Manga au singulier #5

Et de nouveau le retour de cette rubrique tant appréciée, où l’on parle avec bonne humeur des premiers tomes de nouvelles séries sorties récemment, sans forcément rentrer dans les détails. Cette fois-ci, nous partons pour un voyage dans l’imaginaire et l’émotion (et parfois, les deux en même temps !).

To your eternity

To your Eternity 1

Yoshitoki Oima est désormais une auteure qu’on connaît. Fort du succès de A silent voice (dont je vous avais parlé pour la sortie du premier tome) et en attente de son adaptation en long métrage d’animation, les éditions Pika lancent sa nouvelle série, To your eternity, après une prépublication au format numérique.

Au commencement « il » était une sphère.

Dans ce manga, on suit un être a priori extraterrestre qui a été envoyé sur Terre et qui est observé par le narrateur. Il est doté de deux facultés principales : la première est de pouvoir prendre une nouvelle apparence lorsqu’il subit un choc émotionnel significatif, la seconde est tout simplement d’être immortel. L’histoire démarre lorsque cette force mystique prend sa première apparence d’être vivant : celle d’un loup. C’est ainsi que débute un long chapitre introductif mettant en scène l’amitié entre un garçon vivant seul dans une tribu polaire et cette créature ayant pris l’apparence du loup décédé.

Après nous avoir fait ressentir des émotions en pagaille avec A silent voice, la jeune mangaka se fixe une fois de plus l’objectif de nous émouvoir en affirmant clairement que pour que le récit progresse, le personnage principal doit ressentir de fortes émotions. Bien entendu, par empathie, le lecteur les ressent également. Je me demande bien comment va évoluer le récit, en espérant qu’on ne tombe pas dans le pathos (bon, elle gère bien le sujet, il n’y a pas de raison) mais surtout qu’elle ne reproduise pas les mêmes erreurs que dans A silent voice : à savoir perdre de vue la thématique principale du handicap et narrer l’histoire de plus en plus maladroitement. Autant ce n’est pas forcément dérangeant dans un récit en tranches de vie, autant dans le cadre d’une histoire fantastique, ça pourrait devenir gênant.

Mais j’ai confiance, car ce premier tome de To your eternity est très riche. Passé le premier chapitre, on s’intéresse cette fois à un peuple vivant dans la forêt et adepte de croyances païennes. Yoshitoki Oima réinterprète une légende folklorique en ajoutant un zeste de surnaturel, en marge de la présence de l’immortel. Cet intérêt pour les populations reculées, proches de la nature, fait le charme du manga. C’est d’autant plus vrai que l’œuvre est sublimée par le trait de l’artiste. Des personnages à la bouille attachante pour lesquels on se prend rapidement d’affection, des animaux majestueux, des décors envoûtants… En plus, le manga à un aspect glauque que je trouve fascinant dans sa représentation graphique, la rencontre entre l’immortel et la petite March en est le meilleur des exemples, je suis resté en admiration devant ce passage.

Plus encore que A silent voice, To your eternity est pour moi un immense coup de cœur. Je n’ai qu’une hâte, c’est de lire la suite et voir comment le manga va évoluer. En attendant, Yoshitoki Oima prouve tout son talent et qu’elle est définitivement une auteure sur qui on peut compter.

Meloku

Tokyo Alien Bros.

tokyo alien bros

Eux aussi débarquent sur Terre, eux aussi constituent un immense coup de cœur, je parle bien sûr des Tokyo Alien Bros. de Keigo Shinzo. Je ne vais pas m’attarder longuement sur ce manga dont Andrea vous a déjà parlé mais je ne pouvais pas non plus passer mon chemin sans rien dire.

On y découvre deux frangins : l’un vit sur Terre et se fond si bien dans le décor qu’il en oublie sa mission d’observer les humains, l’autre qui vient lui rappeler son devoir et qui a plus de mal avec la vie tokyoïte.

Et c’est cool.

Oui, cool. Le manga est fun et détendu, le style du jeune auteur ajoutant beaucoup à cette atmosphère. Mais c’est surtout dans le ton que la fraîcheur se fait sentir : Tokyo Alien Bros. est décalé. En fait, les deux frères observent les humains de leur regard neuf et essaient de vivre comme eux, de se fondre dans la population… Et étonnamment, ça marche (quand bien même ils trinquent à l’eau de javel).

C’est vraiment ce mélange entre décontraction et observation des humains que j’ai aimé dans ce premier volume. L’air de rien, sans qu’on s’y attende forcément, des émotions fortes nous submergent, des délires esthétiques nous attirent… Il est fort Keigo Shinzo, très fort. Nul doute que si Tokyo Alien Bros. représente parfaitement la SF japonaise des années 2010, le jeune mangaka est un auteur de demain.

Meloku

O.B.

ob 1

Un peu de triche, vu qu’ici je parle évidemment des deux tomes, sortis en même temps. Quelques mois après la fin de Sotsugyosei, IDP sort la suite de ce BL d’Asumiko Nakamura. Mais contrairement aux deux séries précédentes, O.B. est un recueil de chapitres indépendants (pour la plupart), avec des personnages récurrents, se déroulant à différentes époques (par exemple, le chapitre #3 est un flash-back sur Koma et Ryû). On suit la vie de ce petit monde, de ces couples, sur quelques jours, quelques moments particuliers de leurs relations.

Si cela fait plaisir de revoir Sajô et Kusakabe quelques temps après qu’ils aient quitté leur vie de lycéens, on retrouve aussi d’autres personnages de cet univers. Et, en fait, c’est bien là le problème. La narration de la mangaka permet de s’attacher à ces nouvelles têtes, mais on devrait déjà les connaître. Ce sont des persos apparus dans Sora to Hara, le spin-off consacré au professeur Hara (d’où le nom du one-shot). Koma, le héros du chapitre #3, est une connaissance de Sora. Sans avoir lu le manga dans lequel apparaissent tous ces persos, cela devient difficile de situer qui est qui par rapport à qui.

Il n’empêche qu’un titre d’Asumiko Nakamura se savoure, et la mangaka sait créer de touchantes scènes avec ses héros et que son couple phare est toujours aussi attendrissant. Le chapitre sur Hara est particulièrement émouvant.

Concernant l’édition, un gros bémol avec l’encre noire des pages qui bave grossièrement sur la page suivante, c’est dégueulasse. Berk.

Bobo

Gloutons & Dragons

gloutons 1 & dragons

Premier titre de Ryoko Kui à parvenir en France, il s’était déjà fait remarqué de par ses nombreuses récompenses reçues au Japon et ses performances dans le top Oricon. Bref, Dungeon Meshi était attendu. Malgré le titre international « Delicious in Dungeon », Sakka a opté pour la francisation. Mais on obtient Gloutons & Dragons, plutôt que Donjon & Gloutons, qui aurait été plus fidèle au titre original, tout en gardant la référence au jeu de rôle. Pour rester sur le côté éditorial, je trouve le logo étrange à lire, avec le numéro si proche du titre : « Gloutons 1 & Dragons » ? De même, difficile de déchiffrer le nom de la mangaka.

Bref. Revenons-en au manga. Tout débute lorsque Farynn, la sœur du héros, se fait manger par un dragon. Par chance, un dragon met plusieurs semaines, voire mois, à digérer, et l’équipe de bras cassés repart à la rescousse, après une halte pour soigner les vilains bobos. Aidé de Marcycle l’elfe magicienne et de Tylchak l’halfelon voleur, Laïos sera rejoint en route par un nain gourmet : Senshi. C’est principalement grâce à lui et à ses compétences de cuisine qu’ils pourront survivre durant leur progression. En mangeant les monstres qu’ils affrontent ! C’est ainsi qu’une aventure gastronomique commence !

C’est un délire totalement japonais, mélangeant deux univers opposés : les mangas culinaires et ceux d’aventures façons RPG (mais le vice n’est pas poussé au point d’afficher les HP des monstres ou des héros par exemple). Pour le moment, le principe est simple, avec un monstre (et donc une recette) par chapitre. Après avoir simplement posé son univers en une page (un mystérieux château enterré par un sorcier maléfique), la mangaka se permet donc de prendre une voie facile, dommage. Heureusement, le bestiaire original et l’humour du titre laissent une bonne impression. L’auteure réussit à rendre appétissant des plats à base de créatures peu ragoûtantes ! On sort du titre avec une envie de grignoter…

Ryoko Kui a un style simple mais détaillé, notamment au niveau des décors, avec une mise en scène efficace qui permet une rapide immersion dans son univers. Les personnages sont toujours très expressifs, surtout Marcycle, le boulet de l’équipe, dont on rit à ses dépends.

Une très bonne lecture, dont il ne manque pas grand chose pour en faire l’un des immanquables de l’année. Espérons que l’univers à peine esquissé se dévoile un peu plus au fil des tomes.

Bobo

Le chant des souliers rouges

le chant des souliers rouges

Après m’avoir fait pleurer avec My Girl, émerveillé avec Un bus passe et fait battre mon cœur avec À l’unisson, Mizu Sahara est de retour dans les librairies francophones avec Le chant des souliers rouges.

On y suit un jeune garçon qui reste cloîtré chez lui car il s’est fait rejeter par ses camarades du club de basket. Et pour cause, étant le plus fort au début du collège, il a mal vécu d’être rattrapé par les autres et de s’être fait écarter de l’équipe. Bref, maintenant qu’il est au lycée, il se souvient qu’un jour, lorsqu’il allait jeter ses baskets sur le toit de l’école, il a surpris une fille faire la même chose avec des chaussures de flamenco. De retour au présent, il découvre que ce jour-là, il a changé la vie de sa camarade : elle accepte désormais son grand corps et le met au service du basket. Voyant cela, il décide de sortir les chaussures de flamenco du placard et de lui aussi faire un pas en avant, dans des souliers rouges tant qu’à faire.

En somme, Le chant des souliers rouges parle de reconstruction et le fait à travers différentes rencontres et activités sportives. Bien que le sujet soit grave, il s’agit d’un titre positif (tout en restant émouvant) car le personnage est en dépression dès le début du manga et en sort progressivement. Oui voilà, Mizu Sahara nous donne du baume au cœur, nous transmet l’envie de ne pas rester enfermer dans des idées noires. Alors sa narration est toujours aussi maladroite, avec des rencontres qui arrivent toujours à point nommé mais… ce n’est pas grave, ce n’est pas en cela que réside l’intérêt du manga (pour faire le parallèle avec Yoshitoki Oima, c’est un peu la même chose que pour A silent voice). Non, le manga brille par la justesse des émotions dépeintes par l’auteure. C’est ni trop ni pas assez, c’est juste ce qu’il faut pour nous émouvoir au sort des personnages.

En plus, Mizu Sahara ajoute une émotivité particulière de par son trait. À la fois charmeur et maladroit, ses inconstances lui confèrent un air mélancolique. Son découpage est lui aussi merveilleux, les cases s’enchaînent comme une douce mélodie qui parviendrait à nos oreilles. C’est posé, le calme ambiant pouvant être troublé à tout moment par des sentiments qui rejaillissent.

En définitive, Le chant des souliers rouges est un manga sublime marquant le retour en grâce d’une auteure qu’on ne trouve que trop rarement dans nos librairies.

Meloku

J’ai bien aimé aussi.

Bobo

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3 réflexions sur “Manga au singulier #5

  1. Ucho

    Je suis intrigué par ces œuvres, j’aime bien l’originalité des idées abordés, en espérant que ça reste bien traité par la suite.
    Comme je ne connais pas ces auteurs, ça sera une plus grosse découverte pour moi, merci !
    (Je vais lire « le chant des souliers rouges » et « to your eternity », ils attirent vraiment mon attention)

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