Odin Sphere Leifthrasir, reforger les légendes.

Le jeu vidéo poursuit son infatigable autoroute vers l’avancée technologique mais certains se lèvent de l’autre côté du lit et n’hésitent pas à afficher des motivations à contre-courant. Beaucoup de développeurs indépendants n’ont pas les ressources financières pour s’équiper de matériels gourmands et capables d’afficher des rendus réalistes. Fort heureusement on peut sortir son épingle du jeu des David et des Goliath. L’absence de puissance ne constitue en aucun cas un frein ou un précipice. Nombreux sont ceux qui ont réussi à se faire un trou en jouant sur d’autres tableaux que le bras de fer de la puissance. Thekla!, Playdead, Dennaton Games, Klei Entertainment, … la liste est loin d’être exhaustive. L’exemple est aussi vrai pour des studios à taille moins fine.

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C’est le cas d’Atlus. En son sein se cache parfois un développeur qui n’a pas froid aux yeux, Vanillaware. Son président Kamitani n’hésitant pas à aller au bout de ses projets et de ses idées. Si les pancartes « On veut continuer à créer des jeux en 2D et même en 2016 ! » existaient, ils seraient sans doute lui et son équipe, les premiers à les soulever. Parmi leur catalogue, l’un d’entre eux a marqué mon attention, Odin Sphere. Un jeu qui a voyagé et subi quelques opérations chirurgicales depuis sa naissance il y a près de dix ans sur Playstation 2. Devenu Odin Sphere : Leifthrasir et doté d’une nouvelle peau l’an dernier, il a de nouveau pu prendre l’air sur tout le reste des parcs de consoles Sony (Vita, PS3 & PS4). Plus qu’une peau neuve, c’est vraiment un nouvelle vie pour le JRPG. Plus long, plus fin encore, doté d’une bande son réajustée. Tout est là pour faire ressortir le meilleur du folklore dépeint.

On aurait cru à l’introduction d’une production Walt Disney avec un château en contre-plongée et des tours aiguisées au couteau, mais il n’en était rien. En quelques millisecondes le doute s’échappe. On prépare masques et tubas pour aller plonger sans rechigner dans la féerie et les voix éthérées orchestrées par le développeur japonais. La profonde inspiration avant de tourner la poignée d’un nouveau monde. Pas de clé, juste le press start salvateur.

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Tout commence dans ce qui pourrait être un grenier aménagé en salle de lecture. Petit espace poussiéreux blindé de grimoires, prêts à se désintégrer au moindre souffle impromptu. Il est aussi gorgé de lampes bien huilées et d’un canapé molletonné cent pour cent garanti pour des cervicales endolories. Il permet en toute circonstance de mettre le fond sonore voulu. Tout est réuni pour que la petite Alice et son adorable chat noir puissent profiter de chaque mot gisant de l’ouvrage qu’on a du mal à refermer avant que le diktat de la fatigue ne l’impose. Et elle n’a pas intérêt à perdre le fil la jeune fille. Car l’un des bouquins n’est autre qu’Odin Sphere. Une œuvre complète en cinq parties récitant les exploits d’une bande de héros luttant pour sauver le monde. Rien que ça !

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Pas besoin de faire un dessin pour comprendre que ce seront, nous joueurs, qui prendront les rênes pour assurer le sauvetage en temps en en heure. Chaque personnage jouable fera écho à l’un des livres qu’Alice se délectera d’ouvrir. C’est donc d’une épopée en cinq numéros dont on se rapproche. Le sol de la pièce de vie d’Alice en sera de plus en plus garni au fur et à mesure de l’avancée du joueur. Il servira de fil rouge en quelque sorte.

Atlus tue dans l’œuf tout débat sur l’égalité des sexes dans le jeu vidéo et ferme les clapets au plus grand nombre. Deux personnages masculins contre trois féminins. L’éclectisme et la variété n’est pas de la première pluie chez le développeur. Des origines aussi différentes que la Valkyrie, le Berserker, la Princesse magicienne, le Prince maudit, ou carrément la Reine des Fées. Ce qui n’est pas sans rappeler Dragon’s Crown, mais sans la gestion du groupe et du tous ensemble. Gwendolyn, Cornelius, Mercedes, Oswald et enfin Velvet seront sous les feux des projecteurs.

Cinq profils pour une seule destinée

Chaque personnage a bien évidemment son propre gameplay, et son propre arbre de compétences pour balayer l’ennui et donner de l’ampleur à la durée de vie. Épées, arbalètes, bâtons, lances,… autant de façons différentes d’expédier dans l’au-delà ce qui se trouve en travers du chemin. Chacun d’eux vit de ses propres quêtes et de ses propres dilemmes, mais tous s’imbriquent les uns les autres dans un plus vaste scénario. Un peu comme une série télé qui va se focaliser sur un membre du casting avant de faire arriver le bus des copains.

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Les livres qu’Alice détient sont tous aussi épais et participent à donner autant de chances à ses cinq protagonistes. Ils ont tous droit au squelette de ce qu’un bouquin se doit d’avoir : prologue, chapitres (au nombre de six) et épilogue. Chaque chapitre étant par défaut un prétexte de niveau jouable. Plaines enneigées, vallons sablonneux, grottes suintantes de laves, châteaux ou chapiteaux plus ou moins amicaux ou encore montagnes d’os. Tous les arguments pour rosser l’ennemi sont déversés. Dommage d’ailleurs qu’à ce niveau-là le bis repetita se fasse entendre.

Le modèle visuel et la construction des niveaux est du même tonneau quelque soit le personnage. Le bestiaire souffre aussi de la même limonade bien que superbement conçu. Chaque chapitre est une sorte de dédale de pièces bien souvent inamicales. Tout pièce nettoyée de fond en comble méritant récompense, Odin Sphere ne lésine pas sur les coffres, équipements badass ou processus magiques. Cerise sur le gâteau, chaque combat engagé en temps réel est gratifié d’un système de notes allant jusqu’au rang S avec à la clé des gains plus importants encore. Rien de surprenant non plus, les présences de mini boss et de big boss permettent de valider le billet d’entrée suivant et s’aventurer vers de nouveaux pâturages.

Malgré ce côté copier-coller qui peut faire grincer des dents, rien n’entache le plaisir du jeu et l’envie d’aller plus loin. La soif de vouloir connaître le sort de toute la bande et en influer est intacte grâce à quelques petites formules efficaces. Maîtres à penser et artistes réunis autour du jeu ont réussi à transcender ce petit monde avec un système de progression alternatif et des ramifications de scénario inattendues.

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Seul on avance, ensemble on va plus loin…

Sous ce slogan (qui pourrait être celui d’une campagne électorale) se cache un peu la volonté de Vanillaware de faire rejoindre les destinées des Gwendolyn, Oswald, Cornelius & co. Amis, ennemis, tolérés, aucune histoire ne va se dérouler sans l’intervention d’un des cinq majeurs. Grande comme insignifiante mais toujours présente. Ce nœud tissé se décline souvent dans les autres histoires du développeur, Grim Grimoire ou Muramasa : The Demon Blade par exemple. L’impression de jouer sur tous les tableaux et de participer avec tous les doigts de la main du récit.

Les combats c’est bien mais la bouffe c’est encore mieux !

Le jeu de rôle n’a bien souvent d’yeux que pour l’enchaînement des batailles. Synonymes de level-up, coffres et autres compétences neuves, le système usé fait toujours l’unanimité. Il fait généralement pétiller l’œil du joueur affamé de puissances et de victoires. D’autres moyens ont émergé comme l’apparition de la récompense par les dialogues et les choix cornéliens qui sont impliqués. Mass Effect ou Fallout notamment.

Vanillaware a pris avec Odin Sphere le chemin de la nourriture et de l’ingurgitation gratifiante. Peu importe le taux de glycémie ou un diabète en haut du plafond. Le plus important est d’en avaler le plus possible et de varier les plaisirs du palais.

Généralement cantonné à la quantité de mobs désossés, à l’objectif atteint en temps et en heure ou à une action contextuelle accomplie, la Sainte expérience se distribue au nombre de plats goûtés. Cuisine nomade de Moody qui à chaque son de cloche proposera sa carte des repas ou bien établissements sucrés salés enfouis du Village Pooka, ils sont les fers de lance d’un level-up vite fait bien fait. Moody fera appel à la recherche de recettes et au loot d’ingrédients tandis que les habitants du Village Pooka feront tinter poêles et fumets appétissants en échange de pièces ramassées sur les champs de batailles. Dans tous les cas de figures il s’agira de ne jamais voyager léger pour profiter des multiples bonus dont Odin Sphere jouit.

Phozon de notre mieux

Tout RPG qui se respecte est généralement muni de l’arbre des compétences qui va avec. Indissociable source de progression pour affronter certains ennemis jusqu’alors invulnérables. Indispensable pour débloquer une zone jusqu’alors inaccessible ou une porte auparavant. Le soft y va aussi de son pastiche (multiplié par cinq forcément). Les compétences se débloquent au fur et à mesure de l’avancée du scénario et certaines (un peu de challenge s’il vous plait !) seront réservées aux Indy de la feuille. Rien ne viendra entraver la progression, il est tout à fait possible de venir à bout du jeu sans exploiter toutes les ramifications. Le punitif et l’exigence extrême ne sont pas le pain de Vanillaware.

Néanmoins pour faire monter de niveau tout ça il va falloir collecter du Phozon. Et quand je dis collecter c’est plutôt de pillage dont je parle. Le Phozon est un peu la matière première du jeu. Celle qui va réellement changer la donne. Sur le plan de l’histoire elle constitue la convoitise de toutes les forces en présence et mêmes les VIP. Chacun d’eux synthétise une forme de vie dans la pureté de son âme. Celles ou ceux qui détiennent le Chaudron, machine de production ininterrompue de cette énergie, peuvent s’asseoir sur le Trône et dicter leur destinée comme bon leur semble.

Possibilité d’améliorations notables de l’armement, constitution de potions, regain de forme et remontée des barres de statut, potagers comblés. De quoi mettre les pieds en éventail et regarder fructifier. Bien évidemment quand la demande est supérieure à l’offre, on se heurte à des frictions et des membres qui voltigent en bout de couloir. C’est pourquoi il faut, en tant que personnage jouable et acteur principal du jeu, en profiter. Chaque Phozon se trouve généralement derrière les cadavres des ennemis qu’on embroche tout le long du jeu. A nous d’en faire bon usage et de le dépenser avec intelligence. On peut aussi en obtenir avec certaines plantes ou en jetant certaines fioles à l’air libre. Je vous laisserai le soin de trouver le meilleur spot de farm ou les meilleures failles. L’idée de laisser à la source première de l’histoire, une part belle au gameplay est en tous les cas une bonne idée du développeur.

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Mandragores et fioles, les oubliés du chemin…

Bien que le boost des compétences des uns et des autres soient déjà un joli atout dans la manche, il ne faut pas mettre sur la touche d’autres éléments capitaux pour avancer sans trop de souci et avec une efficacité redoublée.

En baladant entre deux salles il n’est pas rare de voir une petite faille dans le sol s’agiter. La curiosité étant aussi une vilaine qualité, en frappant un coup d’épée, de pied, de baguette, de lance ou de boule d’énergie (l’embarras du choix) les petites bestioles se dévoilent et prennent la tangente. Répétez la même opération pour déraciner ce qu’on appelle communément les mandragores. Les récits divergent mais il s’agit généralement de ces fameuses tubercules qui hurlent dès qu’on les déterre. Chacun son école ou sa façon de les concevoir mais la division d’Atlus en a imaginé cinq (décidément). Navais, Carottèle, Onionne, Cubsbane et Habaneristo. Chacun a sa spécificité mais ne sert pas à grand chose sans recette préalable.

Pour que la mayonnaise prenne, il convient en effet d’avoir le bon récipient et les bonnes formules, appelées Matières. Ces dernières seront les réceptacles à bonheur avec lesquels les mélanges et les expériences les plus folles prendront vie. Disséminées sur la cartes dropées par les vagues d’ennemis ou bien accessibles via les diverses échoppes, les fioles squatteront rapidement les plus fourbus des inventaires. Les Matières ont aussi des niveaux de progression variant en fonction des recettes et des combinaisons tentées. Les effets en seront décuplés.

Onguents de soin, explosions, fumées toxiques, barrières de glace, … toute la magie s’articulera autour de ces associations entre les mandragores, leurs contenants et quelques petites bricoles. La progression n’en sera que plus aisée et l’afflux de Phozons encore plus grand. Odin Sphere fait partie de ces jeux dans lesquels tout s’utilise. Un exemple de recyclage et de zéro gâchis.

Odin Sphere aurait pu être un J-RPG lambda, de ceux dont on fixe le regard un millième de seconde avant de reprendre notre chemin, mais le blason de Vanillaware en bas à droite de la jaquette met fin à toute diversion. Actuellement en train de plancher sur 13 Sentinels : Aegis Rim, la réputation du studio n’a jamais été érodée, elle a même tendance à dorer. Se parer des plus belles pages de l’histoire du jeu vidéo dans son approche visuelle. Une 2D divine, une animation toujours soucieuse du détail et enrichissant un folklore déjà bourré d’idées depuis qu’ils officient dans l’art vidéoludique.

GrimGrimoire réouvrait les vieux ouvrages magiques de références et magnifiait les plus bourrus des mages et leurs apprentis ébouriffés. Muramasa : The Demon Blade dégainait les rouleaux les plus proscrits d’un Japon féodal mais aussi les lames les plus affutées et les plus dévastatrices de l’époque. Dragon’s Crown proposait une réécriture des classiques avec en bonus une Amazone qui ferait dégonfler de peur le bon vieux Schwarzy.

Outre la recherche d’un folklore et l’aboutissement d’un univers fortement enraciné, le dénominateur commun dans l’histoire du studio et de ses productions reste sa beauté. Rarement la 2D n’aura pu permettre de telles prouesses. Les boss gargantuesques sont légions et leurs animations ne s’embarrassent pas d’être ajustées à la taille du téléviseur. Odin Sphere revigoré par l’afflux Lethraisir en est la preuve avec une exceptionnelle galerie de portraits. Guerriers inamovibles, sorcières haineuses, princes maudits, elfes conspirateurs, rois floués, mages marmonnants, dragons revanchards. Tout est réuni pour faire scintiller les yeux. Les plus raisonnés reconnaîtront quelques chutes de framerate quand le nombre de mobs s’envolent mais cela n’entrave pas vraiment le plaisir et ne vient en aucun cas faire capoter l’envie de pourfendre.

Odin Sphere a tous les arguments dans sa botte pour en faire le jeu complet par excellence. Je n’avais pas pu mettre la main sur la mouture d’origine sur PS2 et cette  peau neuve était arrivée à point nommé. Le mode histoire à refaire avec chaque personnage, les arbres de compétences à garnir, les deux modes supplémentaires qui viendront ajouter encore une petite dose de challenge. Pour les mordus de la coupe, la complétion à 100% des trophés du jeu n’est pas très difficile mais demande une patience et un investissement de tous les diables. Le jeu peut se boucler en 15-20 heures sans trop se pencher sur tous les aspects et en enchaînant les salles, mais peut allègrement évoluer vers du 50-100 heures si on veut poncer la galette du jeu.

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Rien que pour l’artbook et le chara design sublime qui s’y glisse je pourrai craquer…

Actuellement au prix fort sur PS4 (59.99 euros) ou Vita (39.99 euros) via le Store, le jeu bénéficie régulièrement de soldes. Le marché de l’occasion tendra toujours la patte en ce qui concerne le support physique. Une valeur sûre pour ceux qui ont l’habitude de traverser les univers de Vanillaware et qui n’ont pas d’intolérances aux J-RPGs. Atlus avait aussi prévu le coup en hommage à la réédition et en récompense pour les fans de l’univers. Une édition collector digne de ce nom est sortie. Encore disponible à l’heure actuelle sur la plupart des boutiques, la situation ne sera pas forcément identique ad vitam aeternam.

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