Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2016 : bilan

Kinotayo est un festival de cinéma japonais contemporain, qui produit une édition par an depuis 2006*. Tous les films, datent de l’année et demie écoulée, sont présentés au public parisien et en région. Comme beaucoup d’autres festivals, c’est l’occasion de voir des films que nous ne verrez nulle part ailleurs, ni distribués dans les salles, en DVD. Pour cette édition, neuf films en compétition ont été sélectionnés, et deux films ont pu être vus hors-compétition.

*Celle de 2016 a été décalée début 2017.

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Les films

Pour vous familiariser avec les films dont nous allons parler, voici une mosaïque reprenant les affiches et les synopsis.

Le palmarès

Monsieur Kiyoji Katakawa, président du festival, a tenu a souligné la variété des films projetés lors du festival. Et si il y a une dominante « film d’auteur », la diversité était bel et bien au rendez-vous. En tenant compte des films hors-compétition, les spectateurs ont pu assister pêle-mêle à des films contemplatifs, expérimentaux, d’animation, de science-fiction, des comédies, des romances, des tranches-de-vie, des thrillers, des documentaires, des films primés à Cannes, des cartons du box-office mondial, des chefs-d’œuvre méconnus, des adaptations de manga… On a pu voir tout cela en seulement 11 films. Les spectateurs étaient invités à remplir un formulaire pour évaluer le film et ainsi, décerner le prix du public (le soleil d’or).

Cette année, un nouveau prix a été créé, celui de la meilleure image, portant à trois le nombre de catégories à concourir, aux côtés du prix du jury et celui du public.

Après deux semaines, les récompenses ont été annoncées lors de la cérémonie de clôture.

Le prix de la meilleure image a été attribué à THE ACTOR.

Le prix du jury à BANGKOK NITES.

Le soleil d’or s’est vu décerné à deux ex-æquo : HAPPY HOUR et OYSTER FACTORY.

Vous trouverez ci-dessous notre avis sur les qualités de ces productions.

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Remise du Soleil d’Or aux gagnants : Kazuhiro Soda et Kiyoko Kashiwagi pour OYSTER FACTORY, et Takata Satoshi, producteur de HAPPY HOUR

La part belle au documentaire

OYSTER FACTORY a reçu le prix du public. Pour un documentaire sur la pêche aux huîtres, sans commentaire ni musique additionnelle, c’est un petit exploit. Pour l’anecdote, j’ai assisté aux projections du festival avec Dear Noctis, et lorsque le réalisateur Monsieur Kazuhiro Soda, et son épouse Kiyoko Kashiwagi, productrice du film, ont présenté le film, nous avons eu peur. Sur le ton de l’humour, ils ont évoqué leur série de documentaires appelée « films d’observation » (OYSTER FACTORY en est le numéro 6), en insistant sur l’aspect austère des choix de réalisation, la longueur de deux heures trente, et le sujet, une usine d’huître. Monsieur Soda a décidé de filmer cet endroit en en ayant eu connaissance pendant ses vacances, et l’un de ses préceptes est de ne jamais se renseigner sur son sujet avant de tourner. Nous nous sommes dit que ça allait être drôle, que ça serait une caricature de films d’auteurs. Et effectivement, durant les cinq premières minutes, le public était pas mal dissipé, notamment en constatant la longueur de durée accordée à cet ouvrier-pêcheur qui remonte son filet pour extraire les huîtres (action qui ne manque pas d’éclabousser l’objectif de la caméra). Et puis d’un coup, sans qu’on ne s’y attende, le public s’est tu et a suivi le quotidien de ces gens simples, sans aucune forme d’ennui jusqu’à la fin des 2h30. OYSTER FACTORY est un film plus qu’intéressant, il n’a d’ailleurs reçu aucune évaluation négative du public (fait exceptionnel pour le festival). Dans les prochaines semaines, l’interview que nous avons réalisée de Kazuhiro Soda paraitra sur Nostroblog, et aidera probablement à saisir en quoi OYSTER FACTORY est un bon documentaire et un film plus qu’intéressant.

OYSTER FACTORY est le seul documentaire de cette édition 2016. Et pourtant, d’autres films de la compétition sont empreints de qualités documentaires, à l’image de BANGKOK NITES et HAPPY HOUR.

BANGKOK NITE était un film très attendu. N’étant même pas sorti dans son pays d’origine, il a attiré beaucoup de monde, notamment le public japonais de Paris. Il s’agit de l’histoire d’un Japonais (interprêté par le réalisateur, Monsieur Tomita) et ses voyages introspectifs en plein Sud-Est asiatique, en Thaïlande, au Cambodge et au Laos. Le film est long, touffu, et fouillis. Il essaie sans aucun doute de générer une âme asiatique méconnue (pour M. Tomita, lors de la présentation du film, le Japon est éloigné de la vraie Asie), mais du haut de ses trois heures d’allées et venues à travers une multitude de petits personnages, il peut dès le début perdre le spectateur et l’ennuyer.

HAPPY HOUR. est un film expérimental de plus de cinq heures, mettant en scène quatre femme, amies, et les problèmes avec leur cellule familiale. De par son rythme (quasiment du temps réel pour chaque activité des personnages, une scène de restaurant par exemple étant contée et montrée du début à la fin sans raccourci), le spectateur a la sensation de prendre part à ce qu’il voit et d’être en compagnie des personnages. Il maintient constamment le spectateur en éveil, le rend actif et le film en devient alors un sujet d’étude intéressant, tant pour sa structure narrative, rythmique, expérimentale que la capacité qu’il a à capter facilement l’intérêt du spectateur, malgré de multiples éléments qui peuvent faire penser l’inverse (la longueur, le thème, le temps réel de la narration).

Ces deux derniers films ne sont pas des documentaires. Mais leur souci du réalisme et la façon dont ils essaient d’attraper le lecteur pour l’emmener activement sur des sujets sociologiques leur donne un fort aspect documentariste. Tout comme OYSTER FACTORY, BANGKOK NITES et HAPPY HOUR ont fait partie des quelques récompensés du festival. Le public comme le jury a donc été séduit par ce type de récit.

Une forte dose de subversion

Cette édition était aussi l’occasion de parler des sujet qui fâchent. Et beaucoup de dossiers ont été balayés. Preuve en est que malgré la gêne qu’on prête au pays du Soleil Levant quant à leurs problématiques, certains artistes peuvent tout de même développer un propos.

Mais ce n’est pas toujours évident d’aboutir dans sa démarche. C’est ce que nous a expliqué Kôji Fukada pour son sublime film SAYONARA. Dans la diégèse de cette œuvre, le Japon est contraint à l’évacuation de ses citoyens en raison de la radioactivité provoqué par l’explosion de toutes les centrales du pays. Le nucléaire a toujours été un sujet sensible pour les Japonais, et a connu un regain d’omerta suite à l’évènement de Fukushima en 2011. Ainsi, pour adapter cette pièce de théâtre, qui met en scène l’actrice américaine Bryerly Long et la seule androïde actrice du monde, nommée Geminoid F (et créditée en tant que telle), M. Fukada s’est heurté à beaucoup de barrières dans le processus de production, en raison de son sujet. Sujet difficile auquel il en rajoute un autre : la place des immigrés au Japon. Dans le film, le personnage interprêté par Mme Long, d’origine sud-africaine, ainsi que son amant, coréen (et sans oublier son amie, japonaise mais mûre et sans famille), sont en bas de la liste des habitants à évacuer. Ils sont ainsi des êtres humains totalement oubliés du système, et qui subissent de surcroit encore plus le danger de la radioactivité. SAYONARA est un film contemplatif magnifique, une œuvre d’anticipation minimaliste, portée par une réalisation de haute volée, alternant focus sur l’expression des personnages et effets visuels sophistiqués (toute une séquence, par exemple, utilise un effet d’image distordue, Kôji Fukada voulant représenter une radioactivité invisible selon ses dires). Et donc, au-delà de ça, c’est un film qui ratisse large, qui balaye des sujets compliqués, avec une réelle volonté de les porter sur le devant de la scène, et pourquoi pas en débat. À ce titre, soulignons le travail de productrice de Bryerly Long, qui grâce son statut de non-japonaise, son travail de communication lors des festivals internationaux et ses démarches globales, a permis au film d’aboutir et d’obtenir une visibilité. C’est d’ailleurs une qualité qu’elle partage avec Kiyoko Kashiwagi, productrice de OYSTER FACTORY, dont la présence rassurante et les qualités humaines ont permis au film de son mari d’être optimisé (elle a mis à l’aise les intervenants filmés et a sans doute contribué à ce que le tournage dure un peu plus longtemps qu’il n’aurait dû).

L’ijimé est un autre sujet qui gangrène le Japon. Cette pratique très néfaste et structurée des brimades (surtout scolaire) est le sujet de HIMEANOLE de Keisuke Yoshida, adapté du manga du même titre de Minoru Furuya. Ce film est aussi déstabilisant qu’efficace Il possède une grande partie de comédie romantique, proche de l’esprit drama et dont le réalisateur est un habitué. Cette partie est d’ailleurs vraiment drôle et pose des personnages particulièrement truculents er réussis. Passée cette partie, l’intrigue entre dans le registre du thriller, d’une effroyable violence. Je ne vous en dis pas plus au cas où, seulement que le thème de l’ijimé est central et qu’il permet d’une manière efficace de montrer un homme brisé devenir un monstre. Nous avons interviewé Keisuke Yoshida qui est revenu sur sa volonté d’évoquer l’ijimé, article à venir dans les prochaines semaines.

Les brimades ne sont qu’une facette de la violence physique d’une société. Tetsuya Mariko, jeune réalisateur, a tenté de nous montrer des images de violence à l’état brut dans DESTRUCTION BABIES. Le personnage principal quitte son habitat pour s’attaquer à des personnes au hasard dans la rue et les détruire physiquement. Dans ce film, le réalisateur montre comment des êtres marginaux peuvent être amenés à vouer un culte à la violence. Bon metteur en scène, les premières minutes séduisent par leur rythme et le choc des coups que porte et reçoit le personnage a quelque chose de cathartique pour le spectateur. Toutefois, cet aspect plaisant, presque de l’ordre du comique, laisse sa place à tout autre chose dans la suite du film, histoire de ne pas laisser le spectateur être hypnotisé par un pur exercice de style. Il est assez culotté de tenter d’expliquer la violence d’une société à son stade 0, c’est-à-dire sans que le protagoniste n’ait de circonstance atténuante. Si l’on devait juger le film d’un point de vue scénaristique, il pêche sur sa fin, ou plutôt, sur sa non-fin (syndrome du film qui ne cherche pas à conclure). Pour autant, son propos suffit à en faire un film qui va au bout de son ambition, et qui peut aisément servir de sujet d’étude.

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Katsuya Tomita, présent pour la projection de BANGKOK NITES

Nous avons évoqué le problème du sort des immigrés dans SAYONARA, mais que nous dit BANGKOK NITES à propos de l’image que renvoient les Japonais à l’étranger (en l’occurrence, le Sud-Est asiatique) ? BANGKOK NITES évoque avec importance le tourisme sexuel, et à ce titre, il met en scène « un thème qui fâche ». Pour autant, on rentre très peu dans le détail, au profit d’une pseudo-peinture (devrait-on dire, carte postale, le terme est plus approprié) du Sud-Est asiatique dans les yeux d’un Japonais qui admire ces terres. Très vaguement subversif donc, mais étant donné que l’héroïne est une prostituée thaïlandaise qui a beaucoup de clients étrangers (japonais), nous devions en faire la mention.

Et pour rester dans les œuvres dont la subversion est soumise à interrogation, attaquons-nous au cas HAPPY HOUR, film de 5 heures qui a fait sensation. Ce film en soi, malgré des choix narratifs qui peuvent paraître austères, est une réussite : le portrait des héroïnes, quatre amies, plus toutes jeunes, qui interroge la qualité de la structure de la cellule familiale japonaise, est assez brillant dans son interprétation, et dans la façon dont la réalisation emmène le spectateur à l’intérieur du film, où l’on se croirait aux côtés des personnages, lorsqu’elles font des activités de groupe, lorsqu’elles vont au restaurant, etc. La qualité du film n’est pas en cause. En revanche, un point interpelle : les femmes semblent vouloir prendre leur indépendance/tenir tête aux hommes etc. Logiquement, on se dit que c’est un film qui dénonce le patriarcat japonais, avec plus ou moins de force dans le propos. Pourtant, le producteur, interrogé pendant le festival, a bien indiqué que le film a été écrit par plusieurs hommes, dont le réalisateur, et que eux-mêmes questionnés, ont admis ne pas chercher à développer ce propos. Le producteur a ajouté que les spectatrices japonaises du film trouvent les héroïnes du film « capricieuses », tout l’inverse des spectatrices du reste au monde. Résultat des courses, les créateurs démentent le message qu’on leur prête, et les premières personnes qui devraient être concernées n’adhèrent pas au principe. Sachant tout cela, il y a un fort malentendu entre la volonté des créateurs et l’intention que comprend le public. C’est assez dommageable, même si, au final, le film parle bien des problèmes de la structure familiale. Peut-on alors choisir de voir ce que l’on veut voir ? Vous êtes juges.

Après avoir parlé de ces films dont le côté subversif ne convainc pas car ce n’est pas la démarche des créateurs, parlons du film le plus raté à ce niveau, et même, le plus raté tout court. ARTIST OF FASTING est une longue accumulation de piques à l’encontre d’une foule de groupes, parmi lesquelles les féministes, de la part d’un vieux monsieur, soi-disant punk, mais qui toute sa vie a prôné la révolution armée. Pas quelqu’un de pacifique donc. En taillant un short à autant de corporations en à peine deux heures, le risque est de s’en prendre à des groupements qui ne le méritent pas, et passer pour rageux. Et c’est gagné, Masao Adachi est un rageux.

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ARTIST OF FASTING – Source photo : https://iffr.com/en/2015/films/artist-of-fasting

L’année Kôji Fukada, malgré tout

Kôji Fukada est un réalisateur particulier pour le festival. Inspiré par la culture française, il a été primé à Kinotayo il y a quelques années. Il revient pour l’édition 2016 avec deux films (l’un hors-compétition, certes). Et même si SAYONARA n’a pas été primé, ses interventions et la qualité de ses films font de Fukada la star de l’édition.

HARMONIUM, primé à Cannes l’an passé, est un film très fort. La tension monte d’un cran à chaque minute pour nous offrir même des plans iconiques. Des éléments montrent que Fukada a des intentions cryptées dans ce film. Le personnage d’Asano a une silhouette surprenante, même anormale. Étant raide comme un mannequin et lumineux, il apparaît assez peu humain comparé aux autres personnages. Puisqu’il est à ce point en décalage avec la tenue des autres acteurs, cela signifie qu’il est une parabole. Que dire alors, sur l’environnement des autres personnages, qui puisse nous donner des pistes sur ce que représente le personnage d’Asano ? Le film interroge le rôle du père, la foi, le désir, les regrets… Tout cela, avec une réalisation fine, élégante et tranchante.

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Bryerly Long et Kôji Fukada, présents à l’ouverture du festival au Club de l’Étoile

SAYONARA est un régal pour les amateurs de science-fiction et de récits contemplatifs. Comme dit plus haut, il parle de sujets importants et trop peu évoqués, à travers une forme originale, des plans d’une esthétique à couper le souffle et un rythme aérien. On découvre une actrice à travers, Bryerly Long donc, qui apporte vraiment par son jeu et son implication, la force de propos dont avait besoin Fukada.

En bref, ces deux films sont une réussite absolue, et par chance, ils sortent tous deux en salles en France cette année. Nous ne pouvons que vous inviter à aller les voir.

Et pour le reste ?

Il reste deux films dont nous n’avons pas parlé. THREE STORIES OF LOVE est une romance très oubliable. Ryosuke Hashiguchi a un public fidèle à Tokyo, probablement touché par sa sensibilité qui évoque le cœur urbain de la capitale nippone. De notre vue, ce film est très convenu, simple, voire simpliste par moment. Tous les acteurs ne donnent pas le meilleur d’eux-mêmes (soulignons qu’ils sont pour la plupart amateurs, à l’instar de ceux de BANGKOK NITES et HAPPY HOUR), malgré la présence de Lili Franky (TEL PERE, TEL FILS) et Ken Mitsuishi (NORIKO’S DINNER TABLE). Quant à YOUR NAME., il a clôt d’une belle manière le festival. Bien qu’étant sorti un mois avant le début des festivités, sa présence hors-compétition a permis de rappeler la place de la culture manga/anime (que nous aimons tant sur le blog) dans le cinéma japonais et le succès colossal qu’un tel long-métrage d’animation peut avoir.

Au final, à travers cette courte sélection, on a pu jauger la santé du cinéma japonais. On a pu y déceler quelques obsessions, quelques techniques de production récurrentes (les groupes d’acteurs amateurs pour tourner dans des films professionnels), et des cinéastes de talents, que nous ne connaissons encore que trop peu dans nos contrées. Rendez-vous dans deux jours pour l’interview de Keisuke Yoshida sur le blog.

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5 réflexions sur “Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2016 : bilan

  1. Super, je n’ai pas pu assister au festival malheureusement alors je cherche un maximum d’infos sur les films projetés.

    Je n’ai toujours pas vu « Sayonara » et j’ai hâte de le voir. D’ailleurs Kakurenbo m’avait dit que j’adorerai « Happy Hour » et ce que tu as dit sur ce film dans ton article, me donne encore plus envie de le voir! Le Kinotayo de cette année avait l’air vraiment génial. J’irai au prochain festival, pour sûr.

    En tout cas excellent article, j’aurais aimé plus d’argumentation pour mon plaisir personnel ahah!

    1. Merci ! C’est toujours un plaisir de parler cinéma (asiatique) pour Nostro, je vais vraiment tenter de développer cette ligne. Alors ça fait plaisir d’avoir des retours positifs !

      Si tu veux, je peux argumenter plus en fonction des questions que tu as :)

      (Et oui, allez voir Sayonara puisqu’il sort, c’est mon Soleil d’Or perso).

  2. Ping : Interview de Keisuke Yoshida, réalisateur de Himeanole et Silver Spoon – NOSTROBLOG

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