STAIRWAY to HEAVEN : Une sexescalade burlesque

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Le lectorat au début de cet article

Série éditée en 2005 chez Pika, Stairway to Heaven de Makoto Kobayashi n’est plus commercialisé dans nos contrées depuis plusieurs années. Reste les sites et magasins d’occasions pour se les procurer moyennant un certain prix. Mais alors, me direz-vous non sans une pointe de frustration aigre-dure, pourquoi en parler ? Pour aiguiser vos appétits, mes agneaux ! Avant même de poursuivre la lecture de ce billet, je vous invite à prendre votre plus gros post-it fluo et un gros marqueur pour y inscrire en majuscules police Calibri taille 72 : « trouver Stairway to Heaven !! ». Plaquer le ensuite au-dessus de votre ordinateur ou sur le front de votre copine. Le jour où une occasion en or se présentera, vous saurez quoi faire.

En attendant, et à défaut d’avoir un levier 24 carats pour influencer l’éditeur sur une improbable réédition, embarquez dans ce divin zeppelin mettant en exergue l’idée de jouer ouvertement sur des relations sexuelles débridées sans les rendre fades et vulgaires.

Chasteté prohibée !

Chiya Minakami, humble doctoresse de 92 ans, a consacré toute son existence à soigner autrui avant de décéder d’une insuffisance cardiaque. Tout son curriculum vitae concorde aux critères de sélection pour être acceptée au Paradis. Mais voilà que Dieu (ou plutôt Bouddha) lui bloque l’accès au motif qu’« elle n’a pas reçu assez d’amour ». Sa virginité, concept paradigmatique d’une existence parfaite dans la symbolique chrétienne, n’est pas une clause ici retenue pour des élus au Nirvana. L’Enma, gardien de la porte du Paradis, appose violemment sur le front de Chiya un rond rouge au tampon. Puis un trou se forme sous les pieds de la pècheresse qui rajeunie tout au long de sa chute et tombe dans le chichon manchi.  Il s’agit de l’enfer des plaisirs, un territoire propice aux bacchanales les plus stupéfiantes où le sexe est roi, quelque soient les actes et le choix (parfois incongru) des partenaires. Mise au pied du mur, Chiya n’a plus le choix. Pour accéder au Paradis, elle devra laisser un étalon boire à sa fontaine. Une tâche qui lui est insurmontable. Enfer et damnation !

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Chichon manchi  = nichon henshin !

Délicieux délires

Propulsée ainsi dans cet univers fantasmagorique réservé, semble-t-il, aux vierges effarouchées, l’héroïne entièrement nue retrouve son corps de vingt ans. Elle doit désormais affronter plusieurs personnages qui chercheront à la dépuceler par tous les moyens : cela commence avec de curieux sexes volants et des arbres passionnés de cunnilingus. Après s’être dépêtrée de ces embûches, Chiya cherche de l’aide et tombe littéralement des nues au milieu d’un Jardin des Délices où de plantureuses jeunes femmes prennent du plaisir avec des êtres mandatés par le Très-Haut.

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TGIF !!

Fantasmagorie érotrique

Un rapide inventaire des créatures lubriques recrutées pour cet enfer nous présente plusieurs animaux.  Des lapins, herbivores symbolisant par excellence la fécondation et le renouvellement perpétuel de la vie, se servent de leurs oreilles pour lutiner ces nouvelles amazones avides d’expériences manquées durant leur vie de sainte nitouche terrestre. A leurs côtés, les becs turgescents des pélicans s’affairent à glisser un peu de bonheur à des femmes relaxées découvrant une forme de sexualité honnie dans nos sociétés. Le reste du zoo se compose de faonfarons phalliques, de girafes au long membre substitué à la tête et de fauves en chaleur. Tout ce monde animal se défroque ainsi de ses symboles majestueux (la piété du pélican, la grâce du faon, la royauté du tigre, etc.) pour satisfaire les appétits croissants de la gente féminine. Mais voilà, Chiya se refuse à laisser ces bêtes brouter dans son pré vert. Il faudra à la population de cet enfer onirique beaucoup de patience et de stratégie pour espérer la faire changer d’avis et lui donner la chance d’être enfin honorée aux portes du Paradis promises par Dieu.

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Vierge en vue !

Du sexe sans appeal ?

Rien dans ce manga n’est suffisamment explicite pour provoquer la moindre érection : les corps présentés avec simplicité ne cachent pas grand-chose en dehors des actes mais ne subliment pas pour autant leurs propriétaires. Un univers qui a de quoi faire grimacer Chiya, régulièrement effarée à l’apparition de plusieurs adversaires (puceaux polymorphes, voyeurs) qui se mélangent à de curieux alliés (une sculpture kitsch, un yakusa reconverti en super justicier). L’humour a une part belle dans cette œuvre avec une pléiade de personnages tout aussi grotesques qu’amusants. Rien ne peut être pris au sérieux sans qu’un gag vienne é-branler une amorce de viles pensées chez le lecteur (la scène du bain, la victoire d’un puceau dans la capture d’une femme, le valet de Chiya, etc.).

Être-ange et laideur

Stairway to Heaven est un titre où la pornographie est tournée en dérision, sans accroche aphrodisiaque. Le résultat se distingue très nettement d’une production fan-service où le moindre détournement charnel doit flatter la rétine et la tétine. Ici, nous sommes face à une farce graphique. Une sorte de « laideur », une beauté négative pour quiconque espèrerait être excité au fil des pages.

Tous les évènements dépeints dans la série se déploient dans une désorganisation du beau et du sexuel. Stairway to Heaven n’est ni repoussant ni désagréable car il n’existe pas un minimum de comique sans une parcelle de laideur. Le laid n’est pas l’apanage du répugnant et du marécageux reptilien et s’illustre également dans la perte de soi (les grimaces de Chiya) qui révèle la démence et la passion à se lancer à corps perdu dans des jeux interdits dérogeant à certaines déontologies communautaires. Le laid dépasse son caractère hybride, avoue son impuissance d’attirance et devient comique. Le beau est la condition positive de son existence et le comique est la forme par laquelle le laid se libère de son caractère exclusivement négatif par rapport au beau. Le domaine du beau conventionnel, ici de la représentation du sexe, est plein de phénomènes qui, jugés selon l’idée du beau, ne sauraient être que laids et qui seraient pour un temps considérés comme beaux car l’esprit d’une époque trouve dans ces formes-là l’expression adéquate de sa singularité (ici, du sexe comique) et s’y habitue.

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« C’est l’histoire, l’histoire de mon vit ! »

Notre esprit cherche avant tout dans le sexe qu’il corresponde à notre humeur et que le laid peut aussi représenter. Généralement, les modes révolues sont condamnées car le changement d’humeur a besoin de contraires. Dans le cas présent, il s’agit de montrer du sexe sans tomber dans des clichés pornographiques et y fraterniser ce qui semblerait laid pour faire apparaître sa relativité face au beau (des récits sans délit flagrant de sexe pour pimenter une narration).

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Le descendant du tintinnabulum pompéien

Stairway to Heaven s’adresse à tous les lecteurs qui souhaitent découvrir une autre forme de hentaï, comme un appel vers une fusion mystique du moi (Chiya) vers l’étranger (chichon manchi) : on se découvre plus encore soi-même si on reçoit de l’autre. Ce manga est une ode hédoniste élevant l’étrange à l’exotisme, le dégoût ignorant à la fascination enrichissante.

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Le lectorat à la fin cet article

D’s©

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8 réflexions sur “STAIRWAY to HEAVEN : Une sexescalade burlesque

  1. Lili

    Nichon Henshin.. 🐥

    Je ne vais pas mentir, j’ai lu l’article plus pour lui-même que pour le sujet abordé (j’ai un esprit simple facilement influençable, la pub a bien fonctionné).

    Mais pour le coup, ça m’a rendue assez curieuse. C’est noté, même si je sens que je vais devoir gérer encore une fois une certaine frustration à ne le trouver nulle part (c’est récurrent, sur Nostroblog).

    Enfin bref, j’ai bien ri.

  2. « Votre urine est délicieuse. »

    J’avais pris la série à l’époque (je ne suis pas vendeur), et je l’avais trouvé inégale. Pour deux premiers tomes absolument brillants, drôles et inventifs, qui m’avaient fait passer un excellent moment, les deux derniers m’étaient apparus moins délirants, moins plaisants. Mais rien que pour sa première moitié, cela reste une curiosité des plus recommandables pour tous les pervers polymorphes.

  3. Tama

    J’aime également beaucoup ce titre mais comme Gemini passé un certain nombre de tomes (le 1er dans mon cas) ça s’essouffle et le tout devient assez redondant (notamment tout ces ex-amoureux en pagaille).
    Je trouve le titre plus érotique, voire érotico-comique, que pornographique. L’ensemble reste très propre sans tomber dans le piège du graveleux en mélangeant des instants de comédie pure. Je vois ce manga comme une déclaration d’amour à la chair, au plaisir et à la sensualité (et aux formes féminines bien rondes).

  4. Merci pour vos commentaires !

    Tama : J’ai mis pornographique car on voit de temps en temps l’acte sexuel (certes pas en détails ni vue plongeante zoomée à l’infini), notamment avec l’arbre dans le tome 1 qui besogne tranquillement madame pendant que celle-ci lit une revue. L’érotisme diffère dans le sens où il suggère plus qu’il ne montre. Le cadrage se fait souvent au-dessus de la ceinture et ne présente jamais (sauf erreur de ma part) les parties génitales masculines. En tout cas, je n’ai pas souvenir en avoir vu quand j’étais gamin et que je regardais (quand la voie était libre) des films érotiques le dimanche soir sur M6.

    Ceci étant, le manga mélange érotisme comique et pornographie détournée donc les deux angles de vue se valent.

    D’s©

    1. Tama

      Les parties génitales masculines ne sont jamais montrées dans le manga pour les personnages à formes humaines (sauf une fois pour Tomy la statue), pareil pour les femmes à part le mont du pubis rien mais pour le reste l’auteur ne se prive pas.
      Effectivement, on dit souvent que l’érotisme suggère et que la pornographie montre. Je dirais oui et non parfois la frontière est flou et les caractéristiques se discutent. Souvent le personnage principal tombe sur une situation où l’on voit deux personnages imbriqués mais c’est plus sujet au comique/grotesque/incongru et au fait de suggérer que ce que l’on a sous les yeux est un acte sexuel. On n’entre pas dans le détail comme tu le dis mais on reste sur un ensemble.
      Si on s’en tient à la définition stricte de la pornographie cette oeuvre n’y rentre pas vraiment (pornographie : obscène, sans intention artistique mais intention à l’excitation sexuelle) sauf si on joue sur les mots. Le scénario même de l’oeuvre c’est le parcours d’une femme et sa recherche du plaisir (même s’ils emploient le mot « amour », il y a tout de même une différence avec le plaisir sexuelle).
      De plus, il ne faut pas oublier que l’érotisme japonais diffère du notre.
      Par contre, de mon point de vue, la pornographie arrive plus sur la fin de l’oeuvre avec la présence d’éjaculations, ce qui en général est plus associé au domaine pornographique.

  5. lachesis96

    En des temps de crises, où les robes se rallongent et les idées se raccourcissent (!)
    C’est un article assez salvateur….

    Une réédition est assez improbable ; car, c’est le contraire de « ce qui se vend » (je pense).

  6. J’ai longtemps hésité à acheter le manga, curieuse devant ce titre étrange.
    Et puis j’ai oublié, j’avoue ! Comment faire, je ne suis pas riche, je vais espérer un coup de poker, comme pour les Basara et Utena >_< !

    Merci pour ton article, sympa et drôle^^ !

  7. Ping : Stravaganza : Let me be a free queen ! – NOSTROBLOG

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