Megg, Mogg & Owl : Sexe, drogue et dépression nerveuse

Toujours à la recherche de nouveautés croustillantes, le Nostroblog vous présente cette semaine la série Megg, Mogg & Owl. Une bande dessinée en plein dans notre ligne éditoriale, drôle et glauque à la fois.

Megg, Mogg & Owl est une bande dessinée australienne, traduite en France par un petit éditeur appelé Misma et découverte par Stéphane Beaujean qui arrive toujours à glisser des perles de chaos dans la sélection du festival d’Angoulême.

Cette série a débuté par accident. Simon Hanselmann, artiste et auteur de fanzines peint pour une exposition une sorcière et son chat, qu’il nomme en hommage aux personnages d’albums pour enfants Meg, Mog & Owl.  La toile plaît tant qu’il en tire une série d’histoires courtes sur le tumblr http://girlmountain.tumblr.com. La suite est une success story comme Internet les aime, avec édition aux États-Unis chez Fantagraphics et une vraie reconnaissance critique et publique en France.

De quoi parle-t’on ? Megg la sorcière et son conjoint de chat Mogg passent leurs journées à picoler, baiser et se droguer, tandis que leur colocataire Owl essaie tant bien que mal de joindre les deux bouts entre deux boulots dans des call-centers. Ils croisent des personnages pittoresques tels que Mike le roi de la glande et surtout Werewolf Jones, loup-garou dealer, père indigne et agent du chaos de manière générale.

D’abord construites autour d’anecdotes d’une ou deux pages, les aventures de Megg, Mogg & Owl s’étendent petit à petit pour atteindre la vingtaine de pages. Ce qui a commencé comme un projet récréatif est à présent une œuvre irrespectueuse mais respectée, qui brandit le sexe, la drogue et la dépression nerveuse pour dire merde à la société.

dedicace

Pourvu qu’elles soient douces

Le monde de Megg, Mogg & Owl est proche du nôtre. On peut certes y croiser sorcières, chat qui parle et prend des acides, magiciens, loups-garous et autres vampires mais cela ne pose pas de questions. On verra bien Megg voler sur un balai dans le premier album, et Mogg se révéler être un ancien champion d’athlétisme (facile de courir vite quand on est un chat) mais le fantastique reste très discret. Il sert surtout à distinguer nos anti-héros du reste de la population et marquer leur marginalité.

Megg, Mogg & Owl est une sitcom au goût amer, où les relations sont brutalement honnêtes et où les cicatrices amoureuses ne se referment jamais complètement. Le sexe de la vie quotidienne peut y être aussi joyeux que triste, quand Megg regrette que Mogg ne soit pas plus grand et fort, ou que Mogg, en bon chat qu’il est, rêve de se faire lécher l’anus.

La pulsion sexuelle vient surtout de Werewolf Jones et de ses amis, qui profitent des absences d’Owl pour organiser saunas et orgies dans sa chambre. Pour autant, c’est surtout au hibou qu’il sera reproché son nombre de conquêtes féminines sans que l’on sache s’il y a ici une morale à deux vitesses, un message de prévention anti-MST, ou juste l’envie de le victimiser encore un peu plus.

Dernière question concernant la sexualité : Megg Mogg & Owl est-elle une bande dessinée LGBT ? Habitué par sa mère à porter de la lingerie féminine, habillé en femme pour ses portraits officiels, Simon Hanselmann a une approche assez décomplexée du genre qui se retrouve dans sa bande dessinée. Megg trompe Mogg avec une femme, et Owl aura un rapport sexuel assez pathétique avec Werewolf Jones un soir de beuverie. L’auteur ne thématise pourtant pas vraiment ces relations sous l’angle de l’homo ou de la bi-sexualité : c’est dans les deux cas le fait de coucher avec un ami, de ne pas savoir où on en est dans sa relation, ou l’incapacité à refréner ses pulsions en général qui interroge.

sexe a ikea

Australia takes drugs as psychic defense

L’expérience de la drogue est centrale dans Megg, Mogg & Owl qui est à de nombreux égards une stoner comedy.

La drogue est d’abord un ressort visuel important. Les nombreuses scènes de trip sont l’occasion de pages psychédéliques où les corps fondent et les couleurs éclatent.

drogue

Elle est aussi un élément de comédie car l’état de défonce perpétuel de la petite bande les empêche de comprendre le monde qui les entoure. Comme dans Las Vegas Parano, la drogue est autant recherchée pour ses effets psychotropes que vécue comme un moyen de défense envers un monde oppressant. Réunion d’anciens élèves, travail, visite de la maison d’Anne Frank ou même supérette de quartier : le monde est un lieu trop triste pour y vivre.

Megg, Mogg & Owl fonctionne à un niveau semble-t-il assez fort comme un récit autobiographique, ce qui n’est pas très rassurant pour Simon Hanselmann au vu du chaos et de l’insalubrité dans laquelle vivent les personnages. La drogue y est à la fois une libération et une prison. Aux moments d’épiphanie vécus par Meg et Mogg répondent le pathétique d’un Werewolf Jones, père indigne qui demande à ses enfants dans quelle veine s’injecter la dose de méthadone qu’il vient de retrouver.

Rencontré lors de sa dédicace au Monte-en-l’air, l’auteur m’a expliqué qu’il n’avait pu se rendre à Angoulême l’année dernière car il devait assister à l’enterrement d’un ami mort d’une overdose. Dans la vie comme dans la bande dessinée, la marginalité est une liberté qui se paie au prix fort.

drogue glauque

Down in a hole, feeling so small

En plus de l’alcool et de la drogue, les personnages sont aussi accros aux antidépresseurs. Dans Megg, Mogg & Owl à Amsterdam, ceux-ci oublient leurs cachets et sont confrontés à l’horreur de la vie pour un bad-trip terrifiant. Malgré tout, l’univers de Simon Hanselmann est constamment drôle, d’un humour noir et désespéré. Les décors qui se réduisent le plus souvent au salon et aux chambres rappellent ceux d’une sitcom qui serait plus proche de Bojack Horseman que des Simpson. Dans ce monde, les actions ont des conséquences. Faire la fête au boulot conduit au licenciement, être abandonné par ses amis un 31 décembre débouche sur une overdose sordide.

Les personnages sont tout autant victimes que bourreaux. L’une des sources principales d’humour tient aux relations complètement dysfonctionnelles qu’ils entretiennent. Le couple s’acharne de manière constante sur Owl, brisant petit à petit ses maigres espoirs de revenir à une vie ordinaire.

Le rôle de souffre-douleur de Owl est aussi déprimant qu’hilarant, surtout si l’on réfléchit au fait que celui-ci préfère encore vivre avec des gens qui souhaitent déféquer sur son lit plutôt que de vivre seul.

boston clanger

Megg, Mogg & Owl est une bande dessinée qui avance telle un funambule sur un fil d’humour posé au-dessus d’un gouffre de dépression. Simon Hanselmann ne se fait aucune illusion quant à la valeur de la vie et n’hésite pas à entraîner le lecteur dans son pessimisme profond. Celui-ci s’empare petit à petit de nous comme le liquide noir qui suinte des murs d’une Megg en pleine crise de dépression, et donne à notre rire un arrière-goût de larmes.

depression

Les illustrations sont tirées :

Les aventures de Megg, Mogg & Owl sont publiées en France par Misma : la traduction est soignée et les livres très beaux

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2 réflexions sur “Megg, Mogg & Owl : Sexe, drogue et dépression nerveuse

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