L’attaque des Titans : avis d’un retardataire

Ce fut le manga de l’année 2013 pour certains : L’attaque des Titans, de Hajime Isayama. Publié en France chez Pika, avec déjà 22 tomes à son actif (et 23 dans son pays d’origine et toujours en cours alors que le mangaka avait annoncé finir avant le tome 20 mais bon, ça fait comme Dorohedoro, on est habitué).

attaque des titans review.png

Alors que tout le monde s’est jeté dessus avidement, alors que tout le monde a dévoré les deux premières saisons en partageant maintes screenshot sur Twitter sans la moindre gène, il faut toujours qu’il y en ait qui soient à contre-courant, genre « je vous laisse à vos shônen mainstream pendant que je lis mon seinen intelligent, raffiné et méconnu », le tout en sirotant un verre de vin et en se frottant la barbe de hipster. Ce relou, c’était moi (et le seinen, c’est L’ère des Cristaux).

Mais, le travail de Meloku, qui depuis 4 ans s’efforce et s’acharne à maintenir une propagande de qualité, ce travail de titan a fini par payer. Fin Août, j’ai pris le début de la série (presque la moitié en fait, ahah), sept jours plus tard j’avais l’intégrale des tomes sortis en France. Faut dire qu’au demeurant, j’étais parti avec un a priori négatif. Le concept me paraissait bancal : je ne voyais pas comment l’humanité avait pu avoir le temps de construire un mur gigantesque pour se protéger des titans alors que ces derniers les pourchassaient sans relâche. Et en plus ça me paraissait être un survival manga, comme on en voit partout en ce moment. Bref. J’ai toutefois cédé, sachant qu’en quatre ans de présence sur le net, j’ai eu le temps de me faire spoiler méchamment certains aspects du manga.

Il y a un titan colossal, plus grand que les autres
Il y a d’autres titans spéciaux comme lui, des sortes de « boss »
Il y a des humains qui se transforment en titans (ou qui peuvent contrôler des titans ?) et le héros en fait partie
Il y a un arc « chiant »

Heureusement que tout ceci est dévoilé dans les tout premiers tomes (sauf l’arc soit-disant relou), et que le reste des SPOILERS est passé largement au-dessus de mes considérations. Le tome 1 nous plonge directement dans l’action, avec l’arrivée du Titan colossal, avant de revenir en arrière, lors d’instants plus tranquilles et heureux, mais plus pour longtemps. C’est d’ailleurs une technique que Isayama utilise fréquemment, lors de passage bien angoissants ou trépidants, afin de laisser son récit respirer. J’aime beaucoup cette façon de forcer les lecteurs et lectrices à garder patience pendant qu’il développe ses personnages et son univers en plein milieu d’une scène de carnage particulièrement sanglante,  alors que l’on a qu’une envie : savoir comment nos protagonistes vont s’en sortir. Ces flash-back sont souvent très opportuns, et peuvent rapidement apparaître comme une manière artificielle de montrer que tel ou tel développement du scénario était en fait prévu depuis le début, la preuve en image avec cet ingénieux retour dans le passé. Si la narration est donc très efficace et donne envie d’élaborer des théories fumeuses après la lecture de chaque volume, en montrant au fur et à mesure des chapitres un univers bien plus étendu que se laissent croire les premières pages, il ne faudrait toutefois pas abuser de ce procédé.

Bobo IRL

J’aime bien aussi l’aspect politique & religieux qui pointe son nez au tome 3, lorsque le sort d’Eren doit être décidé par une Cour de justice implacable. Un côté du manga qui prend de l’ampleur lors du fameux « arc chiant », que j’ai trouvé effectivement un peu long, mais riche en rebondissements. Et ces passages m’ont rappelé certains bons moments de Fullmetal Alchemist, même si ce n’est pas le seul manga dans lequel les élites dirigeantes sont corrompues (mais peut-être l’un des seuls dans lequel l’armée complote AVEC les héros pour renverser le pouvoir en place ?).

La présence  d’agents (Titans) dormants (plus ou moins consciemment ?) parmi la population lambda, à l’instar de certains Cylons dans Battlestar Galactica, rajoute un aspect thriller haletant. Comme pour ces derniers, on peut se demander s’ils sont nombreux et s’ils ont un plan. En tout cas, on devine que certains doivent être présents dans le groupe du bataillon d’Eren, Misaka et Armin, histoire de bien chambouler le lecteur (parce que révéler que tel titan est un inconnu ben ce serait fort décevant)(un peu comme si de telles révélations fortement attendues avaient lieu au cours d’une banale discussion n’est-ce pas ^_^ ).

Quoiqu’il en soit, l’auteur maîtrise son récit, à défaut de maîtriser les proportions. La rumeur disait vraie : le style du mangaka est très brouillon, assez peu précis, privilégiant le dynamisme et l’immersion, plutôt que le réalisme. Certaines perspectives peuvent être ainsi très réussies comme totalement ratée. Et si les personnages sont quant à eux normalement proportionné (quand l’auteur ne se trompe pas), les titans sont difformes, malingres, malgré des traits super-réalistes, inspirant autant la crainte que le malaise. Et ça, c’est génial.

Certainement pas la manif pour tous

Meloku avait tenté de me convaincre de lire ce manga en me parlant de cristaux et de LGBT (faudrait que je retrouve la formulation exacte). Si la présence de ces deux éléments est avérée, l’un des deux est fortement exagéré : les cristaux. En fait, sans spoiler, pour le moment, il s’agit d’un cristal au singulier. Moi qui m’attendais à voir un Titan Cristallin dont l’éclat illuminerait chaque page du manga…

Par contre, il y a bien des personnages LGBT, et ça c’est cool. Car ce ne sont pas uniquement des sous-entendus (ni même des délires de fans pour des doûjin salaces). Et même si ce n’est pas écrit directement en gras, police Verdana taille 16, pour qui sait comprendre, c’est clair. Evidemment, dans un monde où la mort peut frapper à tout instant, Hajime Isayama ne prend pas trop le temps de s’attarder sur la romance et les effluves de bons sentiments. Pourtant, au fil des pages, un couple sort du lot, et j’ai hâte que tout cela se concrétise… On a également un personnage dont l’identité de genre est volontairement floue et Isayama a confirmé plusieurs fois son refus de statuer et d’utiliser des pronoms genrés, notamment pour les traductions étrangères (faudrait relire attentivement pour voir si Pika respecte bien ce souhait).

En bref, L’attaque des Titans m’a conquis, devenant le shônen de l’année (ou seinen selon Pika, mais les catégories éditoriales, pour ce que ça vaut…). Preuve qu’il n’est jamais trop tard pour s’y mettre !

attaque des titans livai
Mais bon, le hipster va retourner lire All Rounder Meguru
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Une réflexion sur “L’attaque des Titans : avis d’un retardataire

  1. le Historia x Ymir, je pense que personne ne le prenait au sérieux à part les fangirls de shipping, c’est tellement gratuit que tu te dis que c’est du fanserv.
    jusqu’à ce qu’Isayama qui annonce nature peinture « ah non, elles couchent bien ensemble ».

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