Seven Deadly Sins & Black Clover : le non-renouveau apprécié du shônen manga classique au service du médiéval fantastique

Alors que se termine un shônen manga qui aura bien marqué son temps par la productivité de son auteur avec ses 63 tomes, j’ai nommé Fairy Tail, le genre med-fan (médiéval fantastique) est encore très loin de disparaître de nos rayons. Déjà bien développé dans des œuvres cultes comme Berserk ou Claymore, celui-ci est revu dans un contexte davantage nekketsu. Il s‘agit ici de moins de noirceur dans le traitement de la narration et du développement des personnages, le regard utilisé pour témoigner de l’action est moins cru. Petit tour d’horizon de deux titres à l’actualité chaude qui font beaucoup parler d’eux et qui viennent s’inscrire dans la digne tradition du nekketsu.

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Meliodas se lance dans une aventure épique !

Il était une fois…

Seven Deadly Sins, de Nakaba Suzuki (manga chez Pika, anime chez Netflix ou Kana Home Vidéo, 23 tomes – en cours), se déroule dans un univers de type européen féodal avec son lot de chevaliers et châteaux, et pour cause : il s’inspire directement de l’imaginaire arthurien. Son bestiaire fantastique s’agrémente d’une forte dose de magie qui devient l’argument d’autorité par excellence lorsqu’il s’agit de conférer des pouvoirs aux personnages et ainsi les doter d’un classement de puissance permettant de prévoir des duels et autres bagarres de groupes propres au genre. Black Clover, de Yûki Tabata (manga chez Kaze Manga, anime chez Crunchyroll, 9 tomes – en cours), se passe dans le même genre d’univers. Une société féodale régie et protégée par des chevaliers (terme utilisé au masculin mais il s’agit d’hommes comme de femmes dans les deux œuvres) mais qui sont aussi dans le cas présent des mages. Ils tirent leurs pouvoirs de grimoires obtenus lors d’une cérémonie annuelle à laquelle participent ceux qui ont récemment fêté leurs 15 ans. Répartis en 9 compagnies, on a le même sentiment de “famille” que dans une guilde de Fairy Tail malgré l’aspect militaire qui rappellera à certains Bleach. Cependant chaque manga possède son identité propre qui viendra s’affiner avec le temps.

Seven Deadly Sins propose une sorte de road-trip durant lequel Meliodas, chef d’une bande de hors-la-loi légendaires, cherche un par un ses compagnons perdus de vue. Chacun des 7 membres de ladite bande s’attribue un des 7 péchés capitaux (d’où le titre éponyme) et possède un moment de son passé ou une part de sa personnalité en relation avec ce péché. Cette quête les verra se réunir petit à petit tout en mettant en lumière un complot politique. Sans trop en révéler, l’histoire se développe surtout à travers ses protagonistes et leurs relations. Que ce soit le passé qui les lie ou les sépare, c’est en révélant ces mystères antérieurs que le futur se dessine de moins en moins (ou l’inverse ?) trouble.

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Asta prêt à conquérir le monde !

A contrario, dans Black Clover, on suit des adolescents dans leurs débuts. Évidemment orphelins et aux origines inconnues, les deux amis/rivaux auront leurs propres secrets mis en jeu, mais c’est à l’auteur d’en décider et il semble prendre tout son temps, ce qui est une bonne chose. C’est principalement l’aspect épopée initiatique qui anime le récit du manga. Le protagoniste Asta est spécial à sa manière puis se découvre un pouvoir unique qui fait de lui quelqu’un d’encore plus spécial. Motivé par son ambition, il donnera tout pour achever ses rêves. Sur le papier, sa rivalité avec son meilleur ami et ses motivations personnelles sont à la limite du plagiat de Naruto : l’auteur se débrouille néanmoins très vite pour insuffler sa propre touche à son manga et ainsi éviter de tomber dans la facilité de trop copier les recettes qui marchent des voisins. Il est intéressant de souligner qu’un shônen manga qui sait marquer les esprits possède souvent un nom rapide à mémoriser qui nous rappelle directement le vif du sujet. À savoir ici la particularité du grimoire d’Asta.

Je n’ai qu’une philosophie…

Pourquoi parler de classique ? Ces deux mangas n’ont rien inventé et c’est bien là l’intérêt : ils portent les stigmates de leurs prédécesseurs en étant le fruit d’un modèle facile à copier qui perdurera. Que ce soit Meliodas et sa puissance très élevée dès le commencement de l’histoire, entouré d’un passé mystérieux et de motivations troubles, qui m’a rappelé le traitement de Ban dans GetBackers ; ou Asta l’orphelin dépourvu de pouvoirs qui en obtient un malgré tout mais ce dernier semble très spécial. Bref, que du déjà-vu mais ce n’est pas un problème, tout se joue par la suite sur comment l’auteur vient ficeler le reste de son manga à partir de ce postulat de départ. Les univers sont alors détaillés par la force des choses, les histoires, lieux et personnages venant se greffer au socle de base imaginé par l’auteur, et nekketsu oblige : les deux protagonistes sont des têtes brûlées.

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Black Clover développe très vite cet aspect « famille » apprécié des lecteurs de One Piece.

Ce trait de caractère indispensable au genre est presque accentué à l’extrême tant Asta comme Meliodas vont foncer tête baissée dans tous les dangers sans trop mesurer la portée de leur acte. Alors que l’un compte sur son expérience au combat et bénéficie d’une puissance énorme, l’autre n’est qu’un néophyte qui part souvent perdant mais ça ne l’empêche pas de gagner, souvent grâce à l’appui de ses alliés. Et on y est : encore un code primaire du nekketsu : le pouvoir de l’amitié. Car oui, l’union fait la force et c’est sans cesse répété à travers les affrontements qu’il y aura. Si un personnage commence à perdre c’est parce qu’il a oublié le soutien moral de ses amis (qui lui redonne une deuxième jeunesse lorsqu’il s’en rappelle) ou qu’il a voulu se la jouer solo et quand les renforts arrivent tout va bien mieux. Ce sont ces petits moments clichés qui font le sel d’un shônen manga, en essayant d’inculquer des bonnes valeurs aux lecteurs, souvent un public jeune et également en plein apprentissage.

… mais toujours le poing levé !

Et c’est cet aspect apprentissage, leçon par leçon, qui va primer dans la narration et le découpage des étapes d’une histoire. Lors de combats, ce qui prime sera alors davantage l’accomplissement effectué, la finalité à court terme de l’action et non pas des probables conséquences dans l’avenir. Ici c’est le dynamisme déployé et l’énergie utilisée qui vont temporairement prendre le dessus sur des enjeux souvent trop grands pour une seule personne. Les codes du nekketsu veulent que le protagoniste connaisse des moments de défaite pour mieux rebondir suite à un entraînement alors qu’un manga plus mature accusera de la cruauté du monde avec une réalité sans compromis : un échec est souvent accompagné d’une sanction définitive. Il faut voir cet aspect de l’écriture d’un shônen manga davantage comme un trait positif ajouté volontairement à la progression des personnages et non pas comme une version édulcorée de ce que serait la réalité, bien que ça en soit le cas. Les blessés graves se rétablissent généralement tôt ou tard sans trop de séquelles, les morts ne le sont que rarement, les obstacles ne sont jamais hors d’atteinte et la bonne humeur tient à prévaloir sur le fatalisme typique d’une œuvre de med-fan portée sur le réalisme comme un Berserk qui oppose l’humain avec le divin dans des affrontements perdus d’avance.

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Autre exemple de « famille » où tout le monde est relax.

Dans Seven Deadly Sins le lectorat sera souvent amené à témoigner de défaites et scènes à haute densité dramatique, mais il sera vite rassuré également en voyant qu’à chaque problème l’auteur répondra par une solution. L’espoir à ne jamais perdre sera alors le leitmotiv des personnages. La solidarité chat/chien entre les protagonistes, ni blanche ni noire mais nuancée de gris est assez rafraîchissante et permet d’offrir une palette de situations plus naturelles et décontractées. Dans Black Clover, c’est l’ambition sans limite et sans honte d’Asta qui le fera sans cesse repousser ses limites et croire en l’avenir. Une forme d’espoir mais pas dans le sens “espérons qu’avec le temps et nos capacités combinées nous trouverons une solution à notre problème”, car il n’y a pas tant que ça de problèmes, mais plutôt une forte volonté de progresser et de remettre son destin entre les mains d’un tout : chance spontanée, interventions inespérées d’alliés (les fameux deus ex machina qui sauvent la peau du cul de bon nombre de personnages de fiction), le pouvoir de l’amitié encore et toujours. Beaucoup de positivité tout le long des tomes lus, on est submergé par ces bons sentiments et la lecture s’en ressent grandement. Bref, déjà moins sombre et surtout plus orienté sur la foi en soi et ses amis davantage que sur l’espoir d’une probabilité de succès accrue en fonction de la réunion ou non de certains paramètres, pour voir les choses sous un angle plus scientifique. Car en chiffrant les puissances des personnages c’est l’arithmétique qui va donner le ton : untel est plus fort que machin car sa puissance est supérieure, mais il a des faiblesses à l’élément naturel utilisé par truc donc il perdra.

Du classique qui fonctionne toujours, avec son lot de surprises, d’émotions et de combats gagnés à l’avance car pipés par des rapports de force quantifiés scientifiquement. Mais un plaisir à lire si on évite de trop y réfléchir, après tout on sait très bien que selon cette logique Saitama est plus fort que Goku. 

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3 réflexions sur “Seven Deadly Sins & Black Clover : le non-renouveau apprécié du shônen manga classique au service du médiéval fantastique

  1. Black Clover est dans ma PAL découverte. Sinon Seven Deadly Sins j’ai vu la saison 1 en anime, donc pour le manga je ne sais pas si je le lirais. J’aime bien le côté fantaisy/médiéval surtout qu’il y vraiment un rendu classique de l’histoire assez entraînante.

  2. J’ai tenté de regarder Black Clover version anime, mais le doublage d’Asta dans les premiers épisodes m’a donné envie de m’ouvrir les veines. Peut-être que ça s’améliore par la suite et qu’il mérite une seconde chance, je ne sais pas (ou alors se tourner vers l’original, tant qu’à faire).
    Seven Deadly Sins, j’avais commencé à lire le manga, puis j’ai renoncé, vu que ça semblait bien parti pour tenir sur la longueur (or, une série longue, ça prend de la place, dans le budget comme dans la bibliothèque); mais vu que la série est sur Netflix, je tenterai, à l’occasion; même si Yûki Kaji en Meliodas, j’avoue que ça me laisse dubitatif.
    Quoi qu’il en soit, ton article m’amène à reconsidérer ma position sur ces deux titres, alors merci (toujours eu de l’affection pour les nekketsu, tant que la qualité était là).

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