Un regard sur… Sumeragi Natsuki

Le nom de Sumeragi Natsuki ne vous dit rien ? Découvrez le travail de cette mangaka si peu connue par chez nous, mais qui comptabilise pourtant pas moins de 7 titres licenciés en France.

Sumeragi Natsuki

L’auteur

Sumeragi Natsuki (皇名月) est une illustratrice et mangaka japonaise, née le 21 août 1967 à Osaka.

Elle est diplômée en littérature japonaise à l’université de Ritsumeikan, dans la ville de Kyoto. Ses illustrations sont reconnaissables par son dessin élégant et représentant essentiellement le folklore chinois, coréen et japonais. Essentiellement attirée par la littérature classique, elle a une nette préférence pour les œuvres historiques.

Elle voue une réelle passion à la Chine. Passion venant de son enfance, où elle a été bercée par le folklore chinois. Ecrire sur ce pays est pour elle une évidence.

Sumeragi organise son travail autour de recherches. Elle réunit les faits historiques, les anecdotes et contes qui retiennent son attention. A partir de cela, elle réfléchit aux histoires qu’elle pourrait écrire à partir de ses trouvailles.

Pour les bilingues, l’auteur a tenu un blog personnel jusqu’à 2014.

Ses oeuvres

Sumeragi Natsuki écrit essentiellement des recueils d’histoires en tomes uniques.

Elle débute sa carrière avec Le sanctuaire de la princesse serpent, un chapitre unique intégré à son premier tome : La voix des fleurs. C’est avec ce recueil de nouvelles qu’elle se fait connaître en 1991, où sont contées les histoires d’amour de mandarins avec des personnifications de la nature.

C’est avec ce premier tome que l’auteur entame sa série de mangas historiques qu’elle va écrire durant toute la décennie des années 90.

Elle continue l’année suivante en 1992 avec la parution de Romance d’outre tombe, qui tranche avec son premier livre. Ici, la gaité est remplacée par des contes tragiques où les malédictions s’entremettent dans les histoires d’amour de jeunes japonais et chinois.

Un an plus tard sort Intrigues au pays du matin calme, son premier livre sur la culture coréenne, où elle met en place une intrigue policière avec un inspecteur royal qui se fait justicier des plus démunis, au milieu d’une société coréenne touchée par la corruption.

S’en suit en 1994 de Touka Genkitan, non paru en France, basé sur un roman d’Inoue Yumiko, à propos de la dynastie Song.

En 1995, Sumeragi nous entraine dans une époque bien plus contemporaine : la Chine des années 20. Avec Pékin années folles, recueil en 2 tomes, l’auteur nous emmène dans l’univers de l’opéra où l’on suit le quotidien d’une interprète dans un pays qui s’ouvre au monde.

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En 96, retour à sa période de prédilection : la Chine de la dynastie Ming, avec Sous la bannière de la liberté, où la population meure de la famine. Dans cette situation instable, des armées rebelles se forment.

Deux ans plus tard sort Un destin clément, des récits dérivés de La voix des fleurs, sur la naïveté, l’envie, l’orgueil de l’Homme.

Sumeragi Natsuki clôt sa série de livres historiques en 2000 avec Histoires d’Asie et d’ailleurs, récits sur des histoires d’amour et d’amitié.

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Le nouveau millénaire marque un tournant dans la carrière de l’auteur. Elle opère désormais en duo. Sumeragi laisse de côté le rôle de scénariste pour se consacrer à l’illustration. Second changement, elle s’aventure dans des histoires éloignées de sa marque de fabrique. Elle sera désormais moins active dans l’univers du manga.

Ainsi elle s’essaie à l’illustration d’histoires contemporaines avec Kuroneko no sankaku en 2001 et Archaic Chain en 2005. Mais elle revient vite à ses premiers amours en dessinant pour Yume genji tsurugi no saimon en 2006 et Oedo Fushigi hanashi ayashi en 2010.

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Depuis 2010, il semble que Sumeragi Nastuki n’a plus de projet concernant les mangas.

Son travail en dehors des mangas

  • Illustration

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Gashu (qui signifie élégance) est un artbook sorti en 2005. Il regroupe des esquisses, ses illustrations pour des livres et des magazines.

  • Jeux vidéo

Parallèlement aux mangas, Sumeragi Natsuki a participé au character design de 2 jeux vidéo.

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Soukaigi est un A-RPG japonais de Square sorti en 1998 sur Playstation. L’histoire d’un groupe d’adolescents qui va tenter de sauver le Japon qui est menacé.

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Granado Espada est un MMORPG coréen de IMC Games sorti en 2006. Un jeu d’exploration de nouveaux continents à l’époque des XVIème et XVIIème siècles.

  • Anime

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Guin Saga est une épopée fantastique qui suit l’aventure de jumeaux princiers déchus Rémus et Linda, aux côtés d’un mysétrieux homme à tête de léopard, Guin, qui a perdu la mémoire. L’anime en 26 épisodes de 2009 provient à l’origine d’une série de romans entamée en 1979 qui comptabilise plus de 100 volumes. Le character design de l’anime est basé sur les dessins de Sumeragi Natsuki.

L’édition

Au Japon, ses livres historiques sont publiés chez Kadokawa Shoten dans des magazines de prépublication shôjo.

En France c’est Delcourt (sous le label Akata) qui licencie pas moins de 7 titres de l’auteur de 2007 à 2009. Les tomes sont parus dans la collection Jôhin (qui signifie élégance, raffinement) qui contient des titres comme Maka-Maka et Complément affectif.

En 2013, Delcourt annonce l’arrêt de commercialisation de tous les titres de Sumeragi Natsuki.

Son style

La description de son style concerne uniquement ses mangas historiques parus dans les années 90 et licenciés par chez nous, où elle est à la fois scénariste et illustratrice.

Des histoires multiculturelles tirées de contes et faits anciens

De La voix des fleurs à Histoires d’Asie et d’ailleurs, Sumeragi Natsuki nous invite au voyage dans le passé dans le pays le plus mystérieux à ses yeux : la Chine. Attirée également par sa propre culture, elle nous emporte à travers les siècles du IXème au XVIIème dans l’Asie de l’est, avec un interlude dans la Chine du début du XXème.

Parmi ses livres de recueils, beaucoup d’histoires sont des réécritures de contes anciens. Des contes issus de la tradition orale. Ainsi des thèmes chers à la Chine de la dynastie des Ming, et du Japon de l’époque Heian entre autres, sont récurrents : la jeunesse, l’amour, la beauté, la noblesse, la nature et la mort.

Les histoires peuvent sembler trop stéréotypées, trop exploitées, il ne faut pas oublier qu’elles sont des croisements entre des faits et des contes. On peut d’ailleurs remarquer que celles tirées de l’imaginaire intègre souvent une pointe de fantastique dans leur récit.

Les tomes de Sumeragi étant essentiellement des recueils, les histoires sont courtes. Les événements s’enchaînent donc rapidement. Il ne faut pas absolument vouloir du développement ou des transitions amenées en douceur. On peut cependant de fait être surpris par certaines situations, comme dans Le cri du tigre où le garçon soigne sans problème la patte d’un tigre. Mais en lisant certains livres de Sumeragi Natsuki il ne faut pas perdre de vue que ce sont des récits tirés de l’imaginaire. On regrettera cependant ce format court concernant Sous la bannière de la liberté qui s’annonçait comme une grande épopée.

Le thème de la nature est omniprésent dans les œuvres.
Les fleurs sont utilisées selon leur signification ancestrale en Chine. Ainsi, dans La pivoine enchantée, la fleur est personnifiée par une magnifique jeune femme amoureuse. La pivoine est en réalité considérée comme la fleur de l’amour, de l’affection et de la beauté. Elle était élevée en Chine au rang de reine de fleurs. Aussi dans Un destin clément, on observe l’utilisation du chrysanthème qui représente généralement l’immortalité, la longévité. En Chine elle symbolise la gaité, thème que l’on retrouve dans la première histoire du recueil.

La symbolique de l’animal est également mise en avant. Dans Pékin années folles, par exemple, est faite l’utilisation de l’image du paon pour illustrer le récit. En Chine, l’animal est un signe de paix, de prospérité et de beauté. Dans ces 2 tomes, il est présent pour symboliser le début de l’émancipation de la femme dans les années 20.

Des événements historiques sont également abordés dans la série de Sumeragi comme le déclin de la dynastie des Ming où la noblesse est gangrénée par la corruption et où la population se meure.

Des profils de personnages récurrents

La femme chez Sumeragi est mince, élancée, élégante, la peau claire, avec de longs cheveux coiffés de bijoux. Un idéal féminin prisé par l’Asie de l’est depuis des centaines d’années. Dans plusieurs de ses histoires, la femme est une personnification de la nature, à l’image de La voix des fleurs où une pivoine est à la fois femme et fleur.

Le plus souvent chez l’auteur, la femme est de bonne famille, vêtue de magnifiques tenues, symbole de la féminité, de la nature, elle est sensible et plutôt posée. Autre figure de la femme chez l’écrivain : la femme forte, qui a des convictions et qui se bat pour ses idées.

Les hommes sont physiquement représentés comme l’idéal masculin de l’époque : un homme jeune, mince, aux traits fins. Dans plusieurs récits, l’homme tombe très vite sous les charmes des femmes. Il loue la beauté féminine et rougit à sa vue. Il est parfois victime du pouvoir de ces charmes. Un autre aspect de l’homme dans ces histoires : un homme tourmenté, blessé.

Généralement, les personnages de ses histoires sont beaux, jeunes. Ils proviennent pour la plupart de bonnes familles ou de la noblesse. L’auteur reconnait elle-même qu’ils sont stéréotypés mais c’est aussi ce qu’elle aime dans les histoires contées autrefois. Les protagonistes sont le plus souvent dépeints selon la vision de la perfection de la Chine lors de ces époques.

La relation entre les protagonistes semble inéluctable : nait entre eux un amour fort. L’amour peut aussi être remplacé par une forme de dépendance ou de loyauté selon l’histoire.

Même si les personnages principaux sont jeunes, ils sont cependant représentés par un coup de crayon mature. Ils n’ont pas le physique d’adolescents mais bien de jeunes adultes. On retrouve tout de même une certaine androgynie chez certains personnages, souvent des adolescents ou des hommes.

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Un dessin raffiné et intemporel

La série de mangas historiques de Sumeragi Natsuki date des années 90. Le shôjo sort alors d’une période où son identité visuelle était assez forte au Japon avec un style qui se reconnait permettant de dater une œuvre. L’auteur ne suit pas du tout la mouvance de son pays et semble au contraire se rapprocher du style chinois.

Il est étonnant d’ouvrir un livre de Sumeragi Natsuki et d’apprendre par la suite sa date de parution. Son trait semble intemporel. Effectivement, l’aspect visuel de sa série historique n’a pas pris une ride depuis 20 ans. On pourrait tout à fait penser que ses livres sont parus le mois dernier. Cette intemporalité visuelle permet au lecteur de ne pas se sentir freiné par un dessin qui paraitrait trop daté, on s’imagine donc aisément dans l’époque dans laquelle se déroule l’histoire que l’on lit.

Son trait est fin, propre, élégant. Elle est à l’aise autant pour dessiner des êtres humains que des plantes ou des animaux. La nature est omniprésente dans les œuvres. Des fleurs apparaissent sur toutes les couvertures des tomes de cette série historique. Des fleurs renforçant l’aspect raffiné du travail de l’auteur.

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Par son trait, l’illustratrice magnifie également la femme grâce aux vêtements traditionnels qui sont d’une grande féminité, fluides, ornés de bijoux, qui flattent la silhouette.

Au final

Les œuvres de Sumeragi Natsuki ne sont pas de celles qui vous laissent une empreinte indélébile. Elles sont de ces œuvres qui vous charment sur l’instant. Il faut prendre les œuvres de l’auteur comme ce qu’elles sont à l’origine : des contes. Contes qui sont souvent stéréotypés, avec une histoire de fond de déjà vue, mais qui émerveillent sur le moment.

Ce sont des histoires sans prétention écrites par une passionnée d’histoire et ça se ressent. Il y a un véritable travail de recherche derrière. D’ailleurs, à la fin de plusieurs tomes sortis en France, se trouvent des clefs de compréhension pour que le lecteur ne soit pas totalement perdu par rapport au contexte historique du récit et aux références. Les clefs sont des petites mines d’information qui raviront tous les curieux. Le lecteur apprend nombre de choses sur l’Histoire de l’Asie de l’est mais également sur ses traditions, son folklore.

A travers sa série de mangas historiques, Sumeragi Natsuki nous transporte dans son univers lyrique et raffiné. Laissez-vous charmer par son style…

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5 réflexions sur “Un regard sur… Sumeragi Natsuki

  1. C’est super de parler de Natsuki Sumeragi :) ! Sinon, pour petite info supplémentaire, Touka Genkitan n’a jamais connu de suite (volume 1 et???) et dans les années 90, elle a fait une adaptation manga du film L’empereur et l’assassin de Chen Kaige.

    1. De rien ;)
      Merci pour cette précision, Shikoutei Ansatsu est effectivement basé sur le scénario de Chen Kaige et Wang Peigong. Par contre pour Touka Genkitan, j’avoue ne pas être tombée sur l’information puisque ma source indique bien que la série est finie en 1 tome et non abrégée ou interrompue.

  2. lachesis96

    Existe-t-il un autre « artbook » que « Gashu » !??
    Un seul « artbook » me semble peu…

    Je me souviens, avoir vaguement, feuilletée les manga….
    Mais, sans avoir accroché.

    J’aurais aimé plus de fantastique, probablement.

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