11ème édition du Festival du Film Coréen de Paris

Du 25 octobre au 1er novembre s’est tenue la 11ème édition du Festival du Film Coréen de Paris. À travers une sélection riche et variée, et la présence d’acteurs et réalisateurs, l’évènement a rencontré un franc succès, avec des files d’attentes monumentales pour certaines séances. Votre serviteur Raismith est allé voir 18 des 29 films du festival. Je vous propose un tour d’horizon de la sélection.

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~ Sélection ~

Les films d’ouverture et de clôture

Pour cette édition, Tunnel, film catastrophe bourré d’émotion et de tension, et Worst Woman, une comédie mettant en scène une femme et trois hommes qui risquent de lui gâcher la journée, sont respectivement le film d’ouverture et de clôture.

La section évènements

La section évènement s’attache à présenter des films coréens particulièrement attendus dans le monde des cinéphiles, en raison des grands noms qui les portent.

La section paysage

La section paysage regroupe plusieurs films récents (2015 et 2016), représentatifs du l’état actuel du cinéma coréen moderne. Nous y trouvons aussi bien des blockbusters que des films d’auteur indépendants, des drames que des comédies. C’est la sélection la plus importante en termes de nombre de films.

La sélection :

La section « Les liaisons dangereuses »

Dans le but de remettre dans leur contexte certains nouveaux travaux, d’anciens films viennent compléter la programmation. Pour diffuser Old Days, le documentaire sur Old Boy, ce dernier a été diffusé dans la cadre du FFCP. De même, Musa, la princesse du désert est liée à Asura : The City of Madness, car étant du même réalisateur et faisant apparaître le même acteur principal, quinze ans après leur collaboration. Enfin, pour Halloween, Seoul Station, film d’animation, a été diffusé avec Dernier train pour Busan du même réalisateur, un succès en salle cet été avec 250 000 entrées en France.

Profitons d’évoquer Old Boy pour vous rappeler que nous avons déjà écrit sur la sujet.

Section classique

La section est entièrement dédiée à Shin Sang-ok, l’un des trois réalisateurs les plus importants de l’ère classiques du cinéma coréen, selon les dires des programmateurs du festival. Il a opéré dans plusieurs styles de films, de la comédie au western sauce coréenne, en passant par le fantastique et le drame. Pour l’anecdote, il a connu une vie mouvementée : après une carrière nationale avec sa muse, l’actrice Choi Eun-hee, ils sont tous deux enlevés dans les années 1970 par des agents nord-coréens, pour les obliger à contribuer au cinéma nord-coréen.

Section portrait

Dédiée à un jeune cinéaste en plein ascension, la section portrait présentait cette année la réalisatrice Yoon Ga-eun (mise à l’honneur aussi dans notre sélection du mois de novembre). La quasi-intégralité de son travail a été diffusé, incluant son premier long-métrage The World of Us et ces courts The Taste of Salvia, Guest et Sprout. Le public a pu la découvrir plus longuement lors de la séance Meet The Director, animée par le critique et réalisateur Bastian Meiresonne.

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THE WORLD OF US (Yoon Ga-eun, 2015) – une petite fille est la cible du rejet de ses camarades. Elle se lie d’amitié avec une future élève pendant les vacances, et a peur qu’une fois intégrée, leur relation ne change.

 

Section shortcuts

19 courts-métrages ont été sélectionnés pour le festival, avec une thématique récurrente : la femme, et sa place dans la société coréenne. N’étant pas allé aux projections (il fallait faire un choix), je ne peux vous en dire plus.

FlyAsiana spéciale

Chaque année, le prix FlyAsiana est décerné au meilleur court-métrage, et le réalisateur est invité l’année suivante pour que l’ensemble de son œuvre soit présentée. En 2015, le réalisateur Choi Sujin l’avait remporté, et a vu en 2016 son travail projeté en intégralité.

Avant-première

Cette année, The Bacchus Lady et Madame B., histoire d’une nord-coréenne furent les deux avant-premières du festival, précédent leur projection dans nos contrées en 2017. Notez que Tunnel sortira en France en 2017 aussi, les négociations ayant aboutis après l’établissement de la section avant-première du festival.

~ Le verdict ~

Le festival s’est montré riche en qualité, thématiques et rencontres. De la portée sociale au divertissement, en passant par un focus sur les obsessions artistiques des intervenants, cette cuvée 2016 a été aussi plaisante que marquante.

Ils se sont démarqués

Plusieurs films brillent dans cette sélection, et ce, dans des registres différents. La Corée est décidément la patrie moderne du thriller. Avec Asura: The City of Madness et The Truth Beneath, elle nous montre qu’il est toujours possible d’innover dans le genre depuis que Park Chan-wook l’a rendu célèbre au début des années 2000 avec la trilogie de la vengeance.

Asura est pour autant un film quelque peu exigeant : il met beaucoup de temps à démarrer, environ une heure sur les plus de deux heures du films, à partir de la course poursuite en voiture. Mais une fois le décor installé, c’est fulgurance sur fulgurance. Notez toutefois qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour venir à bout du film, la partie finale étant une véritable explosion de violence sadique et d’hémoglobine. Le réalisateur a d’ailleurs expliqué que les spectateurs coréens avaient l’impression d’avoir subi un voyage en enfer, durant ce visionnage.

Quant à The Truth Beneath, les éléments de suspense et de violence ne sont pas sans rappeler les classiques du genre (Old Boy, J’ai rencontré le diable). Le scénario et la narration s’en distinguent cependant : le film est foisonnant de pistes et de nouvelles idées de réalisation. Le résultat est fascinant et invite clairement à un nouveau visionnage. Notons que le personnage principal est particulièrement remarquable : la mère qui recherche sa fille mais ne fait confiance à personne, y compris son entourage proche, est une approche originale. En général, dans un film à suspense, le héros commence par se raccrocher à des éléments de confiance pour finir, éventuellement, par constater qu’il est seul. Ici, l’héroïne est déjà désabusée mais tout autant déterminée à faire la lumière sur l’affaire dont elle est victime. La fin du film n’en est alors que plus logique, inédite, et puissante.

La Corée est donc reine au royaume des thrillers, mais le FFCP n’oublie pas de montrer la diversité du cinéma d’une nation. Quelques films d’auteur se sont révélés particulièrement brillants : Kissing Cousin, The World of Us et Steel Flower.

Kissing Cousin traite du thème de l’amour incestueux. Les deux personnages principaux (campés adultes par des acteurs au jeu très chaleureux, notons-le) ont un petit béguin dans leur enfance, après une visite de famille. Présenté comme tel, cet amour est innocent et enfantin, c’est pourquoi il est sans gravité. Lorsqu’ils se retrouvent dix ans après ne plus s’être revus, ils ressentent la même chose. On sent le poids du tabou, le réalisateur n’occulte pas cet aspect de la chose, mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est que leur amour a gardé leur innocence. Cet aspect de leur personnalité, ce ton d’amourette d’été est strictement identique, et ce qui rend le film si doux.

The World of Us est le premier long-métrage Yoon Ga-eun, la cinéaste mise à l’honneur dans la section portrait de cette année. La réalisatrice s’est déjà trouvé quelques thèmes de prédilection, à savoir l’enfance et le rejet durant l’enfance, un ressenti qu’elle puise dans sa propre expérience. À ce titre, il faut absolument souligner les qualités de la mise en scène qui se dégagent de The World of Us : les acteurs principaux sont des enfants, et Yoon Ga-eun a parfaitement réussi à saisir l’émoi profond de ces jeunes personnages, sans artifice : peu de dialogues, pas de musique, tout passe dans l’expression du visage des enfants. Yoon Ga-eun montre un talent  pour la réalisation et la direction d’acteurs.

Enfin, Steel Flower suit la vie d’une sans-abri dans les bas-fonds coréens, et la façon dont elle se fait rejeter par la société malgré ses efforts. Le film est dur, les personnes qu’elle rencontrera se montrant particulièrement malveillantes à son égard. L’atmosphère est aérienne et le film en est touchant. Étonnamment, Steel Flower est un film qui divise, mais dans le registre du contemplatif, il est abouti.

Dernier film à s’être particulièrement démarqué : Tunnel, qui sortira en France vers mai 2017. Il s’agit d’un film catastrophe, assez simple dans son déroulement mais terriblement efficace et prenant. La salle a d’ailleurs été particulièrement enthousiaste lors de la seconde projection (celle où je me suis rendu) : les séquences de suspense, de drame et d’humour s’entremêlent magnifiquement pour obtenir un divertissement de qualité. N’hésitez pas à aller le voir l’an prochain.

Ils sont à voir

D’autres films valent le détour. Press est un film déstabilisant pour son final plus qu’étrange et abrubt, mais il est certain qu’il y un message à y voir là-dessous. Pour le reste, c’est un film poignant sur la solitude, le manque d’affection et le jugement d’une société sur les éléments qu’elle a mis à l’écart (pour de bonnes ou de mauvaises raisons). Notez d’ailleurs, comme beaucoup d’autres films de la sélection et dans le cinéma coréen en général, il est beaucoup question de l’influence de l’Église protestante dans la société coréenne, détaillé ici avec beaucoup de soin.

Collective Invention est également un film à voir, même si on a l’impression qu’il ne va pas toujours au bout de ses idées. Le personnage principal est amusant, le personnage de sa petite amie est particulièrement réussi pour son aspect comique, mais le plot n’est pas inédit et le dénouement est relativement simpliste.

Madame B., un documentaire coproduit par la France, est une œuvre bien construite, qui s’attarde sur la précarité dans trois pays asiatiques (ce qui est un propos très ambitieux en soi). Ajoutez à cela quelques fulgurances cinématographiques, comme le discours anticommuniste prononcé au milieu du film par une porte-parole sud-coréenne, et vous obtenez un film aussi engagé que viscéral.

Pour le reste, la sélection des films anciens valait le détour : Musa, la princesse du désert est un film historique bien ficelé, avec des acteurs très charismatiques, une bande-originale onirique et un soin apporté à la vraisemblance (les Coréens et les Chinois parlent respectivement leurs langues). Le travail de Shin Sang-ok a pu être approfondi, et rien que pour la portée culturelle, il était bienvenu de projeter des classiques aux registres variés. Peut-être Love Affair était-il de moins bonne qualité que les autres.

Ils ont été décevants

Parce qu’il ne peut pas y avoir que des coups de cœurs et des bons films,  certaines projections se sont révélées de qualité plus variable.

Reach for the SKY, le documentaire portant sur la sélection des étudiants coréens dans les trois meilleurs universités du pays, présentait une qualité cinématographique assez moyenne en dépit de la volonté de lui conférer un aspect « thriller ». Malgré tout, notons que la présence de Steven Dhoedt a permis un échange de grande qualité sur le sujet après la projection. Le réalisateur belge avait une véritable expertise à ce niveau, qu’il a pu nous partager de manière très professionnelle.

Seoul Station, le film d’animation de zombie du même réalisateur que Le dernier train pour Busan, a été une réelle déception. Il est pourtant agréable de constater que la bande dessinée et l’animation coréenne parviennent à ne pas s’infiltrer systématiquement dans le sillon de la culture populaire japonaise : à ce titre, Seoul Station a une personnalité visuelle et narrative personnelle. Il a droit à des honneurs dans le sens où ce n’est pas un simili-anime. Mais la technique d’animation utilisée (sorte de semi-3D) rend les personnages très raides dans leurs mouvements. Et surtout, la qualité du scénario est plus que limitée : les évènements s’enchainent sans réel impact émotionnel (probablement du à un manque d’efficacité visuelle) ; de plus, le twist est très mal amené et achève de montrer la déficience narrative.

Proj. Get-Up-and-Go est un drôle de film, une tentative de mockumentaire ratée. Effectivement, le personnage central du film est charmant et donne envie de l’aimer, sur le papier. Le problème survient quand le cynisme est remplacé par un propos sur la place des petits artistes plein d’humanité, et broyés par le système. Ce propos n’est en rien original, ne présente aucune démarcation narrative et tue dans l’œuf l’humour décalé.

The Bacchus Lady, l’un des films en avant-première, n’est pas foncièrement mauvais. Il présente une galerie de personnages attachants, mis de côté par la société coréenne. Vous remarquerez que les films de cette année ont souvent une portée politique. Le problème de The Bacchus Lady, contrairement à d’autres métrages du festival, réside dans la lamentation permanente dont font preuve les personnages, qui selon le type de spectateur que vous êtes, peuvent faire paraître le film très mou pour un sujet qui devrait vous prendre aux tripes.

L’organisation

C’est la première année que Nostroblog fait le déplacement du côté presse dans un festival de cinéma. Le FFCP avait lieu exclusivement au cinéma Publicis des Champs-Élysées. L’établissement ne comporte que deux salles et un petit hall : une grande organisation est nécessaire pour un afflux important de spectateur. Cela n’a pas manqué cette année, puisqu’un tel succès n’a visiblement pas été prévu. Malgré un système de double-file (d’abord pour acheter le ticket, puis pour le film), l’équipe s’en est très bien tirée. Le staff était avenant auprès du public et de la presse, et les interventions de professionnels des festivals, pour présenter les films, animer les séances de questions/réponses et la masterclass de Yoon Ga-eun, se sont révélés globalement agréables, spontanées. Il n’y a pas eu de gros couacs.

Au final

Cette 11ème édition s’est révélée séduisante à bien des égards. La Corée a montré cette année qu’elle a toujours de la ressource dans le domaine artistique, se donnant à fond aussi bien pour le divertissement que pour des sujets de société. Gageons d’obtenir le même niveau l’an prochain…

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10 réflexions sur “11ème édition du Festival du Film Coréen de Paris

    1. Yep ! Du mercredi jusqu’au mardi d’après, avec une forte concentration de films le week-end. En plus, ça permettait de voir des films coréens qui ne sont pas des thrillers. Pour la diversité, c’est une excellente chose (même s’il y avait aussi des thrillers, et des bons).

  1. Ping : Yoon Ga-eun : une réalisatrice à suivre – NOSTROBLOG

    1. Effectivement, je ne l’ai pas vu. Mais pas à cause d’un problème de réservation : j’avais présumé de mes forces, et en général, au bout de 3 film par jour, je fatiguais ^^’
      The Age of Shadows et Inside Men, c’est vraiment les films que je regrette ne pas avoir vu. Tu as vu Inside Men par hasard ?

  2. Je me suis fait une belle liste grâce à toi. Un article extrêmement riche en contenu. C’est vraiment cool que tu ais pu profiter de l’accès presse pour te gaver de longs et courts métrages et d’en faire partager tes ressentis.

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