Yu-Gi-Oh : la classe américaine

On sait tous ce que doit Yu-Gi-Oh à la mythologie égyptienne et à son panthéon de dieux, surtout après les deux précédents articles sur ce sujet. Ce que l’on sait moins, c’est qu’une autre influence venue d’ailleurs s’est exercée sur le mangaka. Depuis quelques mois, on veut nous faire croire que la mode des mangas inspirés par les super-héros américains, c’est tout nouveau. Faux. Car Kazuki Takahashi est en effet un grand fan de l’univers américain des comics, et, sans en être le thème principal, cela se reflète dans son oeuvre.

L’un des exemples les plus connus, je crois, est celui de l’échange d’illustration entre lui et Mike Mignola, le créateur de son super-héros préféré, Hellboy. Cet échange a fait l’objet d’un article dans le Shonen Jump américain publié en Septembre 2004 : « When Yûgi met Hellboy ». C’est ainsi que l’on peut découvrir Hellboy avec la coiffure atypique de l’Autre Yûgi et un joli Duel Disk bien stylisé !

yugioh_hellboy
Vilain scan de l’article en question.

Voilà donc pour un exemple IRL, mais il n’y avait pas besoin d’attendre une rencontre entre Takahashi et Mignola via dessins interposés pour avoir un aperçu de la passion du mangaka pour l’Amérique. Le manga lui-même contient des références plus ou moins subtiles à des personnages américains connus. L’une des plus évidentes est rencontrée dans les premiers tomes de la série, avant que le jeu de cartes Magic & Wizards prennent de l’ampleur. Yûgi et ses amis font la connaissance de Hanazawa, fan de comics et dont le père fait régulièrement la navette Japon-USA et lui ramène donc des goodies en tout genre. Mais en bon fanboy, Hanazawa a rempli sa chambre de figurines du même personnage : Zombire.

Zombire est un démon venu des Enfers qui décide d’arrêter de servir le Mal le jour il tombe amoureux d’une femme. Depuis sa vie s’amenuise et son apparence empire à chaque fois qu’il fait le Bien. Quel sens du sacrifice ! L’inspiration est à peine voilée, tant au niveau de l’histoire du personnage que de son design : Zombire est un hommage à Spawn, le super-héros antihéros démoniaque créé par Todd McFarlane (série toujours en cours avec plus de 260 numéros et plein de rebondissements). Dans le comics d’origine, Spawn est à l’origine un humain, Al Simons, qui se voit contraint de sceller un pacte avec le diable à sa mort, dans l’espoir tragique de revoir les siens, et surtout sa femme. Il va sans dire que Spawn est vraisemblablement une lecture grandement appréciée de Kazuki Takahashi. On notera que, hasard ou non, le film totalement kitsch Spawn est sorti la même année que les deux chapitres dans lesquels apparaît Zombire.

A gauche : Spawn dessiné par G.Capullo ; à droite : Zombire par K.Takahashi.
A gauche : Spawn dessiné par G.Capullo ; à droite : Zombire par K.Takahashi.

Mais Zombire ne se contente finalement pas de ces quelques pages. Il a aussi eu droit à sa version cartes, sous le nom étrange de « Zombyra la Ténébreuse » !… Du coup, on peut regretter que Hanazawa ne soit plus jamais apparu par la suite. Il aurait pu avoir un jeu sur le thème des super-héros, et ça aurait été bien cool.

Dans la série des anecdotes, Kazuki Takahashi révèle dans l’interview à la fin de l’artbook Duel Art que le look de l’autre Yûgi lors de sa première apparition est inspiré de celui d’Edward aux mains d’argent, le film de Tim Burton ! Dans le même genre d’idées, le système de réalité virtuelle créé par Seto Kaiba, le Solid Vision System, voit son origine dans le sorte de jeu d’échec, dans Star Wars IV : Un Nouvel Espoir, où C-3P0 et Chewbacca s’affronte avec des monstres en hologramme. Yu-Gi-Oh aurait donc été totalement différent sans ces deux œuvres cinématographiques !

Pour retrouver un petit bout d’Amérique, on peut directement sauter quelques tomes et embarquer joyeusement pour l’Île des Duellistes où nous retrouvons Pegasus Jr Crawford, l’inventeur du jeu Magic & Wizards. Ai-je besoin de préciser sa nationalité ? Oui, il est américain ! Et ce, même si le voir dans un château, à siroter du bon vin rouge avec du bon fromage, le rapprocherait presque d’une caricature d’un noble français. Pegasus incarne le raffinement et l’élégance, il est l’homme d’affaires à qui tout réussi, en opposition totale avec l’autre représentant de l’Amérique, j’ai nommé Kierce Haward, surnommé Bandit Kierce. Revanchard et prêt à tout pour gagner, Kierce est l’archétype du beauf américain : bourru, alcoolique, et sans morale, une sorte d’image de la déchéance du rêve américain.

Après les comics, on découvre une autre influence : les cartoons. Pegasus est un friand lecteur de « Funny Rabbit« . Cette série (fictive) de bouquin raconte les folles aventures d’un lapin poursuivi par un policier bouledogue. Le pauvre toon a déjà réçu plus de 26000 balles ! A ce stade, ce n’est plus une simple bavure policière… Ce résumé n’est pas sans rappeler les Looney Tunes et Merrie Melodies produites par Warner Bros.  avec son Bip-Bip inlassablement poursuivi par le vil coyote et ses pièges en tout genre. Par ailleurs, l’apparence de Funny Rabbit n’est pas sans rappeler celle de Roger, le lapin toon dans le film Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988). Et les toons en tout genre vont prendre une part cruciale dans le jeu de cartes inventés par Pegasus Jr Crawford, alors même qu’on le dit inspiré par d’anciennes tablettes égyptiennes. On va devoir supposer que Pegasus a utilisé sa liberté d’artiste pour créer des cartes qu’il aime mais sans aucun rapport avec l’inspiration de base.

A gauche : Roger Rabbit ; à droite : Funny Rabbit (et Pegasus, accessoirement).
A gauche : Roger Rabbit ; à droite : Funny Rabbit (et Pegasus, accessoirement).

« Toon World » est ainsi une carte fétiche de Pegasus, permettant de transformer tout monstre en toon, c’est-à-dire une créature ne pouvant subir aucune attaque physique, sauf si celle-ci provient d’un autre toon. Au-delà de cet effet bien ennuyeux pour les adversaires de Pegasus Jr Crawford, c’est surtout l’occasion pour Kazuki Takahashi de « toonifier » les monstres emblématiques du manga, en commençant par le terrifiant Blue Eyes White Dragon ! Sa version toon est si mignonne !

Malheureusement, exceptée l’Appel du Démon, les cartes fétiches de Yûgi ne seront pas transformées en toons dans le manga. On a le droit à une Toon Dark Magician Girl dans l’anime, jouée par Pegasus lui-même ! Dans le jeu de cartes édité par Konami, plusieurs monstres ont eu la chance (?) de se voir en toon : Buster Blader, Red Eyes Black Dragon, etc… Mais le Toon Dark Magician, quant à lui, vient à peine d’être dévoilé pour une sortie prévue début Avril au Japon (juste à temps pour faire la promo du prochain film Darkside of Dimensions).ToonDarkMagician

Il faudra ensuite attendre Battle City pour voir d’autres cartes librement inspirées de l’ambiance américaine des comics, tel l’impressionnant Panther Warrior (qui évoque le Black Panther de Marvel) ou encore Buster Blader. De la première, Kazuki Takahashi avouera directement l’influence dans la préface du tome 21 : « un personnage à l’américaine », nous dit-il. Cette liste est bien entendue non-exhaustive, puisque depuis, d’autres cartes ont vu le jour, notamment pour les séries animées suivantes, et ici je pense surtout à l’archétype HERO, largement utilisé dans Yu-Gi-Oh GX.

Dans les épisodes précédents :
Partie 1 : La mythologie égyptienne façon JAPON.
Partie 2 : Les Dieux égyptiens sauce Kazuki Takahashi.

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3 réflexions sur “Yu-Gi-Oh : la classe américaine

  1. Super intéressant ! Bravo, Bobo ! Je me disais bien que Zombire devait venir d’un comics, ça paraissait évident. Il y a aussi la sirène toon qui est peut-être inspirée de Ariel la petite sirène, non ?

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