Eurovision 2017 : la fête est finie ?

Hier à la télévision, aujourd’hui sur le Nostroblog : l’Eurovision. Un sujet en apparence éloigné de l’animation et des mangas, mais dont l’excentricité interroge. Ce cru 2017 a été celui du doute, du noir et du blanc. L’occasion d’une analyse des tenants et aboutissants de cette 62e édition. 

A quoi sert l’Eurovision ?

L’Eurovision est la compétition de musique annuelle qui détient le record de longévité mondiale. Elle a débuté à 7 pays en 1956 pour arriver à 42 pays cette année. La compétition se déroule depuis 2004 sur trois jours avec deux demi-finales et une finale. Les candidats doivent chanter en direct sur un morceau en playback, ne doivent pas dépasser les 6 personnes sur scène, aussi immense soit-elle, et ont le droit de chanter dans la langue de leur choix depuis 1999.

Voilà, en quelques données, ce qu’est l’Eurovision. Mais comment expliquer la longévité de cette institution ? La première raison est son succès toujours renouvelé. 204 millions de téléspectateurs ont suivi l’édition 2016, et il suffit de suivre les réseaux sociaux pour comprendre que, l’espace d’une nuit, le monde entier s’y intéresse.

À tel point que l’Australie participe à présent à la compétition avec le résultat que nous avons pu apprécier hier.

Petite parenthèse : en réalité, la personne montée sur scène serait Vitalii Sediuk  qui est mondialement connu pour mettre le bazar lors d’avant-premières et cérémonies de remises de prix. La confusion a pu toutefois jouer sur les spectateurs. L’Australie, quatrième après les votes du jury, n’a reçu que deux misérables points du public.

C’est que, et nous revenons ainsi à nos moutons, l’Eurovision est un des rares moments où l’Europe se donne à voir. Si l’Union Européenne joue un rôle important dans notre vie par son impact législatif, elle apparaît rarement comme une réalité concrète aux yeux des citoyens. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les faibles taux de participation aux élections européennes. L’Eurovision est l’occasion pour les peuples européens de se rassembler pour créer une identité commune qui ne se résume pas à humilier le peuple grec. D’année en année se dessine une géopolitique de l’Eurovision qui est particulièrement intéressante.

– Commençons par une évidence : si le Français reste une langue institutionnelle importante à l’Eurovision, la langue des candidats est essentiellement l’anglais. Deux exceptions majeures : la France, bien sûr, et le Portugal, grand vainqueur sur lequel nous reviendrons plus tard.

– La politique de bon voisinage : il s’agit d’un classique qui a pris cette année une tournure inattendue. Le monde réel a rattrapé celui des paillettes et la candidate Russe a été exclue pour avoir chanté en Crimée, zone de guerre avec l’Ukraine. Cette décision montre qu’une institution aussi forte que l’Eurovision peut s’opposer à la Russie et n’est pas obligée de céder à chacun de ses caprices. Autre aspect intéressant mais plus connu : la France n’est pas particulièrement populaire auprès de ses voisins plus ou moins directs : un seul point en provenance du jury Belge, quatre en provenance du jury portugais, 0 en provenance de l’Allemagne. Est-ce pour lutter contre ce déficit d’image et de sympathie qu’Emmanuel Macron souhaite tripler le nombre d’étudiants Erasmus français ? Cela paraît très possible. Dernier point important : la domination du Portugal auprès des jurys et du public montre qu’une « bonne » chanson transcende les frontières. On se remettrait presque à croire à l’existence d’un intérêt général Européen.

– Plus encore que la langue, l’Eurovision se caractérise par une grande uniformité musicale. La Roumanie et la Hongrie ont tenté la carte de la particularité locale, mais cela représente peu.

L’Eurovision montre une Europe divisée en apparence, où chacun est enclin à voter pour son allié, mais qui se retrouve dans un amour partagé de la pop légèrement dance, des plans de galaxie ou de cours d’eau sur le sol, des violonistes dépourvus de sobriété gestuelle et des danseurs interprétatifs.

On est ici devant le deuxième intérêt de l’Eurovision : son rapport à la musique. Cette compétition est un des rares moments où le public va écouter de nouvelles chansons non imposées par les radios et en provenance de tous les pays. Le choix du vainqueur est d’ailleurs régulièrement surprenant : le hard-rock de Lordi, le générique de James Bond de Conchita Wurst, l’électro de Jamala et cette année le crooner Portugais. Bien sûr les candidats sont souvent soit de jeunes poulains de majors, soit d’anciens candidats de télé-crochets type the voice, mais l’un des plaisirs de l’Eurovision reste qu’il s’agit d’un espace où tout peut arriver, y compris le plus excentrique.

Un message politique contrasté

L’Eurovision est une compétition qui possède chaque année un slogan différent. Au « Come together » de 2016 succédait cette année « Celebrate diversity ». Une devise qui s’est retrouvée mise à mal par une présentation et des candidats plus blanches que jamais.

Seule consolation de ce point de vue, ce joyeux danseur Suédois, bien plus sympathique que l’horrible Robin Bengtsson qui semblait naturellement photoshoppé.

L’image de la femme n’a pas été particulièrement mise en avant cette année. La fière candidate Serbe dans sa robe transparente, capable de repousser les mecs bourrés torses nus d’un simple geste de la main, n’a pas passé les demi-finales.

Le Hongrois Joci Papai s’est quant à lui classé dans le top 10 avec une danseuse à genoux devant lui, en totale pâmoison.

Enfin, le très gay-friendly candidat du Monténégro n’a pas passé les demi-finales, tandis que le Croate homophobe réussissait de son côté.

Quelques messages politiques ont toutefois pu être passés. Eurovision oblige, on reste dans des généralités bien-pensantes suffisamment larges pour ne fâcher personne. On ne sait ainsi pas tellement à quoi se référait le freedom de la candidate Polonaise (peut-être à sa robe menaçant à tout moment de boob-accident).

On a par contre apprécié la métaphore de l’homme à tête de cheval qui par sa danse fait tomber les murs, une métaphore que n’aurait pas renié Shinichi Sakamoto dans Innocent.

Beaucoup d’amour enfin pour le grand vainqueur portugais Salavador Sobral, qui a porté dans la conférence d’après demi-finale le pull S.O.S. Refugees qu’on lui a interdit de porter sur scène. La preuve que l’Eurovision aime les grands messages mais hésite un peu plus quand il s’agit d’être concret.

Le retour au noir et blanc

Alors que le public et les réseaux sociaux raffolent de l’excentricité de l’Eurovision, cette année a poursuivi la tendance d’une compétition aseptisée. Cela s’est traduit par un dress-code étonnamment sobre dominé par des tenues noires ou blanches, comme le montre l’infographie ci-dessous

infographie costumes

Si le premier camembert permet de voir le très faible nombre de chemises à fleurs (l’Espagne, seule dans son délire), le deuxième met l’accent sur les presque trois-quarts de costumes noirs, blancs, noir et blancs et gris foncés qui se sont succédés.

Une tendance incarnée par le look fête de mariage des Moldaves. On y remarquera le micro habilement dissimulé dans le bouquet.

Quelle place pour le n’importe quoi ?

On parle en règle générale de l’Eurovision pour sa capacité à présenter tout et n’importe quoi en terme de participants. Pour autant, le système en place depuis 2004 a posé un sérieux frein à l’excentricité. Ainsi, les fans hardcore de l’Eurovision préfèrent regarder les demi-finales à la finale, car elles sont le moment où tout peut arriver. Qui faut-il rattraper cette année ? Notre conseil est simple : si vous l’avez ratée, regardez la prestation de Slavko Kalezic, candidat du Montenegro.

On apprécie son petit déhanché, son t-shirt résille et surtout son incroyable capacité à faire tourner sa natte au-dessus de la tête comme un symbolique hélicobite. Une performance qui aurait mérité sa place en finale.

Pour autant l’excentricité n’était pas absente de la finale. Le groupe moldave Sunstroke Project popularisé par le meme de l’Epic sax guy nous a régalé par leur science du déhanché.

 

Les Roumains ont tenté l’étonnant mélange du rap et du yodel, pourtant interdit depuis le rap des musclés en 1992.

Surtout les Norvégiens nous ont surpris et régalé par leur look de Cyber-Hackerz trop edgy. On les soupçonne d’être les vrais Fancy Bears.

 

Pour l’honneur, on donnera un bon point aux Jojoposes de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan.

Si tout ceci est bel et bon, on est tout de même en droit de se demander si la victoire de Salvador Sobral n’est pas la défaite de l’Eurovision. Que l’on aime ou pas sa chanson, il est clair qu’elle n’a rien à voir avec ce que l’Eurovision représente habituellement. Son discours de victoire, demandant une chanson avec des paroles profondes en lieu et place de feux d’artifices est assez déplacé dans le contexte.

Une infographie des dix premiers candidats permet toutefois d’y voir plus clair. On peut distinguer trois types de candidats :

  • Les Chanteurs fragiles : le Portugal (en attente de transfusion cardiaque et cela s’entend) et la  Belgique
  • La Pop avec un accent de n’importe quoi : Moldavie, Italie, Roumanie, Hongrie, Norvège
  • La Pop sans intérêt de matinale de France Bleu : Bulgarie, Suède, Australie

Si on cumule les voix, la catégorie chanteurs fragile arrive derrière. La différence se fait par un moindre éparpillement des voix grâce à une performance unique et populaire.

infographie eurovision

Et la France dans tout ça ?

La chanteuse Alma n’a pas démérité en prenant la 12e place de la compétition notamment grâce à une dixième place au vote du public. On a comme toujours l’impression que la France se fixe des handicaps en étant l’un des seuls pays à chanter dans sa langue, et en voulant absolument placer des mots déprimants dans le titre.  Notre pays aurait peut-être plus de chance en envoyant Daft Punk, David Guetta ou Phoenix, mais une victoire trop facile aurait-elle la même saveur ? Après des années de folie infructueuses, l’organisation Française semble avoir trouvé une bonne recette pour être suffisamment bien placée et ne pas être humiliée, mais pas assez bien pour risquer d’avoir à payer pour l’organisation l’année prochaine.

Et finalement, ce sera peut-être ça l’enjeu de l’édition 2018 : l’Europe va-t-elle s’unir pour financer l’Eurovision Portugais, ou cette dépense inattendue va-t-elle sceller le destin économique de ce pays ?

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2 réflexions sur “Eurovision 2017 : la fête est finie ?

  1. Bon sang, qu’est-ce que je peux raffoler de l’Eurovision. Je l’avoue, ma hype était un peu moins élevée que l’année précédente, j’avais pas trop la tête à ça, et d’ailleurs je n’ai même pas pu regarder les semi-finales… du coup, le show m’a paru un peu faiblard, même avec le retour de l’épique sax guy. En espérant un petit coup de folie l’année prochaine !

  2. Ping : C’est le 1er, je balance tout ! #4 – Histoires vermoulues

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