Dear Noctis, Rhinestone Eyes

Revenge : Renaissance sanglante pour une affirmation de soi

« Putain ! Putain ! »
Voilà ce qui est sorti de ma bouche au générique de fin de Revenge de Coralie Fargeat. C’est vulgaire, c’est brut, mais ça sort des tripes. C’est le besoin d’exprimer le plus rapidement la claque que je venais de me prendre par ce film.

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L’histoire ?

Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille, se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux (Richard) est venu avec sa jeune maîtresse (Jennifer/Jen), une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres (Stanley/Stan, Dimitri/Dimi)… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à la femme.

Le seul changement apporté à ce synopsis officiel est le remplacement de « chasse à l’homme » par « chasse à la femme » car il s’agit bien de cela.

Reprenons plus en détail le synopsis afin de mettre en exergue les idées du film.

Une villa de rêve au milieu du désert, un riche chef d’entreprise qui invite sa maîtresse prendre du bon temps quelques jours. Ils sont rejoints par deux autres hommes de suite subjugués par la beauté de cette femme. Doucement s’installe un huis clos à ciel ouvert.

revenge 2

Réelle lolita, Jen est une jeune femme hyper sexuée, sexuelle, qui a conscience de sa séduction et qui aime être remarquée. Une femme qui s’assume, et parce qu’elle a confiance en son physique, parce qu’elle présente d’une certaine façon, les 3 personnages masculins la mettent automatiquement dans des cases bien établies : fille facile, écervelée, provocatrice. Sois belle et reste à ta place.

 

En quelques minutes dans le film, qui représentent plusieurs heures pour Jen, elle va vivre de multiples violences et permissions subies trop souvent par les femmes : l’intimidation, le rabaissement, le viol puis sa dédramatisation, l’insulte, l’attaque physique. Le traitement de ces thèmes, bien que succinct est juste.

Tout n’est pas clairement exprimé mais on entend presque les pensées des personnages masculins « c’est elle qui m’a provoqué » « on ne va pas risquer d’aller 15 ans au trou pour une simple allumeuse » « elle ne va pas gâcher tout ce qu’on a construit ». On met la faute sur elle car c’est plus simple que de se remettre en question.

Enfermée dans ce monde de silence dans lequel la mettent Richard, Stanley et Dimitri, sa réponse se fait par le corps. Elle jaillit, court le plus loin possible de ces hommes. Mais une fois de plus ils la rattrapent… pour l’empêcher définitivement de s’exprimer.

Elle revient à la vie. Transformée. Ou plutôt… réveillée. Son instinct de survie abaisse les barrières, la sort des cases. Elle veut vivre.

La chasse à la femme commence sous fond de musique électro aux sons vibratoires et vibrants pour le spectateur.

Revenge 7

[Vous entrez dans la zone de spoil]
Même si certains éléments scénaristiques sortent du réaliste, la transformation psychologique de Jen est cohérente. On aurait pu craindre une renaissance en tant que robot tueur qui aurait acquis des compétences en chasse par un claquement de doigts. Non. Ici Jen a peur, hésite, elle est restée elle-même mais à fait surgir des facettes dont elle n’avait peut-être aucunement conscience. Elle est stratégique, réfléchie.

Les personnages sont comparés aux éléments de la nature et du monde animal : Stan devient alors un iguane, reptile froid pour retranscrire son physique et son comportement envers les femmes. Jen, elle, est rapprochée de la fourmi du désert, qui semble fragile à première vue, mais capable de soulever des montagnes. Elle devient par la suite aigle, grand chasseur.

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L’escalade de la brutalité se fait jusqu’à la fin dans une scène finale sous tension où la villa témoin des violences du début est recouverte de sang. La dernière poursuite se fait dans une répétition qui en devient presque comique mais la tension repart brusquement faisant faire au spectateur les montagnes russes des émotions.
[Vous sortez de la zone de spoil]

Avec Revenge, la réalisatrice a voulu mettre en scène un personnage fantasmé et stéréotypé de lolita pour totalement le réinventer en seconde partie du film. C’est réussi. Cependant le stéréotype va peut-être un peu trop loin. Le t-shirt « I love LA » car Jen souhaite se faire repérer dans cet eldorado américain aurait pu être évité par exemple. Le fossé de la juxtaposition entre la première et seconde partie du film reste saisissant.

Et non ! Ce n’est pas un rape and revenge ! Si vous vous renseignez sur ce film, vous tomberez sûrement sur des internautes et/ou journalistes le décrivant ainsi, littéralement viol et vengeance. Le viol est ici une des violences faites envers cette femme. Jen prend les armes en partie pour se venger certes, mais c’est avant tout une question de survie. Tuer ou être tuée.

Les stéréotypes masculins sont trop survolés pour avoir le temps de les remettre en question, mais ils sont portés essentiellement par le personnage de Richard. Un homme doit avoir des couilles, un homme doit se battre, un homme ne doit pas avoir peur. Il pense que cela fait de lui un homme, alors qu’il est juste antipathique.

Un film sensoriel à l’identité visuelle forte

Le Hollywood Reporter considère Revenge comme un ballet pop sanglant. Une description parfaite qui prend en considération l’aspect de mise en scène à la limite du grand guignol. Car oui, il ne faut pas attendre du film qu’il soit incontestablement réaliste mais accepter qu’un personnage puisse perdre des litres de sang et toujours être conscient.

Le film, peu bavard, est compensé par son aspect très visuel. On notera quelques bonnes idées comme les divers plans sur une pomme croquée par Jen qui se flétrit peu à peu annonçant le destin de la jeune femme, ou encore le 720° autour d’elle lors de sa transformation en chasseuse pour trancher avec son apparence du début. Attention tout de même si le sang n’est pas votre tasse de thé, il est bien présent et certaines scènes peuvent être difficilement soutenables. Car Revenge reste une chasse, et est donc de nature brutale.

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La photographie est soignée, le désert marocain est sublimé. La réalisation parfois théâtrale lui donne une forte personnalité. Elle fait appel aux sens avec une bande son vibrante et passe parfois à la première personne pour une plus grande immersion.

Un casting qui s’est surpassé pour le tournage

Revenge est un film sorti début 2018 de Coralie Fargeat, réalisatrice française qui est également aux commandes du scénario. Elle signe ici son premier long métrage qui divise fortement les avis.

Pour incarner l’antipathique amant de Jen, on retrouve Kevin Janssens, acteur belge, plutôt habitué au format télé. Dans le rôle de Stan, Vincent Colombe, comédien de théâtre qui a déjà travaillé avec la réalisatrice sur son court métrage, Reality+. Et dans celui de Dimitri, Guillaume Bouchède, un comédien et metteur en scène français.

Matilda Lutz incarne le rôle principal. Cette actrice et mannequine italienne est essentiellement connue pour avoir tourné dans plusieurs films dans son pays d’origine. L’actrice s’est surpassée pour le tournage d’1 mois au Maroc, un « enfer » selon la réalisatrice : journées éprouvantes, peu de sommeil, 4 heures de maquillage par jour pour l’actrice afin de la parer de blessures et cicatrices. Et ne vous fiez pas à ce désert et ce soleil tapant, le vent glacial a rendu les conditions de tournage difficiles pour les acteurs.

Une édition DVD peu fournie

On regrettera fortement la simplicité – pour ne pas dire la pauvreté – de l’édition DVD. Un emballage carton qui reprend à l’identique le boitier plastique. Aucune plaquette. Un disque qui fait pâle figure à côté du film. Et un supplément de seulement… 3 minutes où la réalisatrice parle de ses classiques.

Un hymne à l’affirmation de soi

Avec Revenge, Coralie Fargeat nous offre un film fort, où l’instinct de survie pousse la femme à s’affranchir des genres, elle prend les armes, s’affirme et se venge de ce qu’on lui a fait subir. On découvre une réalisatrice avec une identité visuelle intéressante.

 

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1 réflexion au sujet de “Revenge : Renaissance sanglante pour une affirmation de soi”

  1. Wow l’article est ultra efficace, j’ai très envie d’aller le voir et je sais exactement pourquoi ahah! Très curieuse, je reviendrai sûrement après l’avoir vu, en tout cas je suis assez convaincue.

On attend votre avis !

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