Magic : the Gathering

Ce n’est un mystère pour personne, j’aime beaucoup les jeux de cartes. Si c’est le manga Yu-Gi-Oh de Kazuki Takahashi qui m’y a initié, ce n’est pas celui auquel j’ai consacré le plus d’heures de jeu. Aujourd’hui, je vais vous ennuyer avec Magic : The Gathering (Magic : L’Assemblée en français), le jeu de cartes édité par Wizards of the Coast (WOTC) (ce sont les mêmes qui ont fait le jeu de cartes à jouer et à collectionner Harry Potter que j’aimais beaucoup mais qui n’a pas fait long feu, oui, oui).

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Illustration par Chippy

[Note : dans cet article, j’aborde plusieurs points pas forcément liés entre eux si ce n’est par leur appartenance à Magic.]

Magic : The Beginning

J’ai découvert Magic : The Gathering durant mes années lycée, mais c’est une fois à la fac que je me suis plongé dans l’univers de ce jeu (Magic : the Gathering sera abrégé MTG par la suite parce que c’est long à écrire même si ça augmente le wordcount).

Le principe est simple. Deux joueurs (ou plus) s’affrontent avec des cartes, le but étant de réduire les points de vie de l’adversaire à zéro. Comme dans Yu-Gi-Oh, plusieurs stratégies sont possibles pour gagner, entre sortir de grosses bêtes bien puissantes ou vider le deck adverse. Le tout étant bien entendu supervisé par des règles complexes pour gérer tout un tas de trucs différents comme la production de mana via des terrains, les créatures qui peuvent ou non attaquer en s’engageant ou pas, et tout un tas de mot-clés particuliers pour des actions spécifiques. Mais une fois les grandes lignes assimilées, il suffit de se lancer dans quelques parties pour comprendre comment une partie de Magic fonctionne, avec ses nombreuses subtilités pas toujours facile à appréhender.

En achetant mon premier deck préconstruit, je ne m’attendais pas à ce que des cartes racontent une véritable histoire. Il faut dire que ce n’est pas le média le plus simple pour la narration. A l’époque, on était sur le plan d’Alara. MTG fonctionne de manière simple : un bloc = un plan (monde) différent. Je m’intéressais plus aux cartes et à leur synergie (j’avais un deck artefact trop cool) qu’au contexte, et je n’ai rien suivi à cette histoire de monde divisé en cinq éclats qui se réunissent selon le plan maléfique d’un dragon millénaire ayant soif de mana. Ce n’est qu’avec le bloc suivant que je me suis intéressé aux nombreux récits qui se cachaient derrière les cartes et leurs magnifiques illustrations. En effet, en ouvrant un booster Zendikar, je suis tombé sur une carte mythic rare (le plus haut niveau de rareté) : Sorin Markov. Un planeswalker. Un quoi ?

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Illustration de Michael Kormarck

Les planeswalkers, ou arpenteurs comme ils avaient été désignés lors de leur introduction en 2007 dans le bloc Lorwyn, représentent des gens qui peuvent voyager d’un plan à un autre librement au sein du Multivers. Cinq planeswalkers (ou parfois abrégé PW), un pour chaque couleur de mana (rouge, bleu, vert, blanc, noir), tous illustré par le français Aleksi Briclot, cocorico, pouet pouet, youpla. Le succès du concept est au rendez-vous si bien que l’on revoit régulièrement ces cinq premiers et que de nouvelles têtes ont émergé : il y a plus d’une trentaine de planeswalkers actuellement (pour ~70 cartes). En terme de jeu, il y a plein de règles différentes à connaître et mémoriser pour les gérer (mais si vous n’avez jamais vu une carte de créature standard, vous ne voyez peut-être pas la différence avec un planeswalker…). Concernant l’univers de MTG, l’introduction des PW a un véritable impact : l’histoire que l’on suit désormais est en fait leur histoire. Ou plutôt, devrais-je écrire, leurS histoireS. Tous les planeswalkers sont en effet liés en partie à la trame principale mais ils ont tous des motivations différentes, qui s’entrecroisent ou s’opposent. Ils sont ainsi voués à réapparaître en fonction des besoins narratifs. Et de leur popularité au sein des joueurs et joueuses, aussi. On ne compte plus le nombre de carte à l’effigie de Jace Beleren (7, et sans inclure les rééditions avec des artworks différents).

Exemple d’intrigue (en partie celle du bloc Zendikar) : Sorin Markov est un vampire originaire d’Innistrad, où sa famille l’a renié, et il est venu sur Zendikar pour protéger le plan d’un invasion de créatures d’inspiration lovecraftienne, les Eldrazi. Ces êtres avaient été scellés des milliers d’années plus tôt, avec l’aide de deux autres PW, qui manquent à l’appel pour des raisons expliquées dans d’autres bloc du jeu. Faut donc suivre tout cela pour comprendre les enjeux. Evidemment, changer de plan à chaque bloc permet un renouvellement constant (même si certains mondes sont revisités de temps à autre), mais la création des arpenteurs instaure un lien bienvenu. Et il faut également prendre en compte la décision de Wizards de relier les intrigues de chaque bloc autour d’un groupe de planeswalkers, mise en oeuvre avec la sortie du set Magic Origines à l’été 2015… Mais plus il y a de PW, plus il y a de quêtes personnelles mêlées à la trame de chaque extension, plus il y a d’histoires à raconter, plus ça peut devenir difficile à suivre.

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Tezzerte, Agent de Bolas ; superbe illustration d’Aleksi Briclot

The Art of…

Le plus dur pour l’équipe de MTG, c’est que leurs joueurs, novices ou expérimentés, soient informés de l’histoire du jeu. Comment avoir un début, un milieu et une fin quand les cartes sont obtenues au hasard des boosters, avec en plus des niveau de rareté rendant moins accessibles certains morceaux de cette histoire ? Romans, comics, webcomics, ebooks, jeux vidéo, et même manga (!), WOTC a tout essayé. Sauf qu’entre les histoires ne faisant plus partie du « canon » officiel (comme le jeu Duel of the Planeswalkers 2012, qui n’a pas été supervisé par Wizards par exemple) et celles qui sont partiellement changées pour correspondre aux événements, difficile de s’y repérer. A l’heure actuelle, le moyen le plus simple et le plus accessible est de suivre les « Uncharted Realms », des récits publiés de façon hebdomadaire sur le site de WOTC. Avec les réseaux sociaux, il est également plus facile de communiquer sur le contexte de chaque plan visité.

Et il y a, depuis Janvier dernier, la nouvelle série de livres, intitulée The Art of Magic the Gathering. Mélange subtil entre artbook et guidebook, chaque opus présente le plan auquel il se consacre, tant au niveau géographique que bestiaire, ainsi qu’une présentation détaillée des derniers événements ayant eu lieu.

Couv' par Adam Paquette
Couv’ par Adam Paquette

Sur près de 240 pages, on a donc une plongée enrichissante sur un monde, avec beaucoup d’illustrations (mais pas toutes, malheureusement, et je ne sais pas sur quels critères elles ont été sélectionnées). Les premières pages présentent brièvement le jeu et ses grandes lignes, au cas où une personne ne connaissant pas MTG lirait ce bouquin (drôle d’idée mais pourquoi pas). De format presque carré (environ 25*28 cm), ce livre est divisé en plusieurs chapitres, alternant entre informations sur le contexte de l’histoire, sur les planeswalkers et sur Zendikar. Sans oublier la postface de Mark Rosewater (head designer) sur la conception même des deux blocs se déroulant sur ce plan, toujours aussi instructive. Contrairement au titre de ces bouquins, ce ne sont donc pas de simples artbooks, et c’est tant mieux. Une version française est prévue en fin d’année chez Huginn et Muninn. Le premier volet, a eu un tel succès que Viz Media a annoncé la sortie de deux autres tomes, un pour Innistrad sortant ce mois-ci, et un autre prévu en novembre sur Kaladesh. Et vu les previews, j’ai hâte de d’avoir entre les mains ce Art of MTG : Kaladesh. Un thème d’inspiration indienne ET steampunk ? Le rêve ! (Mon deuxième souhait c’est un plan inspiré de l’Egypte Antique, je suppose que ça ne surprend personne.)

Social Justice Planeswalker

Auparavant, un bloc était divisé en trois set. Désormais, on a deux blocs de deux sets par an. L’histoire évolue donc plus rapidement, ce qui n’est pas un mal, et c’était a priori la volonté des équipes de Wizards. Avec la sortie du set « La Lune hermétique » en fin de mois, WOTC met fin à une intrigue commencé il y a 6 ans ! Mais cela permet aussi d’introduire encore plus de cartes de planeswalkers. Avec la règle (pas toujours suivie) du « 5 PW/bloc » et les deux decks de planeswalkers prévus pour chaque set en remplacement des decks d’intro, ça fera 9 cartes  de PW par bloc, soit 18 par an (sauf si j’ai rien compris aux dernières annonces de Wizards). Une véritable invasion !

Mais avant de nous tourner sur l’avenir, voyons déjà ce qu’on nous propose. Sans compter Saheeli Rai, la nouvelle planeswalker du futur bloc Kaladesh, on a actuellement 11 personnages féminins pour  un total de 32 PW. Ouais, c’est peu, un tiers. Alors que l’univers de MTG permet de représenter des démons, des vampires, des elfes, des gorgones, des léonins, etc, soit une très grande diversité, ça peine encore niveau égalité des sexes. On pourra me répliquer que le public visé est plutôt masculin, certes, je le concède, mais il n’empêche que ces cartes ne représentent pas que les joueurs, mais aussi et surtout les univers explorés. Dans les faits, rien n’empêche donc d’atteindre la parité, ce que les différentes équipes de MTG  visent petit à petit : et ça se voit, les trois dernières nouvelles planeswalkers introduites dans le jeu sont des femmes. Mais ce n’était visiblement pas le cas il y a 4 ans (oui, c’est bien la même personne qui répond, son avis a simplement évolué, ce qui est normal)(c’est d’ailleurs le Tumblr de Mark Rosewater, déjà cité plus haut, designer en chef de Magic). Un changement bienvenu, qui devrait, je l’espère, porter ses fruits dans les années à venir, avec la sortie des prochains blocs. Un article (en anglais, comme d’hab’) évoque longuement le sujet de la place des femmes, à la fois dans l’univers de Magic que pour les joueuses, qui permet de rendre compte de l’évolution de WOTC et de l’impact du marketing concernant ce sujet : CLIC CLIC.

Illustration par Winona Nelson
Vainqueur charismatique ; illustration par Winona Nelson

Mais mettre plus de femmes en avant, c’est cool, sauf que celles-ci n’échappent malheureusement pas à la sexualisation à outrance, qu’elles soient de la caste des planeswalkers ou non, et ça, c’est pas cool. Comme on va me rétorquer que les modèles masculins sont traités de la même façon, ce qui est faux, je vous devance et propose ci-dessus l’un des rares exemples d’objectification d’un mâle, avec un homme qui pose torse nu sous le regard admirateur (ou plus ?) d’un gobelin. On pourra noter que l’illustration de cette carte a été dessinée par une femme, comme quoi, diversifier l’équipe artistique permet aussi de diversifier les représentations.

En vrai, il suffit de comparer les illustrations, au fil des cartes : les hommes ont des physiques divers et des âges variables, alors que les femmes sont jeunes, ont des formes avantageuses et dans des positions souvent peu pratiques voir anatomiquement impossible, afin de satisfaire le « male gaze » (comme on dit). Cet article, en anglais, pose la question des différences de représentation entre personnages masculins et féminins, entre modèle de virilité inatteignable et vision de la femme comme objet sexuel, en se basant sur une édition de 2012 : http://www.gatheringmagic.com/mj-scott-editorial-art-critique-121212-ral-zarek-and-the-male-ideal/ Comme quoi, ce sujet ne date pas d’hier, et il reste encore du chemin à parcourir.

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Illustrations par Jason Chan (à gauche) et Winona Nelson (à droite)

Heureusement, le jeu évolue peu à peu, comme on peut le constater avec l’apparition dans la dernière extension du jeu d’Arlinn Kord, une planeswalker qui 1) ne porte pas de vêtements trop révélateur et 2) est plus âgée que la moyenne des arpenteuses. Dans un jeu qui existe depuis 1993, avec des joueurs et joueuses qui ont donc vieilli depuis sa création, avoir des personnages centraux moins jeunes est un pas dans la bonne direction (même si en l’occurrence Arlinn Kord est loin d’être un personnage centrale dans l’histoire – elle n’est même pas cité dans l’artbook sur Innistrad ! -, mais bon). Pour continuer dans les bonnes nouvelles, on a également deux PW agenres : Karn et Ashiok. Petit bémol : coïncidence ou pas, ils sont tous deux non-humains… Oups.

Quoi qu’il en soit, WOTC fait de plus en plus d’efforts niveau inclusivité. Si cela ne se voit pas forcément quand on ne prend en compte que les planeswalkers, de plus en plus de cartes représentent des femmes, des noirs, des femmes noires, et autres minorités. Récemment, lors du bloc Théros, la carte Vigiles de Meletis évoquait même une relation amoureuse entre deux hommes (pas de manière claire, ni sur une carte importante, mais bon). L’année dernière, Magic introduisait une femme transgenre dans son histoire, évidemment, rien ne l’indique sur la carte la représentant. Début 2016, c’était au tour d’un couple lesbien, Hal et Alena, d’avoir les honneurs d’un « Uncharted Realms ». Sauf qu’elles ne sont présentes nulle part dans l’extension elle-même (Ténèbres sur Innistrad), ni dans la suivante (La Lune hermétique), oups. On dirait que ça coince encore… Comme on dit en conseil de classe : des efforts timides, peut mieux faire.

Pour Wizards, inclusion rime avec discrétion.
Pour Wizards, inclusion rime avec discrétion.

Il est vrai que le jeu ne met pas au centre de ses nombreuses aventures dans le Multivers les romances, mais plus l’action et l’aventure. Logique, puisqu’on se retrouve à chaque bloc à explorer un nouveau monde menacé par un quelconque danger à affronter. Il n’empêche qu’il y a des relations entre personnes de genre différent décrites sur différents supports (cartes, livres, etc), et même entre planeswalkers (coucou Jace & Liliana). Donc rien n’empêche donc la même chose pour une relation homo… Quant à avoir un ou une planeswalker LGBTQIA, pour le moment, le statu quo est « si rien n’indique qu’ils ou elles sont hétéros, ils peuvent être LGBT sans qu’on ne l’écrive noir sur blanc hihihi ». Argh. Merci la visibilité.

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3 réflexions sur “Magic : the Gathering

  1. lachesis96

    Je viens, juste, de survoler le dossier (mais, je vais le lire, promis ^^)…

    Cependant, il m’a fait pensé, aux cartes divinatoires ; dont, j’ai beaucoup, l’envie de faire la collection ………
    Les illustrations y sont aussi plus grandes ; car, cartes plus grandes (et, sans textes).

    Auriez-vous des informations… ou, le projet de faire un article sur ce sujet !??!

    1. Désolé, mais, je n’y connais rien au sujet, donc je ne risque pas, de faire un article… Par contre, peut-être l’un de mes collègues ?, mais je parie pas non plus, là-dessus.

      1. lachesis96

        Ah :/

        En tout cas, comme promis ; j’ai lu l’article.

        Créer un univers à partir, encore plus compliqué un multivers, via des cartes …. assez surprenant, comme projet..

        Quoique.. « notre » vie dépend, aussi, en quelque sorte, des cartes que nous avons…!!…

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