De l’adaptation des couvertures

Souvent, lors de l’annonce d’un manga dont la parution approche, je m’intéresse à l’allure de la couverture, surtout pour le logo vf, la numérotation, ce genre de trucs. On peut avoir des déceptions sur certains logo, par exemple personnellement je trouve celui de Blood Blockade Battlefront affreux, mais ça va rarement au-delà (= le dégoût). Puisque normalement, il n’y a aucune raison de modifier l’illustration d’origine. Je dis bien, normalement… Il y a une lointaine époque, changer les couvertures d’une série pour la parution vf était monnaie courante (Karakuri Circus, Inugami chez Delcourt…). La justification est multiple. Problèmes de droits d’image (comme pour les photographies utilisées pour les couv’ japonaises de Detective Conan, en France chez Kana), un espoir peut-être un peu naïf de relancer des ventes trop faibles (Samidare chez Ototo ou les deux exemples de Delcourt cités plus haut), ou même pour briser la monotonie d’un fond toujours identique (Yu-Gi-Oh chez Kana, Fruits Basket et beaucoup d’autres shôjo chez Delcourt/Akata). Parfois, seul le premier tome subit une modification, avec une illustration qui doit mieux représenter l’ensemble de la série (Animal Kingdom chez Ki-oon, ou encore le relooking quasi intégral d’Ikigami chez Kazé Manga). Evidemment, l’éditeur cherche ainsi à adapter son livre au public français, espérant donc de bonnes ventes. Pourtant, le résultat n’est pas toujours réussi…

Le sujet fait souvent débat, entre les partisans d’une adaptation minimale et ceux pour qui les choix des éditeurs français sont forcément approuvés de A à Z par l’éditeur et le mangaka japonais donc c’est OK. Récemment, un thread twitter a fait resurgir le débat sur le devant de la scène, me rappelant que j’avais cet article en préparation depuis trop longtemps ( = la sortie d’un certain titre en début d’année). Si la pratique ne semble jamais avoir réellement disparu, on constate une recrudescence du phénomène, au grand dam des puristes, et sans que cela soit toujours bien justifié (quand justification il y a)…

Chronologie des faits.

Ainsi, mi-2016, c’est Panini qui ouvre le bal en changeant les couvertures de Soul Keeper, remplaçant les fonds ocres et travaillés par des fonds noirs sans saveur. Cela change drastiquement l’ambiance voulue par l’auteur. A côté de ça, les couv’ de Kimi no Knife n’ont pas été changé d’un iota, malgré leur affligeante redondance d’un tome au suivant. Ici, la raison serait un problème de droits, mais impossible de retrouver le tweet de justification.

Puis, fin 2016, lorsque Ki-oon annonce Les fleurs du mal, de Shuzo Oshimi, auteur qui s’est fait connaître en France grâce au travail d’Akata, le visuel des couvertures choque. En effet, au Japon, les trois premiers tomes ont des couv’ en noir et blanc, façon case de manga avec un personnages et une bulle de dialogue (dans laquelle on ne retrouve pas le titre mais une phrase caractéristique du perso). Adieu la bubulle, mais surtout ADIEU le noir et blanc. Tout a été colorisé, et évidemment pas par l’auteur (quoi qu’en dise Ki-oon)… C’est affreux, et fait un contresens total avec le propos artistique du manga. Heureusement que seules les trois premiers tomes furent sujet à ce traitement inhumain (mais en même temps, les couv’ suivantes ne sont pas en N&B).
Au même moment, c’est le Lézard Noir qui annonce une longue série encore en cours au Japon : la Cantine de minuit. Sauf que les couvertures originales dévoilent, tome après tome, une simple assiette garnie, un plat appétissant, mais rapidement répétitif. La solution fut vite trouvée, en prenant des illustrations, elles aussi vraisemblablement pas colorisées par le mangaka (mais c’est déjà plus réussi). Pour le coup, c’est un changement positif.

Le changement suivant arrive en début d’année chez Kana. Avec un anime à succès sorti à l’automne 2016, March comes in like a lion était très attendu, et personnellement j’adorais les illustrations toutes douces de Chica Umino. Et là, c’est le drame. L’éditeur décide de changer la mise en place de l’illustration, l’encadrant façon vieille photo, mais du même coup réduisant sa taille. Autant l’effet obtenu est plutôt sympa, autant c’est criminel de diminuer la taille de dessins aussi beaux, et qui fourmillent toujours de détails agréables à l’œil. De véritables scènes de vie se déroulant sous nos yeux, qui se retrouvent désormais figées à l’état de photographies d’instants révolus. Sans même compter ce fond blanc, vide et fade qui prend trop d’importance, c’est quand même n’importe quoi !

Toujours chez Kana -décidément, ça va devenir une (mauvaise) habitude-, arrive peu de temps le seinen que je n’attendais pas, Après la pluie. Après lecture, c’est un véritable coup de cœur. La jeune autrice a réussi un tour de force :  réduire à néant mes a-prioris négatifs. On partait de loin, pourtant, car il faut préciser que les couvertures japonaises ne me donnaient pas spécialement envie, avec à chaque fois seulement Akira, fixant lecteurs et lectrices de ses grands et beaux yeux. Pour le coup, l’illustration proposée par Kana pour le premier tome, réunissant la jeune lycéenne avec son patron, était bien plus intrigante, avec des tons doux et une sobriété qui colle bien à l’oeuvre. De plus, la couv’ d’origine est simplement déplacée en quatrième de couverture, donc on ne perd rien. Du moins, c’était le cas pour le premier tome. Ce que j’ai découvert a complètement changé mon opinion sur les changements opérés par Kana.
Ainsi, la couverture du tome 2 reprend le même schéma : Masami et Akira avec un parapluie, sur un fond uni. Comme pour le premier tome, alors que l’illustration originale fournissait un décor fleuri très joli, ici, on le vire, au profit d’un aplat de couleur super sobre, pour une ambiance moins shôjo, je suppose. Déjà, de base, j’appréciais moins cette illustration, mais là… Je trouvais à l’origine ce changement plutôt positif, mais plus ça va et moins les modifications apportées aux nouvelles illustrations me plaisent.Du coup, rebelote pour le tome 3 ! Cette fois encore, le graphiste a décidé de détourer Akira afin de mettre un aplat verdâtre en arrière-plan. Sobriété de type seinen, BIG KANA, insistons bien, on ne veut pas de fleurs !!! La comparaison avec le travail de l’éditeur coréen n’est pas à notre avantage. Eux aussi ont fait le choix de changer les couvertures, en prenant à chaque fois la même ilustration qu’en vf, sauf que le fond n’est jamais changé, et qu’aucun personnage n’est ajouté ou enlevé. Le résultat est bien mieux, comme on peut le constater ci-dessus avec l’exemple du t3.

Finalement, pour ne pas avoir « Akira qui nous fixe intensément » volume après volume, on change pour « Akira & un parapluie ». Pour chaque tome. Est-ce vraiment mieux ? Surtout que cela se fait en sacrifiant les quatrièmes de couv’ d’origine, qui représentent les personnages secondaires… Triste. Ci-dessus, un aperçu de ce qu’on loupe, pour le 5 premiers tomes.

Mais je crois que rien ne pourra jamais détrôner Delcourt/Tonkam dans les changements graphiques immondes (je suis optimiste !). Alors qu’ils avaient failli toucher aux couvertures de Jojolion (les effets « splash » avait fuité sur une version provisoire), qu’ils ont déjà modifié celles de Perfect Crime (les fonds psychédéliques ont laissé la place à des aplats noirs avec rajout d’un filtre gris pour assombrir le personnage central), ils ont continué sur cette pente dangereusement glissante. En effet, le groupe Delcourt/Tonkam détient actuellement la palme d’or pour le travail effectué (si on peut appeler ça ainsi) sur les couvertures de Innocent Rouge, suite de la première partie du manga de Shin’ichi Sakamoto.

Alors que les couvertures de cette première partie (en neuf tomes) respectaient fidèlement leurs homologues japonais, ici, c’est un véritable massacre. Nouveau logo, mis à l’horizontal, et un fond rouge tiré d’un des décors présents dans le tome relié, alors que Marie est dans le même temps mise en retrait… C’est horrible. L’alliance des couleurs, de ce fond atroce et de la nouvelle typographie du titre… Un véritable massacre. Sans même prendre en compte le dos et la quatrième de couverture. Rien n’est raccord avec la première partie, ça défie toute logique.

Comme la plupart de ces séries sont en cours, en France comme au Japon, on a devant nous encore de belles années de modifications en tout genre, pour notre plus grand déplaisir. Super. Chouette.

PS : je ne parlerais pas d’Akata, qui sont coutumiers des adaptations partielles ou totales (Rouge Eclipse, Prisonnier Riku, Desperate Housecat & Co, Chevalion, et j’en passe), et dont le résultat est plutôt positif à mon goût (même si celles de Rouge Eclipse étaient très bien en vo).

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10 réflexions sur “De l’adaptation des couvertures

  1. Très intéressant ! Bravo pour ce bon article. Je rejoins votre avis sur beaucoup de point, même si sur Innocent je ne trouve pas ça aussi horrible. Refaire une couverture c’est dénaturé de toute façon le travail d’origine de l’éditeur japonais. Mais lorsqu’on voit les toutes premières couvertures de Sailor Moon, Ranma et Dragon Ball (enfin les premières couvertures Glénat en France) on a tout de même fait une grosse avancée depuis ! ;)

    1. Je parle d’Innocent Rouge, la version avec un fond rouge en plus et un logo tout en boucle, style roman de la collection Harlequin.
      Sinon, oui, il y a eu du chemin parcouru, mais je ne crois pas que prendre comme référence les pires couvertures soit une bonne idée. >_<

      1. On aurait pût garder les pires couvertures. La preuve, en Amérique, les mangas ont une couverture dure horrible quelque soit l’éditeur. Par exemple Kinnikuman Nisei traduit en……. Ultimate Muscle. On a tout de même des éditeurs qui font un sacré boulot même si je le répète encore, je suis d’accord avec l’article.

        1. Les couv’ cartonnées et les titres en anglais, c’est plus au niveau de l’édition que de l’esthétique (ce qui m’intéresse ici). Et il y a parfois de bonnes idées, comme de mauvaises, ici comme aux USA.

  2. Et parfois ils échangent les personnages sur les couvs des séries. Comme Prison School par exemple, ils ont mis Meiko sur le premier tome à la place du héros car elle est la véritable protagoniste de la série !

  3. Il y a évidemment matière à critique sur un certain nombre de couvertures récentes (j’ai pour ma part franchement du mal à digérer celles de Ki-oon pour les Fleurs du Mal), mais c’est assez incomparable avec la grande époque des années 1990, où Glénat affublait ses titres poche d’une austérité monochrome dégueulasse (les premières éditions de Dragon Ball, notamment), où Manga Player nous infligeait un logo énorme et hyper criard, et où Kana chiait complètement la typo de 90% des titres qu’il récupérait. Et pourtant, c’était le moindre des problèmes éditoriaux à l’époque, comparé aux autres (français approximatif, traduction aléatoire, encre et papier pourris, sens de lecture inversé…).

  4. Les adaptations de couverture, à la rigueur, je m’en moque. Mais alors les changements de format et de logo sur le dos au milieu d’une série (coucou Tonkam), je n’apprécie pas du tout.

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