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Le Halloween de Nostroblog

Parmi les nombreuses fêtes qui parsèment l’année, les adorateurs du monde des ténèbres que nous sommes avons une préférence : Halloween. C’est à visage masqué – à l’effigie des créatures les plus effrayantes de notre folklore – que nous vous livrons cet article. Vous y trouverez de nombreux bonbons, choisis avec minutie, afin que votre soirée festive se transforme en une mémorable plongée dans les enfers.

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🎃 Bobo présente… Midnight Tales

Midnight Tales est un projet de Mathieu Bablet (Shangri-La, Adrastée…). Un peu à la manière de Doggybags, aussi publié par Ankama, chaque tome de cette série est composée de 3 histoires dessinées par d’autres auteurs et autrices, mais scénarisées par Mathieu Bablet (qui signe aussi la couverture, même s’il n’est pas forcément le dessinateur de l’histoire mise en avant). Mais contrairement aux récits de Doggybags, ici, toutes ont pour point commun la présence de sorcières : l’Ordre de Minuit. Se déroulant à différentes époques et dans différents pays, ces histoires partagent pourtant cet univers commun, et possiblement un fil conducteur via cet Ordre de Minuit. Une sorte d’association de sorcières d’envergure internationale dont on ne sait pour le moment pas grande chose, si ce n’est que ses membres sont toutes des femmes et qu’elles se donnent pour mission de combattre les forces du mal.

Ce premier tome propose aussi une histoire à suivre (celle de Gax), signe que certaines héroïnes referont une apparition par la suite. On retrouve également une courte nouvelle, et chaque histoire est accompagnée d’une ou deux pages encyclopédiques rédigées par Claire Barbe, par exemple sur l’étrange Mothman, l’une des créatures aperçue précédemment, ou des infos sur la condition des femmes en Inde.

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Chaque histoire a donc son propre style,  et si je connaissais déjà Sourya (via son travail sur l’un des spin-off de Freaks’ Squeele) ou Guillaume Singelin (dans Doggybags), c’est vraiment l’histoire de Gax qui s’est démarquée, avec son graphisme très brut et angulaire, mais aux couleurs vives et fluo : pas facile d’accès pour être honnête. Son scénario n’est pas en reste, puisqu’on y suit une pensionnaire d’un orphelinat qui se voit plonger dans les Enfers… à moins que ce ne soient que d’horribles hallucinations ?… Paradoxalement, ce récit est celui qui m’a le plus marqué et que j’ai le plus relu. Hâte de revoir Lilith…

La série devrait faire 10 tomes, si tout va bien, le deuxième étant prévu le 2 novembre (deux tomes par an a priori).

🎃 Kevo 42 présente… Le Bon Apôtre et The Night comes for us

En 2013, Gareth Evans (réalisateur de The Raid) et Timo Tjahjanto (réalisateur de Killers) ont réalisé ensemble un segment pour l’anthologie V.H.S. 2 intitulé Safe Haven. Une heure de montagne russe horrifique au sein d’une secte apocalyptique, une expérience mémorable. Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous le recommande chaudement. Netflix a semble-t-il gardé la mémoire de ce moyen métrage puisque arrivent coup sur coup les deux nouveaux films de ces réalisateurs.

Retour en Angleterre tout d’abord pour Le Bon Apôtre de Gareth Evans. Au XIXème siècle, un homme tourmenté part à la recherche de sa sœur, enlevée par une secte qui combine fouriérisme et culte d’une déesse de la fertilité galloise. Malgré ses qualités, le film est malheureusement bien décevant. Le film est visuellement plutôt beau, certaines scènes assez violentes (avec une manière de rendre la justice assez expéditive) et l’ambiance  gentiment Lovecraftienne. Très vite pourtant, on comprend que le film ne va nulle part. Les intrigues s’empilent, des actions se passent, mais le personnage principal n’a l’épaisseur que du surjeu de son interprète. Résultat, on reste constamment à distance, ni effrayé, ni dégoûté, vaguement ennuyé.

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The Night comes for us est lui dans la continuité des The Raid, une bonne partie du casting étant de retour, y compris Iko Uwais, cette fois-ci dans le rôle du méchant. Timo Tjahjanto est moins intéressé par l’intrigue que Gareth Evans, mais a un sens certain du méchant charismatique. Le duo de tueuses des triades notamment porte le film et leur combat contre Julie Estelle (Hammer girl dans The Raid 2) vaut d’être vu. Est-ce un film d’Halloween pour autant ? Peut-être bien, car Timo Tjahjanto a gardé de sa carrière de réalisateur de slasher un goût pour le détail dégueu. Les combats utilisent de nombreux accessoires pour faire gicler le sang et détourner les yeux. Une série B loin d’être indispensable mais qui fait le travail, à regarder avec des amis, de la bière et des chips.

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🎃 D’s© présente… Lénore

« Les morts voyagent vite ».

Cette phrase, parfois traduite autrement (« les morts vont vite ») devrait résonner de manière familière auprès des lecteurs de Dracula de Bram Stocker. Mais d’où vient-elle ?

En 1773, Gottfried August Bürger compose un poème intitulé Lénore. Ce titre emprunte le prénom d’une jeune fille qui cherche en vain, parmi les soldats revenus de la guerre de Sept ans (1756-1763), son fiancé Wilhem. Un soir, alors qu’elle attend toujours son bien-aimé tout en bravant l’interdit (minuit sonnait), un chevalier s’arrête devant sa porte. Elle reconnaît Wilhem et ce dernier lui demande de le suivre. Elle monte sur son cheval et les voilà élancés dans une course folle et traversant des paysages terrifiants. Lénore demande à son fiancé de ralentir la cadence mais celui-ci presse davantage l’allure de son destrier tout en lui disant : « les morts vont vite ! ». Le couple approche d’une église où ils sont censés s’unir mais une procession funèbre indique qu’il en sera tout autrement. Le cavalier perd l’apparence d’un être vivant et se change en squelette. Au même moment, la terre s’entrouvre et l’englouti avec sa promise :

Le cheval noir se cabre furieux, vomit des étincelles, et soudain… hui ! s’abîme et disparaît dans les profondeurs de la terre : des hurlements, des hurlements descendent des espaces de l’air, des gémissements s’élèvent des tombes souterraines… Et le cœur de Lénore palpitait de la vie à la mort.

Horace Vernet - La Ballade de Lénore ou Les morts vont vite.jpg

Le prélude à ce passage est superbement retranscrit dans une de mes toiles préférées du peintre romantique Horace Vernet : La Ballade de Lénore ou Les morts vont vite, exécutée en 1839 et actuellement conservée au musée des Beaux-arts de Nantes. Sur ce tableau, l’artiste représente le moment où Lénore découvre avec effroi l’identité du cavalier avant d’être emportée vers une fin fatale. Cette œuvre, aussi noire dans sa palette chromatique que dans le thème choisi, illustre un romantisme médiéval et brumeux où l’amour et la mort se mêlent dans les visages « phospho-porcelainés » des protagonistes. La nuit est noire, noire comme la vipère, et le seul effet lumineux, troué de quelques éclats rougeâtres, augmente l’effet morbide d’une scène où la mort triomphe de l’amour.

🎃 el Tooms présente… Hallowe’en Dub

Pas besoin d’un Ouija pour invoquer les esprits de la fête et s’assurer d’un 31 octobre frissonnant. Un dancefloor improvisé par des convives déguisés et inspirés n’attendait plus que la galette des trois confrères de Tino pour fondre. Chaque volume est une pléthore de bonnes idées et ce sixième opus comme son nom l’indique frappe de plein fouet le mythe de la citrouille aux yeux menaçants. Hallowe’en Dub allie avec une aisance de magicien l’improbable entre deux genres. Le moelleux et la rondeur des basses étirées brasse à merveille les éternels favoris du 31 Octobre. Crissement de vieilles portes, cris stridents, concours de chants de loups-garous, rires déments, chauves-souris égarés, zombies vigoureux… toute la salade des samples s’engouffre à merveille dans le magma électronique des breaks de Tino.

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Sans forcément réussir à la perfection les prouesses d’un Thriller, Hallowe’en Dub sera réveiller les pulsions de la fête et la convivialité de groupe en gardant intacte les frissons du dernier jour d’octobre.

🎃 Kevo42 présente… Garde Alternée

Si vous voulez vraiment avoir peur pour Halloween, si vous voulez de l’extrême vraiment hardcore, mon vrai conseil sera finalement d’aller en France pour regarder Garde Alternée d’Alexandra Leclère. On y suit Didier Bourdon, professeur de littérature à la fac, pris entre sa femme et sa maîtresse, qui décident de se le partager en espérant secrètement se l’accaparer. Sous l’apparence d’une comédie ponctuée de gags gaulois (ah ah les scènes de sexe sur la commode avec Valérie Bonneton) on découvre vite l’horreur d’une société patriarcale dans laquelle ce gros porc de Didier Bourdon peut avoir le statut de sex-symbol désirable jusqu’à l’auto-destruction. Chaque retournement de situation est un coup de couteau dans l’âme du spectateur, qui en fait le Martyrs de la comédie française pourrie. Un spectacle aussi fascinant que repoussant, que je vous déconseille de tenter seul.

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🎃 Maerlyn présente… The Haunting of Hill House

Une histoire de fantômes, c’est quoi ? Un récit effrayant avec des sursautements à chaque couloir ? Un drame sur le deuil, la peur, et l’oubli ? Une terrifiante plongée dans la folie où les esprits sont des manifestations de troubles psychologiques ? Une histoire de pardon? Une histoire d’acceptation ? Une histoire d’amour ?

En fait quand c’est très bien fait, une histoire de fantômes est tout ça à la fois. Et c’est l’exploit qu’a réalisé Mike Flanagan avec The Haunting of Hill House, disponible en ce moment sur Netflix. Si vous ne connaissez pas Flanagan, vous avez loupé quelques trucs ces dernières années, genre Oculus, Hush ou Gerald’s Game. De bons films, mais qui manquaient à chaque fois d’un petit quelque chose pour vraiment sortir de l’ordinaire. Mais cette adaptation extrêmement libre du roman de Shirley Jackson ne manque de rien. C’est une série d’horreur qui cache un drame familial. Ou le contraire. C’est une prouesse scénaristique avec une narration sur deux époques qui est au moins l’égale du Ça de Stephen King. C’est aussi un cast parfait et une mise en scène ambitieuse, qui sait s’envoler quand il le faut et cache plein de monstres dans ses coins sombres.

The Haunting of Hill House

Peut-être qu’il vous faudra deux ou trois épisodes pour bien rentrer dans la série. C’est souvent le cas des produits Netflix et autres séries spécialement créées pour le binge-watching. Et même si les qualités de la série sont évidentes dès le premier épisode, les personnages se révèlent petit à petit, tout comme les secrets de la Maison. Et des scènes à l’apparence innocente ou caricaturale prennent un tout autre sens plus tard. Alors continuez même si un ou deux personnages vous semblent antipathiques, car le voyage vaut le coup. Mais il y a un risque, car peut-être que ce ne sera ni la maison, ni la famille qui y habite, mais bel et bien vous qui finirez les plus hanté·e·s dans l’histoire.

🎃 Meloku présente… Les montagnes hallucinées

Féru de littérature horrifique occidentale comme japonaise, le mangaka Gou Tanabe consacre la majeure partie de sa carrière à l’adaptation de terrifiantes histoires. Parmi les écrivains qu’il affection, un nom revient sans cesse comme si son fantôme hantait l’imaginaire du dessinateur : Howard Phillips Lovecraft.

On a déjà pu découvrir ce que donne une histoire du reclus de Providence sous le trait de l’artiste japonais grâce à la publication chez Glénat du recueil The Outsider il y a près de 10 ans, mais il aura fallu attendre que Ki-oon lance cette année leur collection dédiée aux adaptations de Lovecraft par Gou Tanabe pour en savourer les récits les plus exquis. Le premier à paraître est le plus emblématique car il est le plus long (4 tomes au Japon, réunis en 2 en France, les autres étant des recueils de nouvelles en un volume), il s’agit de Les montagnes hallucinées. L’étrange récit original est bien connu, et si vous n’en avez jamais entendu parler on vous laisse découvrir cette mystérieuse expédition en Antarctique qui tourne au cauchemar. Ce qui est importe en fin de compte est la manière dont l’horreur Lovecraftienne est transcrite dans le manga.

Si l’imaginaire de l’auteur se prête à la représentation graphique, il n’est pas chose aisée de passer après de grands noms de l’illustration et encore moins d’y introduire un processus narratif. Pourtant Gou Tanabe s’en sort à la perfection, prouvant à qui en doutait qu’il maîtrise mieux que personne l’art de transcrire la littérature de genre en BD. Son trait est clinique, presque froid, ce qui pose une barrière entre les personnages et nous afin de faire comprendre à la lecture que leur état mental peut déraper à tout moment. Pour autant, il crée une certaine proximité dans son cadrage, multipliant les plans rapprochés et autres gros plans et jouant avec le clair-obscur sur les visages de ses personnages. Ce contraste est assez fort pour nous faire ressentir l’enjeu de ce périple inquiétant et donc pour nous concerner, ce qui accroît considérablement l’effet horrifique. Il est question d’ambiance également, notamment lorsqu’il s’agit d’instaurer un climat énigmatique. Cette adaptation est très contemplative, l’auteur enchaînant les double-pages et autres planches composées d’une unique case. L’occasion d’apprécier les sublimes décors se présente donc souvent à nous, nous rappelant la place de l’homme dans la démesure du continent glacé et des lugubres lieux imaginaires. Même les compositions sont assez lentes, le mouvement étant à peine perceptible. Mais ce n’est jamais ennuyant, bien au contraire : c’est saisissant. L’ambiance est de plus en plus glaciale en même temps que la psychologie des personnages sombre dans les ténèbres.

les montagnes hallucinées

Pour peu que l’on s’intéresse à ce genre d’histoire, le récit nous captive grâce à la mise de l’artiste. En s’attaquant à ce classique de la littérature populaire, il crée un langage autre que celui des mots seuls. Il est évident que Gou Tanabe est un immense admirateur de Lovecraft, tout comme il est un auteur de talent : il semble avoir tout compris au maître de l’horreur cosmique et se donne les moyens pour transcrire cette aventure en manga de la meilleure des façons possibles.

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