Ki-ichi VS the World

J’avais fait un article sur Ki-itchi VS à la sortie du premier tome, en 2012. Depuis, la série est devenue quelque peu invisible, chaque tome sortant dans la plus totale discrétion. Il faut avouer que le sujet ne fait pas rêveur, en traitant d’un Japon réaliste et loin d’être idéalisé. Bouclé en 11 tomes depuis Octobre dernier, j’ai enfin pris le temps de lire la fin.

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D’abord, le résumé éditeur, fournit par Akata :

Attention, ce manga n’est pas du genre tout gentil et tout mignon. D’abord c’est une œuvre de Hideki Arai, et rien que ça, c’est chaud… Et qu’est-ce que ça raconte ? Eh bien, Ki-itchi revient et il va se battre contre tout ce qui pue dans notre société. Et vous connaissez Ki-itchi, dès qu’il doit s’occuper de notre monde pourri par des adultes sans foi ni loi, il n’a rien d’un chevalier blanc…

Faut que ça bouge, faut que ça change et il est le seul à oser les propositions radicalement nécessaires !

Voilà qui donne le ton. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après les 9 tomes de Ki-itchi, qui finissait en apothéose, le début de VS est mou, trop lent. La faute à une histoire de fraude alimentaire longuette et dont la fin n’apporte rien, ni perte ni fracas. Des magouilles qui auraient pû compromettre le gouvernement japonais, mais aussi des grands patrons de l’agro-alimentaire, qui se terminent sans aucun climax, tranquillement, dans l’indifférence générale. De quoi décevoir les lectrices et lecteurs, alors que Ki-itchi nous avait habitué à des scènes d’anthologie. Là, il n’en est rien, et ce premier arc tombe plat. C’est décevant. Mais c’est aussi le but du mangaka, Hideki Arai. Puisque la conséquence directe de ce fiasco entraîne l’arc suivant, avec cette fois-ci beaucoup plus de remous, et une intrigue qui prend de plus en plus d’ampleur.

Hideki Arai surprend en développant Ki-itchi différemment. Après l’enfance, le voici adulte, et ce sont bien des raisonnements de jeune adulte qu’il a. Bien évidemment, Ki-itchi reste Ki-itchi, celui qui veut changer le monde selon ses idéaux, mais il n’est plus tout à fait le gamin violent et impertinent. Et cette volonté de changer le monde qui le conduira à des actes de plus en plus extrêmes.

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« Si l’Etat devient oppressif et se met faire n’importe quoi sans se préoccuper de la vie des citoyens et que ni les manifs ni les élections ne le font plus trembler, quels moyens d’opposition il lui reste, au peuple ? A part le terrorisme, quelle solution il lui reste ? »

Au travers de ce seinen choc, Arai se permet beaucoup de choses, et quand il critique la société (japonaise), il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Collusion entre les médias, les politiques et la finance, scandale alimentaire, pédophilie, le joug américain sur la politique intérieure et extérieure du Japon, le démantèlement du système de santé, etc. Ki-itchi VS, manga publié entre 2008 et 2013 (au Japon, 2012-2015 en France), tient pourtant des propos qui résonnent encore étrangement avec l’actualité, et ne se limitent pas, finalement, qu’à la société japonaise.

Le gros défaut de cette suite ne tient qu’à ce que développe le mangaka à côté des prises de risques de son protagoniste principal. Car Ki-itchi est entré dans l’âge adulte, et qui dit « adulte » dit, a priori, « sexe ». Ainsi, Arai prend le parti de montrer la maladresse de Ki-itchi dans ses relations avec la gente féminine. S’il n’y avait que ça, peut-être que ça ne m’aurait pas tant dérangé. Mais le mangaka insiste lourdement sur le sujet – même dans une de ses postface ! -, certains chapitres étant entièrement dévoués aux personnages secondaires faisant tout pour que Ki-itchi finisse par coucher avec leur cheffe. C’est dire la lourdeur avec laquelle Hideki Arai aborde cette thématique. La virginité de Ki-itchi, et celle de Kai dans une moindre mesure, prennent une telle place dans le manga qu’elles supplantent, par moment, les réels enjeux du récit. Sans même évoquer les sous-entendus sur l’homosexualité supposée des deux jeunes hommes parce qu’ils n’ont pas encore connu intimement une personne du sexe opposé. La prise d’otage de personnalités publiques de la plus haute importance dans les sphères politiques japonaises et nippo-américaines est donc noyée dans une romance à la limite du shôjo gnangnan, mêlée à des allusions grivoises. En comparaison, que le développement de la personnalité de Ki-itchi ne tourne qu’autour de sa queue, ou dit autrement, autour de l’épineuse question « finira-t-il par coucher ? », c’est du haut niveau… Et c’est dommage, car tout le déroulement, la planification de cet acte de terrorisme, jusqu’à son aboutissement et ses conséquences, tout est minutieusement mis en scène par Hideki Arai, qui laisse monter la tension lentement mais sûrement, pour un climax haletant.

Concernant l’édition française, je ne sais pas comment le départ d’Akata a influé sur les tomes sortis après coup, mais la version de Delcourt souffre de défauts, comme le tome 9, bourrés de fautes de frappes et inattention ; le tome 10 où une demie-page de tweets commentant l’actualité n’a pas été traduite ; ou encore les noms de personnages qui changent d’un tome à l’autre (Blanc, Noir et Rouge devenant, respectivement, Shiro, Kuro et Aka). Sans compter le troublant Kei = Kai, qui était déjà valable pour la première série mais que j’ai enfin résolu (il était temps) : c’est en fait imputable au patronyme complet de Kai (nom de famille) Keiishirô (prénom, abrégé Kei)(c’était compliqué)… Un mystère vieux de 4 ans, enfin résolu ! Oh, et dernier point important, si les résumés au dos de chaque tome sont bien inspirés et vibrant de rage, à la Ki-itchi, ne lisez pas celui du tome 11, qui se situe à la limite de spoiler la conclusion. Ce serait dommage.

Quoi qu’on en pense, Ki-itchi VS n’est pas une lecture qui laissera indifférent. De par son thème, ce n’est certes pas une lecture agréable, ni même un banal divertissement comme la plupart des mangas proposés en France. Non, ce seinen décrit la dure réalité de la vie moderne dans nos sociétés actuelle gangrenée par l’argent, le pouvoir et les élites.

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4 réflexions sur “Ki-ichi VS the World

  1. Le coup de Kei/Kai était expliqué dans Ki-itchi !! il me semble, ou du moins on pouvait s’en rendre compte en grâce au nom du père (sur la fameuse liste…).

    A part ça, j’ai beau aimé la saga Ki-itchi, je préfère 1000 fois ce que fait Hideki Arai avec The World is mine.

    1. Oui, mais moi je m’en suis rendu compte au t.7 ou 8 de VS, quand son nom complet est rappelé. Avant, je croyais à une confusion d’orthographe. >_<

      Sinon, pas The World is mine, j'étais trop jeune pour m'y intéresser quand c'est sorti. Je suppose que ce n'est plus dispo (parce que à la fin de Deathco 2 y a une double page sur les titres Sakka, mais je n'ai pas l'impression qu'elle est à jour au niveau "commercialisé ou non")…

      1. Fallait me demander Bobo, voyons.

        Il n’y a que le 3 qui coute un peu plus cher que le prix de base (sans être Ki-itchi 8). Ca vaut le coup de chopper une intégrale sur un site d’occase. C’est un manga violent, amoral, mais emprunt d’un tel humanisme… Le genre de lecture qui remue.

  2. lachesis96

    Bah, je n’ai guère accroché à … cette « œuvre ».

    Ni à l’autre titre cité : déjà ; si, les dessins sont laids !! ><

    Personnellement, je ne pense pas, que montrer graphiquement : la violence extrême, l'ultra violence, voir le gore est une bonne idée/méthode… .

    Car, on s'y habitue ; comme on s'habitue à la violence ordinaire/de touts les jours .

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