Gare au manga

Happiness de Shuzo Oshimi : Le vampirisme comme métaphore des mutations l’adolescence

Happiness manga
Édition : Pika / Traduction : Thibaud Desbief

Après avoir exploré la psychologie et les désirs d’adolescents à travers Dans l’intimité de Marie et Les Fleurs du Mal, Shuzo Oshimi effectue son grand retour au manga fantastique. Cette fois, il affûte ses crayons afin de s’attaquer au mythe du vampire tout en restant fidèle aux thématiques qui parcourent sa bibliographie depuis des années.

« Tu veux que je te laisse mourir ? Ou alors tu préfères devenir comme moi ? »

Lycéen comme il en existe tant d’autres, Makoto ne brille ni par sa personnalité ni par sa force de caractère. Se faisant même victimiser en classe, il mène tant bien que mal un quotidien ordinaire. Un soir, alors qu’il se promène à vélo, une femme lui bondit dessus le mord dans le cou jusqu’au sang. Choisissant de vivre, le jeune homme se mue alors en vampire.

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Nous ayant offert des chefs d’œuvre de Les lamentations de l’agneau à Vampyre,  les mangas sur les assoiffés de sang ne manquent généralement pas de mordant. C’est le cas du bébé de Shuzo Oshimi dont la banalité du quotidien du protagoniste périclite en même temps qu’il se métamorphose. Dans Happiness, le vampirisme fait office de métaphore des mutations liées à l’adolescence : confronté à des pulsions qu’il essaie de réprouver, le comportement de Makoto change peu à peu. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il s’affirme et que sa libération laisse entrevoir sa véritable personnalité. Comme c’était déjà le cas dans Les Fleurs du Mal, Shuzo Oshimi nous montre quelle profondeur peut cacher le plus ordinaire des lycéens.

Souvent comparé à Inio Asano, Shuzo Oshimi s’éloigne une fois de plus de l’auteur de Bonne nuit Punpun tant il aborde un type de personnage dans un contexte très différent. Happiness est un manga qui traite de l’adolescence comme une période en mouvement. L’auteur met en place son récit sans rien cacher des sentiments éprouvés à cet âge, même les plus pervers. L’exemple le plus flagrant est la soif de sang ressentie par Makoto provenant des règles de sa camarade de classe. Pouvant être qualifiée de malsaine, l’œuvre est bien plus pertinente que cela tant elle explicite des pulsions à la fois incontrôlées et moralement interdites sous le prisme du vampirisme.

Si Happiness marque autant les esprits, c’est aussi et surtout parce que l’art de son dessinateur atteint des sommets. Ses hachures envoûtantes, ses onomatopées marquantes, ses compositions qui se déforment, ses cases qui suintent… autant de merveilles à retrouver au fil des pages du manga. De base formel, le cadre du manga est souvent rattrapé par les vertiges graphiques hallucinants de Shuzo Oshimi jusqu’à nous rappeler La nuit étoilée de Van Gogh. À travers aussi bien la mise en scène que le trait de l’artiste, on se confronte aux pulsions que Makoto tente de contrôler comme si on les vivait.

happiness manga pika

Il fait nul doute que Happiness est une œuvre maîtresse sur le vampirisme et de la bibliographie de son auteur. Shuzo Oshimi effectue un retour gagnant au récit fantastique, genre qu’il affectionne quand bien même il l’avait laissé de côté avec ses deux précédents mangas. C’est en puisant dans ses thèmes fétiches et en franchissant un nouveau palier esthétique qu’il parvient à nous livrer une fascinante incursion dans le monde des vampires.

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