Lire un manga quand on y connait rien #1 – Le mari de mon frère

Il n’est pas tous les jours évident de faire partie de Nostroblog. D’abord parce que je suis l’un des rédacteurs les moins productifs, le plus mainstream et surtout je suis très très loin de la mangasphère. Si je me délecte de certains dramas qui se déroulent entre diverses rédactions, je concède aisément ne rien connaître de ce médium. Toute la connaissance que j’ai acquise, je la dois surtout à Nostroblog que j’ai rejoint il y a presque 3 ans. Pour vous situer mon niveau en terme de lecture, j’en suis resté à Leviathan et Nozokiana.

Depuis 3 ans, je lis mes camarades et je tiens à jour un google doc avec une liste assez maboule de titres à acheter. Jusqu’à présent aucun euro n’est sorti de ma poche pour réduire la taille de cette liste. Sans doute parce que le jeu vidéo et le cinéma prédominent dans mon budget loisir. Et aujourd’hui la tendance s’inverse puisque le jeu vidéo me lasse et j’ai envie de me remettre à lire. Déjà très centré sur les Comics, j’ai enfin décidé de varier le plaisir et de sauter le pas pour me remettre à quelques mangas.

Vision artistique de ma quête

Lecteur occasionnel du genre et surtout totalement ignorant, l’achat d’un manga n’est pas des plus évidents. Autant je maîtrise la Comicsphère autant là je concède avoir un peu séché. Face à ce grand rayon devant lequel je me suis retrouvé, il m’a fallu facilement une bonne dizaine de minutes pour juste filtrer ce qui m’intéressait. Ensuite j’ai dû sortir l’arme de distraction massive qui s’appelle Internet. Avec mon google doc entre les mains, j’ai checké les genres puis recherché à quoi cela correspondait. Mon niveau de connaissance en est là : faire la distinction entre Shônen, Seinen, Josei, Seijin, Hent…(non ça va, là) etc. Une fois les premiers filtres installés, j’ai réduit le champ de recherche, slalomé entre les grosses productions dont je me moque totalement (One Piece, Dragon Ball, Bleach, etc… c’est de vous dont je parle) et finalement j’ai trouvé le Graal. Je me suis penché sur Le Mari De Mon Frère.

Cela doit sûrement venir de mon âge mais je suis dans une période où j’ai besoin de sujets sérieux voire graves pour me divertir. Bon, je concède aussi que je suis très excité par les titres conseillés par la nostroteam comme Hideout. Le bizarre et le fantastique me titillent énormément. Le titre m’a donc interpellé et ce qui me plaît c’est qu’il soit en phase avec son époque.

Pour être tout à fait honnête je ne suis pas du tout apte à parler de l’état actuel de la cause LGBT et des enjeux en cours. A mes yeux, la communauté LGBT a enfin reçu une reconnaissance en terme de législation et en terme de tolérance. Cependant, je suis convaincu que cela n’est qu’en surface et que pour ces hommes et ces femmes, la vie est encore loin d’être facile. Ce n’est qu’un avis mais quand je regarde la télé, quand je travaille ou quand je me promène dans la rue, j’entends et je vois encore beaucoup d’étroitesse d’esprit. Bien sûr ce n’est qu’un point de vue personnel. Maintenant que j’ai livré un bref avis très subjectif (et abusé de quelques poncifs), recentrons-nous sur l’ouvrage.

Après avoir lu et relu les divers articles de Bobo et Meloku au sujet de ce manga et de son auteur, Gengoroh Tagame, j’avais déjà mis ce titre en haut de la liste. L’achat était presque inévitable et j’aurai juste mis environ 2 ans. Pour rappel, Le Mari De Mon Frère se centre sur une famille monoparentale où un père Yaichi élève seul sa fille Kana. Son frère jumeau gay est décédé et il voit débarquer dans son quotidien Mike, le veuf de son frère.

J’ai tout simplement dévoré les quelques 170 pages et j’ai regretté de ne pas avoir pris les autres tomes lors de mon achat. C’est brillamment écrit, que ce soit pour les personnages, les tranches de vie ou encore les dialogues. L’opposition de pensées entre Yaichi et sa fille Kana saute aux yeux mais les réflexions sont logiques, compréhensibles. D’ailleurs, au sujet de l’arrivée de Mike, j’ai été frappé par l’accueil fait d’abord par l’adulte puis par l’enfant. Le premier a une réaction de peur face à un étranger, il en ressort une agression verbale assez violente. C’est d’ailleurs la seule note violente qui apparaît dans ce tome 1. Enfin, l’accueil de Kana est tout aussi « violent » mais atténué par sa naïveté et puis ce n’est qu’une enfant. Elle dit à Mike que c’est un étranger et tout au long du tome elle le traite comme une sorte de « chose » qui dénote dans un quotidien qui semble très répétitif.

Les réflexions de Yaichi fusent dans sa tête et, comme un adulte responsable, il se contient et c’est plutôt Kana qui parle pour lui. Même s’il la reprend dès qu’elle pose des questions délicates, il ne nie pas que ça puisse satisfaire sa curiosité. Pendant la lecture et à la fin, je n’ai pas cessé de faire un comparatif entre le moi adolescent et le moi d’aujourd’hui. Suis-je plus proche de Yaichi ou de sa fille Kana ? Je me suis jamais vraiment interrogé sur la sexualité de la communauté LGBT (qui fait l’homme, qui fait la femme, etc), je souris souvent quand je vois deux femmes ou deux hommes main dans la main juste parce que je trouve cela mignon (oui, je suis aussi la caution cul-cul la praline de la nostroteam). En revanche, je me suis souvent senti bizarre quand il s’agit d’expliquer à des enfants ce qu’est l’homosexualité. Et jusqu’à présent je n’ai jamais été un prof très efficace.

Recentrons-nous sur ce divin tome 1 qui, en plus d’avoir une écriture très bonne et dynamique, se voit doter d’une illustration très agréable. Bien que Mike soit un brin stéréotypé avec sa pilosité et sa carrure de nounours (serait-ce plutôt un cliché de ma part ? Celui-là je vous le concède), il est un personnage touchant. Pour Yaichi et Kana, les traits sont un peu plus simples, voire enfantins ; ce n’est pas dérangeant du tout, la simplicité n’est et ne sera jamais un inconvénient quand c’est bien fait. Toujours au sujet de l’illustration, la différence de traitement des personnages est saisissantes lorsque Mike passe sous la douche ou dès qu’il s’agit de montrer un peu de peau (Yaichi en débardeur par exemple). Les dessins deviennent tout de suite plus précis, plus prononcés. Un exercice de style que maîtrise à la perfection Gengoroh Tagame, je ne vous apprends rien.

La redécouverte de manga après un long coma

Aujourd’hui le monde et sa société imposent aux auteurs (peu importe le médium) de proposer un minimum de création pour pouvoir se distinguer des autres. Évoquer l’homosexualité et tout ce qui gravite de bon ou de nauséabond via le deuil, l’enfance et la nouveauté est à mes yeux un excellent point de vue. Cela est toujours subjectif bien sû mais le personnage de Mike par rapport à Yaichi et Kana  me plaît plus. D’abord parce qu’il dénote physiquement dans cette famille monoparentale et ensuite parce qu’il perturbe leur quotidien et impose une réflexion à chaque page.

Le Mari De Mon Frère colle parfaitement à ce que je voulais lire et aux sujets qui aujourd’hui m’intéressent. Il est évident que je vais lire la suite et il est aussi évident que je vais me pencher sur d’autres ouvrages. Ma quête a été fructueuse et me permet de remettre un pied dans un univers auquel j’ai été très longtemps peu réceptif.

Développer un esprit critique en ne lisant que les avis/critiques des autres est d’avance un échec. Pour comprendre et s’enrichir, il faut sauter le pas et tant pis si derrière on le regrette amèrement. Pour mon cas, peu d’amertume. Je peux continuer à faire confiance à mes collègues de la Nostroteam et repartir à l’aventure avec mon smartphone et Internet.

Pour aller plus loin :

Gengoroh Tagame & le manga gay par Bobo

Quand le manga s’empare des problématiques LGBT par Meloku

Advertisements

2 réflexions sur “Lire un manga quand on y connait rien #1 – Le mari de mon frère

  1. C’est un article qui fait plaisir à lire. C’est tellement rafraichissant qu’on sentirait presque l’enthousiasme innocent de Kana dans tes mots. J’espère que tu vas continuer dans cette voix et lire d’autres mangas. Si tu veux des thèmes sérieux, je peux te recommander deux ou trois trucs.

    – A silent voice sur une jeune fille malentendante et le harcèlement qu’il y a autour. C’est à la fois mignon (p-ê trop ?) et poignant.

    – Real sur le handibasket à travers 3 jeunes : l’un est handicapé et pratique le basket, l’autre est un basketteur qui devient handicapé et le dernier est un basketteur qui rend une jeune fille paraplégique. Bah c’est un chef d’oeuvre, aussi beau que juste. L’auteur est passionné de basket (tu as p-ê déjà entendu parler du manga Slam Dunk ?) et s’implique aussi dans le handibasket au Japon.

    – Daisy lycéenne à Fukushima. Tout est dans le titre, ça se passe après la catastrophe est ça montre vraiment le côté humain. C’est bouleversant.

    – Solanin, parce que c’est le meilleur manga du monde, déjà. Puis ça parle de jeunes pas à l’aise dans la société qui tente de percer dans la musique. Il me semble que tu aimes Nana, bah c’est plus ou moins dans la même veine.

On attend votre avis !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s