Gare au manga

Éclat(s) d’âme de Yuhki Kamatani : Vivre ensemble

éclat(s) d'âme manga
Édition : Akata / Traduction : Aurélien Estager

Connu en France pour Nabari, c’est loin de l’univers foisonnant de ninjas qui lui tient tant à cœur que Yuhki Kamatani effectue son retour dans les librairies françaises. Avec Éclat(s) d’âme, l’artiste est attendu au tournant en proposant un récit plus intimiste dont la promesse est d’aborder des sujets comme l’homosexualité ou encore l’identité de genre.

« Deux jours avant les vacances d’été, je crois que je suis mort. »

Tout débute lorsque Tasuku, complètement paniqué, pense à se suicider du bord d’une falaise. Effectivement, l’homosexualité du jeune homme vient d’être révélée au grand jour par ses camarades de classe qui ont découvert une vidéo porno gay sur son téléphone. Le jugement des autres ne se fait pas attendre, Tasuku reçoit de plein fouet des paroles blessantes de la part de ses amis. Craignant que la nouvelle ne parvienne jusqu’à sa famille, l’adolescent est pris d’idées noires… En très peu de pages, Yuhki Kamatani nous dévoile avec tension comment les mots peuvent faire plus mal que les poings, comment l’homophobie peut conduire au suicide.

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Si le titre semble présenter la manière dont un personnage vit son homosexualité un peu comme des titres tels que Le mari de mon frère ou encore Love my Life, il se dégage cependant très vite un doux parfum mystique. Au moment de se suicider, Tasuku fait la rencontre de l’hôte, qui saute dans le vide avant lui… Courant signaler le suicide, le protagoniste entre dans un foyer dans lequel l’hôte apparaît comme si de rien n’était. Un peu à la manière de la boutique des souhaits de Yuko dans xxx Holic dont on ne trouve l’entrée que si on en a besoin, c’est le destin qui a poussé Tasuku à franchir le seuil de cette porte au moment où il en avait le plus la nécessité. Loin d’être un commerce magique, il s’agit en réalité d’un salon de discussion dans lequel se réunissent des personnes LGBT.

Mettant l’accent sur l’acceptation de sa propre sexualité sous un fond fantastique, Éclat(s) d’âme se rapproche au final de L’infirmerie après les cours dans le parcours initiatique qu’il présente. Le titre ne s’arrête donc pas à l’homophobie et à la présentation de personnages gays et lesbiens dans le but d’émouvoir ou même d’informer le lecteur. Il y a un enjeu plus important derrière le propos, celui de montrer Tasuku découvrir sa propre sexualité et s’affirmer à travers ses expériences de vie et ses échanges avec des personnes concernées.

Toujours comme L’infirmerie après les cours, Éclat(s) d’âme marque par la puissance de ses dessins. Un peu moins empreint de surréalisme que son aîné, le titre s’appuie sur de nombreuses métaphores visuelles ou narratives et des scènes fortes comme celle où Tasuku éclate en morceaux tel un miroir qui se brise, reflétant des réminiscences du garçon dont il est amoureux. L’artiste joue aussi avec un langage propre à la bande dessinée pour nous transmettre des émotions. On pense évidemment à la sensation de malaise lorsque l’homosexualité de Tasuku est évoquée en salle de classe qui est accentuée par l’intérieur des cases se tordant jusqu’à devenir vertigineux. Inversement, les moments plus agréables sont aussi soulignés. C’est le cas notamment lorsque Rêves d’hiver de Tchaïkovski cocoone littéralement le protagoniste qui se repose dans le salon de discussion…

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Yuhki Kamatani signe donc une œuvre essentielle, le genre de manga pouvant changer la vie du lecteur qui s’y plonge. Comme Tasuku, il est aisé de prendre conscience qu’on n’est pas seul à la découverte de cette histoire. Plus qu’une ode à la tolérance, l’auteur nous convie à accepter nos désirs et à s’ouvrir aux autres. S’il n’est pas évident de trouver des soutiens dans la réalité, les personnages d’Éclat(s) d’âme permettent de s’extirper au moins le temps de sa lecture d’une solitude corrosive.

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