Westworld, See You Artificial Cowboy

L’événement série TV du moment est sans conteste le nouveau projet du network HBO qui prend le précieux slot du dimanche soir (et disponible sur OCS City en France), le dénommé Westworld. Adaptation d’un film de Michael Crichton (l’homme derrière Jurassic Park ou encore la série Urgences, pour ceux qui ont grandi dans les années 90), la série développe plusieurs thèmes propres à notre époque : robotisation, intelligences artificielles, virtuel/réel, éthique dans le milieu du divertissement, etc. L’occasion rêvée pour Maerlyn et Eck de discuter de la série en revenant sur ses deux premiers épisodes, car c’est sans appel : ils ont adoré.

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Eck : Impressionnant l’épisode 1 de Westworld ; en soi on pourrait presque en faire un film avec une fin ouverte. J’attaque la suite là, hâte de voir ce qu’on nous réserve.

Maerlyn : J’ai vu le 2 cette nuit. C’est toujours aussi bon.

E : L’homme en noir qui abuse du god mode pour accomplir sa soif d’aventures secrètes, c’est jouissif.

M : Ouais, et ses scènes permettent un discours super intéressant sur le jeu vidéo.

E : Mmh, pas faux ouais vu qu’il prend les choses sous cet angle, ça fait penser à ceux qui vont chercher toujours plus loin dans les RPG open world s’il n’y a pas de missions cachées façon easter eggs. Limite s’il tente pas de faire du data mining en faisant cracher littéralement les PNJ des données qu’ils devraient même pas posséder dans un premier temps.

M : Ouais, voilà. Il me fait exactement penser à moi sur Deadly Premonition ou GTA V. Le côté sadique en plus (qui peut aussi être vu comme un discours sur le jeu vidéo).

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E : Bah ouais, on te donne des outils, tu t’en sers, si l’outil s’appelle violence illimitée et impunie, bah tu en abuses autant qu’il faudra si ton éthique est suffisamment permissive. C’est un jeu open world IRL cette série, et faut avouer que oui ça soulève beaucoup de questions sur l’avenir du jeu vidéo, avec les réalités augmentées, VR, etc. D’ailleurs la fin de l’épisode 2 montre beaucoup de points communs avec le développement d’un jeu vidéo. Alors qu’on nous parle depuis le début de petits patchs et autres corrections de bugs, ici on introduit l’ajout d’une extension au jeu, à travers de nouvelles quêtes narratives. Toi qui aimes beaucoup le storytelling à travers notamment le jeu vidéo ou même le bon vieux jeu de rôle plateau/papier, t’en penses quoi de cet aspect de la série ?

M : Je trouve que sur seulement 2 épisodes, c’est déjà l’une des histoires les plus pertinentes sur le média (vidéo)ludique. C’est un peu la série qui nous venge de tous les films de merde dont parlait Karim Debbache dans Crossed. Westworld garde en plus le recul nécessaire par rapport au spectateur. On n’est pas introduit dans l’histoire comme si on était un personnage ou un joueur, ce qui serait du pompage du système de jeu vidéo dont beaucoup de métrages sont coupables. Ici la série reste parfaitement dans ses codes de narration, et ça leur permet de s’intéresser à différents types de joueurs et de jeux. Et le plus balaise c’est que c’est juste l’un de leurs thèmes principaux.

E : Oui, comme cité plus haut, la série nous met tour à tour dans les regards successifs d’invités (clients) qui participent à une sorte de séjour dans un parc d’attractions, qui se révèle être davantage un safari role play où tuer et violer semble normal… mais seulement les PNJ. On passe donc à ces PNJ (personnages non joueurs) qui sont en gros des androïdes ultra-perfectionnés, avec corps humain artificiel imité à la perfection, intelligence artificielle de haute technologie, tout le temps mise à jour pour paraître réaliste, et dotée de scripts narratifs de type “quête de RPG”. Et enfin, on suit la vie professionnelle de ceux et celles qui pensent, conçoivent et gèrent ce gros bordel tout en essayant de limiter la casse quand des problèmes surgissent. Et ce sont ces problèmes qui réveillent l’intrigue en offrant de belles perspectives scénaristiques. Un gros potentiel de par le caractère réel/virtuel, un clivage nécessaire qui prend sa forme ici à travers la dualité humain/machine, et par les limites de la morale que ces derniers vont franchir. Et par derniers j’entends humains comme androïdes… vu que ceux-ci commencent à être victimes de bugs et autres glitches qui les font agir différemment de ce pour quoi ils ont été programmé. On retrouve les fameuses 3 lois de la robotique d’Isaac Asimov, évoquées dans de nombreuses œuvres de fiction, mais cette fois appliquées à un aspect loisir et non pas vie quotidienne d’un futur semi-dystopique. Un putain de parc d’attraction qui permet aux gens de tuer, piller, violer à volonté. Car les cibles ne sont pas à proprement parler humaines (mais tendent à y ressembler un max). C’est quelque chose qui va créer beaucoup de réactions chez les anti-nouvelles technologies qui de plus en plus nous font mélanger réel et virtuel. D’ailleurs le fait que l’on puisse parler de la série comme d’un jeu vidéo avec ses développeurs et ses PNJ n’est pas là par hasard, on se perd complètement dans nos analogies alors que rien du tout n’est virtuel dans la série.

M : On ne se perd pas tant que ça puisque t’as bien cerné les 3 pivots principaux de la série. Et même si pour parler intelligemment de jeu vidéo, ça ne se bouscule pas au porte-avion (sûrement une expression militaire), c’est très différent pour le reste. Rien que les androïdes et tout ce qui est intelligence artificielle, ça a été traité un million de fois. Et même si c’est difficile de dire dans quelle direction il vont partir pour l’instant, je ressens une grosse vibe Battlestar Galactica. Et je dis tant mieux ! Surtout s’ils ne se plantent pas. Et pour tout ce qui touche à la gestion du parc, j’ai presque l’impression de voir une adaptation de l’intouchable Jurassic Park. Et bien évidemment puisque Michael Crichton s’est presque auto-pompé en écrivant ces deux œuvres. Enfin peut-être, j’ai pas lu Jurassic Park. D’ailleurs je n’ai jamais rencontré quelqu’un l’ayant lu et je pense que le livre est un mythe. Enfin bref. On va se fier aux adaptations. Et je pense que les créateurs de la série en sont très conscients, par exemple il y a un gros côté John Hammond chez Anthony Hopkins, tu trouves pas ?

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E : Ça oui, c’est complètement le même schéma. Un mec créatif et mégalomane sur les bords joue à Dieu et se laisse aller dans sa quête personnelle sans hésiter à bousculer les idées reçues et s’affranchir de toute limitation, qu’elle soit budgétaire ou éthique. Ce qui dans le premier cas donne quelque chose de grandiose, et dans le second… tout le sel de la série au sujet de l’immoralité de certaines scènes et leur légitimité diégétique selon les règles établies par le créateur du parc lui-même. Le staff semble d’ailleurs posséder une double casquette. On voit une partie penchée à fond sur la création de nouveau contenu, c’est-à-dire le côté divertissement et sensationnel. Et l’autre plus orientée sur l’aspect humain, à chercher la perfection dans les petits gestes uniques des androïdes, les “rêveries” dont ils parlent qui causent bien des problèmes. Ces deux mondes sont typiquement vus et revus depuis Jurassic Park ou encore The Island (voire Black Mirror) où les gens travaillant dans ce genre d’établissement prennent vite conscience de la nature de leur emploi et vont selon le rang et le courage de chacun, tenter d’aider les opprimés ou alors d’ignorer le problème en se montrant sans cœur. Les quelques scènes de l’épisode 2 de Westworld où l’on voit des employés travailler sur le calibrage comportemental des androïdes ou sur leur “nettoyage” montre bien que ceux-ci en particulier les considèrent comme du bétail pour ne pas dire des outils. Une révolution des machines à venir, façon I, Robot ?

M : J’espère qu’ils vont partir dans une autre direction, la révolte des machines, c’est vraiment vu et revu. J’aimerais voir un discours original sur l’intelligence artificielle, même si je me rends compte que c’est pas évident à trouver. Comme tu le dis, on a déjà l’analogie avec Dieu et ses créatures, donc il est certain que cela fera partie de l’évolution de l’histoire, mais ça peut encore prendre une direction moins évidente qu’une simple confrontation. Surtout que le personnage joué par Hopkins semble cacher certaines de ses intentions. Et ce n’est pas le seul. D’ailleurs la série regorge de mystères pour l’instant, un truc qu’on ne voit pas tant que ça dans les séries HBO, à part avec The Leftovers et, il y a plus de 10 ans, Carnivàle. Mais ça se comprend avec J.J Abrams à la production (qui rejoint du coup Damon Lindelof sur la chaîne, vivement le reboot de Lost, ouais j’ose le dire !).

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De peur que la conversation ne déraille sur la nature des rêves des androïdes (des moutons électriques, comme tout le monde le sait) et sur la fin de Lost (gros risque de bagarre universel), les deux Nostroblogueurs décident de s’arrêter là. En tout cas, pour l’instant. La discussion reprendra après le visionnage de quelques épisodes. Car la roue tourne et elle amasse de la mousse si elle n’est pas faite en pierre.

To be continued, comme ils disent les ricains.

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7 réflexions sur “Westworld, See You Artificial Cowboy

  1. Durmaz

    « Le nouveau projet du Network hbo »
    HBO est une chaîne du câble, elle incarne même tout ce que ne sont pas les chaînes du network… grossière erreur

    1. Maerlyn

      Le terme « network » veut essentiellement dire « chaîne » quand on parle de télévision, et on parle parfois de « cable network » pour des chaînes telles que HBO. :)

  2. Gabory

    En début d’article vous affirmez que HBO esr une chaîne du network.
    HBO est une chaîne du câble, elle incarne tout ce que n’est pas le network… grossière erreur.

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