Priest, un ange déchu au Far-West

Priest est la dernière nouveauté manwha de Pika. Et pourtant, c’est une vieille série, en Corée comme en France. Débutée en 1998 et en pause depuis 2006 dans son pays d’origine, la série de Hyung Min-woo est arrivée chez nous en 2003 et a connu de nombreuses éditions et rééditions chez feu Tokebi (volumes simples, doubles et coffrets), avant de rejoindre Pika ce mois-ci, dans leur collection Graphic, destinée aux « auteurs asiatiques aux codes narratifs et aux traits proches du roman graphique » (quoi que cela veuille dire). Et surtout,  cette réédition s’accompagne d’une promesse de fin à la clé.priest pika graphic

Ce fut une surprise totale. Notamment parce Pika l’a annoncé moins d’une semaine avant sa sortie. Le titre devait bien évidemment déjà apparaître en ligne et sur les commandes libraires, mais pour moi qui ne fais pas toujours gaffe à ça, cette stratégie de communication me laisse dubitatif. Comment créer de l’attente, de l’impatience et de la hype quand l’annonce précède de si peu la sortie en librairie ? Passons sur ce sujet, et recentrons-nous sur l’oeuvre en elle-même.

Priest raconte l’histoire d’un prêtre (d’où le titre), Ivan Isaak, qui se retrouve au milieu d’une guerre de démons suite à un pacte avec Vessiel, qui lui acheté son âme (enfin « seulement » la moitié). Il doit donc affronter les disciples du culte de Temosare, l’ange déchu, dans l’espoir de sauver l’Humanité.

Voici, résumé brièvement, l’histoire créée par Hyung Min-woo. Le manhwaga développe ici un univers inspiré du Far-West, dans lequel il ajoute de l’horreur et du surnaturel. Résultat, un cocktail violent et brutal, sanglant et animal. Avec son style brut et épais, très angulaire, parfois à la limite du crayonné, on ressent directement la noirceur du récit, cette ambiance poisseuse à l’odeur de sang et de poudre. Le chara-design est simple mais efficace, avec des personnages tout de même bien charismatiques.

Ce titre nourrit d’influences américaines nous régale en gunfight violents contre des monstres aberrants, zombies ou démons. Ce premier tome, après nous avoir brièvement introduit le sujet, se permet un long flash-back sur la rencontre entre Ivan et Ester, cheffe d’une bande de malfrats. Sans la moindre transition, vu qu’il n’y a pas de chapitrage (ni de sommaire donc). Le changement est brutal, et j’ai eu besoin de quelques pages pour comprendre que ce n’était pas un flash-foward ou une erreur d’impression. Et il faudra attendre la moitié du volume pour retourner au présent, dans ce village de zombies où règne l’un des onze disciples de Temosare, Xavilon. Entre deux, une scène de carnage époustouflante dans un train assiégé par des créatures de cauchemar.

priest-ame-tourmentee

Beaucoup de violence et de morts donc, dans ce premier tome qui pose doucement les bases du récit à venir et commence à développer ses personnages, à commencer par Ivan, mystérieux prêtre tourmenté par les démons de son passé. Littéralement. Entre les apparitions de Zena, cruelles et poignantes, et celles de Vessiel, cruelles et menaçantes, Ivan est un homme traumatisé, encore nimbé d’ombres. Il reste encore beaucoup de pistes à explorer, entre le flou de son passé et l’avenir incertain. Ce premier volume laisse la part belle à l’action et sa lecture entraîne beaucoup de questions (le rôle d’Ester dans la suite, la nature de la relation entre Ivan et Zena, l’origine du conflit entre Vessiel et Temosare, le passé d’Ivan et ce qui l’a amené à vendre la moitié de son âme à un démon, etc). On se rend rapidement compte que, sous ses airs de titres défouloirs à la violence omniprésente, tout un univers ne demande qu’à être exploré, que ce soit d’un point de vue géographique ou psychologique, voire, peut-être, philosophique. Il ne reste qu’à espérer que la suite permette un développement à la hauteur de cette introduction. Et que, cette fois-ci, cette édition fournisse une fin tant attendue.

L’édition proposée par Pika est comme pour la plus récente version de Tokebi : des volumes doubles. Mais en grand format (histoire de profiter au mieux des dessins de l’auteur), sans jaquette mais avec rabats. La présence de quelques pages couleurs en début de tome est bien sympathique, et permet peut-être de justifier un prix qui avoisine dangereusement les 20€. La préface de Raymond Swanland est assez anecdotique et j’aurai largement préféré un mot de l’auteur. Point de détail bizarre : le dos du bouquin est violet, ce qui  créé un contraste étrange avec le noir de la couverture, tout cela à cause d’une charte graphique figée « violet = fantastique ». Point de détail agaçant : des erreurs d’impression régulières, avec une sorte de halo blanc en bas à gauche de certaines pages, gênant la fluidité de lecture. Dommage.

Pour le moment, le rythme sera trimestriel (4 tomes prévus pour 2017). Ce qui signifie que ceux qui ont la première et vieille édition vont devoir attendre 2019, au plus tôt, pour peut-être avoir de l’inédit, avec le futur tome 9.

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2 réflexions sur “Priest, un ange déchu au Far-West

  1. Daggett

    Moi ce qui m’étonne le plus, c’est la promesse d’une fin… quelle garantie on a ? Il faudra investir 8×18 euros (144 euros) pour le savoir ? J’aimerais beaucoup mettre les mains dessus mais s’il y a bien une chose que je déteste, c’est investir sans pouvoir finir… et là on sait déjà qu’il n’y avait pas de fin à la base et on a juste les mots de l’éditeur français

    1. Zéro garantie, mais on n’en a jamais, tous les titres publiés en France, qu’ils viennent de Corée ou du Japon, peuvent avoir une « fin » précipitée, à la Shaman King. Mais amener un récit à la meilleure conclusion possible, c’est le contrat tacite habituel entre un auteur et ses lecteurs.

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