment. Du coup, le nom du dieu a également été changé pour la version française, et même dans le jeu de cartes édité par Konami ! Pour le reste, difficile de trouver un lien entre l’Osiris du manga et celui de l’antique religion égyptienne, puisque ni l’apparence, ni les nombreux pouvoirs de la carte n’ont de rapport avec le dieux des morts

.Le dernier dieu de la trinité dans Yu-Gi-Oh, c’est le Dragon Ailé du Dieu Soleil Râ. Le plus puissant des trois, au sommet de la pyramide, ce qui est normal, Râ étant considéré comme le roi des Dieux et le Pharaon était son représentant terrestre. Là encore, aucun texte n’est parvenu jusqu’à nous pour nous révéler l’existence d’un dragon de compagnie appartenant au dieu soleil. Mais l’on peut tout de même rattacher certaines propriétés de la carte à la mythologie égyptienne, comme son apparence évoquant un faucon. On retiendra aussi que l’un des pouvoirs de cette carte, c’est sa forme de phénix immortel. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela ne sort pas de nulle part, en fait.

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A gauche, le Dragon Ailé de Râ. A droite, représentation de Râ dans la tombe de Nefertari (XIIIe siècle AEC).

Si l’on revient au mythe de la création, évoqué précédemment, Bénou était un oiseau incarnant le «  » (l’âme, pour simplifier) de Râ. Bénou se serait créé lui-même avant d’ériger son nid sur le Benben, le tertre à peine sorti des flots de la mer primitive (Noun) qui existait avant toute chose. D’après le livre des morts, Bénou est aussi le Guide des Dieux vers l’au-delà. Le mythe le plus répandu est que Bénou apparaît tous les 500 ans sur la pierre Benben, avant de mourir dans les flammes pour renaître ensuite. En tant que symbole de renaissance, il est aussi associé à Osiris. Cet aspect de Bénou est donc à l’origine de la légende grecque du phénix, réutilisé par Kazuki Takahashi pour son monstre divin. Tout est lié. Enfin, pour conclure concernant Râ, il est assez ironique que ce soit le dieu symbolisant le Soleil et la Lumière qui soit emblématique du personnage incarnant les Ténèbres, Yami Marik.

Enfin, je ne serai pas complet, concernant les dieux égyptiens, si je n’évoquais pas la dernière apparition divine du manga : Holakti, divinité de la lumière. Pour une fois, il s’agit bel et bien d’un dieu égyptien, même si son orthographe diffère dans la mythologie – on retrouve plus souvent les orthographes Horakhty ou Horakhti. Mais on n’allait tout de même pas demander au traducteur de faire des recherches ! Bref. Si Holakti a une apparence féminine dans le manga, ce n’est pourtant pas à l’origine une déesse, mais un dieu.

A gauche : Horakhty de la main de Takahashi. A droite, bijou issu du trésor de Toutânkhamon (XIVe siècle AEC).
A gauche : Horakhty de la main de Takahashi. A droite, bijou issu du trésor de Toutânkhamon (XIVe siècle AEC).

C’est là l’une des différences entre le manga et la mythologie. Horakhty signifie « Horus des deux horizons » : il était le Dieu du Soleil Levant, décrit par un homme à tête de faucon portant le disque solaire et un uraeus (cobra royal), dont le culte était vénéré à Héliopolis. La mythologie égyptienne évoluant sur des siècles, Horakhti devînt Râ-Heru-Kuthi (ou Râ-Horakhti), mélange de Râ et Horakhti (et donc d’Horus !), symbolisant le Soleil lors de sa traversée du Ciel. D’ailleurs, dans le manga, la coiffe de Horakhty est clairement inspirée du dieu faucon Râ. Selon la mythologie égyptienne, le Pharaon règne sur l’horizon (d’Est en Ouest) sous la forme d’Horakhti. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle ait une importance capitale dans le manga.

Pour aller plus loin :
Reshafim
Ancient Egypt Online
Wikipedia :
Serket
– Benben (en & fr) et Bénou (en & fr)
– L’Obélisque (en & fr)

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8 réflexions sur “Yu-Gi-Oh : les Dieux Égyptiens

  1. Je vous conseille de vous renseigner sur Exodia qui pour le coup est plus proche des mythes egyptiens que ses comparses (bon c’est pas une carte divine, mais elle permet de gagner à coup sûr tout comme Horakhty)

    Osiris fut assassiné et découpé en morceau par Seth, et sa femme Isis dut récupérer ses membres dispersés à travers l’egypte, une fois réconstitué il est devenu le Dieu de l’au delà.

  2. Encore un article sur Yu-Gi-Oh! :D

    Et un très bon article qui plus est ! :)

    Content de voir quelqu’un qui traite de ce manga que j’affectionne tout particulièrement ( oui c’est mon premier contact avec le manga ) être considéré pour autre chose qu’un vulgaire jeu de carte où le héros tire tous le temps la carte qui lui faut au moment propice.

    Petites questions additionnelles :
    D’autres articles sur YGO sont ils à l’ordre du jour ?
    Regardes tu ( ou as tu regardé ) les spin-off anime de YGO : GX, 5D’s, ZeXaL, Arc V ?

  3. Hecami

    Ouah quel article ! Merci pour l’effort fournit.
    Sinon tu n’as pas par hasard des livres sur la mythologie égyptienne à me recommander ?

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